POËSIES
I
VRAIES
RIVIÈRES I
INTRO
L'ANCIEN
PAYS
« (…) le Pays Doré. C’était un ancien pâturage, dévoré par les lapins et que traversait un chemin sinueux (…) Dans la haie mal taillée qui se trouvait de l’autre côté du champ, des branches d’ormes se balançaient par masses épaisses comme des chevelures de femmes. Quelque part, tout près, bien que caché au regard, il y avait un ruisseau lent et clair. Il formait, sous les saules, des étangs dans lesquels nageaient des poisson dorés. »
GEORGE ORWELL, 1984
Prologue
Tout
simplement, Vraies rivières, dédié à un double essentiel et
universel : les rivières du monde, nos vies-mêmes...
Chacun
connaît ou plutôt méconnaît une rivière, tragiquement à
l'agonie, suppliciée par une civilisation schizoïde décadente,
suicidaire, génocidaire.
Les
rivières sont vivantes. Comme tous, toutes évidemment
« humainement » liées, autant que liées entre elles.
Vraies rivières, sorte de « prière » naturelle pour le
retour un jour, tellement incertain d'une « vraie vie » –
dignité « perdue »... Non « retour » à une
nature oubliée, seulement une attente intraitable, précise et
exigeante, patiente et douloureuse – jamais oublieuse.
Vraies
rivières, peut-être, avant tout, un adieu aux armes, adieu à la
paix serpentante, nerveuse ou opulente.
Avoir
traversé forêts et clairières, découvert des « passages »...
permettre d'aborder d'autres rivages, à l'apparence fidèle, plus
naturels, lumineux, apaisés.
Il
ne faut pas s'y fier : le monde humain, tissu de ruses et de
contre-ruses, peut-être plus encore que de mensonges : elles
donnent leur sens relatif des hauts-fonds.
La
plus subtile de ces ruses demeure plus innocente, qui ne cherche rien
tant que de laisser librement sa nature essentielle s'écouler entre
les mailles du rétiaire rationaliste, et se reformer, plus loin, les
indomptables eaux du monde d'avant le malheur du « progrès ».
D'avant le Déluge et le Niagara.
Enfin,
par delà la nécessité de rendre infiniment infructueuse toute
chasse à l'homme, finira bien donc par se découvrir non pas le
havre fantasmatique et égocentré de quelque fuyard affairiste de
plus, mais un monde donné, non souillé par l'Enjeu ni le Cirque, –
à qui garde les yeux non crevés l'épée du lumière à la main.
Monde
oublié, sous le Réel hégélien de l'histoire officielle, en ce
qui concerne notre Occident et la partie contaminée d'un Orient qui
nous est beaucoup plus qu'un continent étrange ou on ne sait quelle
organisation mystérieuse malfaisante…
Monde-temps
depuis toujours futur simple, ni composé ni décomposé, vif argent,
de poésie oubliée, vivace comme nos espoirs secrets, enracinés
trop loin dans la souffrance, sourires figés d'anges perdus au fil
des générations et des dégénérescences programmées par la Main
Invisible.
***
Lunaire - Monde des eaux, ventre ancien d'où nageurs nus nous tombâmes tous un jour d’août ou de novembre - rivières mourantes, nos veines tranchées d'où giclent les larmes de sang d'une terre trois fois violée – Myosotis. Pluie de myosotis. Kerouac ou Cohen à leur plus triste. Suspendue. Croissant d'Orient déchiré. Nuages d'encre sur ta frange d'or. Alpes, Occitanie, Maroc. Memoriam. I do not forget you. « Même le plus noir nuage... »
Elles
avaient toutes
la
même odeur
d’origine
Vertes
Rivières
rousses
terriennes chairs
riant
en tous sens
Sentimentales
lourdes
chevelures
d'eau
tombant
à pic
Œil
bouillonnant
des
tempêtes d'automne
dispersant
follement les mât
Le
monde brûle
l'eau
de la soif
évaporée
du désert de l'amour
Loin
des petites Mississippi
rincées
à l’œil du dedans
–
Quand le vent se fait froid
À
l'affût
du
liquide qui frise
sous
le regard gris des blocs gluants
Anges
légers sautillant
sur
nos jours bleuis
ne
touchez pas aux mouettes
Être
ce pli enrobé miroitant noir
sous
le soleil artificiel
d'un
matin d'octobre
Coquille
de moule plantée
comme
une main encore enfantine prie
crevant
la vase bleue des jours
Dans
la présence du temps
l'éveil
profond
et
relatif à la foi
Coureur
des bois épuisé
remontant
par cœur de mourantes
rivières
premières
Le
Serpent à plumes
ondoie
au milieu des fées
des
eaux dormantes
Sillage
silencieux
Colvert
solitaire
sur
le dos du Dragon


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