Quelle
différence entre multiculturalisme et culture ouverte ?
Le
multiculturalisme n'a pas de culture propre,
il improvise et arbitre entre les avantages d'une culture et d'une
autre, selon ses intérêts
propres, eux. En fonction de
la demande à « satisfaire ». Pragmatiquement
prélevant ici ou là selon besoins et circonstances. Ce système,
fonctionnant que par la vertu de son propre principe, comme la
science, peut être un taoïste positif ou
bien
un opportunisme instrumentalisant, comme moyen pur,
vers des buts qui peuvent être parfaitement étrangers à toute
forme d'humanité, de vérité, de sens pratique positif ou de raison
supérieure.
Sur
son versant négatif, ce multiculturalisme objectif et
fermé de par son égalitarisme
des valeurs, son relativisme systématique des « droits »
(…) n'est plus qu'un mécanisme d'horizontalité théorique pur et
simple, une table rase, un
tombeau intellectuel, un trône en or massif pour l'argent-roi,
l'instinct de puissance pure.
Bien
sûr, sur son versant positif, le multiculturalisme peut s'ouvrir
aux vraies valeurs, basculer du
côté d'une culture polythéiste en s'écartant de tout systématisme
et en se sensibilisant à des hiérarchies de sens
convergentes et
se vivre comme une plénitude d'humanité(s). Mais à une condition
cependant : la même que celle qui permet à toute culture
ouverte de se fonder, tout aussi naturellement que lui
(comment employer le terme
« légitime » ?), sur la différence
à partir du même
humain et de ses équilatéralités, de ses équivalences et de ses
analogies.
Une
culture ouverte offre des sagesses d'expérience en
vue d'une finalité supérieure, sans attente de retour sur
investissement pratique, comme la nature elle-même le fait à chaque
instant depuis le début du monde connu, en
sélectionnant
les moyens d'y parvenir, en les rapprochant absolument
de ces fins. A partir de cette identification positive,
qui se passe du comparatisme d'une multiplicité de valeurs
possibles, tout reste cependant possible dans le sens donné au
départ par l'impulsion
du sentiment
de
vérité vécue
et vivante.
L'opposition
d'une
culture traditionnelle avec un
multiculturalisme à volonté progressiste,
ce
qui est déjà une contradiction dans les termes, si on réfléchit
bien, puisque
toute diversité se contente d'être
– autant que l'unicité – pour avancer,
cette
opposition montre quelque chose.
Ce
multiculturalisme-là,
qui
veut aboutir, plutôt que partir de lui, à un sens commun,
plutôt
que bon, comme dénominateur d'humanité, se
trahit
et se
salit
dès qu'intervient l'inversion
des valeurs
opérées par la récupération utilitariste. Il devient négatif
sans la transcendance
que lui permet d'opérer un pragmatisme positif. Ce qui fait la
valeur du pragmatisme n'est pas son efficacité ou une
efficience transformant l'action
en rendement et la vérité en machine-outil de guerre, c'est sa
part divine
dans le et la pratique, qui n'est pas main invisible sur un marché,
mais créativité libérée, au sens matériel des choses dans leur
nécessité
même.
Créativité
libérée comme moyen
conforme
aux fins et non comme autonomie arbitraire, présentée
comme libertaire par une imposture
de situation :
il
n'y aurait plus là qu'un situationnisme d'opposition et de
destruction traduisant un existentialisme métaphysique privé
d'être au sens de raison pratique,
une spéculation de pur avoir et de pure puissance. Un piège
intellectuel aussi subtil qu'absurde, quand
on l'examine un
peu.
La
précieuse diversité multiculturelle
,
au lieu
d'exacerber
son
aspect négatif vers
d'épuisants
imaginaires d'autonomie pragmaticienne,
puisque
leur mise en concurrence mécanique ne peut que réduire celle-ci à
la caricature de l'unique
intérêt et bas intérêt que retient l'absence de hauteur de vue
d'un réalisme d'épiciers, devrait être dirigée vers ses points de
convergence au sommet des valeurs humaines, pour donner à ce
réalisme et à son niveau, un minimum de noblesse
intérieure.
L'existence
dominante et la propagation
du multiculturalisme négatif, par la nature barbare et les résultats
apocalyptiques de son action délétère ou
dissolvante,
n'indique t-elle pas l'insertion ou l'injection subtile d'une fausse
alternative
aux limites inévitables d'une culture ouverte ? Puisque
celui-ci espère (pour 1000 ans ?) éliminer, à quelques
exceptions près, toute forme culturelle originale et originelle –
jusque dans la négation méthodique
et forcée
de ses fins supérieures – en l'absence
logique
de toute preuve scientifique démontrant « objectivement »
leur validité. La partie ne pouvant décidément pas démontrer le
tout, devient le plus logiquement du monde, ce tout
par un remplacement
plus facile que subtil, finalement. Mais un tout théorique,
cumulatif,
inventoriel, rapporté, redondant comme un fatras de calculs sans
fin parce que seulement contradictoires.
Pensée
unique et monopole des valeurs sont quant à eux, des trompe-l’œil
intellectuels non moins faciles : une vraie culture n'est pas
compatible
avec un type de société par trop impériale ou trop autoritariste
qui l'observe, inévitablement ou en arrière pensée, comme pure
subversion pour ses pouvoirs établis sur le minimum d’ignorance
nécessaire à sa crédibilité. Socrates
memoriam.
Elle
suppose, cette culture-là, une liberté donnée
par des valeurs supérieures : celle que confère et comporte la
valeur qui respecte,
non la valeur qui suspecte. Respecte l'autre
ou dans l'autre. Cet autre fut-il d'une spiritualité toute première
ou même animale, n'en déplaise aux puristes ou intégristes des
formes :
la culture n'est pas dans la lettre, comme elle le serait pour
d'autres dans le chiffre. La
pensée unique n'est pas la pensée unitive
et le monopole n'atteint aucune unicité
vraie.
Elle
ne respecte nullement par principe pur ou légaliste, il lui faut, à
chaque fois, et non une pour toutes, se reconnaître, se retrouver
dans son intégrité profonde
plutôt que s'identifier dans une intégralité affichée, par delà
les œuvres de l'espace et du temps dans leurs différenciations
d'adaptation,
les particularismes historiques – fussent-ils dits
« civilisationnels », logiques
ou biologiques – c'est à dire pratiques.
Ce n'est plus le pragmatisme qui compte à cette hauteur de vue, c'est
la
pratique
du principe, non le principe du pratique – père de toutes les
inversions et perversions. Pratique du principe que toute application
transcendante ou immanente – peu importe à ce niveau d'apesanteur
spirituelle – , exprime et incarne dans sa perfection même
d'humanité accomplie
ou visée.
Pas
de culture sans peuple ni de peuple sans culture. Tout se joue entre
autonomie
de diversion
et liberté créatrice : il n'y a pas de liberté dans
l'opposition pragmatique à une imposture supposée des valeurs en
tant que telles.
Où serait le repère ? Comme disait un taoïste d'occident :
on ne peut décoller du sol en tirant sur ses chaussures. Il n'y a
pas de révolte sans retour au « Oui », comme l'a
fait clairement remarquer Camus. L'autonomie pure est un leurre
philosophique masquant, dissimulant l'annexion pure et simple du tout
par une théorie partielle, une théorie du moment,
fut-il affublé des oripeaux d'une éternité plus désirée
que donnée et
encore moins ordonnée.
Théorie toujours d'un en soi, pour soi et entre soi (…)
Si
l'autonomie était libre, quelle nécessité du mot et de la chose ?
Un
moi nommé,
spéculé pour ne
pas perdre la face devant
la désillusion de pressentir, sans comprendre, qu'il n'y a pas de
destruction pratique, qu'elle n'est que théorique, que la négation
n'est qu'un moment
abstrait, de
quelque côté que l'on regarde une vraie valeur pour essayer de
la détruire ? « On peut tuer un homme, pas son esprit. »
disait
un peuple disparu sous
notre culture.

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