L'inévitable
autorité nécessite, au départ, absolument, une vraie légitimité,
qui, comme dans tout couple temporel désuni, deviendra, par effet de
système, le mensonge fondateur permettant n'importe quelle
dictature de bon sens,
admirablement sertie
dans la plus belle pensée unique du
monde. Puisque
aucune vérité, et encore moins la vérité qui l'orienterait
naturellement, ne peut
naître, se développer ou survivre dans un système qui la
déterminerait contre
sa nature,
dans sa négation.
Il
faut violer en douceur,
au départ donc,
une vérité donnée,
instrumentalisant dans le marbre sa
crédibilité, sa richesse naturelles, ses
charmes et sa vertu par une
identification plus ou moins grossière, selon les moyens disponibles
du pouvoir
de coercition lié au crédit
restant : d'où l'impérieuse nécessité de cette violence
passionnelle de contagion positive,
vidant la substance de sa proie pour maintenir l'ombre d'un
arbitraire de domination purement
profitable et
rationnel.
C'est
le sens de la propagande. Une vérité sans autorité légitime
reconnue par un système imposé à sa pure et simple existence
totalisée, son sens
premier, méthodiquement
éradiqué, progressivement
rendu illégal et même inconcevable : la police de
la pensée associant
nécessairement, au sens mathématique, un
sens normalisé
à une forme d'autorité constituée en
fonction de la
vérité officielle que
devient toute vérité piégée,
finalement pourvue d'un brevet d'exploitation légale par l'admirable
vertu d'une
pure logique de contrôle,
sorte de contrat
social de vérité. Merci,
Rousseau.
Imposture,
injustice, approximation, meilleur des systèmes possibles (...)
qu'importe les mots ?
Imposture, privée d'autorité naturelle, puisque ou bien elle la mérite,
du côté de celui qui la privatise impunément à l'ombre d'un
superstitieux Esprit des Lois,
ou bien non : une autorité fausse tente de se faire passer pour
une scandaleuse situation privée
de sa
légitime "force",
comme contre un établissement
de commerce tout à fait honnête.
La première force de la
dictature étant d'être
en règle avec la
société qu'elle écrase, à partir de l'inversion du rapport
naturel de confiance
qui, hélas, la permet et
l'autorise, comme l'ancien Dieu permettait naturellement,
tout. Avant même que tout soit officiellement permis.
Une
autorité qui aurait perdu sa vérité ne peut se concevoir ni
voir encore crédible que
dans la mesure où elle chercherait réellement
cette vérité dont elle ne
se prétendrait plus détentrice, mais hélas, elle ne le peut sans se nier comme
négation, aurait observé
un hégélien
d'antan,
ce qui serait pourtant infiniment positif pour tout le monde. Mais
non : la peur domine le
maître plus que
l'esclave,
le cercle n'est pas vicieux pour rien, et la « vertu » ne
peut plus, même homéopathiquement, pénétrer l'étanchéité
des conditions de travail
dans leur horreur. Pas
de clef au mystère
clair-obscur de
l'hyper-verrouillage, seule
la pathologie libère et délivre du mal…
D'où
« l'évidence absurde », pour reprendre la formule de Daumal, qu'une
autorité prétendant détenir à elle seule une seule
vérité est inévitablement en
perte de contrôle et de repère, bien
plus que de la simple et précieuse
vérité première qui la fonde.
Abyssale
évidence donc qu'aucune violence ne masque longtemps ses de perpétuelles et
"légitimes" propagandes.
On ne farde pas un cancer en phase terminale. S'attaquer à la vérité, ou
même à une seule,
c'est entreprendre de détruire instantanément, jusque dans la
progressivité relative même
de sa destruction, toute forme d'autorité liée.
En ce sens précis,
tout principe d'autonomie est contraire à la véritable
autorité, tantôt un
peu trop dite inévitable,
réaliste, pragmatique, « proximiste »
(…), tantôt trop dite, au contraire, intouchable, impensable, inimaginable.
D'où le fait que,
dans un système seulement
défini comme propagande,
l'officialité
et l'office
ne s’appuient
plus que
sur du
mensonge pur – autonomisé
– progressivement
totalisant, annulant au final,
tout "travail" préalable,
cyniquement productif, de
liens vendus comme sains, issus, par
la contagion positive relevée
plus haut, du processus de
décadence commerciale
qui fonde ce système
en raison investie. Le commerce des hommes,
disaient les Anciens… déjà, du temps théoriquement aboli, d'un esclavage périmé.
Confondaient-ils,
déjà aussi, ces sages
égarés de la raison commerciale suffisante, décadence et
abolition formelle pure
et dure, celle qui ressemble au
rêve de l'esclave
endormi pataugeant, se
vautrant entre les fumées
et les brumes des consolations et
compensations de l'abstraction pure ?
Tout est illusion, suggérait Chouang-Tseu, depuis le début, de cette chose que Rimbaud aurait voulu « vraie vie », mais dont le rêve se termine en slogan commercial soixante-huitard, « ici et maintenant ». Seule la corruption est assurée comme radicalité de la réalité. La vérité, elle, "est ailleurs", partout exclue comme fiction, par principe universel légalement appliqué. Merci, Kant et consorts.
Mais secrètement pure, jeune fille qu'on respecte encore un temps de cheptel, par intérêt reproductif, hélas, en attendant le pire, toujours à (re)venir, du plus sale fantasme : le pur "principe de réalité" révisée, cette chose ignoble purifiée symboliquement par les dualismes les plus délirants de la volonté de puissance établie et assise, pour mille ans encore, dans le sang et la boue. Secrètement pure dans son infinie tristesse. L'irrémédiable n'a jamais rien eu de romantique, le tragique du romantisme n'est jeu de l'esprit que pour les maîtres du jeu.
Tout est illusion, suggérait Chouang-Tseu, depuis le début, de cette chose que Rimbaud aurait voulu « vraie vie », mais dont le rêve se termine en slogan commercial soixante-huitard, « ici et maintenant ». Seule la corruption est assurée comme radicalité de la réalité. La vérité, elle, "est ailleurs", partout exclue comme fiction, par principe universel légalement appliqué. Merci, Kant et consorts.
Mais secrètement pure, jeune fille qu'on respecte encore un temps de cheptel, par intérêt reproductif, hélas, en attendant le pire, toujours à (re)venir, du plus sale fantasme : le pur "principe de réalité" révisée, cette chose ignoble purifiée symboliquement par les dualismes les plus délirants de la volonté de puissance établie et assise, pour mille ans encore, dans le sang et la boue. Secrètement pure dans son infinie tristesse. L'irrémédiable n'a jamais rien eu de romantique, le tragique du romantisme n'est jeu de l'esprit que pour les maîtres du jeu.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire