Kerouac, perdant magnifique, loser transcendantal dans « un monde à l'agonie », un après-guerre de gueule de bois où le jazz des nègres sauve la mise de blancs encore amoureux de la vie et de la vérité – en place de l'argent – puisque vie et vérité ne doivent jamais être séparés, même si, comme dans un satori inexpliqué il admit que celle-ci devait être aussi vendue – comme si il fallait vivre ce "péché" de la condition humaine, là-bas – NYC –, pour s'en libérer ensuite ou la laisser faire son indomptable office.
Quand tout semblait perdu, le jazz était encore une espérance, tant qu'il survivait pur témoin, original et marginal, tendre et brutal.
Kerouac,
révolté artiste, mais parce qu'artiste, non
pas artiste parce que
révolté, choisit d'écrire par vocation religieuse
d'abord, pour la gloire après seulement, ce qui le sauva, à peu prés seul,
du pouvoir intellectuel.
Jeté sur les routes par la mort de son père autant que par folie d'aventure et de vérité, dans la révolte artiste des beats, dont il fut plus un inspirateur qu'un suiveur, sauf pour les prêtres noirs de la Révolution totale et de la défonce nihiliste prétendument créatrice préfigurant la déviance utile de masse des seventies, il oeuvra pour une fraternité des pauvres – de tous les pauvres – tirée vers une béatitude héroïque de solitaires, américaine, comme dans un grand Blues prolétarien sacré partagé.
Jeté sur les routes par la mort de son père autant que par folie d'aventure et de vérité, dans la révolte artiste des beats, dont il fut plus un inspirateur qu'un suiveur, sauf pour les prêtres noirs de la Révolution totale et de la défonce nihiliste prétendument créatrice préfigurant la déviance utile de masse des seventies, il oeuvra pour une fraternité des pauvres – de tous les pauvres – tirée vers une béatitude héroïque de solitaires, américaine, comme dans un grand Blues prolétarien sacré partagé.
L' art
pour lui – son art, ou l'universel – était un « devoir
sacré » dans le
monde matériel "noir" des
blancs, réponse
transcendante à sa démesure et démence cruelles et inhumaines, un
retour au spirituel invoqué
et provoquant chez les
récompensés de leurs œuvres.
Kerouac, révolté révoltant parce qu'artiste ; artiste ayant choisi de témoigner de la souffrance humaine – et parfois aussi de la joie sauvage exultant et exsudant du fond de sa condition, par delà les limites des misères et des geôles – souffrance matérielle psychique karmique, moderne infinie, d'un monde en ruine spirituelle et d'une jeunesse abandonnée au système.
Kerouac, révolté révoltant parce qu'artiste ; artiste ayant choisi de témoigner de la souffrance humaine – et parfois aussi de la joie sauvage exultant et exsudant du fond de sa condition, par delà les limites des misères et des geôles – souffrance matérielle psychique karmique, moderne infinie, d'un monde en ruine spirituelle et d'une jeunesse abandonnée au système.
Kerouac
oeuvra pour la rédemption de
tous, à commencer par la sienne, très nécessaire, sans se faire
curé communiste, terroriste intellectuel ou nihiliste pseudo
nietzschéen, il choisit d'être un artiste dostoïevskien écrivant
dans la misère lumineuse
des nuits blanches avec
des pensées d'éternité –
au milieu même de la
déchéance. Ce qu'il fit.
Il ne passa jamais à la Révolution ni à ses logiques obscures aux mains sales, ou à l'esprit tordu d'angoisse, de haine et de supériorité morale.
Il ne passa jamais à la Révolution ni à ses logiques obscures aux mains sales, ou à l'esprit tordu d'angoisse, de haine et de supériorité morale.
Kerouac,
même celui que
la honte bien-pensante d'une « nouvelle gauche »
puritaine en
fabrication considéra comme
le « repoussant »
alcoolique réac de la fin, resta
toute sa vie en quête de Révélation et de Satori, errant de Dieu,
marginal génial et inspiré jusque dans sa prose la plus
populairement folle, déjantée ou
carrément mauvaise : la place de l'esprit ou son fantôme y
rôda toujours malgré tout. L'esprit de son oeuvre, ouvert, offert aux vents.
Il resta, tant qu'il put, sincère, confessant son blues – même au hasard, même « ange déchu » final et abandonné, jusqu'au fond sans fond de son licenciement terminal et de son suicide flambeur, vengeur et décadent.
Jusqu'au fond d'un désespoir solitaire assumé, en Américain libre du fond de ses entraves et de ses peurs, fou comme un Français du Québec, dansant sur le vide et l'horreur, cette "horreur d'être un homme", et la défiant au nom du sacré de la vie, d'une vie déchue mais fière, comme celle de tant. Non normalisable.
Il resta, tant qu'il put, sincère, confessant son blues – même au hasard, même « ange déchu » final et abandonné, jusqu'au fond sans fond de son licenciement terminal et de son suicide flambeur, vengeur et décadent.
Jusqu'au fond d'un désespoir solitaire assumé, en Américain libre du fond de ses entraves et de ses peurs, fou comme un Français du Québec, dansant sur le vide et l'horreur, cette "horreur d'être un homme", et la défiant au nom du sacré de la vie, d'une vie déchue mais fière, comme celle de tant. Non normalisable.

Si ce qui est dit est vrai – et ça l’est – alors Kerouac est effectivement invraisemblablement actuel, sa condition est très précisément la nôtre, rien n’a changé hormis les apparences qui trompent désormais tout le monde. Le jazz est et reste une des rares « bulles » d’air frais et respirable en ces temps d’asphyxie générale, tant climatique que morale ou intellectuelle. Ce jazz doit être sauvegardé, lui aussi, comme un trésor de l’humanité, ce qu’essaie de faire explicitement par exemple un homme comme Marcus Miller, entrevoyant bien et refusant sa marchandisation en cours (comme dans cette dernière vidéo du grand Hamasyan que je trouve décevante parce que dangereusement « fluidifiée » et quelque peu pré-formatée : http://www.youtube.com/watch?v=7kXWAhfyU7c, à la différence d’un Maalouf qui reste bien « collé » au réel : http://www.youtube.com/watch?v=wpg8jBFaj3c)
RépondreSupprimerMerci donc à Kerouac et à vous pour cette « leçon » de vie ou de mort…
"Invraisemblablement actuel" (belle formule) ... et vrai, Kerouac appartient à tous les futurs, c'est pourquoi il reste éternellement "présent".
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