Les responsables politiques ne fabriquent pas le populisme, il
surfent sur lui en tentant de l'instrumentaliser et de le
récupérer à leurs fins, surtout à gauche, en gauche
intellectuelle et progressiste, qui se pose toujours en recours
de la dernière chance au mal dit absolu, eux-mêmes incarnant
, bien sûr, le bien suprême. Évidemment ils jouent
avec le feu comme d'autres avec le sacré. C'est le populisme qui les
fabrique, comme il fabrique tout en démocratie, qu'il soit de
gauche, de droite ou des extrêmes. Depuis qu'il n'y a plus de peuple
il est en effet si facile de parler de populisme comme d'une
survivance contre-nature : le peuple profond a toujours
été aristocrate et même beaucoup plus...
Mais ceux qui manient le plus et le mieux, en sous-main, « le
populisme », ça a toujours été les libéraux, par un subtil jeu de « renversements réalistes » à moyen et
long terme. C'est pourquoi, en manipulant aussi bien droite que
gauche, ils parviennent toujours à faire des uns les conservateurs
des autres, et d'abord en ce qui concerne la loi des affaires.
Une seule raison pratique récurrente leur permet de
dominer largement les enjeux et de prodiguer les bons conseils :
la peur et l'égoïsme, puisqu'ils ne sont jamais les payeurs.
Ce
que l'on nomme populisme, en se pinçant un nez curieusement
insensibilisé,
par ailleurs, en l'absence d'odeur
cadavérique
de l'argent de ces derniers, c'est un peu de cette chose « qui
blesse », vous savez, que les naïfs nommaient la vérité, et
dont la négation méthodique fabrique les fascismes les plus
révoltants et les plus ignobles, que certains savent retourner à
point, cuite
comme la bête blessée "au ventre encore fécond" des derniers
millénaristes, cette fermentation abjecte du puritanisme
sentimental,
trahi dans sa religiosité la plus primaire, cette mère « légitime »
des crimes et des haines. Toutes choses dont parla si bien – mais
apparemment pour rien, et peut-être en raison de sa propre
contribution nihiliste au monde qu'il vomissait ou moquait – un
Céline de classe moyenne, versus populaire et contre-populaire en
même temps.
Pour
ce qui est du fascisme
islamique,
des histoires de diversité ou de multiculturalisme ou du relativisme
culturel, ou plutôt de la
culture relativiste,
aujourd'hui celle de nos bons économistes – comme il y avait les
bons pères – (tous
ces imposteurs
incultes
qui passent leur temps à calculer les avantages et les
inconvénients des destructions culturelles, ces découpeurs de
cheveux en société et individus, citoyens et civilisations),
il est évident que ce « l'ordre libéral » a toujours le
plus craint est « l'ordre religieux », celui
d'ailleurs dont
il se rapproche le
plus singulièrement,
dans
ses rapports
simulés
mais contraints
avec une
prétendue
« hiérarchie des appartenances et loyautés » fondée
sur le dogme impérial d'universalismes humanistes non pas profanes,
mais de
pure
profanation,
c'est
à dire exclusivement fondés sur les
affaires et
leur secret.
Il
est certain qu'un ordre
fasciste nouveau,
recouvert du voile impénétrablement pieux de l'Islam comme
d'une sorte de filet
de camouflage,
impressionne beaucoup le « monde libre », dont les
souvenirs français des guerres de religion sont évidemment
plus « horribles » que ceux des guerres et génocides
révolutionnaires laïcs
du
même pays,
malgré leur si sainte
concurrence
dans l'horrifique escalade de pureté
rationaliste de leur « Ordre » terroriste.
Mais pour ce qui est du fantôme des guerres civiles, hantant le
sommeil feint
de nos chers libéraux, ils ont toujours su l'agiter au bon moment efficace,
avec la maestria
modeste
du Bon
Créateur
d'Entreprise.
L'ordre fasciste islamique nouveau n'a de sens qu'à
partir de ses origines
obscures,
donc financières, comme le furent le nazi ou le léniniste (…)
Le culturel
invoqué
ici n'étant qu'un épouvantail pour les crédules créditeurs:
les trois monothéismes appartenant
à la même famille...,
ils
sont le
beau
prétexte
du
cœur
de cible du viseur et du superviseur, et
ce
jusqu'à la fin froide
du
programme.
Le
reste n'est que littérature : crimes passionnels de masse
autour d'histoires de fesses intellectuelles. L'horreur
sacrée
est un acquis démocratique, comme la guerre de 14, sur lequel il va
être difficile de revenir : on n'arrête pas le Progrès.
