« Quand j'entends parler de culture, je sors mon revolver. »
Goebbels
Une équipe radiophonique d'une station culturelle nationale, à propos de la définition de la culture, se moquait, à la façon sarcastique, méprisante et ouverte d'un humour complice censé être supérieur, des relations que la chose culturelle avait pu entretenir avec l'agriculture, et la paysannerie ancienne. Il faut répondre un mot à ces apprentis-sorciers de la parole mécanique, non pour se soulager, le trou d'aisance est là, mais pour l'honneur des morts.
Désormais,
la culture est une industrie de masse dont le poids pèse
autant dans la balance de la brutalité du revenu national que
le secteur de l'industrie automobile. Merveilleuse exception
culturelle aux œufs d'or, gérée par une politique
d'investissements ciblés, permettant, au travers ses diverses
stratégies commerciales et de soutiens,
les juteux profits, notamment,
d'un cinéma moderne
et d'un théâtre idéologique idem,
dont les chefs d'orchestres sont une intelligentsia nouvelle partout au pouvoir, avec ses réseaux personnels homologués
de professionnels de « la communication »
et de l'inter-monde d'une société de spectacle et de
l'audio-visuel.
On
comprends les légitimes ricanements des fonctionnaires de cette
culture d'avant-garde
industrielle face aux
ruines et débris pendants
de ce qui pouvait lui rester de lié
à la Nature,
et même de relié,
pour utiliser un vieux mot
religieux interdit en modernité correcte.
Comme on sait ou ignore, depuis Vichy, est fasciste toute célébration
non normalisée d'icelle et
de la Terre, sauf par exemple, en Terre Indienne, très loin d'ici, bien entendu.
Tartuffe plus que Socrate,
est immortel.
Giono,
Comme Camus, « sorti » du Parti Communiste, mais sans
doute pour des raisons différentes, en sut
quelque chose dans sa chair
et son âme (Camus
d'ailleurs aussi, à un autre niveau de risque) :
l'infamie de collaborationnisme
est toujours en vigueur, apparemment, pour certains staliniens
du spirituel,
faisant parfois remarquer avec une sorte d'horreur qui étrangle qu'Hitler était profondément
« écologiste », même
si Céline, lui, avait pourtant horreur de la nature ou de « la
campagne ». Les mensonges se rejoignent aux extrêmes.
La
nature rend fou et criminel : les trépidations symphoniques
des machines sont le chemin
pavé du confort libertaire et
littéraire nouveau de la
sagesse prospère des nations
avancées et décomposées.
Les « machines désirantes », arbres de la forêt de
l'hédonisme industriel abritant les huttes virtuelles du
« happy few » connecté au pouvoir intellectuel global,
le peuple suivant le mouvement comme la queue la tête, fermant la
marche du progrès, et « la fermant » tout court, bec
cloué par la « pub » omniprésente et les arguments
pratiques dont sont désormais faites nos vies. Demain les robots,
comme dans Star War. Après-demain, les bio-machines…
On voit bien clairement quelles conséquences une certaine culture
matérielle peut avoir dans notre relation délétère et
génocidaire à tout ce qui touche à la "nature" d'un monde
satellisée – « l'environnement » en novlang.
Pour ce qui est de nos fonctionnaires radiophoniques, sorte
d'arrière petits- fils à l'envers d'un Goebbels au niveau
propagande supérieure et ordinaire, il reste très ironique
que, comme un certains nombre d'autres agents, ils ne fassent
que saper subversivement l'inversion opérée par les
fascismes, anciens et nouveaux, des valeurs d'un instrument collectif
annexé, dont la vertu première était toute entière
contenue dans sa capacité régulatrice et équilibrante
« d'équité », à défaut de croire encore à la
justice pure et simple, non celle de la jungle des raisons, mais celle de l'âme
de toute culture première.
Cette espèce très particulière de taupe marxienne, libéralisée plus que libérée,
dans un sens apparemment très utiles finalement, à l'effondrement prévisible d'une
insupportable imposture centrale, aux commandes de nos esprits
détournés des vraies valeurs. Cependant l'esprit s'attriste et se
révolte à l'idée que la machine rationnelle dévoyée, en s'écroulant,
emportera des principes vrais sur lesquels les faux étaient fixés,
vissés et boulonnés comme des membres artificiels, à commencer par
le cerveau. La raison raisonnable avait des raisons que la
rationnelle ignore : nulle part elle n'avait encore engendré de monstres en série imitée aussi illimitée .
Les paysans de pays et de paysage comme Rimbaud ou le dernier Mohican de la nature, étrangers de l'intérieur, non
seulement les étrangler économiquement ne suffit pas : il faut
les achever d'une balle au cerveau resté libre, non centralisé, non
urbanisé, non industrialisé, non rationalisé par Descartes, Kant
ou le Marché. Non lobotomisé. Rome n'aura apporté que misère et haine au monde
d'avant, la loi de la force physique et intellectuelle, la loi
des machines à penser de demain, la loi des Frankenstein,
drapeau noir en boutonnière classieuse, brassard sombre
au bras démesuré, délicatement runé des deux reflets cruels, des deux filets
tranchants, comme dans 1984 ou le film « The Wall ».
" Les Mystères, religion de toute l'Antiquité pré-romaine, étaient entièrement fondés sur des expressions symboliques du salut de l'âme tirées de l'agriculture." Simone Weil

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