" (...) je me suis servi d'eux comme testeurs de valeurs. Peut-être devrais-je plutôt dire que j'ai appris d'eux ce que sont probablement les valeurs suprêmes. Ou, pour le formuler autrement, j'ai appris ce que sont les valeurs des grands hommes, auxquelles je finirai par adhérer dans un certain sens extra-personnel, et quelles "données" finiront par les soutenir. " A. M.
Nous
croyons avoir perdu nos valeurs, comme si elles avaient pu être
– ne serait-ce qu'un fugitif instant – nôtres !
Comme si leur universalité était un objet de commerce ou
d'échange, échangeable contre du travail, un effort ou un
sacrifice.
Si
ce ne sont plus nos valeurs, c'est qu'elles nous on quittés, leur
perte, c'est notre abandon de ce qui les faisaient vivre et être.
Parce que, avec le temps, nous n'avons rien trouver de mieux à en
faire, dans l'illusion de croire pouvoir impunément les faire
fructifier, que de les transformer en résultat, en un fruit
autorisé. Nous avons vendu et
revendu ce qui était un fruit donné pour
le don et le contre-don. Mais ce fruit était le résultat de ce qui
est donné avec ce qui
le fait et le fonde en vérité, hors de nous et de lui-même. Pas
séparément.
Ce
ne sont pas des valeurs que nous avons perdu, c'est leur sens, non
pas le sens des valeurs
établies, mais la valeur de leur sens, qui permet de les établir
dans le temps provisoire. Sens non cartésien, naturel, non soumis aux volontés les plus prédatrices de toutes : la
philosophique et la scientifique. Celle de posséder et de dominer au
sens romain du terme, celle qui fait du monde et de nous-mêmes un
seul et même esclavage domestique logique : celui de la fin en
soi comme moyen ou du moyen en soi comme fin.
