Dieu
nous préserve de vouloir mettre tout le monde dans le même panier,
mais il semble y avoir, dans ce pays imaginaire, dans ce sens
très particulier d'inconnu et familier à la fois – comme dans le
poème de Verlaine, certains fruits défendus et pourris, sorte
d'alliance objective entre un certain catholicisme de
pouvoir et un contre-pouvoir
matérialiste athée – puisque « la sociale »
semble bien avoir été sœur
jumelle de l'industrielle, bénie
de dieux nonothéisés à
dessein.
Alliance
secrète contre les valeurs profondes, mystiques,
d'un christianisme d'Évangile, jusqu'à aujourd'hui – contre
d'autres demain,
révélatrices,
pour parler clair. Sorte d'unité héraclitéenne
occulte
d'intérêts liés au sommet – au cœur secret de chaque chapelle –
permettant le
mouvement perpétuel
d'un
système autour de son axe d'imposture légalisée. Toutes les
ivresses du rationalisme instrumental
se confondant dans les limites camouflées du
cadre de fer entre des
mains de velours sanglant.
Comme
dans n'importe quel lieu et domaine, le mal réside surtout dans ce
que l'on fait des principes –
plus que dans leur vérité même, pour finir : une vérité
trahie n'est-elle pas infiniment plus cruelle qu'un pur mensonge dont
la netteté de la violence n'affecte aucune confiance ni
foi ?
Dans
un monde ou l'on tait la vérité – et donc où elle n'est ni
révélée ni même voilée,
elle cesse d'exister, et même
de sortir de la bouche des
enfants. Nul ne peut plus y croire encore,
du fait de son absence objective et évidente, si
on peut dire, même si son absence demeure d'autant plus négativement
active, et que cette négativité
devient plus objective
que tout le reste : le cœur du monde s'arrête de battre, le
sang vient à manquer, et les
montagnes de
machines à calculer ne remplacent ni
n'y
changent plus rien. Comme le
Nord, elle manque et les réponses à ce manque ne produisent plus
que des manquements.
On
ne peut déjà plus guère
que croire de force
à la non-existence de la vérité, suivre cette non-existence comme
des credo et dogmes
nouveaux, pratiques et libertaires, confortables.
« Tout est permis », et même le contraire de tout dans
tous les sens « utopiques » possibles et, pour réaliser
l'absence de limites,
salement reconnues
et respectées, aux désirs jouissifs,
rentables et profitables, progressistes-pseudo-éthiques.
Absence proclamée
comme une guerre sainte.
Celui qui ne croit pas à cette non-existence est un social-hérétique
moderne doublé d'un anti-démocrate, marginal-fasciste, dangereux
sectaire rétrograde, « ennemi de l'intérieur » de
cyniques intérêts croisés de force dans
la tête des gens
de bien. Mais
on ne croit ni ne vit de force, on en crève.
Mais
cette vérité-qui-n'existe-pas demeure
comme ce Dieu dont il faut prouver l'existence pour y croire :
il restera toujours à
y croire et finalement, encore plus, y croire se
révèle objectivement plus difficile et
impossible que de croire en
une vérité fantôme
qui ne peut pas ou plus exister. La vérité demeure, au-delà de sa
négation, de sa non-existence : son absence est active, elle
est plus qu'un manque, elle est un manquement, un
manquement à la vie et à la liberté, par delà la réalité qui
l'habille matériellement.
La diversité théorique fait une généralité de ses
particularités, contre l'ancienne unité partagée de la réalité
d'une vérité universellement particulière, dans sa liaison
ou ses liaisons, dangereuses ou pas. Les différents points de
vue désarticulés dont chacun est plus incomplet que faux que
l'autre, que l'objectivité totalitaire restructure en forme
arbitraire cohérente autonome et fonctionnelle de
remplacement de la vérité nature – et surtout de sa
nature – deviennent à proprement parler la construction sociale
d'une non-vérité objective, vide et utile à remplir et
consommer. Puisque ce genre de construction n'est que de forme et
de caricature, de simulacre pur, comme le mal.
La vérité est toujours propre, unique et universelle.
Universelle, c'est à dire « transposable », pour
reprendre le mot de Simone Weil.
« On nous a toujours appris que ce qui est à nous
n'est pas bon, à exister à travers l'autre. » Le propre
ne peut être moral parce qu'il n'est pas partagé par le
maître. L'Autre ici n'est pas le prochain, c'est celui au
service de l'intimité de qui nous sommes, privés d'être,
aliénés et attachés au sens strict. Celui le plus
volontairement éloigné. C'est un vieux paradoxe romain.

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