Petite introduction à un début de commentaire de PHILOSOPHIE DE LA SHOAH
La modernité ne serait
pas une religion, une mystique, une foi, et même une superstition
rationnelle ? Il n'y aurait pas de « parallèle divin »
au sens large, élargi, lâche et pervers du terme, entre Dieu
comme génie du bien et le Diable, celui du mal ? Pourtant les
« forces du mal » utilisent, c'est évident, les mêmes
qualités, mais inversées,
que celles du bien : « Evangile »
du nihilisme
(…). Le Mal a ses bibles, ses Fleurs,
ses textes sacrés, auréolés de science et de mystère,
ses idéaux « supérieurs », ses organisations et ses
ordres et rituels
secrets, contre-culturels, souterrains,
ses divins marquis et ses machiavéliques républiques,
cités et symboles...
L'idée
d'une distinction en
profondeur peut être
discutée entre union divine et diabolique division qui
ne peut être elle-même
sans unification, solidification dressée contre
l'union première, dont la propagande semble utiliser les mêmes
techniques psychologiques, ce qui est logique à partir du moment ou
toutes les propagandes se rejoignent dans
le principe
d'efficacité.
Il
y a donc une question qui se pose depuis le début : une
propagande produisant son effet inverse, Dieu créant
le Diable, à moins que celui-ci, comme propagande, ne soit que pure
création du Malin. Si le mal n'était que destruction analytique il
n'aurait aucune puissance, celle-ci provenant essentiellement de ses
hauts pouvoirs de synthèse.
C'est pourquoi la non-participation de Dieu – au sens de
ses représentations – à
« la solution finale » n'est pas historiquement
prouvée. Ce n'est qu'une
pétition de principe philosophique. Ce qui en fait d'ailleurs la
pierre d'angle retournée des
arguments de ses « ennemis ».
S'il
est absolument vrai qu'il y a dans la Shoa « totale
profanation », ce qui la sacralise de fait : le sacré
englobant, au moins « anthropologiquement », le
Mal et ses forces insondables autant qu'insoutenables, l'horreur
de l'horreur est son sacré même, son essence
comme image inversée de Dieu ou du Bien.
«
(…) la logique de la raison instrumentale poussée à son maximum
et qui fait de l’homme le centre impérial de son monde ne saurait
être inspirée par une vertu religieuse. » Reste
tout de même à définir la « vertu religieuse » qui
aime parfois « instrumentaliser » la raison. La définir
non contre le sens positif qui lui est donné à juste titre ici,
mais contre l'interprétation possible de ce sens. Autant nous somme
en accord complet pour la désigner, cette raison instrumentale,
comme l'une des caractéristiques fondamentales de la
modernité, autant nous
considérons qu'il existe un pragmatisme transcendantal non
instrumentalisant d'une part, et d'autre part, surtout, qu'un
pragmatisme instrumentalisant peut être – pour cette raison
aussi, une sorte de mystique
wasp, pour prendre un
exemple apparemment
hors sujet.
La
Shoa est un rationalisme qui relève
de la pulsion,
même si nous considérons que cette pulsion n'est pas à proprement
parler freudienne au sens instinctuel du terme. Il reste à prouver
le lien de nature
entre la méchanceté et le crime : le lien, comme indiqué dans
le texte est de « culture » au sens moderne du terme,
d'une maladie culturelle
et non d'un simple malaise dans la culture.
La peste émotionnelle
n'est rien sans une psychologie de masse injectée
et celle-ci l'est
encore moins sans « un évangile ».
« Transfiguration
négative » :
relevons la justesse mystique
du terme, hélas, ainsi que celle du constat de l'élargissement du
processus conditionnant
à l'ensemble des violences organisées et pensées – et surtout
intériorisées, sacralisées en normes séculières
d'être.
À
Auschwitz, « il ne
s’agit nullement de connaître pour mieux s’orienter dans la
nature, mais il s’agit bel et bien d’axiomatiser à l’extrême
pour mieux servir la production de cadavres. » Il
s'agit pourtant, conformément au projet
cartésien global de
rectification de la
nature humaine d'un
hygiénisme racialiste,
d'eugénisme industriel, d'une certaine gestion de la
ressource : comment ne pas
penser à ces troupeaux de vaches possiblement folles – abattus en
masse si folle et absurde – récemment,
sans faire le lien avec ce camp ?
Nous sommes bel et bien dans une orientation vers une « nature perfectible » : le type. Usinée, avec son rebut logique, par ailleurs recyclé (savon, expériences...). Il s'agit de refaire le monde humain, la nature humaine, ni plus ni moins, conformément à une certaine raison instrumentale, elle-même définie par une mystique folle, celle-ci produisant cette logique technologique du camp de la mort comme solution finale à son projet, et non l'inverse, que serait une logique technologique hors sol produisant une mystique automatisée de pantins-types ou clones passés au « contrôle qualité ».
Nous sommes bel et bien dans une orientation vers une « nature perfectible » : le type. Usinée, avec son rebut logique, par ailleurs recyclé (savon, expériences...). Il s'agit de refaire le monde humain, la nature humaine, ni plus ni moins, conformément à une certaine raison instrumentale, elle-même définie par une mystique folle, celle-ci produisant cette logique technologique du camp de la mort comme solution finale à son projet, et non l'inverse, que serait une logique technologique hors sol produisant une mystique automatisée de pantins-types ou clones passés au « contrôle qualité ».
Même
si, comme Ellul l'a dit, le système technicien crée un
milieu de remplacement de la
nature, un ersatz, un terreau de synthèse à partir duquel, et dans
lequel la mystique déracinée du spirituel va se ré-enraciner en
idéologie de mort, en peste idéologico-émotionnelle.
Ce qui compte n'est pas tant le résultat en lui-même que l'horreur réalisée de la visée déhumanisée, celle de l'abattoir fordien au sens propre, "rêve" ici réalisé en toute « naïveté » nazie.
Ce qui compte n'est pas tant le résultat en lui-même que l'horreur réalisée de la visée déhumanisée, celle de l'abattoir fordien au sens propre, "rêve" ici réalisé en toute « naïveté » nazie.
La
validité de la visée cartésienne ne peut être ni défendue
ni même critiquée : critique t-on un fou ?
On ne
le suit pas, sauf comme un Hitler de la métaphysique. Ainsi,
Français, nous, comme « peuple spirituel » de
Descartes, devons-nous aller jusqu'au bout de la
barbarie révolutionnaire intérieure inoculée
pour connaître l'aboutissement logique du nazisme extérieur
ultérieur : Todd n'a pas tout à fait tort quand nous voit, à
son grand regret, comme un peuple fasciste.
Ce
fascisme est fondé sur une perversion du sentiment religieux de la
connaissance en volonté de puissance, de contrôle et de mise en
esclavage de la nature dans un premier temps, et de sa reconstruction
humaniste mécaniste parfaite – ou
technologique – dans un second temps, selon le dogme
positiviste du projet d'un monde meilleur, amélioré, et pas seulement du
meilleur des mondes, naturalisé, colonisé par « le génie
humain » du progrès post-humaniste illimité et « sauvage »
(« l'ensauvagement méthodique »).
« (…)
la technique, (...), pour Heidegger, n’est pas seulement une
collection de moyens pour parvenir à une fin, mais un arraisonnement
de l’être (...) Par arraisonnement de l’être, il faut
entendre une mise à la raison de l’être, une sorte de
formalisation dangereuse de ce qui fait l’intimité de l’existence
humaine, quelque chose qui relève d’un calcul agressif vis-à-vis
de tout ce qui est. »
Oui,
absolument. Mais la question est de voir et savoir ce qui permet cet
arraisonnement : le vaisseau de l'Être n'est-il pas
devenu fantôme ?
« Un usage déraisonnable de la technique » appartient à l'idée moderne de « neutralité théorique » de celle-ci, comme si dans un monde où tout est lié, quelque neutralité que ce soit était un choix mystique sécuritaire possible. Un être arraisonné est un être fantôme, abandonné dans toute sa tradition. Cette idée, Ellul l'a montré, ne peut, concrètement, n'être que propagande, ne peut être. C'est sur cet être fantôme arraisonné que la technologie cartésienne pré-fasciste prend pied et racine, comme sujet et son propre objet.
« Un usage déraisonnable de la technique » appartient à l'idée moderne de « neutralité théorique » de celle-ci, comme si dans un monde où tout est lié, quelque neutralité que ce soit était un choix mystique sécuritaire possible. Un être arraisonné est un être fantôme, abandonné dans toute sa tradition. Cette idée, Ellul l'a montré, ne peut, concrètement, n'être que propagande, ne peut être. C'est sur cet être fantôme arraisonné que la technologie cartésienne pré-fasciste prend pied et racine, comme sujet et son propre objet.
La
Shoa comme « début
d'une dévastation humaine »,
oui. Mais comme aboutissement,
encore plus véritablement
: peut-on
vraiment croire à la spontanéité
du phénomène ou du mouvement ?
Pourquoi les historiens des idées ou de la culture se gardent-ils de remonter aux sources ? Lourd mystère : aucune voie de dégagement, de secours, n'est apparemment prévue, même de la façon la plus réaliste possible... Il n'y a pas de plan B dans l'impasse mortelle , mortifère dans laquelle l'esprit cartésien s'est rué et engouffré : l'avidité et la frénésie mécaniste ne peuvent plus que robotiser, dans leur fuite en avant, la totalité de l'Être accessible comme objet, qui est d'abord celui du sujet qui pense la mesure et mesure la pensée.
C'est pourquoi cette dévastation ne peut être proprement pensée dans son origine ou son histoire : la cause et l'effet sont le même sujet aliéné, réifié dans son auto-cannibalisation méthodique. Il n'y a plus de sujet sans objet, de maître sans esclave pour son servo-moi pensant-pensé-étant...
Pourquoi les historiens des idées ou de la culture se gardent-ils de remonter aux sources ? Lourd mystère : aucune voie de dégagement, de secours, n'est apparemment prévue, même de la façon la plus réaliste possible... Il n'y a pas de plan B dans l'impasse mortelle , mortifère dans laquelle l'esprit cartésien s'est rué et engouffré : l'avidité et la frénésie mécaniste ne peuvent plus que robotiser, dans leur fuite en avant, la totalité de l'Être accessible comme objet, qui est d'abord celui du sujet qui pense la mesure et mesure la pensée.
C'est pourquoi cette dévastation ne peut être proprement pensée dans son origine ou son histoire : la cause et l'effet sont le même sujet aliéné, réifié dans son auto-cannibalisation méthodique. Il n'y a plus de sujet sans objet, de maître sans esclave pour son servo-moi pensant-pensé-étant...

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