(…)
ne pouvant pas concevoir autrement cet antagonisme qui ronge les
hommes depuis des siècles.
D'accord sur l'observation du phénomène, trop humain, au
plus près des choses et des gens.
(…)
les peuples, agrégés par ces caractères transmis (comme on trouve
des caractères physiques propres aux régions, pays, souvent
ancestraux et récurrents), possèdent à la fois des tournures de
pensées identiques, des méthodes d'analyse, créant sans doute
aussi une répugnance allant jusqu'à la haine envers d'autres
peuples n'ayant pas les mêmes, ce qui pourrait envenimer les
rapports.
D'accord oui, mais c'est la finalité des originalités
natives et culturelles qui est oblitérée par la justesse limitée
du champ de l'observation : l'universel, donc, la destination
de tout cela est « au-delà du bien et du mal »
locaux, régionaux, nationaux ou continentaux. Cette finalité,
elle, ne peut être scientifique, objet d'étude ou d'analyse,
de recherche ou de résultat recherché, sauf à aboutir à un
relativisme culturel qui ne peut que nier la vérité des mondes
humains au nom d'une grille rationnelle de pseudo-valeur et de leur
inévitable hiérarchie.
Nous ne sommes pas dans de la valeur, les cultures sont des
valeurs vécues, expérimentées, transcendées nécessairement
supérieures pour ceux qu'elles orientent et nourrissent. Ce qui
manque n'est pas un critère d'évaluation, mais un parachèvement
supérieur permettant de reconstituer le puzzle de l'unité
d'ensemble, dans laquelle une seule pièce – comme dans le
monde animal, une seule espèce si on veut – manquante
provoque un trou qui est déjà le commencement de la fin de
l'intégrité humaine en soi, et par voie de conséquence, de son
histoire matérielle ou scientifique. Ou plutôt, un peu comme un
chaînon manquant au niveau de l'évolution spirituelle
humaine.
Les limites matérielles intellectuelles du champ
d'investigation ou d'intégration, ce sont elles qui provoquent
conflit et haine : comme s'il n'y avait pas de place pour tout
le monde. Pourquoi ? A cause de principes d'intégration
universelle truquée d'un côté, volontairement ou pas, mais en
tout cas défaillants et inadaptés, côté occidental (pour
schématiser), puisqu'ils sont progressistes-historiques, et de
principes éternels (niés et reniés par l'occident progressiste),
conservés et strictement défendus de l'autre côté (Orient
traditionnel), autre côté confondant dans la pratique
principe et application dans un absolu dont la violence et la
barbarie apparente ou réelle, selon le degré de bassesse et
d'ignorance instituées (et donc de perte des valeurs liées
au principe supérieur d'une culture). Des deux côté les pratiques
sont erronées et pervertissent l'esprit supérieur qui devrait les
guider.
Il n'y a pas que l'Occident qui perde ou ait perdu ses valeurs :
l'Orient lui-même (d'autant plus sous l'influence confusionniste
subversive de celui-ci rongeant bassement celui-là) est aussi en
recherche d'équilibre spirituel, avec ses pouvoirs et abus,
histoires et décadences parallèles, en un sens, à ceux de
l'occident, dans le décalage historique inefficace en ce sens
qu'il ne peut rien expliquer en dehors du plan technique qui leur
demeure étranger.
Nul au monde, et encore moins nulle culture, n'est à l'abri du mal
et du malheur. Puisque chaque culture est d'abord combat contre des
forces de pesanteur liées aux limites de leur condition de
d'existence même. Forces aveuglantes et aveugles,
que la raison sociale ou économique ne suffisent pas à
rééquilibrer : aucune technique n'est à la hauteur du
niveau supérieur nécessaire de
champ, ce niveau fut-il celui du cœur d'un peuple, et du plus
simple de ce peuple, fut-il matériellement inculte au niveau d'une
culture matérielle identifiable rationnellement, le spirituel ne s'y
confond pas plus qu'en Orient fourvoyé au même niveau trop
humain, trop fragile.
Le niveau supérieur est non seulement transcendant partagé
et fédérateur créateur à l'intérieur d'une culture donnée
– fut-elle primitive ou première – mais encore à
« l'extérieur » – ce qui la fonde
extraordinairement, autant que l'intérieur :
christianisme, judaïsme et islam, par exemple, sont une seule
culture de départ. Puisque cet extérieur est l'intérieur d'une
unité supérieure. Ce qui pose problème est la concurrence pour la
puissance, si on considère que la volonté de puissance fait la
concurrence et la guerre qui lui répondent.
Personne ne songe à considérer qu'il y a différence,
essentielle, de nature, pas d'origine ni de destination de ces
sous-cultures, parce que cette nature n'est tout simplement
pas reconnue ou vécue : elle n'est que prétendument identifiée
par les catégories intellectuelles inadaptées de la raison matérielle
locale, inaptes à saisir la grâce de révélation et
d'élévation de certaines vérités au-delà de la vie
matérielle, avancée ou pas. Qu'importe l'avance technologique ici ?
L'esprit n'est pas démesuré comme nos raisons pratiques, mais sans
mesure comme la raison réelle du monde réel, plein, complet,
incommensurable.
Les relations inter-culturelles sont rendues, pour l'instant,
impossibles et incompatibles par les conditions qui président à
leur exercice limité supposé : elles ne peuvent être,
être fertiles et fertilisées que par une remise en question
réciproque, pointée déjà par Gandhi, par exemple :
« supposons que nous nous trompions tous. » Ces relations
supposent un élargissement tel du champ de chaque culture, qu'il ne
peut qu'exploser ou plutôt faire place à d'autres frontières
extérieures.
Cette intégration viendra, mais il faut le temps, du temps à la
conscience morale ou supérieure. Il faut surtout que les
obstacles à son éclosion pacifique soient levés ou disparaissent
avec le système qui les soutient comme une forteresse culturelle
dans sa lutte contre d'autres forteresses. Cette levée ne peut
correspondre qu'à un point de départ passant par la connaissance
approfondie de la culture de l'autre ou de l'autre culture – ce
à quoi la mondialisation, qui faillira dans son objectif
d'anéantissement et d'arasement productif des traditions culturelles, finalement
aboutira inévitablement.
De plus, la référence ici au Mahatma suppose d'abord de considérer
sa méthode : la non-violence et la direction
nécessaire de la vérité sur toute autre considération.
Ainsi peut-on affirmer sans arrogance mal placée, que tant qu'une
convergence méthodique dans ce sens précis ne sera pas
rendue nécessaire, aucun rehaussement d'élargissement ne
sera évidemment possible. Peut-être ne pouvons-nous pas agir plus
loin pour l'instant que de préparer les conditions de rencontres et de
convergences, et peut-être, pour éviter les pièges de
l'impérialisme pratique, est-ce aussi bien ainsi.
Et peut-on encore enchaîner : ce rehaussement est évidemment
interdit par tous les intérêts hérités ou innovants
qui résistent à cette convergence. Il l'est, depuis le début, par
des intérêts qui refusent et ignorent, au sens le plus cruel et
violent, toute forme véritable de spiritualité, en promouvant la
pensée unique d'une existence d'animalité
inférieure, tenue en laisse et en troupeau, pour le marché
« aux bestiaux » d'une mondialisation locale de la traite
humaine habillée à la mode des meilleurs principes de nos
meilleures spiritualités, cultures et technologies (principe de
naïveté, si on veut).
Et ceci, toute guerre est commerciale, durera tant que sera niée
dans la pratique toute forme culturelle au nom de valeurs
soit-disant supérieures recouvrant cette bassesse spirituelle de
nier une culture ou une forme humaine de vie. L'habillage est formel,
la cruauté absolue, dictée par une philosophie de la
puissance pure et dure, à l'ancienne, basée sur une nature de
force pure transformée dans et par la pratique.
Quand aux peuples et gens, dans ce cirque romain "éternisé", ils ne sont
qu'orphelins de gladiateurs qui s'entre-déchirent : ils n'incarnent plus
que la destruction du lien supérieur, répétée à l'infini, comme
premier viol. Tant que cette philosophie dominera, le combat ne sera
fait que de massacres et sacrifices, sachant, comme le pressentait
Rimbaud, que le combat spirituel est aussi violent que le
physique. Violent, dès que la méthode véritable est
rejetée, bloquée ou simplement niée en soi, par
principe. Il n'y a pas de gradation dans l'absolu : on y
fait des sauts dans l'inconnu, qui n'ont de logique que le
courage qu'ils demandent, à partir du moment où ils ne sont ni
renoncement ni lâcheté.
Ne pas parler avec ses ennemis est un crime, non contre eux ou ce
qu'on nomme avec des pincettes "diplomatie", c'en est un contre la
parole au dessus du combat comme future paix de
rattrapage. Toute paix a son enfance spontanée en un
sens, dans les limites restreintes de sa naissance à la fois
irrationnelle et raisonnée. Or un vrai combattant de la vérité ne
peut avoir qu'une parole, ce qui ré-ouvre l'ancienne méthode de
chevalerie – non dans le passé, le futur ou la théorie, mais dans
l'instant du combat même à l'intérieur de soi.
La parole au dessus du combat est aussi et d'abord préservation
du plus précieux et du meilleur – racine cachée du
combat – même du plus absurde au plan matériel nu, mais comme
toute fleur de sang humain, évidemment irréductible à
une logique théorique ou pratique.
Elle seule transcende la réalité sans la nier, à la condition immémoriale du respect vécu, éprouvé quand le mot parle intérieurement hors de nous comme un sang coulant dans nos veines et hors de nos veines, de notre aliénante histoire collective, à l'instant décisif et final, celui, japonais, du champ de fleurs de cerisier tombant comme une pluie de roses rouges devant les yeux désillés de l'arrêt sur image.
Elle seule transcende la réalité sans la nier, à la condition immémoriale du respect vécu, éprouvé quand le mot parle intérieurement hors de nous comme un sang coulant dans nos veines et hors de nos veines, de notre aliénante histoire collective, à l'instant décisif et final, celui, japonais, du champ de fleurs de cerisier tombant comme une pluie de roses rouges devant les yeux désillés de l'arrêt sur image.
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