Pourrons-nous
nous payer encore longtemps le luxe culturel absurde, cruel et
inacceptable de croire impunément continuer à croire et faire
croire que tous ceux ont essayé de penser – et tant s'y sont
usés ! – d'une façon ou d'une autre – non pas le meilleur
des mondes, c'est-à-dire le « réaliste » le moins pire
– mais, idéalement et pratiquement, comme le fait le fil à plomb,
un monde meilleur, positivement meilleur, plus libre et en
accord avec nos besoins et nos aspirations les plus profondes,
l'aient fait en vain, en pure perte, d'énergie et de
temps ou de direction de travail ?
Toute
peine un jour est payée de sa peine, la vie est un relais d'ombres
montant vers la lumière, remontant du puits de vérité où
nos ossements sont jetés par le temps – poussière d'étoile
tapissant de sa neige les fruits rouges éclatés sur notre passage
vagissant dans le blanc de l’œil du ciel. Pluie de pétales
glissant sur la lame de l'âme.
Que
leurs espoirs réunis en dépit de leur infinie et douloureuse
dispersion, effacement ou négation, se voient systématiquement
pervertis et dévoyés vers une misère de condition. Misère
au contraire des désirs et volontés testamentaires exemplaires,
accrue, pire encore que celle que l'esclavage et son mensonge
socio-religieux ont, depuis les débuts antiques, fabriquée,
perpétuée et systématisée avec la rationalité pathologique
du désir et de la volonté de puissance dont elles-mêmes sont les
esclaves les plus avilis.
Nous
ne l'avons jamais pu, mais ceci est notre secret, notre sombre
secret. Qui lie et enchaîne les deux lutteurs au milieu des
sables, dehors et dedans. Nous ne sortirons pas du cadre et nous
subirons son cercle de mort parfait comme un destin, non comme un
festin de forces maîtrisées, comme une noce de forces.
Ceux
qui pensent, veulent et savent sortir de l'épreuve n'ont besoin ni
de preuves ni de force : une seule grâce les délivre,
loin des livres, l'âme si près du corps parfois qu'il revit, en
attendant, le temps d'une vie. La moindre pousse translucide comme
une eau de vie entre les pierres ou les pavés obscurs le sait
lumineusement. Parfaite est sa
pensée non-pensée du
fond de sa geôle imaginaire.

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