HOMMAGE A JEAN-JACQUES
AMPÈRE
« L'homme ne
saurait vivre courbé sur sa tâche comme un forçat enchaîné à
son labeur, sans que rien l'élève et le soutienne au-dessus de la
vie commune. (…) l'enthousiasme et la poésie renaîtront, ou le
genre humain mourra ».
« Son armure a
donc été trempée par la Germanie, bénie par le christianisme, et
blasonnée par l'Orient. »
La Chevalerie, J.J. AMPÈRE
On dirait du Bernanos.
Pour Jean-Jacques Ampère,
fils duXIX ème, la Chevalerie fut « le plus grand fait
moral et social des temps modernes ».
Il la définit d’abord
par un sentiment : celui de la générosité. La générosité
comme « combat désintéressé (…) pour acquérir l’honneur,
sans mélange de passion égoïste ou haineuse ».
La générosité c’est
« le bon côté de la nature humaine, (…) - la disposition
qui se manifestera d’une manière éclatante et glorieuse dans le
code et la poésie chevaleresque (…) contre les instincts brutaux
et sauvages de la nature primitive ».
Nous ne sommes pas loin
du Prince Kropotkine : Machiavel peut se rhabiller.
Pour Jean-Jacques Ampère,
il ne fait aucun doute que la chevalerie « tient à une
tendance naturelle à l’âme humaine » et qu’elle en est
l’une de ses « réalisations ».
Comme dans n’importe
quelle civilisation authentique, elle peut s’incarner par
des sentiments ou des mœurs où l'on peut déceler, sentir vibrer et
s’exalter une sorte de grand accord entre les hommes, figurant une
harmonie remarquable, féconde, libertaire et fraternelle.
Il ne fait pas de doute
que cet instinct (entr'aide ou coopération) fait pendant à
celui de volonté de puissance, de domination et de possession, ou à
la loi dite de la jungle.
Cette merveille a,
principalement, en occident, dû son éclosion au à un Christianisme
précis plutôt qu'à un autre, mêlant son sang à l’esprit
guerrier germanique, mais produisant l’exact inverse du
fanatisme ou du fascisme, dont elle est finalement l'une des rares
alternatives, à quelque niveau ou terme que ce soit .
Bernanos, dans tous ses
Écrits de combat, n'a jamais cessé de rendre des
hommages éblouis à cette chevalerie-là, ceux de l'enfant qu'il fut et que nous
fûmes beaucoup aussi, en des temps pas si éloignés.
La Chevalerie, fruit de
l'esprit de jeunesse et d’enthousiasme, d’où une cette alliance
– pour ne pas dire alliage – de joie et d’énergie, trempées
dans un sentiment aussi élevé que naturel, et qui,
peut-être, pourrait être comparé, sur un plan universel, à
l’instinct maternel, dans son bon côté, ou encore à
l'instinct paternel du loup, et à bien d'autres exemples, si l'on
voulait se donner la peine de chercher (des alliés) là où
il y a quelque chose à lier d'autre que de la folie
collective ou de fausses grandeurs, celles de la puissance pure.
Comme ces instincts, trop
souvent niés en tant que tels, le dépassement, ni égoïste ni
asservi de soi et des lois dites élémentaires de la Nature, donne
l’occasion à l’humanité la plus ordinaire d’atteindre une
certaine dimension, extraordinaire, mais aussi profonde, crevant
et faisant voler en éclats les vieilles malédictions
gouvernant ce monde dans le sens, si pratique et si utile, mais aussi,
si vain de l'obscure destruction, qui n'est nullement la mort,
mais plutôt son clone désespérément prétentieux, sa
caricature nihiliste.
Mais, comme toute chose,
comme la grâce elle-même, il faut bien que ce prodige, que
ce miracle, ait une source secrète. Quelque origine,
précédant de loin l'obscurcissement, pour ne pas dire
l'obscurantisme, de nos soi-disantes et bien trop humaines
sciences.
Il n'y a pas de science de l'humain, il ne peut y
avoir qu'une humanité de la science.
Source poussant ses
invisibles racines dans l’ombre même du mal, et, pour ainsi
dire dans son dos… par et dans, à travers, et transcendant (n'en
déplaise aux esclaves
besogneux et butés du
servile « réalisme ») une sorte une lumière
cachée là, tout à la fois ridicule et parallèle : on
imagine Dom Quichotte, bête noire, terreur et supplicié d'un monde
prétendument beau et utile , bouc émissaire donc, tête
de turc des « docteurs du réalisme », du Dieu
et d'un esprit de vieillesse assis sur le monopole,
auto-déclaré éclairé, d'une modernité agenouillée dans
la boue, et le dogme d'un relatif émasculant, à
défaut de cœur simple ou de pur absolu.
Que sont devenus les
« Troubadours » ?
Ceux qui Trouvent ?
Le Quichotte, armé de sa
seule maigreur d'acier, burinée à la Giacometti, explosant les
baudruches alimentant les moulins à prière des logiques obligées
ou à fausse parole, solitaire, la voix tremblante d'émotion, comme
celle d'un Brel ou d'un Glenmor, illuminant, hors toute
rationalisation perverse d'apprenti-illuminati, le cœur humain d'une
chaleur à la fois spirituelle et toute terriennement touchable et
caressable.
La vraie modernité
est-elle un acquis, un maquis, par delà les guerres
inter-culturelles « éternelles » du temporel ?
Elle est bien trop
ancienne pour cela, trop libre aussi : elle n'est
à vrai dire qu'une résurgence permanente et insubmersible,
même sous toutes les rivières pourpres.
Quand tout « honneur »,
tout sentiment authentique de soi n’est que combat d’où la
gloire ne peut être totalement éradiquée, même par tout
l’argent du monde. Quand il y a l’enfance, celle du monde, celle
de l’art, celle de l’esprit, celle de l’instinct, celle des
choses. Mystère définitivement absolu, fermé aux yeux du mal
même au pouvoir des savoirs.
Le mal est un œil crevé
par l'éclat aveugle du jour. Celui de Caïn et d'Oedipe.
Cette part d’ombre qui
reste éternellement à annoblir, cette « part maudite »
à re-transcender toujours, peut-être en énergie créatrice
plutôt que destructrice, comme l'art, l’innocence, la patience, la
violence du refus, l’espérance, l’ignorance enrichie, la liberté, la
souffrance et la mort.
Contre laquelle viendront
éternellement buter toutes les illusions du pouvoir, du savoir et du
croire. Lourde porte, provisoirement fermée sur le mal relatif obligatoire qui
ne se met à l'école de l'Absolu, finalement, que pour annoncer
la connaissance extrême, ultime, vraie : celle des limites
absolues retrouvées à établir pour de nouveaux cycles relatifs.
La vie est un combat qu'il est beaucoup trop facile de confondre avec
la basse anarchie du désir de puissance.
Illusion au delà de
laquelle est ce qui est, éternellement renouvelé,
détourné-retourné et que ne franchissent que ceux qui, d'ores et
déjà, ne sont plus ; plus soumis à l'espace-temps
domestique d'un monde secrètement relégué, obscurci,
sali et si supplicié, montés sur le Cheval Ailé des anciens
Celtes convertis.
Cette famille ancestrale d'Europe, fil de
nos forces vives françaises éternelles, dont la droiture
sans rigidité avait fait déesse de la guerre propre, une
femme, presque comme les Grecs, et tout près des Vierges de Vérité,
loin des barbares bestiaux du Temps Cannibale.
Merci Monsieur Ampère.
Merci : honneur et
gloire, hommage à J.J. Ampère pour la puissance non
violente de son éclairage, de son « ampérage »...
relais perdu d'une jeunesse « débranchée » de
la Vérité, arbre mutilé, saignant la sciure parfumée de sa force
souillée, violée et brûlée, apeurée et affolée, pervertie
par la lame corruptrice.
Nous avons les jeunesseS
hitlériennes que nous méritons, mais surtout
combattons-les sans haine, avec le respect du plus haut refus
face au malheur du mal fabriqué, à l'horreur systémique et à ses
enfants-soldats fascisés.
Léo Ferré, se
reconnaissant pourtant « bourgeois anar », chantait : « Quand on coupe un arbre j'ai mal à mon bras. »
Léo, « prophète »
perdu crachant, bien trop tendrement gamin des rues perdues,
dans la soupe de Dieu, avant que Mozart ne le ramène à la divine
raison du Combat.
« Ces copains-là, c'est de la merde ! »
Amen, Petit!
Tombée de rideau brutale
sur le drame éternel de l'honneur et de la grâce
humains perdus!
Et contre l'horreur, enfin ! encore
prosternée, le temps de sortie nécessaire du bad trip et
du crash de ce qui les remplace, comme un gouvernement
provisoire, avant la Libération, redoute le lancement irréfragable
des forces libres, l'offensive finale fraternelle, non la lutte
finale fratricide.
Amen, Petite !
Merci à l'Ample Père, si loin du patriarcal en fonctionnaire d'État.

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