Comme la misère, la
souffrance est partout. Océan impactant si puissamment nos liens
et relations qu'ils n'en deviennent plus, avec le temps qui
les dessèche, qu'illusions dérivantes
de réduction de sa
morsure, échappatoires virtuels d'oubli obligé ou de plaisir
frelaté.
D'autant
que nous avons la superstition de croire en la non-nomination
nominaliste de cette souffrance
si dissimulée,
mal contagieux contre lequel on se doit de se vacciner –
au moins pour les autres, comme
le prétendent certains amis du genre humain, dans l'espoir confus de
nous sauver de nous-mêmes à nos yeux combien communs.
La
mise à l'ombre systématique
de cette part « sournoise » de vérité, criante
au sens propre, la disparition discrète,
banale, civilisée, de sa blessure d'être serait le meilleur moyen
d'en finir avec cette nature propre
éclaboussant notre humaine perfection de
son sang trop noir.
Volonté
d'ignorance, cette hypocrisie héroïque et vaine, ce négationnisme intérieur
ne peut que nous séparer définitivement des rares proches qui
constatent la blessure effective, partageant
le mal fait, et le dénoncent parfois témérairement, violemment ou
mollement, comme un suicidaire laxisme envers soi.
Ainsi
annihilons-nous à chaque instant conforme
tout sens commun pour nous en remettre ultérieurement, mais défaits,
aux
mains sales, mais
providentielles des
pathologistes patentés du moi, dès que des digues menacent de céder
et de laisser emporter la racine du nihilisme mou qui nous
immerge, dans son imposition, comme
insubmersibles au milieu du
truquage général d'une
réalité vécue vaincue d'avance comme un progrès en soi.

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