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mardi 3 mars 2015

LA CHUTE






On n'est jamais trahi que par ceux qu'on aime. On n'est jamais perdu que par ce que l'on donne. C'est pourquoi l'amour humain, ou du genre humain, ne peut être absolu, que s'il est transcendé

La fin justifiera toujours les moyens, et chaque trahison, entre amis, entre amants, dans la famille, au travail, dans la cité ou partout ailleurs. Le système le sait qui ne fonctionne que par de très secrets et diplomatiques pactes avec le Diable : dans sa civile religion de la raison pratique, il ne tolère qu'un amour soumis aux lois relatives, et il n'est pas sûr que nous ayons gagné, en vérité et en liberté, dans ce troc de médiateur, puisque qu'aux lois tout est permis pour le bien général de leur propre système, contre Dieu, contre Soi, contre l'Univers ou la Création.



Le réalisme « du moins pire » des élites de résultat sera toujours funeste aux meilleurs humains, dont l'idéalisme normalisé est « le meilleur » faire-valoir pacifié de l'imposture et de la barbarie.

Nous acceptons de tout donner pour ceux que nous aimons, et même nous acceptons l'inacceptable d'exception puisque cet amour justifie, à lui-seul, dans son immanente autonomie autorisée hors toute mesure, à peu près tout et n'importe quoi. 

Le Balzac du Père Goriot avait bien montré cela. Ce qui a changé depuis sa Comédie Humaine, c'est que les crimes d'une certaine bourgeoisie contre l'humanité et la vérité ont évolué, ils se sont démocratisés au point de devenir la norme contre le Christ lui-même d'abord, puis contre le monde entier s'il le faut. Cette bourgeoisie-là, celle des affaires pour les affaires, la libérale, en clair, a toujours été le seul ennemi du Christ en vérité.



Sa diabolisation même la consacre divinement dans la profonde ambiguïté de la normalité subversive de son « tout est permis », ces fameuses libertés dites de « ... ».

 Comme Dieu, elle ne peut connaître de limitation ni de règle : elle est pure terreur économique. Elle est la force nue de la Loi Immanente, que le Diable en personne relie secrètement, à la divine réussite révoltée du mal là où tout le reste a "échoué" pour la puissance.

Miracle économique, comme l'esclavage, elle est tabou, pataugeant dans le sacré maudit de survie de ceux qui, comme ce malheureux qui enfourna sa famille dans les fours nazi « pour s'en sortir », ont réussi. Sauf qu'elle n'est pas Dieu mais purement et simplement, légitimement antéchristique, comme si un seul mal put exister dans ce Christ sur lequel il est aujourd'hui de si bon ton de cracher.



Dans ces conditions absolument négatives, et en ce sens absolument contraint, donner à, ou même mourir pour ceux qu'on croit aimer, en n'aimant qu'une une idée ou une image de soi-même, hors de toute vérité transhumaine, prend la dimension proprement fantasmatique d'une morale sociale pure, tragiquement truquée, fissurée sans issue possible pour ceux qui, du fond même de leur impuissance justifiable, sont pleinement conscients du leurre qui les tue et suicide avec « leur propre amour », trompé et abusé, comme dans le film La Ligne verte, plutôt que par le simple « amour propre » du social normalisé égoïste ordinaire de la machine

Le plus dur étant sans doute que cette transfiguration imaginaire, immanente, purement égoïste-sociale, ne pèse vraiment que par la totale absurdité qui l'immobilise dans le vide de la verticalité standard de son sous-humanisme de remplacement. La psychologie, c'est pour les esclaves ou les robots.



Ceux qui ont le goût de donner savent qu'on ne donne jamais qu'à Dieu. Les hommes ne pouvant ni donner ni recevoir. Dieu n'a jamais été que le contre-don le plus mystérieux à Qui ou Quoi on ne donne pas pour recevoir en retour : le contre-don est la liberté par excellence, l'absolue liberté du monde.

Les peuples premiers, les derniers d'aujourd'hui, qui n'ont pas renié leur culture d'origine pour des illusions de paradis artificiel, le savent d'instinct. Comme ces animaux, que nous haïssons tant, et si scientifiquement, de ce mépris si moralement supérieur qui caractérise finalement nos valeurs les plus souillées et toxiques, ces animaux qui nous précèdent dans leurs camps de la mort à eux, et qui nous auront tout appris, si nous voulons bien voir. Bêtes dont Dostoïevski disait qu'elles étaient plus près du Christ que les humains, sans préférer ni les uns ni les autres.



Aimer, c'est d'abord dire : non. Non au pacte avec le Diable. L'animal sauvage, bête du Bon Dieu, comme celui de l'Esprit, ne se reproduit pas en captivité. Ainsi de l'humain vrai refuse de vivre en fonction pure de désirs humanistes-égoïstes pré-formatés, fussent-ils de pure prolifération automatisée, climatisée

L'humain ne sera jamais la fin de l'humain : l'humain ne connaît que des moyens, des moyennes de moyens, des systèmes de moyens, des machines de moyens. Donner, c'est d'abord refuser ces moyens, refuser cette puissance d'impuissants qui n'a jamais créé que du néant et du malheur collectif, un égoïsme rationnel toujours plus déraisonnable que la première catastrophe naturelle venue.





Il n'y a jamais eu d'acquis humain : il n'y a que spoliation et imposture sans l'innéité de ce qui nous est supérieur, et que nous ne savons jamais que renier, comme père et mère, dans l'infantile corruption d'esprits avortés aux mains d'une science avilie, dégénérée, déchue. Nous sommes le mal. Celui qui ne court qu'après le rachat de ce qui n'a pas de prix. Nous ne sommes que le prix du mal et ne serons jamais plus. Jamais plus grands que ce prix...

dimanche 18 janvier 2015

FORCES FRANÇAISES LIBRES # 3 LE PRIX DE LA SPIRITUALITÉ PERDUE




Dans un monde où personne ne croit plus en rien d'autre qu'en la puissance humaine, les néo-fascistes pseudo-islamistes se tournent vers une foi absolue dans l'au-delà de nous-mêmes, que nous avions, nous, abandonnée depuis longtemps, et qui leur permet de "construire" la puissance pseudo-transcendante d'un nihilisme nouveau, infiniment supérieur au nôtre, si on peut employer ce mot dans un sens négatif. Manœuvre qui  n'est donc que provisoirement pire que les nôtres (les nôtres au sens de responsabilité / imposition collective) nous pouvons nous faire confiance...



Ce nihilisme-là, appuyé sur le Coran comme celui des nazis s'appuya sur la critique du trop-humanisme nietzschéen, et sa juste aspiration à un dépassement de son nihilisme de bassesse, permet aux fanatiques haschichins du faux Islam, d'utiliser le juste manque de confiance en l'homme du vrai, pour dépasser criminellement et destructivement, les limites de l'égoïsme et de la peur (qui font quelque peu perdre des points à notre moderne barbarie) : la terreur est une drogue dure qui donne les ailes idéologiques les plus puissantes à un pseudo-Islam dévoyé en idéologie politique de pure barbarie et de pure puissance, dans un sens (un peu comme l'est celle la bombe d'Hiroshima, chez nous, à chacun son ignominie).



Il est évident que Nietzsche, le premier, et le seul conséquent, avec Dostoïveski peut-être, a diagnostiqué précisément le malaise humaniste bourgeois occidental, dans ses contradictions les plus "retournantes", contre un marxisme peu profond, par son fanatisme matérialiste même. 

Il est d'ailleurs à noter, à ce sujet, l'étrange alliance, parfois, de celui-ci, désabusé sans doute après sa défaite, en occident, avec le pseudo-Islam. Défaite historique, liée à l'horreur terroriste de son international-fascisme, semblant avoir cherché des compensations quelque peu transcendantales inavouées dans celui-ci, avant même que ne se déclare l'étrange front des assassins promoteurs auto-proclamés actuels du pseudo-Islam de barbarie absolue. Enfin, il est tout aussi troublant de trouver des liens historiques, par delà les alliances idéologiques, entre national-fascisme et pseudo-représentants de l'époque d'un Islam toujours plus ou moins officiel.



Ce sont des faits dont nous n'avons pas les explication claires, mais dont nous n'avons, non plus, aucun besoin. Seuls compte la précision nietzschéenne. Qu'importe maintenant les retournements dialectiques d'alliances pour utiliser et instrumentaliser l'Islam et les musulmans ? Puisque le problème de la volonté de puissance n'est, au fond, pas celui de la puissance.



Par delà le fanatisme ordinaire anti-religieux de la puissance (versus anti-religieux), fanatisme béat partagé par presque tous dans notre système occidental décadent, qui, évidemment, nie toute valeur humaine autre que celle de sa puissance nue, ceux qui s'appuient réellement sur la force nihiliste d'un Coran dévoyé, ont compris qu'ils seraient matériellement plus forts que ceux qui s'appuient sur un nihilisme non transcendantal, un nihilisme trop humain, et travaillent ses contradictions comme le marxisme fanatique travaillait les contradictions de ce même système bourgeois, il y a encore si peu.



Ce nihilisme fasciste pseudo-islamique peut ainsi, en toute légitimité idéologique pure, nier tout humanisme transcendantal sécularisé de notre système technicien, poussant à la roue autant, sinon plus loin encore, puisque cet imaginaire re-verticalisé sans limite ni loi humaine dans sa négativité même, permet de nier toute valeur en soi, comme le faisait, mais moins puissamment, un marxisme fanatique au profit de l'immanence relativiste nihiliste de son scientisme révolutionnaire. 

La puissance de destruction est donc logiquement infinisable à outrance au cœur de masses fidélisées, soumises par cette violence pure qui fait transporter des montagnes au désespoir. La terrible perte de spiritualité traditionnelle des uns nourrissant directement le terrorisme idéologique moderne déchaîné des autres.

Sonner le repli sur des bases arrières qui n'existent plus ne va pas suffire. Il faut les reconstruire, non pas au sens constructiviste, mais en retournant aux sources, mais en écartant ceux qui  ont fait sauter ces bases en mettant en avant quelques arrière-pensées terroristes bien intégrées à notre actuelle et future désintégration. Sachant aussi que nous ne réintègrerons évidemment rien : les sources sont toutes et rien qu'être.


mardi 6 janvier 2015

HUMANISME COMPTABLE












« On peut très bien être humaniste et savoir compter. » Cela va de soi, ami social libéral : comme si l'humanisme interdisait de compter ! Un homme est un homme quand 2 et 2 font 4, même si ils font parfois 3, comme le disait Dostoïevski, je crois...



Comme si là résidait le sens du proverbe : Quand on aime on ne compte pas. Ce qu'exprime ce dicton, c'est la mise au second plan de la comptabilité ordinaire devant plus grande valeur qu'elle. Valeur sans prix, donc incompatible avec le calcul pratique, utilitaire, qui doit rester bien à sa place : au niveau matériel. Et surtout pas se mêler de donner des leçons de vie au sens même de la vie.



Puisque ici, comme partout ailleurs, n'en déplaise aux niveleurs de tous poils, il y a un haut et un bas, une « hiérarchie », Mesdames, ce mot tabou du cul par dessus la tête, que respecte même la bête la plus sauvage.



Par contre, que la comptabilité pure et dure, interdise presque toujours, elle, l'humanité la plus élémentaire, est un fait malheureusement trop accepté, une sorte de fatalité culturelle – un peu trop, à notre goût français de souche spirituelle, en demande de naturalisation et de reconnaissance, ces temps maudits-ci. Que la comptabilité, cette quasi-pseudo-science humaine, revendique un domaine réservé, pourquoi pas, après tout ? La pègre a bien le sien. Il faut de tout pour faire un monde des plus vieux métiers.



Et cet interdit tacite, dans sa logique interne, interdit bien d'interdire tout ce qui n'est pas comptable, renversant ou plutôt inversant l'interdiction catholique ancienne concernant l'argent, et notamment l'esprit d'usure et de profit, la retournant en jouissance absolue, légitime et morale à défouler en masturbation éthique-intellectuelle, progressiste moderne, humaniste intéressée.





Le meilleur humanisme est celui qui rapporte le plus d'argent, de chiffre d'affaire. De l'égoïsme rationnel randien à tous les business de charité associés.

Un humanisme rationnel, c'est à dire rentable et profitable, le plus partagé possible, mais au sens de virus, comme on partage non un bien, mais un mal, non une vraie richesse, mais une réelle misère, absence de richesse à soulager par une consommation compulsive imposée par le bon vieux sens des affaires volant au secours de besoins non satisfaits. Un humanisme de marché. On nous fait marcher. Sur la tête.



Le problème de fond est évidemment celui de la compatibilité de la comptabilité, ce scientisme économique moderne, et de ses visées hégémoniques, libérées par une récente et agressive autonomisation sauvage, avec les traditionnelles valeurs supérieures.



On hésite d'ailleurs à bien discerner si c'est ce qui lui est supérieur, que la comptabilité chiffrée combat, ou si c'est tout simplement le sens universel de l'humanité, au plan pratique, même si, évidemment, les deux choses se rejoignent : non seulement les anges ont un sexe, mais ils ont aussi une bouche à nourrir, comme tout un monde démocrate en concurrence vitale.



Nous sentons obscurément, derrière les sophismes et syllogismes du Plan Comptable à la mode américaine, qui nous envahissent jour après jour, par vagues massives de propagande contrôlées, qu'il s'agit d'abord d'une attaque de plus en plus frontale contre le sens universel de la vérité, méthodiquement saboté et terrorisé par la violence sournoise des réalités les plus brutales, projetées sur le théâtre des opérations chiffrées, les plus éloignées du noyau transcendantal de la civilisation universelle des humains.



De leurs qualités les plus précieuses, les plus fertiles, les plus enrichissantes. Le voyou blanchi par la manipulations experte des colonnes de quantification bien alignées, ferait la loi morale et le droit civique, en pure fonction armée du chiffre. La loi du chiffre, comme il y a une loi de la rue ou de la jungle, contre celle de l'Entraide Kropotkinienne, répondant le plus naturellement du monde à la darwinienne sociale au pouvoir.



On pense à Capone dans le film Les Incorruptibles, batte de base-ball sous le bras, « narquois » en smoking, à son goût de l'opéra et des formules médiatiques, à son démocratisme maffieux, à sa haine des minables et des « ramasse-merde » : ceux qui n'ont pas sa morale utilitariste absolue sur le coeur, et encore moins l'expertise de sa pratique criminelle royale éclairée de rancœur réaliste politique et spectaculaire.



Imaginons-le un instant déguisé en économiste à la mode : vous aurez à peu prés une idée de ce qui arrive en continu, à tir tendu, sur nos gauloises têtes depuis peu, 3 ou 4 décennies, dans notre bonne vieille Europe.

Évidemment tous n'ont pas  l'écœurant panache du Capone du film, son aura fascisante et fascinante, ses mimiques à vomir, pures et péremptoires. Alors, restent, mécaniquement, les mots d'ordre martelés à  la batte baratin, la propagande des « spécialistes » diplômés ou entrepreneuriaux, vent-debout contre l'État-providence des Rois Fainéants.



Vive la République du Dieu Dollar, sa Démocratie Commerciale et ses Pratiques Comptables Échangistes. A bas l'amour humain, vive l'amour libre. Comme disait Orwell : « La liberté, c'est l'esclavage ! » Sans oublier ce qui nous attend, au dessus de la tête basse, comme un bonnet d'âne, inscrit à l'entrée du camp, en avertissement anachronique universel  : « Le travail rend libre. » Demain sera soft à Buckenwald, amis hexagonaux internés dans leurs têtes.



Que restera t-il en fin de compte ? Le civisme productif contre l'humanisme transcendantal

La participation contre le partage, le droit contre l'obligation morale, l'impôt et la taxe contre le principe, le droit payant contre le droit naturel d'avoir une culture partagée, le droit de consommer contre la liberté d'aimer ou de créer, le droit humain contre la conscience, le droit des affaires contre le droit au travail (ou au logement), inscrits dans la constitution française de De Gaulle (honneur unique au monde, même si jamais appliqué).



Que reste t-il de la culture amérindienne en Amérique ? Une industrie du tourisme, notre avenir français tracé, partagé avec les peuples premiers d'Europe et du monde, bien conforme au Plan Comptable Mondial ET aux Droits de l'Homme Libre.  

Ce monde qui fabrique et interchange tous les autres. Libre d'humanité espagnole, d'humanitas perdidas, comme d'honneur. Monde statistique pourcenté, déjà acté au pays des Dieux penchés sur l'humanisme nouveau, doigt levé...



mercredi 12 novembre 2014

LE MUR DU POSSIBLE






LE MUR DU POSSIBLE


LA TECHNIQUE ET L'HUMAIN 3



LE MUR DU POSSIBLE ET LA VOIE ROYALE DU PERMIS



Comme l'avait fait Kerouac avant tout le monde, il faut revenir un peu à Dostoïevski, cet immense génie interrogeant un monde moderne en gestation – surtout par ses intuitions rationnelles, déjà remarquées par Camus. Dosto, que le gouvernement russe est en train d'essayer d'interdire dans les écoles et les bibliothèques. Y revenir pour saluer sa lucidité très simple sur l'avenir de l'Occident et du monde.

« Si Dieu n'existe pas, tout est permis. »
Il faut développer en sortant des ornières religieuses-moralistes des doxa. Ou tout est permis ou tout ne l'est pas, et si oui ou non, pourquoi. Saluons donc d'abord ces anarchistes scientifiques chrétiens russes exterminés au début du siècle 20, désormais anonymes, et donc encore plus beaux, ces possibles qui ne furent pas permis. Frères dans le temps, assassinés sur ordre de qui, obéissant à qui, loin de là ? C'est que non seulement leur possible à eux n'était pas rationnel, mais encore, conséquence ou cause (là et seulement là, il y a poule et oeuf, comme on le verra ultérieurement), il n'était nullement réaliste, au sens des affaires de ce monde.

Si tout n'est pas permis, tout n'est pas possible, et tout ce qui est possible n'est donc pas réalisable – contre la direction prise par la science technique moderne. Ou plutôt ce non-réalisable là, transgressé remet tout en question : derrière un prétendu progrès scientifique-technique se cache la régression, « l'évolution régressive » dont parlait déjà un Elysée Reclus.

Ce qui compte n'est pas l'épouvantail Dieu, ce sont les valeurs qu'il symbolise, laïcisées ou pas d'ailleurs, comme par exemple l'esprit et non la lettre des Droits imprescriptibles et universels de l'Homme, non chez leurs doctrinaires roués, mais dans l'esprit d'un peuple et ses sentiments, tous deux non étrangers à leur ancienne culture chrétienne. On peut penser à un Hugo aussi pour faire le lien entre esprits conscients et sentiments du cœur.

***

Il faut se tenir à un plan qui ne soit ni religieux ni philosophique ni scientifique, tout en les englobant, en les tenant tous sans en lâcher un, la vérité ne relevant pas des champs spécifiques du réalisme relativiste, mais d'une attitude d'esprit absolument ouverte et non séparée du monde dans sa diversité universelle incluse et interne, active et virtuelle dans les lois de la permanence de son être.

Il faut retrouver l'absolu du monde dans sa qualité pour préserver son intégrité. Absolu lié, organique et pour cela les contributions non alignées des sciences et des religions sont nécessaires en se séparant des logiques qui séparent, y compris pour les questions essentielles de morale et de transcendance ou de vérité. Les logique analytiques doivent cependant ne plus pouvoir s'appliquer que dans la relativité restreinte de champs respectifs pratiques et techniques irremplaçables mais absolument limités, sous contrôle d'une raison véritablement universelle, c'est à dire acceptant la part métaphysique essentielle d'une vérité directrice unifiée indiscutable, par delà toute réalité sensible dans ses instabilités pratiques.

Non l'indiscutabilité stupide et dangereuse du dogme, mais l'indiscutabilité de conviction non vérifiée, mais avérée par une parole et un engagement personnel social qui vaut et non valide, non par la logique, mais par l'exemple vivant ordinaire et extraordinaire et la visibilité inévitable, mais non recherchée, des fruits qui l'accompagnent. Un indiscutabilité du cœur aussi, puisque les sentiments traduisent non une sentimentalité psychologique, mais un instinct sûr, quand cette indiscutabilité est exclusivement (à l'exclusion de tout argument logique rationnel systémique) guidée par la vérité et son souci, respectée et honorée comme telle, comme ce fut le cas de certaines périodes pré-logiques et pré-techniques de notre immense histoire.

Ces sentiments et cette parole-là étant à la base de toute dignité des personnes dans leur relation globale au monde. Les périodes de décadences doivent au moins être maîtrisées, les leçons à tirer ne pouvant que remettre au moins au pouvoir intellectuel juste le rôle éternel joué par la vérité une et indivisible au sens analytique, pour le maintien d'une vie et d'une société digne de ce nom. L'épisode technicien de notre civilisation aura au moins montré, négativement, l'impossibilité absolue de s'écarter de toute chevalerie morale, intellectuelle et spirituelle, un peu comme dans « Excalibur » de John Boorman. Seule la parole spirituelle et humaine présente une garantie de vérité, de liberté et de dignité.

A un autre niveau, les leçons du Zen doivent être tirées autant en science qu'en spiritualité face au tout en paix dans tout, sous peine de prolonger les totalitarisme de pensée et d'attitude, sans parler d'autorité ou de pouvoir. Le centre de la réalité n'est nulle part, comme le pressentit le génie « hybride » de Pascal, dans son esprit de logique et de finesse.

Les machines ne doivent être que des outils matériels soumis au jugement critique, au tamis de la raison transcendante, celui qui laisse passer la lumière, et du cœur spirituel, sans autre considération que celle de la vérité humaine et de la réalité du monde qu'elle impactent, au départ et à terme. Réflexion qu'initia génialement en son temps Simone Weil à partir de l'expérience et de la pensée personnelle sociale, sans être, évidemment, écoutée. Mais la force de sa parole témoignante appartient au futur. Il faut briser l'entente abjecte des machines et leur congénitalité dégénérative-dépressive. Mais la briser dans l'esprit, le rationnel, pas comme des luddites, même joséboviens.

***

Il faut partir non du système et de ses contraintes, de ses données ou de sa « logique interne », mais de la personne humaine, comme sut le faire absolument Simone Weil dans " L'Enracinement ". Partir des besoins humains fondamentaux, des matériels pour aller vers les spirituels, et en ceci, le travail inégalé en intelligence humaine profonde qu'elle fit et légat au monde, et en particulier à la France Éternelle, est une arme (et un outil) chargée de futur, comme disait un poète espagnol en exil. Celui qui part du système est mort ou esclave en tant qu'humain. Simone, « Jeanne » et honneur de notre Culture, moniale laïque, dont l'anarchisme chrétien tremble comme une Voie Royale sous le soleil de Satan, ouvrant les Grandes Portes à deux battants pour la Sortie en armure de lumière au devant de l'éternel assiégeant Anglais. Le barbarie anglo-saxonne ne se combat pas avec les armes du sensible.

Les « problèmes » advenus et à venir ont toujours été liés au tout systémique, ou non systémique, puisque la nature n'est ni machinerie ni système. Totalitarismes, dialectiques instrumentalistes envahissantes (comme il y a des troubles envahissants du comportement), horizontalités technicistes sans limite, et toutes les formes de pathologies systémiques nouvelles à venir. Mais là où la nature ouverte réparait et restituait l'intégrité atteinte, l'enfermement du système technicien interdit tout retour en arrière, toute réparation humaine ou naturelle, puisque ces deux faces d'un même Être sont inexorablement liées au destin condamné de toute divinité, de tout mythe ou de toute parole, comme le montre si bien, définitivement, Ellul.

Ce que veut dire et désigne le « tout n'est pas permis » dostoïevskien, ce sont des limites aujourd'hui atteintes : écosystème, autodestruction, besoins et productions démesurés, pathologies envahissantes. Ces dérèglements globaux, jusqu'au climatique, sont la preuve et le résultat de « l'expérience » rationnelle systématique déraisonnable d'un monde « climatisé », justement : « maîtrisé et possédé » par l'homme cartésien « libéré » des contraintes de l'irrationnel et de l'ouverture verticale totale au risque de la noblesse et du sacrifice de soi – c'est à dire de la liberté et de la beauté spirituelles conquises au prix fort.

Saccage technique et artificialisation de la vie par et dans une logique infernale de puissance pure appliquée au tout et à tout, au profit arbitraire et fou du renforcement systématique de ce qui est permis par pure et simple absence de règle et et liquidation des limites, comme le discerna encore Ellul. Le possible contre ce qui est. Au lieu du vrai contre le vraisemblable, assimilé, contrefait, usurpé, violé en représentation. Cette solution finale de tout problème humain ou naturel est un anéantissement théorique, seulement et heureusement, dans la mesure où la vérité du monde n'est pas un résultat ou une application, mais un moteur immobile et sûrement pas un désir fou.

Comme pour la poule, l'oeuf en vérité a besoin d'être fécondé dans la poule, par le sens historique ou spirituel. Les cinq sens ne suffisent pas à produire celui d'une seule chose et encore moins d'un seul être. Le système n'est qu'une batterie de pondeuses stériles tout juste bonnes pour de l'omelette sociale, pas pour une humanité bonne. Le possible contre ce qui est ne sera jamais que la limite des possibilités possibles, pas de ce qui est possibilité de l'être ou d'être. Aucun faux possible ne peut dicter du vrai permis. Seul le vrai est possible, surtout le plus impossible et irrationnel : la raison ne construit pas le bon sens, elle ne fait jamais que le suivre, comme un singe savant ou mieux un perroquet dressé.


Article originellement publié sur http://www.pearltrees.com/darkhaiker/scientifique-technique-humain/id12678026







lundi 8 septembre 2014

KEROUAC JACK MEMORIAM # 1 PERDANT MAGNIFIQUE





Kerouac, perdant magnifique, loser transcendantal dans « un monde à l'agonie », un après-guerre de gueule de bois où le jazz des nègres sauve la mise de blancs encore amoureux de la vie et de la vérité – en place de l'argent – puisque vie et vérité ne doivent jamais être séparés, même si, comme dans un satori inexpliqué il admit que celle-ci devait être aussi vendue – comme si il fallait vivre ce "péché" de la condition humaine, là-bas – NYC –, pour s'en libérer ensuite ou la laisser faire son indomptable office.

 Quand tout semblait perdu, le jazz était encore une espérance, tant qu'il survivait pur témoin, original et marginal, tendre et brutal.



Kerouac, révolté artiste, mais parce qu'artiste, non pas artiste parce que révolté, choisit d'écrire par vocation religieuse d'abord, pour la gloire après seulement, ce qui le sauva, à peu prés seul, du pouvoir intellectuel

Jeté sur les routes par la mort de son père autant que par folie d'aventure et de vérité, dans la révolte artiste des beats, dont il fut plus un inspirateur qu'un suiveur, sauf pour les prêtres noirs de la Révolution totale et de la défonce nihiliste prétendument créatrice préfigurant la déviance utile de masse des seventies, il oeuvra pour une fraternité des pauvres – de tous les pauvres – tirée vers une béatitude héroïque de solitaires, américaine, comme dans un grand Blues prolétarien sacré partagé.



L' art pour lui – son art, ou l'universel – était un « devoir sacré » dans le monde matériel "noir" des blancs, réponse transcendante à sa démesure et démence cruelles et inhumaines, un retour au spirituel invoqué et provoquant chez les récompensés de leurs œuvres

Kerouac, révolté révoltant parce qu'artiste ; artiste ayant choisi de témoigner de la souffrance humaine – et parfois aussi de la joie sauvage exultant et exsudant du fond de sa condition, par delà les limites des misères et des geôles – souffrance matérielle psychique karmique, moderne infinie, d'un monde en ruine spirituelle et d'une jeunesse abandonnée au système.



Kerouac oeuvra pour la rédemption de tous, à commencer par la sienne, très nécessaire, sans se faire curé communiste, terroriste intellectuel ou nihiliste pseudo nietzschéen, il choisit d'être un artiste dostoïevskien écrivant dans la misère lumineuse des nuits blanches avec des pensées d'éternitéau milieu même de la déchéance. Ce qu'il fit. 

Il ne passa jamais à la Révolution ni à ses logiques obscures aux mains sales, ou à l'esprit tordu d'angoisse, de haine et de supériorité morale.



Kerouac, même celui que la honte bien-pensante d'une « nouvelle gauche » puritaine en fabrication considéra comme le « repoussant » alcoolique réac de la fin, resta toute sa vie en quête de Révélation et de Satori, errant de Dieu, marginal génial et inspiré jusque dans sa prose la plus populairement folle, déjantée ou carrément mauvaise : la place de l'esprit ou son fantôme y rôda toujours malgré tout. L'esprit de son oeuvre, ouvert, offert aux vents.

Il resta, tant qu'il put, sincère, confessant son bluesmême au hasard, même « ange déchu » final et abandonné, jusqu'au fond sans fond de son licenciement terminal et de son suicide flambeur, vengeur et décadent.

 Jusqu'au fond d'un désespoir solitaire assumé, en Américain libre du fond de ses entraves et de ses peurs, fou comme un Français du Québec, dansant sur le vide et l'horreur, cette "horreur d'être un homme", et la défiant au nom du sacré de la vie, d'une vie déchue mais fière, comme celle de tant. Non normalisable.

vendredi 5 septembre 2014

NEW-YORK NEW-YORK # 3 DAMOCLES

Retour à une statue statufiant les States.  Tiendrait-elle en main gauche de nouvelle tables de la Loi, celle d'un Nouveau Monde ? Prophétesse d'une loi de liberté impérieuse autant qu'impériale, absolue, dont Camus explora les logiques obligées ? Quel est donc l'empire de cette impératrice portuaire ?

Brandissant sa torche comme une arme, un signe de ralliement, comme une meneuse de peuples « rêveurs » oui, mais vers quel abîme protecteur ?  La posture est celle d'une guerrière robuste et déterminée en Amazone. Plus banalement, celle d'un symbole maternaliste transnational : le paradis -bercail d'un bonheur matriarcal pour orphelins de guerre.

Son côté phare dans les ténèbres attirera toujours les révoltés et les incompris, les marginaux, les exilés, pour refaire un monde nouveau sous le soleil, pour libérer « l'énergie des esclaves » (Leonard Cohen), figurant l'illusion d'une libération matérielle du monde. Un pouvoir humain supérieur, prométhéen défiant l'océan mais aussi, en contre-plongée, le ciel.

Il n'y a là pourtant que divers plats amalgamés et réchauffés dans de vieilles gamelles, un vieux « creuset » Babel-Babylone, où des Diables Bleus triment à sauver un monde perdu. Une sorte de colonie pénitentiaire kafkaïenne masquée. Vue d'en bas, la posture de la matrone est un pur défi, mais à quoi ? Au Vieux Monde ? Une sorte d'incarnation massive de la Sécession, du Divorce, de la Rupture et même de la Révolution ?

La souveraine est campée, plantée comme une indéboulonnable maîtresse, puissante, olympienne, mais maîtresse de qui, de quoi ? Assise debout dans le sens du Pouvoir caché derrière l'affiche libertaire ?  Mais sur quoi cette liberté est-elle « assise » ? Sur quelle conquête ? L'America : « Love her or leave her ! ». Le credo, le crédit, la relation à l'amante, à la grande prêtresse, affichant de bien crédibles sentiments. Et si c'était vrai : si les peuples n'étaient que des enfants perdus dans un océan de misère ?

En mère-matrie, l'union libre est entreprise sentimentale risquée et contractuelle à la fois, sous contrôle social dirigé par une pensée très monothéiste, absolue, indépendante de tout, planant comme l'aigle impérial millénaire renaissant de ses cendres. Souvent le mal-aimé sombre corps et biens dans une mégalomanie caligulienne : le « rêve-planète » d'occident est un virus qui a simplement muté ici.

« Tout est permis », sous certaines conditions, prophétisait Dosto – tout étant, dans ces conditions, uniquement question du prix à payer – le fort du prix fort – , une sorte de naturalisme illuminé finalement si proche du germanique, que le vertige, du haut de sa couronne tranchante, nous prend la tête en étau pour forger l'invisible glaive écarlate.