« Lentement, dans la souffrance, j'ai reconquis, à travers l'esclavage le sentiment de ma dignité d'être humain, un sentiment qui ne s'appuyait sur rien d'extérieur cette fois, et toujours accompagné de la conscience que je n'avais aucun droit à rien, que chaque instant libre de souffrance et d'humiliation devait être reçu comme une grâce, comme le simple effet de hasards favorables. (…)Cette situation fait que la pensée se recroqueville, se rétracte, comme la chair se rétracte devant un bistouri. On ne peut pas être « conscient ».
Simone Weil, Trois lettres à Albertine Thévenon
***
Première
et dernière liberté : ne pas avoir peur. Vérité : je
suis donc je pense. Mais surtout : ne pas penser parce
qu'on a peur. Pas avoir peur d'être. Certains, si majoritaires, si
écrasants, si dominants, si certains – justement !
Ne voulant ni savoir ni voir que la liberté, réelle ou vraie, pas l'illusoire, ne peut être qu'une sorte de relèvement de l'esclavage universel, fut-il cousu de droits tout aussi (dits-) « universels ». Dignité et vérité, choses plus ou moins interchangeables, – que le relèvement collatéral d'un certain désespoir premier, constitutif lié, comme l'esclave, pieds et poings dans la tête et dans le sang.
Désespoir
dont la forme existentielle essentielle est la dépendance instituée.
Vécu indescriptible au sens propre ou inconscient, latent, refoulé,
rentré comme une honte de déchéance collective – comme
les dettes : collectivisée !
Toute
cette soumission aveugle ou aveuglée, aveuglante, écœurante et
toxique, érigée en condition universelle, – soleil
souterrain du Grand Jour autant que du tout petit et minable,
partout imposée dans
une magie noire, diffuse comme le voile discret d'un
tâche indélébile, inscrite, gravée, gavée et naturalisée
en pensée unique, niant l'intégrité de l'être personnel et
non-personnel, humain et non-humain.
Là
est, a été et sera le premier crime, le premier des crimes,
succédant au, et précédant le couteau et le boucher et le croc
(pour faire court, parlant, en ces temps expéditifs dans leur retour
de malédiction sur
investissement aveugle, sourd et muet comme le
spéculateur civilisé, avisé, initié).
Camus,
dans son « étranger », sa sanglante
ironie, par delà guerres, colonies, classes
et communautés : soleil aveugle
armé par la main invisible du maître-marché-chanteur,
le chien qu'on
y bat, des deux
côtés du manche du fouet
enchanté : l'argent,
plus sale que le dernier des salauds.
Question
du
où et comment s'instituent ces dépendances-là,
sado-masos,
en forme de liens naturels, enchaînant
plus sûrement que « l'ombilic des limbes » du
Momo, cruellement, corps et âmes, au
bal célinien des pendus.
Cette
république-là
de droit divin, un
pitoyable marquis du crime, en pays catholique de France, la rêva,
« royalement » fantasmée
en chaleur
révolutionnaire. L'Être
Suprême, nirvanesque, carnavalesque,
grotesque, obscène.
S'il
n'y a que des guerres dites
de religion, c'est que la
religion des guerres explique,
calcule et valide tout au nom de la raison instrumentale
transcendantale des
« affaires ».
C'est tout ! Depuis
le premier crime, le premier viol, le premier égorgement, le
premier massacre, la première négation, bien avant les
fours – si vite oubliés chez
les cousins des brumes du
nord !
Ici,
pays de France
où les ennemis de religion, il y a si peu, se mangeaient
mutuellement vivants !
Où les soldats du dieu républicain, jusque là-haut, en haut-lieu,
à Paris, se faisaient et
faisaient faire des culottes
en peau humaine ! Où le phosphore napoléonien dévorait
méthodiquement les
corps enchaînés, tout
au fond des cales négrières
d'outre-mer !
Aucun
temps ne change jamais, aucun
homme de cette espèce-là ne
change jamais :
tout se transmet, se transmute, se transpose, se transforme,
se trans porte, seulement. Rien
jamais ne change : tout bégaie, s'agite dans le bocal célinien, maquillé, truqué comme un monde
d'automates infernaux, infirmes.
Dictature
d'un certain « vivre-ensemble »
(traduction indisponible, introuvable, ou non autorisée) dans ses
abjectes
gauloiseries apprenties-nationales-socialistes.
Seule, mère de l'aînée de la plus dévoyée, Rome, dans ses empereurs les plus dégénérés, osa préparer la question, offrant la bénédiction aux fratricides, aux parricides. Procuration de son infinie bonté, jusqu'au tréfonds du mal; d'une « grâce », d'une extase, d'une absolution officielles octroyée sur le Trou à Merde, à Larmes, à Sueur, à Feu et à Sang et à sperme.
Surplombant de sa blancheur de mort le Système d'argent. Corruption généralisée, obligatoire comme la mécanique d'un sexe désaxé : celle d'un enfant-roi sans âge ni sagesse.
Seule, mère de l'aînée de la plus dévoyée, Rome, dans ses empereurs les plus dégénérés, osa préparer la question, offrant la bénédiction aux fratricides, aux parricides. Procuration de son infinie bonté, jusqu'au tréfonds du mal; d'une « grâce », d'une extase, d'une absolution officielles octroyée sur le Trou à Merde, à Larmes, à Sueur, à Feu et à Sang et à sperme.
Surplombant de sa blancheur de mort le Système d'argent. Corruption généralisée, obligatoire comme la mécanique d'un sexe désaxé : celle d'un enfant-roi sans âge ni sagesse.
Il
n'y a d'espoir de relèvement pour aucun
abus de pouvoir, il n'y a que la violence blessante
et meurtrière, instituée de
sa légitimité autorisée,
plantée dans le dos de qui résiste à, ou
ignore encore l'horrible
nudité de la douleur infligée,
impardonnable. Le pardon, pas plus que l'humain, fait pour le mal.
Nous savons si
peu, mais avec certitude.
Il
suit le crime, mais ne le précède jamais.
Comme l'amour, il ne se décrète pas, il se mérite d'un mérite qui
ne se gagne pas, mais vient comme une force à qui va la chercher où
elle gît, trahie, piétinée, salie, humiliée. A ceux qui décrètent
ne répond que le silence de la dissociation consciente,
animale, instinctive, volontaire, farouche, blessée, irréversible.
Le
pardon n'est ni principe ni
parole d’Évangile – même
laïc, ni tourment
perfectionniste,
mono-maniaque, ni souci d'insomniaque, désirant,
calculateur : c'est une grâce
impondérable, sacrée,
que ne peut contenir – même les yeux bandés d'une
parodie de justice, aucun
texte ni aucun mot, aucun sentiment – même
de pitié, aucune pensée –
fut-elle unique,
« d'amour » ou
« de vérité », « d'ordre »
ou de « raison »
(...) : il vient de la
liberté, de la vérité et de la dignité libérés
de la peur et de la pensée de la peur.
Il vient tout seul ou pas, à son moment, ni avant ni après. Il y a des lois qui n'ont rien à voir avec les lois, que la raison ignore, volontairement et involontairement.
Il vient tout seul ou pas, à son moment, ni avant ni après. Il y a des lois qui n'ont rien à voir avec les lois, que la raison ignore, volontairement et involontairement.
Ce
pardon, au-delà du mal, infiniment plus grand :
c'est le bien, l'impossible
bien, dont le centre est partout et la circonférence nulle part.
C'est une flèche, une pure flèche
que rien ne tend, suppose, déclenche ou arrête. Il est comme le
Tao : quand il parle, quand il pense, il ment, en
esclave. Quand
il est, c'est en chemin, en acte, en vérité interdite, en
résistance, non au mal, mais à ce qui le protège et génère.
Il
est donc inutile et manipulateur d'en parler à sa place.
Ici toute anticipation-même
n'est qu'imposture, celle
du mensonge couvrant
la fascination du crime. Il
suit le crime, mais pas tous. Il suit ceux qu'on peut
suivre, sinon il n'y a
plus de crime, il n'y a que de la peur autorisée de
la loi.
Loi
dévoyée, utile dans son inutilité autorisée, rétribuée,
achetée, vendue. Marché
de la terreur, dupes manipulées manipulantes au
bal masqué des « services », spéciaux, culinaires,
sexuels, mystiques et financiers. Mystique financière.
A
sa rumeur, montante comme le « collecteur central »
bernanosien, une seule réponse : une sérénité absolue,
détachée, absente, désertante
sans tentation,
démobilisée.
Stoïcisme de la plus haute indifférence. "La plus haute tour."
Années
20 (?), Mexique. Regard
nonchalant de cet homme jeune encore, photographié par Cartier-Bresson peut-être,
tirant sur sa cigarette devant le peloton qui le met en joue.
Meursaut positif, renversé par
l'absurde du système, renversant
et renvoyant l'image, tranquillement, aussi tranquille que son exécuteur.
"Les jeux sont faits sur la terre" disait un poète breton, barde disparu des seventies, sur un ton puissant, soulagé, délesté en quelque sorte de la pesanteur d'une guerre systémique maquillé en cosmologie moderne.
Vive la paix spirituelle de ce défi ! Vive la grâce !
"Les jeux sont faits sur la terre" disait un poète breton, barde disparu des seventies, sur un ton puissant, soulagé, délesté en quelque sorte de la pesanteur d'une guerre systémique maquillé en cosmologie moderne.
Vive la paix spirituelle de ce défi ! Vive la grâce !

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