Une culture ne peut être
faite de bric et de broc, en patchwork ou pot pourri, sauf à
l'intérieur d'une même branche diversifiée selon l'espace temps.
Il n'y a pas de message culturel – même s'il y a parfois des
miracles comme la chevalerie ou
le jazz, ceux-ci confirmant la règle sans l'infirmer, n'en déplaise
aux opportunistes politiques de l'anthropologie culturelle.
S'il
y a des intérêts de fortune,
il n'y a ni hasard dans la culture ni culture du hasard. L'idéologie
multiculturaliste est une machine de guerre de l'uniformisation de
l'espèce et de son génie multiforme, les formes culturelles n'étant
pas le fruit du hasard spontané de l'évolution de l'énergie
matérielle. Elles ont un sens propre actif convergent.
Convergence
naturelle et surnaturelle, organisme spirituel vivant de l'humanité
elle-même, sorte de variation temporelle infinie vérifiée
de ses qualités les plus hautes et profondes. La musique est un
exemple de cette qualité unissant les différences formelles, mais
respectées dans une métaphysique transcendant ces formes s'écoulant
vers un sentiment océanique d'union dont la divinité vécue n'est à
démontrer que pour ceux que Camus nommait les « tubes
digestifs ».
Le
respect, le sentiment de plénitude,
plutôt que celui du manque qui nous anéantit aujourd'hui, que
chacune de ces formes particulières, dans leur meilleur
(l'excellence ayant été prise
en otage par le perfectionnisme posthumaniste), provoquent, indique une sorte de partage à la fois instinctif et
supérieur d'un ordre parfois
étrange, parfois élémentaire.
Mettre
en concurrence des formes ou styles musicaux, picturaux, littéraires,
religieux, artisanaux ou de vie, répond plus à une visée
spéculatrice instrumentale de leur sacré
qu'à une aspiration profonde et fidèle de leurs formes originales et
originelles.
Ce
que la musique exprime n'a rien de commun avec la propagande
psychologique, le conditionnement commercial ou clérical, même
si, parce qu'elle porte en elle un esprit supérieur, elle est trop
souvent récupérée et utilisée comme pur moyen vers le bas,
simplement efficace pour toucher les gens dans la part intime de leur
être à dévoyer rationnellement.
Cet
être mu et ému,
relié aux formes pures et gratuites, mystérieuses, subtiles et
indicibles dont les ondes agissent en se répandant dans
l'air qui les porte (plus que dans le fil électrique qui les
transporte), comme un miracle de générosité et de liberté
naturelle et culturelle, les portant à l'ouïe d'un espace-temps de vie d'un
monde devenu de pure barbarie de contrôle matériel en le fissurant de l'intérieur.
La
seule chose que l'art nous dise depuis le début, au sens simple et
profond, ce sont les correspondances et analogies de vie et de sens,
passant par des formes orientées magnétiquement
dans leur variations apparentes de hasard temporel; et que ces liens,
ces connections, ces lignes convergent mystérieusement ou
supérieurement dans le cœur humain et plus qu'humain du monde comme
expressions plus hautes, comme unité meilleures que celles de la
puissance ordinaire, réunies au delà des opportunités temporelles
dans leur mesure et démesure de hasard et de limite.
Cette
certitude sonore, dans et de la musique, libère des moments d'éternité
retrouvée, Rimbaud cherchait trop loin,
dans un
monde de compétition mortifère, faussement mortifiante, de moi
bruts et d'esclavage,
qui le ruinent diablement et irrémédiablement.
Dans l'exil brûlant à froid
de cet enfer désirant
à vide, La Musica,
ange intouchable, mais retrouvé au creux de
l'oreille interne d'un entendement interdit, non pas subversif, mais
enfin vrai, dépossédant libérateur ; parle, nu, de lumineuse innocence.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire