mercredi 1 mai 2024

LE TEMPLE DU RIEN

 

 


 

L’Entreprise service public. Paradoxe aligné. Publicité. « Action psychologique à des fins commerciales.» Le sens de cette « action » est large, elle touche le monde entier. De quel droit?


Les relations publiques des Années Folles touchent un endroit, ou plutôt, un envers plus rien d’humain n’habite. Quelques archipels administratifs épars, ça et là, à vendre. À reconvertir avant liquidation. Déchiquetés par les loups pestiférés de la finance heureuse. Surnageant sur un océan obscène de marques rutilantes.


Prendre de la hauteur. Un poète italien, mort, sans doute, d’avoir dénoncé ce fascisme larvé-là. Matrice sacrée dont on croit dur comme fer que les machines régulantes délivreront le monde qui vient. Réglées par qui?


Les années 70 ont vu l’éclosion d’idées plus belles les unes que les autres. Personne n’a échappé à leur érotisme frénétique d’avant la mort. Les idées dites «de Mai» continuent leur chemin tortueux dans les têtes décérébrées. Surtout dirigeantes-chercheuses. Rêvant super-calculateurs et simulation, simulacres et chimères.


Idées printanières à la Boticelli. Éternelles fraîcheurs éculées. Défoncées comme de veilles religions spectrales. Les ordinateurs quantiques aideront au dépassement pacifique et harmonieux des contradictions! Où est la pensée? Celle déléguée au pur moyen? Utopie techniciste. Pire que les angélismes réunis. Ô Cinéma! Dévoiement des imaginaires! Psychiatrie! Amies bienveillantes. Proches de l’esclave préféré. Ô Rome, tes terrasses de marbre blanc! Mieux contraster avec le sang versé du sacrifice?



L’impériale harmonisation globale des cultures-isolats, tribus freinantes. Quelques centres bénis oui-oui, immaculés créateurs, expérimentaux, régulateurs surpuissants. Impact nouvelle vague suicidaires sur jeunesses multi-culturalisées. Percussion finale. Décennies indolores, satisfaites. Obscènes au milieu des vomis identitaires. Vautours perchés sur le tas de gravats d’un «vieux monde» indistinctement pillé, massacré, recyclé.


Nuances, distinctions, différences, naturalités et originalités, pas de quartier! Les systèmes d’intelligence artificielle générative auront raison du reste. Le binaire!Avantage-inconvénient, classé-classant. Dialectique experte, surplombante. Hegel, finalement, vainqueur du mal irrationnel de l’inexistence logique de la nature.


L’intelligence artificielle parachève vite le sang qui sèche. Signature électronique. Le vieil Huxley voyait juste.La complémentarité humain-machine, ressource illimitée. L’auto-dévoration machinique de la vie. Désincarnation organisée, transplantations à gogo. Radieux l’Avenir! Radiations.


Le commerce, fin vendue des guerres symétriques. Dissimulant soigneusement comment se renouvellent les «grands équilibres». Lavance technologique propulse ses fantasmes dans les dimensions les plus abracadabrantesques de futurs Eldorados numériques. Névrose à répétition mécanisée, transfigurant la matière première de la mort en vie nouvelle. Mitrailleuses. L’intelligence artificielle réécrivant, lardées de hasards numériques, l’histoire universelle. Le bien commun, remplacé par le lieu commun standard, amélioré, enrichi sous vide. Sous cellophane préservatif. Stérilisation mentale de masse.



Le vieil utilitarisme perfectionniste. Grande Norme, toujours plus «future». Même clou toujours plus loin. L’Utopie! LArgent d’abord, devant. Progressiste. Tout plutôt que le réel, cher Hegel. Université de l’indistinction, Idéologique expert. Les réseaux de neurones feront joyeusement sauter les distinctions vitales. Les repères. Champagne!


Individualisme conforme, revendiquant des droits fabriqués à la chaîne quantique des esclavagismes nouveaux. Célébrations du Rien. Quoi de plus moderne? Et même, dignité inouïe, trans-humains, assistés. Perfusions. Un nouvel âge de lumières d’une humanité plus à sauver que jamais d’elle-même. Fuite en avant, propulsion définitive vers son impitoyable néant de principe. Phalènes.


Humanités heureuses augmentées, planétarisées. Grand Zoo Connecté. Visioconférences. Grandes organisations surplombantes, sous les ailes d’acier des B52 migrateurs. Chaque jour une nouvelle messe nucléaire-numérique tombe du ciel. Dure pluie dylanesque. Marées noires. Grand Tout anonyme, dickien, privatisé, virtuel. Inconnaissable. Ubiquité parfaite, misère encodée. Migrations. «Évangile», I.A. de guerre. Croisades. Un si beau, fabuleux Babel. Fromage! Cocaïne! Massive fureur, fourmilières. Désincarnation! Extermination. Vaporisations.


Nouveau monde. Ultra-libéral-libertaire en haut, arasé, écrasé, égali en bas. Ville-basse. Table rase. Rejoignant, en douce, les vieux rêves bovins marxistes de dépassement. Grand bonheur collectif somatisé, mécanisé, climatisé, tétanisé. Paradis muré, barbelé, coffré, bétonné. Colonnes de blindés. «L’esclavage rend libre». Dernière station avant équarrissage!


Piégés. Révoltés contre un passé responsable du présent le plus chaud. Géniale ingénierie mentale, sentimentale. Géométrie variable. Psychiatrie reconstructive! Nuit barbare, métallisée, gammée. Noir et argent sous la Lune assassinée. Grand bain de boue, de sang. Fontaine! Transfusion!

L’objectif officiel, le surpassement productif héroïque, magique, méga-libérateur de potentiels. Les méga-machines vont changer le monde! Reléguant à la marge toute interrogation autre que celle d’une victoire anéantissante, atomisante. Rien à prouver d’humain, de vrai, de libre, d’imparfait, d’indéterminé, d’irréductible. Les mots de l’intelligence artificielle, clefs fracturant n’importe quelle porte d’entrée mentale, auront le dernier mot. À défoncer sur la marchandisation globale.


Révolutions, l’école du bonheur intégral obligatoire. Séquelles obscures, fantasmes fanatisés, rôdant au coin de cerveaux reptiliens scientifiquement mobilisés pour le bien humain supérieur. Joseph Mengele. Lombre discrète d’un soleil aux reflets argentés, aux douces glaciations expérimentales. Propagées, instantanément transmises par l’électronique de contrôle des situations. Écrans scintillants. Les logiques de restructurations globales exigibles pointant l’horizon en batteries. Feux d’artifice dans la nuit humaine des temps. Bouquet atomique.


Esprits terrorisés, tétanisés. Arriérés par le recul des grosses Bertha. Cloués sur place par l’ampleur mobilisatrice de l’inversion folle des valeurs automatisées, accélérées. Turbos. Pauvre Nietzsche. Par toi, l’arrêt de la pensée. Retourné, ton cadavre, contre toi-même! Le grand «Non» n’est plus l’ennemi, le plus sûr allié du «Oui» encastré au mur. Le néant plutôt que quelque chose qui résiste. Un temple pour le Rien!


Puissamment coordonnés, décideurs et éducateurs sociaux réunis. Même élan perdu, manichéen. Le grand saut dans le vide. Tellement plus encore, par celui d’instruments numériques dis-rupteurs, segmentaires d’humanité réelle. Économie secrète, guerre de religion totale. Une si discrète fragmentation du monde. Contact! Allumage!


Saint-Barthélémy des esprits, des règnes génétisés et des transitions culturelles. Matrix. Programmes, enroulés dans les cerveaux, plus vrais que vrais. Confusion finale. Le méga-creuset. Alchimie! Magiciens! Dei machina.


«Juste» révolte, si évidemment authentique. Quelques uns. Ô lignes célestes héliportées. Téléportations. Déportations, remplacements. Angélismes réactivés! Robespierre. Génocides. Camps! Rétrogradée, l’indignation sélective. Sécurité globale bienveillante. Implacable comme un vol de bombardiers pilotés par des enfants libérés de lhumaine condition. La réponse radicale. Bombe humaine. Kamikazes, terrorismes!


Développement personnel accéléré des peuples décérébrés. La personne, envahie en masse comme la famille. Virus! Égos affolés, travaillés au laser-cœur de métiers désincarnés. Tatoués de juste haine, d’amour vrai. Pris le relai. Personnalisé, l’esprit libre «libéré»! Comme l’atome. Enfermement mental, un si contagieux bonheur. Accélérateur, particules élémentaires!


Narcissisme au corps parfait, refait. Élargie à crédit, la conscience sociale technologiquement expansée. Finies les défonces naïves des archaïques libérateurs-dictateurs. Partout les camps, à venir radieux, crédit social pour tous. Champs de fleurs rouge sang à l’infini. Surréaliste barbouillage!


Bien commun monopoli. D’entreprise. Agent central, post-soviétique, de transformation. De la culture de masse à la spiritualité post-industrielle. Si près de l’esprit financier des templiers modernes. Chef-d’œuvre du nihilisme créateur de richesses. Anges de la Finance, planant d’une tour d’affaires l’autre, plus haute la chute. Aigles d’argent, planant sur fond de nuit d’encre rotative. Effondrements latéraux, collatéraux! Ruines urbaines,lunaires.


Gagnés. Les batailles apparentes, diversives, diversitaires. Mais encore, de tous les domaines d’activité virtuelle. Moteur principal du progrès en soi, celui qui n’a pas à se justifier des dommages. Vertu économique du crime collectif. Destruction créatrice! Prospérité! Confort spirituel ultime. Pour longtemps.


Leurrer les misères, noyées dans le potentiel de développement raisonné de la terreur. Pilules, formules magiques, hologrammes, incantations, numérisation, automation. Contre la vieille autonomie périmée, barbare. Transportation! Missiles, dissuasion! Raison pure! Grands Prêtres. Ogives, érections!


Bonne conscience réunifiée, assurée. Raccommodée au sabre-laser, re-polarisée. Idéal plus indépassable que jamais. Post-humanisme puritain, net, chirurgical. Purification du monde par les systèmes-machines. Langage-machine surpuissant, planétaire face archaïsmes, aux primitivismes à la «violence» bestiale, sous-humaine. L’ascèse sur-rationnelle, surréelle. Cité du Dieu Horloger. Expérimentations, laboratoires, mécanismes. La grande asepsie! Reprogrammation. Remotivation L’Humanisme est une aristocratie.


Science fiction, renée, resucée. Catéchisme plus utopique que celui de la chrétienne. Réarmant l’opium magnum 357 des années 70. Peuples, familles, personnes, groupes, détournés. Détourés de leurs mémoires vives. Restructurations permanentes, sans fin, moteur écologique principal. Nouvel environnement mental. La vie en mieux, fascinée, infantile. Vitesse! Secousse. La Fête.


Aboutissement, station terminale du rêve collectif éveillé dévoyé. Taoïsme rectifié, christianisme revu et corrigé. Bouddhisme adapté, matérialisé. Philosophie et arts, reformulés, ré-usinés, reformatés. Un monde meilleur en ordre de marche. Néo-soviétique, le meilleur des possibles. Aubes, grands soirs, odieux crépuscules. Mythologie! Machines! Utilité globale! Monde pris en tenaille! Robots géants. Guerre des Mondes.


Bien commun de luxe, marchandise, pacotille cérébrale pavlovienne. Grand rut neuronal réseauté. La voie du milieu, toute à l’égo. Immense avenue, aéroport, pont aérien du rien! La Grande Synthèse. Céleste. Enfin. Le grand râle. Satisfaction!


Fausses pierres dans le jardin du monde. Roulures moulées pour se faire mousser. Le chaos naturel mégalithique, granitique, tellement plus limpide. Libres lys dans la vallée oubliée, ce n’était pas rien pourtant. L’eau claire au milieu. Roche aux fées sauvages, chevelure d’herbe folle. Tombeau oublié, raviné de larmes. Cristal. Les femmes et les enfants d’abord! La Ressource.


Aldous Huxley, – Retour au meilleur des mondes –. Prit ses distances, de l’autre côté de la force. Avec l’imposture qu’il contribua pourtant à fabriquer, avec d’autres authentiques esprits libres. Errants, de gnoses en jésuitismes, des années 70. Contre-balancer ces savants leurrés, manipulés, de la Bombe? Ce qu’il y de meilleur à conserver, la lucidité. Pas d’extra. On n’arrête pas un train lancé d’un signe de paix.


Les «solutions» aux maux, aux impasses, ne dépassant pas le stade de la propagande, les rendant si récupérables, si vulnérables. Pas de solution. Ou alors, de continuité. Mieux vaut travailler à l’abstention créatrice. Pas de nouvelle abstraction génératrice de contradictions supplémentaires. Hypothéquant toute possibilité de levée.


Éviter d’indiquer où dériver les sorties de secours. Ne pas déboucher, à la Indiana Jones, dans un labyrinthe alternatif logique. Obscur comme un instinct pourrissant, tapissé de toiles d’araignées venimeuses. Souterrains où grouillent les serpents du radeau de tête. Méduse. Souricière guerre des étoiles à la K.Dick. Nourrir l’Absurde.


Lucidité, à ne pas considérer comme une qualité satanique opprimée. La mal n’a pas de qualité, ce qui fait sa quantité cumulée. Croisée, intériorisée, intrinsèque, éternelle. Risque majeur d’une cause retournée, quelle qu’elle soit. La vie n’est pas plus un gant, même de boxe, un snobisme, que l’arène barbare du tout est permis. Une obligation de résultat. C’est une morale obligée.


Ni cause ni révolution, il y a ce qui reste de vie. Pas beaucoup. La vie n’est pas la mort, la proximité ne fait pas la chose. Mots creux autour du vide central. Vite oubliés pour d’autres délires. Champ de trous de bombes à l’infini préfigurant les cultures de croix blanches et les belles pelouses des jours de paix armée.


Ce qui bouge, tourne et roule le rocher de Sisyphe n’écrase pas le moyeu. Pire: prétendre s’en passer. Un si beau mouvement activé depuis tel centre de commandement. Ou la roue du progrès tombe dans un trou noir. Esclaves, cavernes. Lourde, la chute dans le vrai monde oublié. Masques au théâtre des vieilles réalités romaines. Pouces bagués. Ombres activant les leviers rouillés de sang et de pisse du Colosseum. Elle frappe n’importe quel canard sauvage en vol, la balle perdue d’un gros calibre, tirée au jugé discriminant.


Rien de neuf dans le nouveau, seule la mue éternelle du vieux prédateur fatigué du rien. Vide-trop-plein-de-rien. Le papillon de Chouang Tseu, ailes brûlées, y plane, insouciant. Quelle importance, le rien? Quel besoin d’y croire, dénonçait Camus? D’une majuscule. Choc en retour du contre-naturel? Mécanique infernale d’un dieu de pure puissance. Psychiatrie.


N’y a t-il pas que ce qui n’est pas rien?

Cette dentelle d’aile, fut-elle crucifiée vivante, brûlée au lance-flamme. Et alors? Pas de chemin de croix, croix sur le chemin. Pas de Temple sans marchandisation du monde.


Loin du sacrifice, l’animal entre dans la mort comme chez lui. Le pétale de fleur de cerisier se couche sensuellement sur l’herbe whitemanienne. Indépassable, sans transition. Un beau jour pourConcerne le seul esprit libre. Le reste, tout le reste est une insulte à la vie. Y compris le romantisme appliqué des urbanités perdues.