L’amour vrai est intouchable, inaltérable.
Tant qu’il est ce qu’il est, force naturelle existante. Il ne peut être contrarié ni nié, ni conditionné par quoi que ce soit qui ne vienne de sa force.
L'amour vrai, réalité virtuelle immanente, sans besoin réel de réalisation existentielle transcendante ou symbolique, logique ou méthodique.
À partir du moment où il a vérifié sa réalité une fois, qu’elle soit contrariée ou pas n’a plus aucune importance : on ne la changera pas. C’est elle qui change et se mue, selon son besoin intérieur d’adaptation face à une réalité qui peut la nier, l’effacer la séparer, la diviser. Elle danse au dessus des négations comme une non-contradiction naturelle, unifiée.
Seul se renie un amour fabriqué, construit, orienté, pensé, calculé, apeuré, intimidé, terrorisé, conditionné.
L’amour vrai n’a de relation qu’avec la nature qui l’engendre et conditionne sans le déterminer, et qu'avec lui-même. Sans le déterminer, comme cause ou effet de ce qu’il est, spontanément engendré, virtuellement réalisé, ou pas, pensé, voulu, désiré ou pas.
Sa réalisation « idéale » n’est ni sa cause ni son effet, ni son but, elle est une possibilité, ni nécessaire ni absolue. L’amour vrai est sa propre condition (mortelle certes, mais intouchable) et sa propre fin, sans détermination aucune, ni direction ni définition.
Peu importe son histoire spatio-temporelle, matérielle. Il est un mortel inaltérable. La mort ou sa limite ne le change pas : c’est lui qui change de forme, de dimension, de condition, selon le milieu dans lequel il vit, meurt et renaît, apparaît, disparaît comme un oiseau sur la branche.
C’est la raison pour laquelle on ne le connaît pas, on le vit seulement. On ne le comprend pas, on le prend ou pas. On ne le contrôle pas, on le vit comme une saison, sans avoir besoin de la certitude garantie de son retour.
Retour en soi, que cette saison des amours, la graine peut attendre sans germer. Le fait de ne pas trouver le terrain où se déployer dans une dimension ou une autre, ne change rien à sa nature, n’exige aucune structure porteuse, ne donnant que le sens cosmique de celle-ci.
Il y aurait un romantisme apparent, exotique de frustration dans ce fait de nature, romantisme dont la nature, finalement n’a nul besoin. Le romantisme venait d’un besoin logique d’explication spirituelle, surnaturelle de cet inconnu que l’analyse dualiste, vivisectrice, mécaniciste et rationaliste fabrique en série limitée.
Le besoin spirituel romantique, réponse déviée, sublimée au besoin physique d’union profonde entravé . Compensation imaginaire calmant l’angoisse d’un désespoir déplacé, décalé, flottant, dérivant.
On ne calcule pas la vie, son cours, son action ou son espoir. Les mères ont tort de vouloir programmer sa trajectoire. Éduquer n'est pas conditionner.
Comme une "handicapée" de la civilisation, on respecte la vie et accompagne, cette trajectoire, virtualité comme elle est et n’est pas.
Union profonde, définitive. Un mouvement définitif nourrit et charge chaque instant de vie de l’énergie illimitée de sa puissance naturelle. Nul besoin de la réalimenter en vol par du réel limité, conditionné, détaillé, échangé ou prouvé, reconstruit, doublé, sécurisé.
Au contraire : toute réalité matérielle, affective, mesurée lui est soumise, dépendante comme le petit de sa mère au sein.
La liberté de dire en secret direct ce qu’est cet amour-là demeure intouchable dans sa dynamique naturelle. Sans conséquences tirées du fait qu’elle existe, dans un sens ou un autre.
L’amour sans parti pris, ne connaît pas la division, la réduction, la manipulation, la pensée. Ne connaît plus l’espoir ou le désespoir. Il vit le temps d’une vie autonome complète, non limitée par la pensée de la condition matérielle provisoire, même et encore plus si sacralisée. D'où son apparence d'éternité puissante, absolue, que les conventions vont caricaturer en standard vainement conventionné. Pourquoi institutionnaliser ce qui est, sinon pour bloquer son devenir ?
Son plaisir, au-delà du principe de plaisir ou de souffrance. L’amour vrai est animal, animé et détaché de la séparation comme un chien fidèle : elle ne le touche pas, ne le change pas.
La séparation ne suspend que des virtualités, pas leur dimension, pas plus que conserver une certaine graine en milieu stérile ne suspend les siennes. La séparation, sauf si elle est réelle de fait et de son fait, ne suspend pas la réalité, elle la divise en théorie imposant une application discriminante qui ne change rien. La question de la théorie est celle de croire compenser ce qu’on ne vit pas.
Il y a un plaisir dans l’ascétisme puritain en général à se défaire de soi et de tout, surtout de ce qu'on ne peut pas avoir ou être. Jouissance symbolique immense d'un orgasme de substitution supérieur, celle de se voir et sentir vivre mourant à soi et au monde.
Le plaisir de vivre au-delà de conditions déterminées de vie insatisfaisantes. Grand plaisir à nier cette insatisfaction par et pour un plaisir plus grand que ce qu’aurait offert une satisfaction limitée ou impossible. Réaction du plaisir de vivre, si humaine que celle de vouloir ne pas mourir en mourant. Vouloir une continuité spirituelle dans la discontinuité de sa condition, comme on se reporte sur les enfants, en sens inverse.
Cette voie mystique et spirituelle du plaisir compense et dépasse la joie interdite, voie en apparence légère et négatrice, soulagement du poids d'entraves déchirant le désir.
Le maintien de la joie naturelle, elle, par-delà son interdit, une autre façon de faire. Non divisée dans et contre ses propres désirs d’en fabriquer des symboliques de remplacement, d’immenses compensations rêvées. La pensée consciente ne nous lâche pas de jouir de sa souffrance faute de pouvoir le faire de la joie barrée.
Le refus de la division de soi et d’avec la nature, pose l’éternité de ce qu’on est, à mort, sans concession ni violence ni manipulation. Acte de vie libre qui ne pose rien que la vie, ne s’oppose à rien ni à personne. Fait naturel que rien ne peut changer. Le regard de l’animal qu’on abat, inaltérable, comme celui entre deux amants, entre lequel il ne passe rien d'autre qu'une intensité spontanée.
La conscience de ce fait est plus satisfaisant, pour certains, que celle d'une négation jouissive des limites à dépasser dans un plaisir sublimé, symbolique, provisoire, mais en attendant, déchargeant vitalement, les tensions contre-humaines d'une réalité empêchée.
La nature n’a pas plus besoin de romantisme analytique que les amants de mode d’emploi. Le romantisme n’a pas inventé l’amour, au contraire. L'amour, comme l'art, ne se pense pas, ne s'explique pas scientifiquement.
Il se dit et redit dans le désert serein d'un exil qui ne renonce pas à ce qui le fait, renonçant à ce qui le défait, fidèle à lui-même sans violence ni fanatisme ni colère. Attendant simplement sa mort naturelle, rejetant la trique assommante de la raison pure ou pratique.
On peut préférer l’original à la copie : l'original jouit plus, plus sainement, plus profondément, plus définitivement, plus vrai, sans penser, calculer ou avoir peur. Il est organiquement aussi libre de ses mouvements fous qu’un moineau, menu peut-être, mais sauvage.
Libre aussi bien d’une spiritualité manichéenne que d’une intellectualité analytique, disciplinaire, gratifiante, socialisée. Enflée et lourde comme une armure du Moyen-Âge dans laquelle il a bien fallu faire ses plus naturels besoins dans le feu dévorant le choc du grand suicide collectif.
L’amour vrai aime et dit. Il ne fait rien et ne dit rien de plus, n’engage, mais ne dégage personne. Dire son amour, première et dernière liberté.
Une autre dimension unifiée, qui ne dépend pas du construit, ne le nie pas, mais ne reconnaît pas ses dimensions négatives et sacrificielles, artificielles, fabriquées contre la vie profonde de surface. Sans angélique chantage doux castrateur.
Dimension ni agressive ni angélique, ne cherchant pas à faire bien, comme à l'école du petit apprenti, elle fait ce qu’elle a à faire, consciente sans conscience. À la fois volonté, désir, destin et inconscient, corps et âme.
Indivisés, indivisibles, inconnaissables, mais vécus, aimés. Non-engagés, sauf à eux-mêmes. Intériorité extérieure de lien, reliée, virtuelle ou réelle, peu importe. Pas de mal ni mal à vouloir vivre sans bien établi, fixé, standard, neutralisé, sécure et stérile.
Une intention personnelle, dynamique, sauvage, pas un projet, une projection, un espoir ou une idée. Pur sentiment non purifié, puritanisé par un désir cassé à réparer. Juste un fait, un faire de nature, comme on respecte un fait de culture répondant dans sa dimension nécessaire et amie de l'autre côté de la rivière.
Deux rives différentes unies dans un mouvement cosmique liquide, massif et subtil à la fois dans sa forme terrestre divine vers la mer patrie, le vieil océan.
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