jeudi 26 mars 2026

BILL MEMORIAM

 

 

Bill,

Une sorte de bâtard t'étais,

Un sale prolo canin

Échappé du bagne

Sales manières

Sale petit mâle

Aimant tellement les caresses

Abandonné sur le dos,

Rêvant d’une autre vie,

De tendresses


Pas mal de Fox, un Terrier c’est sûr,

Se roulant dans les flaques de boue

Un salopard de chasseur sournois,

Intrépide et cruel

Lapins et sangliers,

Race intraitable,

Fabriquée par la main de l’homme

Pour tuer salement en meute

Comment t’en vouloir ?


Jamais tranquille,

Fugueur fou et imprévisible,

Irrécupérable

Pris et ramené plusieurs fois

À la SPA, l’isolement puant, immonde,

Cas social canin,

Tendre au fond

De sa violence

Assoiffé de tendresse,

Un désespéré


Tu aurais pu être un autre,

Comme Rimbaud

Celui qu’on a aimé quand même,

On aimait ta folie absolue,

Ton instinct irrationnel, stupide

Fugueur, moi, courant entre les voitures

Au milieu du boulevard pour te rattraper !

Ton individualisme absurde

Face au collectivisme barbare

Faisait rire jaune


Tu cachais bien ton jeu, oui,

Tes sentiments cassés de chiot tombé du nid

Chien de la rue

Fouillant toutes les poubelles,

Cherchant les charognes

Faisant ses coups en douce,

Par derrière

Chiant partout


Sale, pisseur partout et salopard,

Peste domestique irrécupérable,

Jaloux comme un pou,

Séducteur de maîtresses inconnues

Sauf à la fin,

T’étais un peu amendé


Rééduqué par ta copine la louve


Tant de ballades pour te ramener

À un peu de nature apaisée,

La Nature, ta mère perdue

Te faire oublier l’enfer du camp,

Le canapé, t'adorais

T’avait aidé aussi à oublier aussi,

Crachant pas sur un confort

Pas volé


Les coups de collier tu les donnais

Dans tous les sens,

Te foutant de tout,

Partant dans toutes les directions,

Caractériel, impossible,

Mécanique folle, monté sur ressorts

Boule de nerfs explosive, imprévisible,

Énergie extraordinaire,

Départs arrêtés de folie

Si on t’avait pas à l’œil


Vieillissant t’avais fini par te faire

À la laisse, impossible de te lâcher,

« Un gentil toutou, le chien de Tintin ! »

Disaient ceux qui ne connaissaient pas

L’infernal petit fauve

Caché dans ton poil blanc, noir et fauve

Lionnesque miniature 

Fonçant sur plus faible que toi

De préférence

Salopard ! 


Compagnon de toutes ces années

Belles et moins belles,

De la sortie du tunnel

On t’aura aimé pour ce que t’étais

Un déshérité, un abandonné,

Traumatisé muet, autiste, à vie

Au courage de vivre et résister extraordinaire

On t’a aimé aussi pour ce qu’on voyait

Que t’aurais pu être

Dans une autre vie



Que l’incommensurable bêtise humaine avait piétiné,

Faisant de toi une solitude de douleur muette

Rebelle-né à tout, enragée sans raison apparente

Toujours sur tes gardes,

Même à la maison,

T'oubliais jamais ton passé

Ne donnant ta confiance que sous condition

Même après des années,

Délinquant d’une liberté sans issue

La plus folle, désordonnée et nuisible

Sans beaucoup d’intelligence,

Mais tant d’instinct pur et dur

Que ça t’avait aidé

À supporter l’insupportable


Qu’on renonçait à te juger,

Qu’on pouvait que comprendre

Sans comprendre,

Tu nous a toujours dépassé,

Jusqu’à la fin,

Mourir au printemps


Phénomène de vie contre tout,

Contre elle-même, hélas

Tension absolue, farouche,

Intraitable

Preuve vivante d’une résistance

Absolue possible et nécessaire,

Pure force de vie, sans tête, mais queue

Suicidaire et exemplaire,

Invincible et inoubliable

Compagnon de route et de misère,


Repose en paix, frère canin,

T’auras pas connu les filles,

La divinité femelle qui soigne

Les maux des mâles enragés,

Juste la tendresse de ta compagne,

Ta grande sœur louve

Castré de la vie,

T’auras jamais connu

La vraie liberté


Tellement de souffrance

Pour notre honte collective,

Adieu Petit Bonhomme,

On t’oubliera jamais,

Tu restes chez nous, sous nos yeux

Sous des pierres du Perroux

Ton tombeau brut comme toi

Arrimé

Au navire de pierre

Flottant sur les terres d’ici


Le dieu jaloux de la Mort veille sur toi, désormais

Tu nous attend dans un temps perdu, infini

Toi, chien perdu retrouvé

De notre famille sauvage,

Compagnon

De nos chiennes de vies volées

Ô dieux, mieux vaut être démuni de tout

Et connaître l’amour


Je voulais courir avant de marcher

Tu courais encore en tombant,

À la fin de ton temps

Quand l'AVC 

T'a court-circuité

Et que tu tenais plus debout,

Résistant encore 

 

Tu aura été,

Pour certaines choses,

Un exemple

Sans mots

Une flèche brisée

Sur le béton 


Adieu Bill,

Adieu Petit,

Grand Petit,

Dors bien.


Dors en paix,

Finies les souffrances 

La folie absurde du monde humain,

Ta rage et ta peine 

 

À bientôt,

Tu tourneras plus en rond

Sans fin

Sans fin

Sans fin

Comme un Derviche fou 

Dans ta cage de vie.

 

Libre maintenant, endormi

Dans le ventre de ta mère éternelle,

Apaisé enfin en elle-même

En Elle...





 

2 commentaires:

  1. Que de souvenirs avec ce petit monstre au poil de marcassin, insaisissable et coquin. Là où tu vas plus de limite au petit coquin que étais. Adieu petit Buffalo san bille...
    A bientôt j'espère dans un autre monde plus fantaisiste, comme toi.

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    1. Merci pour ton hommage Stéphane.
      Je suis sûr qu'il y est sensible dans sa nouvelle cour d'école buissonnière en pleine prairie...

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