Blade
runner, celui qui court, un peu comme Charles Péguy, sur la lame.
Celle d'Excalibur, l'épée de l'esprit, toujours « à la grâce
de Dieu ».
« Ce n'est pas mon métier, c'est un métier que
je fais. C'est un travail, pas mon métier. Ce n'est pas le métier
qui fait le travail, c'est le travail qui donne le métier. »
Un psy à la mode des années 70-80 est allé jusqu'à
affirmer que toute relation humaine relevait de la relation
parent-enfant. Difficile de lui donner tort, difficile de tout y
résumer, mais il y a du vrai là-dedans, et c'est ce qui compte, pas
d'y couper les cheveux en quatre.
Est-ce
un métier que d'être parent
d'enfants qui ne sont pas les nôtres, aux côté des leurs ?
Parents d'enfants dont nous ne sommes pas les propriétaires
géniteurs ? Certains
pathologistes
sociaux
le pensent.
Comme toute révolution humaniste,
le libéral socialisme médico-pédagogique engendre
beaucoup de spécialisations professionnelles idéologiquement
agrées dans
le
consensus
puritain
moderne.
Est-ce
un métier que d'être parent ? Il
y faut tellement de folie et d'excès.
Péguy,
en tout cas, parla fort bien de la chose, côté
père, celui dont on ne parle jamais : « Les
pères de famille, ces grands aventuriers du monde moderne. »
Sa phrase fleure bon l'ironie et le défi héroïque, la dignité et la grâce, données avec la modestie d'imprenable patience, face au temporel social-biologique.
Sa phrase fleure bon l'ironie et le défi héroïque, la dignité et la grâce, données avec la modestie d'imprenable patience, face au temporel social-biologique.
Bernanos, lui célébra
la haute vertu des mères sans jamais parler maternalisme ou
féminisme : « (…) de trop bonnes mères, trop
patientes, trop courageuses, si dures à la besogne, si dures et si
douces, avec leur tendres cœurs vaillants, inflexibles. »
Un métier ?
Certains, à la suite des pathologistes, le pensent. Mais
penser est insuffisant pour un parent : comme les deux citations
le proclament, il y faut bien autre chose, que le métier ignore et
ne veut ni savoir ni voir, coupé du parent.
Il y faut de la
grâce, une grâce qui ne s'analyse ni ne se définit scientifiquement.
Autre chose dont
relève le côté professionnel et non l'inverse.
Il y a une
hiérarchie que le métier moderne ignore. Que le métier
séparé et spécialisé cherche à nier, quand il se
refuse et refuse de ne rien placer au dessus de cette
compétence dont il ne tire pas
peu de cette vaine fierté qui fait le sentiment de supériorité
les plus bas.
Il y a un nihilisme professionnel
destructeur de vie et de vérité, donc d'humanité – au cœur de
tout "humanisme professionnel".
Être
parent n'est pas un humanisme. La relation humaine, étroite
ou élargie, sans exception, dans sa
qualité, ordonne
la compétence et lui donne son sens. Et la relation humaine est
elle-même ordonnée, orientée dans ce
travail
qui fait le métier, qui est aussi un travail sur
soi
avec
l'autre, de la famille ou pas, mais
de la famille humaine.
Le
métier ne définit pas l'humain, c'est l'humain qui définit le
métier, lorsque cet humain-là est conscient de ce
qui
le définit lui-même, à
sa source,
et non pas comme « ressource ».
