" On est tous citoyens de cette forêt primordiale. Nos fardeaux et nos faiblesses persistent indéfiniment. Ce sont des pans de nous-mêmes que l'on ne peut pas totalement éradiquer, ils participent de notre humanité. Mais lorsqu'on leur apporte la lumière, on devient maîtres de notre présent et leur capacité à déterminer notre avenir diminue. (...) Aucune guerre psychologique ne prend jamais fin, il faut se concentrer sur le jour présent, sur l'instant présent, et croire, malgré les hésitations, en sa propre aptitude à changer. (...) C'est un processus de mutation toujours en devenir, plein des insécurités et du chaos de nos personnalités (...) " BRUCE SPRINGSTEEN, BORN TO RUN
Trois
femmes m'ont appris la liberté. La première la chevalerie. La
seconde le Christ. La troisième la vérité. Trois femmes m'ont
appris la guerre et la résistance parce que la vérité de la paix
n'est pas sa possibilité ni son espoir, mais son instantanéité
absolue. Elles m'ont appris que la blessure de l'enfance ne
guérit pas ni ne se guérit. Que cette blessure est sacrée :
elle ne se referme, en surface, que par la blessure qu'elle inflige
au système, qu'elle tient en respect comme un dragon vicieux ou une
hydre séduisante. L'enfance ne demande pas la guérison, mais la
même chose que la vieillesse : elle veut la liberté.
La
liberté n'est pas la guérison, elle est au dessus et au-delà de
toute médecine, de tout bien-être. La liberté est au dessus de la
vie et de la mort : elle guide sans rien préserver. La paix est
un douloureux combat contre le mal et ses racines subtiles. C'est un
Christ dans le désert.
Ces
trois femmes ont été trahies pour des idées pratiques de survie
aveugle, quand elles ne se sont pas sacrifiées pour la liberté
sociale du peuple et de la personne humaine concrète et incarnée
dans un corps vivant. La première a été un modèle de paix, la
seconde de guerre et la troisième d'intelligence. La blessure de
leur mort est un symbole éternel, un hymne intérieur chantant comme
le soleil de juin, pleurant comme la pluie d'octobre ou soufflant
comme le vent de décembre. Elles sont la marque d'une intégrité
naturelle qu'aucun raisonnement ne change, qu'aucune raison
n'atteint, elles sont le sang de la passion pure fertilisant la terre
et la lavant de la misère. Trois femmes m'ont appris à être homme.
Aucune
ne m'a appris à être mari ou père de famille. Elles m'ont appris à
partager le bonheur et ses rares moments, pas ma vie, qui est à Dieu
et nul autre, fut-il curé, évêque ou pape.
Ces
trois femmes savaient que la guerre est le centre du monde et
qu'elle ne peut cesser que si nous cessons d'être ce monde de
violence instituée et de peur établie en forme de « paix
intérieure ». Ménagère, psychologique, familiale, civile,
classique et sociale, nationale et mondiale. Elles savaient qu'il
n'y a pas de remède au mensonge ni à la trahison et qu'il faut
aller au bout des blessures qu'ils infligent pour les vaincre, sans
s'épargner aucune souffrance ni sacrifice. Elles ont montré qu'il
est hors de question d'accepter l'inacceptable et que la paix ne peut
surgir que de l'acceptation de cette vérité première animale,
humaine, naturelle et transcendante.
Elles
m'ont clairement indiqué qu'il n'y a pas d'issue hors de cette voie.
Elles ont, chacune à leur manière, tragique ou muette, exprimé
qu'il ne peut y avoir d'oubli que si la paix est une mémoire
rétablie et honorée. Que la paix est respect. Et que celui-ci, armé
ou désarmé, est le seul moyen d'éviter la guerre, dès qu'il
se pare de la patience de l'amour que seul Dieu donne et reprend.
Elles
m'ont appris, dans ce monde shakespearien et kafkaïen, à être et à
ne pas être, sans que cela soit la question, ni remis en
question. Que le reste est sans valeur, illusion, rêve dangereux
comme une nouvelle guerre, une nouvelle trahison.

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