Il y aurait des termes de droite et des termes de gauche. Cela existe, évidemment, mais d’une part il ne peut y avoir de monopole des mots, d’autre part tout évolue. Même en amour les plus éternels monopoles verbaux finissent par tomber les masques quand l’abus et l’imposture deviennent politiques.
L’analyse clivante et fixiste du langage, prétendant dénoncer les abus et les corruptions, finit par l’enfermer dans des cadres de présentation ou représentation sans rapport avec ce qu’il désigne, quand il désigne de façon juste et humaine. L’art et la manière des mots, toujours attaqués vainement. Leur liberté demeurant préservée jusque dans les plus extrêmes et barbares persécutions.
Qu’importe les récupérations : un chat est un chat, un chien un chien. Les stratégies, les figures de langage, sans rapport réel avec les réalités pointées. Elles seules comptent pour et dans l’expérience pratique ou la mémoire culturelle de la vie. Le cinéma n’est qu’une mythologie de remplacement, d’où sa consommation sans fin ni effet.
La dialectique sournoise de forces purement analytiques, fait qu’elles s’empruntent mutuellement des termes utiles pour la diversion. Subvertir les sens naturels et culturels par des schémas idéologiquement imposés ou apposés.
Enrôler les mots et leur art subtil dans un camp ou un autre est une absurdité provisoirement efficace. Seulement si, à terme, rien n’est fait pour les libérer de l’emprise politique. Avant qu’elle finisse par les détruire, et neutraliser la pensée qu’ils permettent relativement libres. L’état d’esclavage est alors complet à défaut d’être jamais définitif. C’est le roseau de Pascal.
Le marquage par le pouvoir intellectuel et mystique de mots marqueurs ne dure que le temps d’une génération ou deux, les suivantes oubliant ou ignorant l’idéologie qui colonisait les mots avant elles. Les besoins et les références stratégiques évoluent en fonction des imprévisibles aléas de la guerre culturelle-économique.
Le paradoxe est que les mots eux-mêmes, aussi vivants que n’importe quel vivant – même captif ou infesté –, finissent par contaminer par leur force vitale les sens qu’on leur imposait. Nul n’est à même d’apprécier les cycles éternels de la langue dans ses périodes langagières dynamiques. C’est l’imprenable bonheur de mots retournés vifs comme l’esprit, par delà la morale politique du moment tristement hégélien, prussien, à l’état sauvage.
Finissent par dénoncer, quand ce sens retrouvé se décale et recale naturellement, l’intention négative qui le violait et violentait. Un incroyable retour de manivelle sémantique et affectif libère périodiquement la langue devenue de bois pour la rendre à la vraie vie. Ou laisser mourir ce qui en a été tué ou ce qui tuait en elle, ou plutôt dans sa superstition fantôme.
La vie des mots a déjà à faire avec les machines, les machines auront affaire aux mystères des mots et… à la psychiatrie. Il n’y a pas de maître de leur poésie, qui passe par le corps de l’âme. La mémoire interne des mots est le cœur du réacteur linguistique. Pour l’éteindre il faudrait plus qu’une tuyauterie binaire sur-gonflée de vide humain, grossièrement accouplée à un moteur analytique, préhistorique au sens vital, de désincarnation de masse.
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