" ILS ONT PERDU LE CENTRE DU MONDE."
Peau de la Vieille Hutte, FILM LITTLE BIG MAN
Certains
« parlent trop ». D'autres se taisent trop, sans que cela
soit un problème pour autant : il faut « savoir mentir »,
« savoir se taire », savoir pratique, savoir être, long
apprentissage de mort-vivant. On dit que les cimetières sous la
lune sont pleins de gens qui n'ont pas su se taire. Oublier
Bernanos pour continuer à vénérer un Saint Georges
Reliquaire, dans la paix impeccable du Mal des gens de bien
qu'il affronta, en vieux chrétien, jusqu'à la fin, « devenu
fou ».
Sans
même parler « d'abstention », amicale ou pas, au plan
« professionnel » strict, ou de « précaution »
pratique, technique, nécessaire, à préciser en préalable
explicite, l'implicite ne
pouvant être « objectif » que pour de sales
initiés ; ni
de « la rétention » pure et simple d'information :
le pouvoir est toujours « stratégique » dans un monde en
guerre réaliste (pas le
temps de penser, d'être ou vivre), ouverte ou
secrète ; sans même tout cela, il n'est pas acceptable de ne
pas dire les choses comme elles sont, à un niveau
professionnel correct et honnête, et encore plus à un niveau humain
élémentaire ou vital. « À l'école de la poésie, on
n'apprend pas... » disait un vieux lion.
Le
reste est fascisme, mou, moelleux ou purifié par le feu sacré. Mais
le fascisme serait la bonne réponse à l'anarchie à répétition
comme le fusil. Anarchie à l’œuvre permanente et unique,
comme la révolution, la technologique, du système moderne. Pour
continuer à prospérer et « donner du travail », et donc
du sens dans un monde où la voyoucratie est vue comme
le dernier héroïsme, hélas crédible, pauvres de nous, la dernière
foi qui vaille ce que vaut l'argent, depuis l'implosion de 14,
partout productive et recyclée, implantée. Du Capitaine Conan à Al
Capone.
Que
l'on parle trop et doive se modérer dans
la forme ; ou pas assez, et doive se bouger la langue
pour s'expliquer en vain,
le problème est le même : on ne peut pas en rester sans agir,
il faut se mettre d'accord comme de vrais « partenaires »
au poker menteur, rouages de la machine que l'industriel
permet, à l'inverse de l'humain. Il n'y a donc plus, comme disent
les Américains, que du problème humain, pas de souci
technique à la robotisation de la vie et des âmes. Que le grand
bluff de l'impossible francisé. De l'incroyable et du
formidable.
Les
choses « qu'on ne comprend pas », tout le monde en
a sa responsabilité : trop facile de faire retomber
sur quelqu'un, au hasard, l'erreur standard ou réglementaire
apparente des mots, de communication. De
trouver des boucs-émissaires. Si l'on est incapable d'aller chercher
la vérité, avec ses limites bien nettes et propres, alors aucun
travail valable et intelligent, créatif, n'est possible. Plus que
production et reproduction sérielles. Choix qui
commence par les mots : toute propagande ne le sait que trop,
qui les utilise tous, à sa sauce pimentée, celle du Chef de Clan,
de Gang ou d'État, jamais d’œuvre.
Basse-cuisine
mafieuse commençant et finissant par la langue, celle du
bœuf. De chaque instant pratique professionnel, obsessionnel ou
confessionnel. D'où la
personne est
évidemment exclue
comme un étranger
inassimilable, incompatible ; comme le sentiment des
affaires, faute impardonnable, péché
puritain. Langue
se tient, non
pas pendue, mais de
bois, comme la gueule, bouche bien cousue d'un
mort égyptien sur le billard des grands-prêtres embaumeurs des
pyramides
du pouvoir ou d'un Fédéré
encaissé de
force de 1871.
Liberté
d'expression : Lingua
Tercii Imperii. Chaque mot, chaque parole, ainsi ; un
beau jour pour mourir, sous le
vernis et l'étiquette,
pourrit lentement, mais
sûrement, jusqu'à
l'agitation du bocal.
Ces Stranges
Days de Lord
Jim, rejetés
sur nos rivages de vieux parapets du
Moyen-Âge, traversé
l'Atlantique dans son
rideau de fer blanc et de
verroterie écumant le monde
« libre ». Tous
ses chevaux hennissant
d'affolement little-big-hornien dans le naufrage planétaire des
débarquements de Reconquête.
Depuis
une Démocratie
arraisonnée en douceur,
subtilement devenue d'opinion
contrôlée, vulgaire marque
commerciale supérieure de terroir, rachetée en
promesse de réserve Indienne.

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