William
Blake prétendait, à tort, que, pour que la vérité existe, il faut
commencer par y croire. Fausse vérité résumant bien
la tragédie sanglante du scandale d'une erreur tellement élémentaire
qu'il faut absolument cesser d'y croire bêtement, en toute logique.
Logique et intelligence n'ayant jamais été synonymes, entretenant à
peu près le même rapport raté que la mécanique et le cœur.
Le
cœur a sa mécanique que la logique ignore, superbement grippée
dès qu'il s'agit de retenir le sablier de la vie, que la religion
réduit en poussière objective, quand elle croit moudre un
grain fertilisé au milieu d'un désert hors sol. Misérable
désert, trop humain, sans la spiritualité qui meut la
physique des corps, célestes ou pas. Désert de la croyance, et
parfois de la foi, infinité
d'âmes conformes,
broyées au
moulin à prière, dont nous avons fini par faire de sa farine un
pain quotidien un peu trop industriel avancé.
Il faut cesser d'être complices de sectes spécialisées dans le
roulage de la vérité dans le goudron bestial du Diable et les
plumes synthétiques des Anges.
Nous
n'avons pas besoin de croire ce ou ceux que nous aimons. Comme si
l'amour ne suffisait pas, et ne servait à rien – puisqu'il est
censé servir aussi, non au sens chevaleresque de la science
ancienne, mais à celui de
l'utilitariste moderne. Un
vrai chrétien D'Évangile n'a pas besoin de croire
en Christ, ni la volonté naturelle de le faire : il le suit
sans l'imiter.
L'imitation du Christ
est le plus vil plagiat de tous les temps occidentaux
confondus : l'amour chrétien n'est ni industrie ni commerce ni
spectacle, ceux qui
prétendent
le fabriquer ou l'échanger
sont ses persécuteurs et
exterminateurs. Sa
prostitution est le premier mal. Non pour des raisons morales
théoriques, formelles, logiques ou idéologiques.
La
croyance en Christ est comme une négation cachée
de son amour, puisqu'elle s'oppose au doute supposé être possible
et obligatoire en
celui qui croit ou hors de lui. Alors que dans l'amour, il n'y de
place ni pour le doute ni pour le temps ni pour l'espace ni pour rien
qui lui soit étranger, comme le douteux en soi.
Le doute appartient à l'histoire, pas à l'éternité. Celui qui
aime voit et comprend, ou non. Sinon, il ne doute de rien :
il n'y a rien – pas même l'ombre
d'un doute entre ce qui est et n'est pas, entre son absence pleine et
le vide d'une
présence sournoise. Ce qui est pas n'a pas
d'ombre : l'ombre ne souligne que ce qui existe, œil fardé du
désir psychologique
dardant
sa proie obsessionnelle sans
la voir.
La
vérité est que nous n'avons pu croire sans détruire ce que nous
savions avec certitude, non
existentielle, mais vitale. L'image détruit l'être, qui est
toutes les images. On ne peut nous faire croire que nous croyons,
surtout quand on y parvient
quand même, on ne peut que
nous faire douter en croyant, par
la contrainte à ou de croire, de
faire
ou se faire un devoir de ce
qui est, au titre de
ce qui n'est pas, habillé d'une besogneuse lumière : la joie
n'est pas un résultat escompté, un retour sur investissement
garanti, c'est un orgasme juvénile jamais spirituellement clos dans
le temps. Un doute, surtout
qui s'impose, n'aime ni ne comprend ni ne voit plus quoi que ce soit.
On
nous fait croire que nous croyons, quand on ne fait que nous faire
douter. Remplacer, par un doute, contrôlé comme un risque garanti,
une vérité d'évidence incontrôlable, puis croire que nous ne
croyons pas, ou pas assez, ou mal, et finalement douter de ce
que nous croyions bien
croire, ce qui revient à détruire toute forme de vérité ou de
réalité avérée,
par phases dialectiques
successives, superposées
à nos sentiments et
sensations primaires et
secondaires, comme par des sortes de couches de peinture expressives,
descriptives ou symboliques, soigneusement appliquées sur notre
intelligence immédiate.
Finalement, tout est remplacé par
l'officialité d'un mensonge dont la vérité est prouvée
par la seule et unique, comme la
pensée, levée contrôlée
de doutes inventés de toute pièce ad
hoc. Ce
doute méthodique, qui nous est devenu, et que nous payons, si cher.
K. Dick avait, un peu comme
Kafka sur un autre registre, quoi que le rejoignant au
fantastique, les meilleures
raisons du monde d'y
perdre tout son latin d'Église.
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