LE MUR DU
POSSIBLE
LA TECHNIQUE ET L'HUMAIN 3
LE MUR DU POSSIBLE ET LA
VOIE ROYALE DU PERMIS
Comme l'avait fait
Kerouac avant tout le monde, il faut revenir un peu à
Dostoïevski, cet immense génie interrogeant un monde moderne en
gestation – surtout par ses intuitions rationnelles,
déjà remarquées par Camus. Dosto, que le gouvernement russe est en
train d'essayer d'interdire dans les écoles et les bibliothèques. Y
revenir pour saluer sa lucidité très simple sur l'avenir de
l'Occident et du monde.
« Si
Dieu n'existe pas, tout est permis. »
Il
faut développer en sortant des ornières religieuses-moralistes
des doxa. Ou tout est
permis ou tout ne l'est pas, et si oui ou non, pourquoi. Saluons
donc d'abord
ces anarchistes scientifiques
chrétiens russes exterminés
au début du siècle 20,
désormais anonymes, et donc
encore plus beaux, ces
possibles qui ne furent pas permis.
Frères dans le
temps, assassinés sur
ordre de qui, obéissant à qui, loin de là ? C'est que non
seulement leur possible à
eux n'était pas rationnel,
mais encore, conséquence ou cause (là et seulement là, il y a
poule et oeuf, comme on le verra ultérieurement), il n'était
nullement réaliste,
au sens des affaires
de ce monde.
Si
tout n'est pas permis, tout n'est pas possible,
et tout ce qui est possible n'est donc pas réalisable – contre la
direction prise par la science technique
moderne. Ou plutôt ce non-réalisable là, transgressé remet tout
en question : derrière un prétendu progrès
scientifique-technique se cache la régression, « l'évolution
régressive » dont parlait déjà un Elysée Reclus.
Ce
qui compte n'est pas l'épouvantail Dieu, ce sont les valeurs qu'il
symbolise, laïcisées ou pas d'ailleurs, comme par exemple l'esprit
et non la lettre des Droits imprescriptibles et
universels de l'Homme,
non chez leurs doctrinaires roués, mais dans l'esprit d'un peuple et
ses sentiments, tous deux non étrangers à leur ancienne culture
chrétienne. On peut penser à
un Hugo aussi pour faire le lien entre esprits conscients et
sentiments du cœur.
***
Il
faut se tenir à un plan qui ne soit ni religieux ni philosophique ni
scientifique, tout en les englobant, en
les tenant tous sans en lâcher un, la
vérité ne relevant pas des champs spécifiques du
réalisme relativiste, mais d'une attitude d'esprit absolument
ouverte et non séparée du monde dans sa diversité universelle
incluse et interne, active
et virtuelle dans les lois de la permanence de son être.
Il
faut retrouver l'absolu
du monde dans sa qualité
pour préserver son intégrité. Absolu lié, organique et pour cela
les contributions non alignées
des sciences et des religions sont nécessaires en se séparant des
logiques qui séparent, y compris pour les questions essentielles de
morale et de transcendance ou
de vérité. Les logique
analytiques doivent cependant ne plus pouvoir s'appliquer que dans la
relativité restreinte de champs respectifs pratiques et techniques
irremplaçables mais
absolument limités,
sous contrôle d'une raison véritablement universelle, c'est à dire
acceptant la part métaphysique essentielle d'une vérité directrice
unifiée indiscutable, par delà toute réalité sensible dans
ses instabilités
pratiques.
Non
l'indiscutabilité stupide et dangereuse du dogme,
mais l'indiscutabilité de conviction non
vérifiée, mais avérée
par une parole et un engagement personnel social qui vaut
et non valide, non par la
logique, mais par l'exemple vivant ordinaire et extraordinaire et la
visibilité inévitable, mais
non recherchée, des fruits
qui l'accompagnent. Un indiscutabilité du cœur aussi, puisque les
sentiments traduisent non une sentimentalité psychologique, mais un
instinct sûr, quand cette indiscutabilité est exclusivement
(à l'exclusion de tout argument logique rationnel systémique)
guidée par la vérité et son souci,
respectée et honorée comme telle, comme ce fut le cas de certaines
périodes pré-logiques et pré-techniques de notre immense
histoire.
Ces
sentiments et cette parole-là étant à la base de toute dignité
des personnes dans leur relation globale au monde. Les périodes de
décadences doivent au moins
être maîtrisées, les leçons
à tirer ne pouvant que remettre
au moins au pouvoir
intellectuel juste le
rôle éternel joué par la vérité
une et indivisible au
sens analytique, pour le maintien d'une vie et d'une société digne
de ce nom. L'épisode technicien de notre civilisation aura au moins
montré, négativement, l'impossibilité absolue de s'écarter de
toute chevalerie morale, intellectuelle et spirituelle, un peu comme
dans « Excalibur » de John Boorman. Seule la parole
spirituelle et humaine présente une garantie de vérité, de liberté
et de dignité.
A
un autre niveau, les leçons
du Zen doivent être tirées autant en science qu'en spiritualité
face au tout en paix dans tout,
sous peine de prolonger les totalitarisme de pensée et d'attitude,
sans parler d'autorité ou de pouvoir. Le centre de la réalité
n'est nulle part, comme le
pressentit
le
génie « hybride » de
Pascal, dans son esprit de
logique et de finesse.
Les
machines ne doivent être que des outils
matériels soumis au jugement critique, au tamis de la raison
transcendante, celui qui laisse passer la lumière, et du cœur spirituel, sans autre considération que
celle de la vérité humaine et de la réalité du monde qu'elle
impactent, au départ et à terme. Réflexion qu'initia génialement
en son temps Simone Weil à partir de l'expérience et de la pensée
personnelle sociale, sans être, évidemment, écoutée. Mais la force
de sa parole témoignante
appartient au futur. Il faut
briser l'entente abjecte des machines et
leur congénitalité dégénérative-dépressive. Mais la briser dans
l'esprit, le
rationnel, pas comme des
luddites,
même joséboviens.
***
Il
faut partir non du système et de ses contraintes, de ses données ou
de sa « logique interne », mais de la personne humaine,
comme sut le faire absolument Simone Weil dans "
L'Enracinement ". Partir des besoins humains fondamentaux,
des matériels pour aller vers les spirituels, et en ceci, le travail
inégalé en intelligence humaine profonde qu'elle fit et
légat au monde, et en particulier à la France Éternelle, est une
arme (et un outil) chargée de futur,
comme disait un poète espagnol en exil. Celui qui part du système
est mort ou esclave en tant qu'humain. Simone, « Jeanne »
et honneur de notre Culture, moniale laïque, dont l'anarchisme
chrétien tremble comme une Voie Royale sous le soleil de Satan,
ouvrant les Grandes Portes à deux battants pour la Sortie en armure
de lumière au devant de l'éternel assiégeant Anglais. Le
barbarie anglo-saxonne ne se combat pas avec les armes du sensible.
Les
« problèmes » advenus et à venir ont toujours été
liés au tout systémique, ou non systémique, puisque la
nature n'est ni machinerie ni système. Totalitarismes,
dialectiques instrumentalistes envahissantes (comme il y a des
troubles envahissants du comportement), horizontalités
technicistes sans limite, et toutes les formes de pathologies
systémiques nouvelles à venir. Mais là où la nature ouverte
réparait et restituait l'intégrité atteinte,
l'enfermement du système technicien interdit tout retour en arrière,
toute réparation humaine ou naturelle, puisque ces deux faces d'un
même Être sont inexorablement liées au destin condamné
de toute divinité, de tout mythe ou de toute parole, comme le montre
si bien, définitivement, Ellul.
Ce
que veut dire et désigne le « tout n'est pas permis »
dostoïevskien, ce sont des limites aujourd'hui atteintes :
écosystème, autodestruction, besoins et productions démesurés,
pathologies envahissantes. Ces dérèglements globaux,
jusqu'au climatique, sont la preuve et le résultat de
« l'expérience » rationnelle systématique
déraisonnable d'un monde « climatisé », justement :
« maîtrisé et possédé » par l'homme cartésien
« libéré » des contraintes de l'irrationnel et de
l'ouverture verticale totale au risque de la noblesse et du
sacrifice de soi – c'est à dire de la liberté et de la beauté
spirituelles conquises au prix fort.
Saccage
technique et artificialisation de la vie par et dans une logique
infernale de puissance pure appliquée au tout et à tout, au
profit arbitraire et fou du renforcement systématique de ce qui
est permis par pure et simple absence de règle et et
liquidation des limites, comme le discerna encore Ellul. Le possible
contre ce qui est. Au lieu du vrai contre le vraisemblable,
assimilé, contrefait, usurpé, violé en représentation. Cette solution finale
de tout problème humain ou naturel est un anéantissement
théorique, seulement et heureusement, dans la mesure où la
vérité du monde n'est pas un résultat ou une application, mais un
moteur immobile et sûrement pas un désir fou.
Comme
pour la poule, l'oeuf en vérité a besoin d'être fécondé dans
la poule, par le sens historique ou spirituel. Les cinq sens ne
suffisent pas à produire celui d'une seule chose et encore
moins d'un seul être. Le système n'est qu'une batterie de
pondeuses stériles tout juste bonnes pour de l'omelette
sociale, pas pour une humanité bonne. Le possible contre ce
qui est ne sera jamais que la limite des possibilités possibles, pas
de ce qui est possibilité de l'être ou d'être. Aucun
faux possible ne peut dicter du vrai permis. Seul le vrai est
possible, surtout le plus impossible et irrationnel : la raison
ne construit pas le bon sens, elle ne fait jamais que le
suivre, comme un singe savant ou mieux un perroquet dressé.
Article
originellement publié sur
http://www.pearltrees.com/darkhaiker/scientifique-technique-humain/id12678026

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