Facile de ne pas faire
d'erreur en ayant toujours raison, celle du plus fort en situation.
Quand les orientaux disent que « la situation est le
maître », cela signifie
clairement qu'on ne joue pas avec une situation, qu'on accepte sa
vérité sans réserve dans sa réalité première et
dernière.
Mais, comme le Dieu
des Occidentaux dans son meilleur, la Situation n'est pas quelque
chose de supérieur avec quoi on puisse
négocier et dont on peut tirer avantage : ce n'est pas une
rente.
C'est quelque chose qu'on
ne peut qu'infiniment respecter, d'autant plus qu'on la comprend
moins.
Faire
une chose et son contraire dans un même temps ne résout pas les
contradictions : elle les annule, les abstrait momentanément, illusoirement,
mensongèrement, tout en les renforçant, comme le fait toute
négation de la réalité, de ses formes, de ses expressions, de ses
signes et de ses symptômes, parfois.
Tout
faire en même temps sans rien faire, c'est théoriquement
ne rien oublier, mais la vérité n'a rien à voir avec la
philosophie, elle a à voir avec la réalité – non pas celle des
réalistes opportunistes et arrivistes,
ceux qui « spéculent » avec et
sur les réalités opportunes qui les
arrangent, pour les réduire
au calcul et au profit immédiats, donc non-opportunes,
mais dévoyées et déphasées du cours naturel et logique de
leur existence ; -- mais avec celle qui crée
le monde à chaque instant spatial de vie universelle.
La vérité
n'est pas un arrangement, c'est un engagement, une fidélité, une
foi.
Ces
réalistes-là, dont parla si bien Bernanos, ne "manquent" pas de
courage, comme on pourrait le croire au premier abord : ils ne
sont que le produit dérivé
de leur siècle, ou plutôt son sous-produit humain "supérieur".
Ils
ne sont qu'ignorance du courage, sa cynique négation , froide,
pure et simple, pure et dure. Ils ont la cruauté du chat qui joue avec la souris
agonisante : il ne font que jouer avec les déterminations et
leur soit-disante complexité.
Ce brouillard complexe
n'est qu'un rideau de fumée sur un monde ravagé par une
corruption intégriste. Cependant, comme le disent encore les orientaux du Tao : qui trop aiguise émousse.
Le
jeu du pouvoir n'est plus qu'une impuissance bloquée,
circulaire, auto-dévoration, auto-consommation : quand
il n'y a plus de jeu dans l'engrenage, il n'y a plus que celui des
apparences, des images et de la Représentation, du théâtre des opérations.
L'huile
n'y change plus rien : il n'y a pas de mécanique équilibrée sans liberté
de mouvement, c'est à dire autre chose
que de la mécanique. Le moteur du monde est serré,
comme disent les mécanos. Le
jeu sur les déterminations a « déterminé » un trop
grand jeu, qui a explosé le moteur.
Ce
jeu malsain a inversé son cours et nul ne sait où ce chapeau de roue
libre, ce désaxement va le mener, ou plus
exactement le ramener,
puisque nous sommes dans du cycle automobile.
Nous avons réuni ce qui était séparé et inversement : la
panne n'est plus seulement explosive, elle est devenue dynamique,
historique, universelle et quasiment cosmique.
Désormais
il n'y a presque
plus de situation, il n'y a
presque plus
que des retours :
« n'avez-vous jamais observé un bille d'acier qui tombe sur du
marbre ? », disent nos Égyptiens de l'intérieur à nous,
pour parler de la loi
de leur choc
subtil.
