« Je me méfie
des gens qui ont des malheurs (…) [et] qui s'en servent pour
écraser les autres(...) [De la personne] qui flaire d'une lieue
toute tentative de vie. »
Simenon, antisocialiste
dostoïevskien formé et déformé par les jésuites, comme Kerouac.
« Imbécile de génie » (Keyserling), il aurait été,
pouvait-on lire dans un article du Monde des années 2000, « misogyne »
quand il appliquait particulièrement ces vérités sociales aux
femmes construites.
Entendez non
pas, finalement, tant à
leur nature –
aujourd'hui anéantie dans la
« chose » par la
Théorie, mais dans l'exercice de leurs
fonctions sacerdotales citoyennes
auxiliaires contractuellement « adjointes ».
Plus
loin l'auteur de l'article qualifiait presque Simenon de
« stakhanoviste » de « l'évasion »
littéraire. Fuyant le système, sa « possession dévastatrice »
et sa « fatale impossibilité de communiquer ». Ainsi,
comme Kerouac encore, le grand romancier n'aurait été qu'un
déserteur dont les personnages côtoient les bas-fonds des
« fugitifs et les errants » (Simenon),
expression de sa désertion et de sa marginalité sociales,
sous le séduisant label littéraire de la partance vers
l'Ailleurs et des festivals de son
aventureuse, hypothétique et très commerciale rédemption.
On
connaît bien la subtile musique critique des joueurs de flûte en
papier, flattant les grands adolescents romantiques sommeillant au
milieu du porc ou du bœuf-lecteur industriel châtré,
parlant de, mais surtout pour ceux qui osent transgresser les codes par procuration, ouvrir
des portes ouvrant sur les ivresses payantes de
« non-possession » de « l'hypocrite lecteur »,
auquel le critique s'adresse d'abord, plus comme un éleveur
que comme un élévateur.
Le
client lecteur, éternel collégien, apprentis baudelairien,
jouisseur borderline agréé, dont le spleen industriel
au « dandynement » stupéfié échoue sur une
poésie urbaine imaginaire du bout de la nuit d'un décor climatisé
comme dans les classiques matriciels noirs d'Hollywood
tournant autour de tous les péchés du monde.
Si
cette soit-disant poésie bon marché de la dérive de rue,
clochardisante au milieu des « cousins déchus des saints
et des ermites » (Simenon) est une haute tradition,
alors qu'elle l'assume au grand jour du combat, comme telle,
comme il se doit, et non comme une révolution de salon underground
parisien ou new-yorkais. Nous en avons assez de ces curés
socialistes faisant la pige aux jésuites, bouffant le curé
théorique en diable tout en flattant en apparence ceux qui le tirent
par la queue.
La
chute « articulaire » est finalement lamentable, comme il
se doit, à propos des personnages de Simenon : « (…)
dans le déluge des malheurs sans rémission, la révolte mal payée
de traverser la vie comme une ombre. » Dieu que la révolte
nihiliste est belle ! La vie comme une mauvaise œuvre d'art
personnelle, n'est-ce pas là un suprême art de masse,
la suprême négation socialiste ?
Un
Simenon déclaré si ambigu qu'il devient, dans son tombeau en
réédition constante, l'imbécile utile universel de
service auxiliaire d'une prêtrise noire, comme Céline, le Camus
de « l'Étranger ou Kerouac de « Sur la route ». La
révolte des déchus ou des anges, c'est selon,
proclamée nihiliste et jouissive supérieure,
criminelle, dans la si belle et séduisante splendeur maudite
de son charme sombre. A propos de naufrage, Baudelaire ne
finit-il pas par frapper à la porte de l'Académie pour sa
retraite ?
Camus
disait que l'art commençait là où la pensée s'arrête. C'est tout
art, ici, qui finit lamentablement. Les vrais gens
n'ont rien à voir avec cette vraie vie au label rimbaldien
contrefait comme une marque de chaussures de randonnée, autre
immense crypto, hélas a-raisonné par les prêtres obscurs
de « la transgression », cette pin-up dégoulinante de la
pensée moderne, cette contre-joie patentée. Il n'y a jamais
eu de révolte artiste pour la raison donnée par Camus plus
haut. Point barre. Le reste est financier.
Pour
ce qui est des vrais gens, des sans dents mordant la poussière
d'en-bas, bas-fonds humains où les relègue un système trop
vite dit bourgeois comme s'il n'était autre chose de pire
encore, les transformant en jouisseurs maudits exemplaires,
il faut affirmer haut et fort, contre ses médias, que les vrais gens
ne jouent pas, eux, la balzacienne comédie rabaissée dont
l'entomologiste Céline épingla les spécimens inversés, ils la
subissent, sans en tirer aucune joie, même dans le viol protégé
obligatoire.
Le
libre amour du monde est cette souffrance pure et nue comme celle des
saints, des héros et des Marie-Madeleine spoliés et humiliés,
que le monde moderne a besoin de nier et renier en vieux
maquereau, non pour être, mais pour exister seulement
comme substitut, en tant qu'ombre sous les feux mafieux de la
rampe du mal.
Rien
n'éteint le vrai visage d'une vraie femme heureuse,
belle ou pas, pas même le temps, pas même le mal : il
ne le rend que plus lumineux, plus clair, plus trans-parent, plus
naturellement im-maculé. Le reste appartient à
la raison pratique du Mal, aux fleurs fanées d'ennui,
d'envie, de trahison et de cruauté révoltés, et à sa très
universitaire propagande pseudo-libertaire de classe. Pauvre Père
Goriot. Comme tout ce qui n'est pas façonné par la main
humaine. Comme toute « grandeur libre » (Giono).
Le
visage serait, selon certains, notre être public ou social, visible,
spectaculaire, notre face citoyenne officielle.
Serait-il trop demander à la communauté de nous laisser le
préserver non-spéculé, de le présenter non-imagé, non
construit, non re-présenté, mais étant l'expression libre
d'une personne humaine, non-conforme au type étatique de sa
catégorie identifiable, comme celui de l'enfant non encore
normalisé, non encore envahi par les vieux codes romains de contrôle
du jeu de rôle ?
Est-ce trop demander, en démocratie, que de
montrer le visage d'une non-coopération naturelle au théâtre
des opérations politico-financières, dans la non-violence assumée
de sa part féminine éternelle, au nom de la vérité profonde de
chacun ? Mais cette part n'est-elle pas déjà maudite, portée au pouvoir, définie dans le cadre de l'impériale loi humaine ?
Sortirons-nous un jour des miasmes orthodoxes de la catholicité de la basse-ville de Rome pour entrer dans les divines vérités de la vie éternelle de ce monde ?
Dieu seul le sait : posons-lui la question franchement, sans simagrée ni peur.
Sortirons-nous un jour des miasmes orthodoxes de la catholicité de la basse-ville de Rome pour entrer dans les divines vérités de la vie éternelle de ce monde ?
Dieu seul le sait : posons-lui la question franchement, sans simagrée ni peur.
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