"On répète souvent que la situation est objectivement révolutionnaire, et que le "facteur subjectif" fait seul défaut; comme si la carence totale de la force même qui pourrait seule transformer le régime n'était pas un caractère objectif de la situation actuelle, et dont il faut chercher les racines dans la structure de notre société !Simone Weil, 1934
C'est un système dit social – apparemment, seulement apparemment – juste, basé sur une économie dite réelle, en réalité juste imaginé par l'obscur pouvoir fonctionnel de la richesse retenue, accaparée, imméritée, arbitrairement et même illégalement détenue – pour la richesse conservée en soi, jusqu'à plus soif, jusqu'au pourrissement stérile, c'est à dire pour l'argent pur, inutile et gaspilleur dans un sens, manquant dans l'autre, évidemment.
Argent
pur basé sur sa pauvre loi débile,
exclusive et inclusive, implicite et explicite – présentée comme
la panacée universelle, le remède miracle à la guerre et à
l'injustice humaine et même divine. Le Talisman moderne. Tout ceci
n'a rien à voir avec l'économie au sens strict. Les
docteurs de l'argent comparent souvent celui-ci à l'eau, avec
ses savants circuits, ses cycles mystérieux, ses merveilleuses et
bienfaisantes irrigations, ses cercles vertueux, fertiles et
prospères, ses promesses illimitées, ses vertus curatives et
apaisantes, sa féminité féconde, efficace, sacrée (…) Ces
prêtres-là ont pris le pouvoir là où il était tombé : tout
au fond de l'abîme, celui de la puissance esclave née de
la servitude machinique de guerre ou pas.
Mais
qui peut retenir une poignée d'eau ? Une inondation spontanée
du changement climatique ou la plus humble et invisible
remontée d'humidité ? L'eau ne vit que libre, dans son
sens propre, non domestiqué, non dirigé, non programmé – à
l'inverse, justement des circuits financiers. Elle perd ses vertus au
fond des réservoirs, confinements, des stockages, des accumulations.
Détournée de ses cycles, de ses cours naturels, elle perd son sens,
le climat devient fou, entraînant les pires catastrophes, celles que
nient les sceptiques de service ou en service commandé.
Et
l'économie en vérité, est comme l'eau, non celle canalisée par
les apprentis-sorciers d'un monde meilleur que ce
qui est depuis le début et sera jusqu'à la fin, mais celle
libre et magnifique d'une nature respectée et améliorée en
elle-même à partir d'elle-même et pour elle-même, dans un
sens. Ce sens qui nous fait profiter naturellement de ce qu'elle
offre sans rien demander en retour, au contraire de n'importe quel
profiteur motivé par le gain, mandaté pour sauver
l'humanité ou la planète. La
nature a t-elle jamais eu besoin d'aide avant la grande
catastrophe humaine de la
modernité industrielle et commerciale ?
Une
économie qui n'est pas au service de tous n'est pas une économie si
c'est un système collectif d'avidité pure, sacralisée.
Liquidateur, aveugle, insatiable, auto-centré. Ce n'est qu'un
système de remplacement, organe artificiel greffé sur la
maladie elle-même. Il ne produit aucune valeur saine comme on
dit à la Bourse, aucun équilibre stable, durable, aucun ordre,
aucun développement réel ou long, ne s'accorde avec aucune
transcendance, aucune vérité universelle, il ne fait que les
combattre pour les soumettre à sa dictature séparée,
pestiférée.
Dictature
abstraite de consommation du monde. Consommation à vide,
stérile et puérile, dans une mécanique de désir illimité,
de souris au cerveau auto-satisfait à chaque stimuli de plaisir
psychologique programmé par le savant fou. Docteur Folamour.
Empereur du vide et du mal : il donne son sens au pire, et
toutes les explications en prime, gratuitement, à qui les
cherche vraiment. Qui a dit que quoi que ce soit était
illimité ? Que quoi de ce soit était limité ? La vérité
est entre les deux, comme toujours.
C'est
une avidité de servo-obsédés désaxés en col blanc, liquidatrice
du monde et de soi, liberticide, qui se jette aveuglément -- toujours
plus! toujours plus! -- plus loin dans le grand feu fou de son propre
anéantissement jouissif et cruel, puissant d'un pouvoir
indéfiniment provisoire. Fuite
en avant décervelée vers une « puissance » illusoire et
stupéfiante de domination, de masse et de vitesse – poids mort,
résidu rechutant toujours plus autour de l'orbite vicieuse d'un
point de néant et de négation astronomique –
illuminisme de l'arrivisme.
Opportunisme absolu des voies sans retour autour du mal où le pragmatisme de la misère ne fait que profiter des situations, et de ce qui apparaît comme leur « rente » aux plus barbares imbéciles, jusqu'à l'impossible,l'absurde, avec ses techniciens calculateurs, ses tableaux de bords, ses vecteurs, ses courbes, ses axes, ses schémas, ses cycles théoriques, ses prévisions, ses sondages et pourcentages, ses chocs et contre-coups...
Opportunisme absolu des voies sans retour autour du mal où le pragmatisme de la misère ne fait que profiter des situations, et de ce qui apparaît comme leur « rente » aux plus barbares imbéciles, jusqu'à l'impossible,l'absurde, avec ses techniciens calculateurs, ses tableaux de bords, ses vecteurs, ses courbes, ses axes, ses schémas, ses cycles théoriques, ses prévisions, ses sondages et pourcentages, ses chocs et contre-coups...
C'est
une machine folle, exterminatrice, sans pilote, automatisée
au coup par coup, bricolée comme une véhicule téléguidé
défectueux, comme un engin de survie de Bidonville Planétaire, de
fortune et de hasard expérimental, dans un monde
d'agents-doubles, déglingué, rafistolé, rapiécé de bric et de
broc, dont la bonne marche comme la faillite permet indifféremment
toutes les spéculations, tous les abus, tous les profits, tous les
arguments, tous les avantages, les inconvénients, et de fabriquer
chaque bonheur individuel à partir de tous les malheurs. Un principe
d'auto-dévoration, d'auto-consommation, d'auto-consumation. Comme
dans les bons films de science-fiction US.
« Horreur
économique », mécanisme sorti de sa place, qui n'a
rien à voir avec l'économie, évidemment. L'économie pouvait être
au service du bien, du pauvre, du faible, de la réalité et de la
vérité autant qu'à celui du riche et du fort. Un recours, pas une
condamnation. Elle était un espoir dans la réalité, pas un
leurre ou une idéologie : elle ne vivait pas encore à crédit,
elle était ce crédit, son honneur, non cette ignominie
anonyme qui endette et tue, massacre et soumet, désespère et
pousse au crime. L'économie était le peuple et ses élites non
séparées, non divergentes. Le travail réuni, l'épargne,
le sacrifice joyeusement consenti dans le fond, non – « exigé »
– , comme l’Éternel Débiteur exige en soi
, à la maison, au travail ou
en cauchemar.
Il
y a une économie de l'esclavage comme il y a une économie de la
liberté : chacun peut l'expérimenter et le vérifier à son
petit niveau personnel dans la grande dimension morale de
la Vie donnée par son
sens immédiat et supérieur par
la beauté et la grâce pure de son être naturel et transcendant,
mais nous avons choisi la fourmilière sacrificielle, la
divinisation du quantitatif relativiseur.
Relativiseur
d'humanité, du bien
personnel et commun et, malgré la machine à rêve,
à vivre et
à exister qui
recouvre et étouffe
le monde et la vie de sa
carcasse matérielle inutile et préhistorique, nous ne
ferons pas l'économie de chaque choc en retour
de
réel absurde, de
vrai faussé, de
mal nécessaire, de
néant profitable, de régression évolutive, de maladie fertile, de
misère créatrice, de perte retrouvée, de chute assumée, de
naufrage volontaire et de perdition salutaire. Nous
allons connaître toutes les vérités de la vérité
et de notre vérité, en long
et en large, pour une éternité de temps perdu sans
beaucoup d'espoir.
La
vérité est que l'économie n'est pas faite pour gagner de l'argent,
mais pour ne pas en perdre.
Non pas pour ne pas en perdre au profit
de ceux qui y
gagnent, plus que les autres, et spéculent : si
personne ne perd, personne ne gagne :
tout le monde y gagne parce que personne n'y gagne directement.
On ne fait pas payer
cette économie-là, elle est
gratuite –
pour ceux qui ont le plus comme pour ceux qui ont le moins. Ne pas
perdre d'argent c'est ne pas gaspiller d'un côté et ne pas investir
à perte de l'autre : il y a solidarité
totale de tous les côtés, sans parler du
lien entre pollution et gaspillage. Rien
de plus gratuit que le
payant et inversement.
L'économie est solidaire ou
n'est pas.
Il
n'y a rien qui ne puisse être recyclé,
qui puisse échapper à la vraie loi d'une économie raisonnée,
raisonnable,
naturelle, à échelle humaine, à n'importe quel bout de la chaîne
de n'importe quoi. Ce qui ne peut être recyclé doit disparaître,
comme ce qui ne peut être réparé, transformé. Aucun objet, aucune
machine ne doit avoir de durée de vie autre que celle liée aux
structures matérielles et organiques de la
vie propre
de ce qui les compose.
Il faut donc, comme chez les paysans d'autrefois, un esprit créatif d'équivalence et de transposition au sujet de ce qui entoure nos vies personnelles et collectives. Imaginer un milieu matériel naturel – et non pas un environnement industrialisé – organique, libre, accessible, réparable, qui ne tombe jamais en panne définitive, traversant le temps et l'espace, toutes leurs usures naturelles par une qualité absolue au meilleur marché, au moindre travail, à partir d’éléments purement recyclables et renouvelables, régénérés.
Il faut donc, comme chez les paysans d'autrefois, un esprit créatif d'équivalence et de transposition au sujet de ce qui entoure nos vies personnelles et collectives. Imaginer un milieu matériel naturel – et non pas un environnement industrialisé – organique, libre, accessible, réparable, qui ne tombe jamais en panne définitive, traversant le temps et l'espace, toutes leurs usures naturelles par une qualité absolue au meilleur marché, au moindre travail, à partir d’éléments purement recyclables et renouvelables, régénérés.
Pour
cela il faut d'abord un
état d'esprit soit libre et démocratique, que tout soit à la
portée de tout le monde, dans la mesure des simples compétences et
besoins. Aucune
norme ne devrait être plus qu'élémentaire et de bon sens
responsable personnel et collectif.
Chaque groupe humain de base restant libre de les gérer au mieux
pour son propre compte en les rendant librement compatibles
ou pas,
en fonction de leurs échanges et volonté, avec les autres,
définissant donc un
caractère transcendant renouvelé aux objets
– un caractère anti-standard, artisanal, à la fois reproductible
et unique, permettant d’ouvrir la créativité au-delà des
barrières matérielles naturelles, tout en gardant la
mesure, le respect et le sens premier
de ces barrières et limites
immanentes de sens réel.
Il
faut rendre vie à une
matière artificialisée, neutralisée, pervertie et asservie à un
usage étranger et
contraire à son sens
naturel. Lui rendre
ce sens taoïste, son autonomie dans le Grand
Tout,
sa place, sa mesure, son harmonie, réintégrée et
libérée dans ses fonctions naturelles de cycles et de vie.
Retrouver philosophies et économies des
anciens peuples premiers,
prospères, mais sans gaspillage. Et la première
économie est pour nous, l'humain : la reproduction et
l'utilisation de l'humain
doivent être équilibrées par un sens supérieur à la simple
gestion matérielle des ressources, raisonnable et transcendant à la
fois, respectueux et fidèle, continu et élémentaire jusque dans la
liberté de ses complexités viables et nécessaires
à l'équilibre général, à l'économie générale.
Les
sociétés humaines, pas plus que les autres, ne peuvent pas
ressembler à des élevages industriels. Rien de ce qui est humain ne
peut être rationalisé au-delà de, ni contre ses propres
valeurs – qui ne seront jamais
celles
de la quantité pure, de la masse et de la démesure, comme les Grecs
anciens l'avaient si bien compris. Qu'attendons-nous pour
y réfléchir ? Faut-il aussi financer, chiffrer nos
réflexions pour qu'elles soient crédibles à nos
propres yeux malades ?
Serions-nous déjà au cœur du système
en nous-mêmes, comme le pressentait déjà en 1934 Simone
Weil ? Intellectuels,
propagandistes, pédagogues aurait-ils, dès lors, parachevé leurs
basses œuvres ? Qui
leur répondra en « pensant », pour répondre à
l'injonction de Nietzsche ?

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