" Ce n'est pas un petit travail que d'expliquer la relation entre l'Ourse qui tourne au ciel et l'oiseau qui fait son nid; mais encore faut-il commencer par la remarquer, je dirais même par l'admirer. " ALAIN
Vérité
et raison, trop souvent en guerre pour la bonne raison que la
raison nécessaire cherche à remplacer la vérité éternelle.
Pourtant la
vérité est mère de toute raison : quelle vérité nie quel
besoin vrai ? La
raison en guerre est la guerre. Guerre de raison, ou plutôt
des raisons. Comme la guerre, la raison pure est sans limite :
la paix n'est pas sa limite, elle serait plutôt son ennemie, limite
ou frein à ses prétendus besoins, ses fantasmes.
La
vérité, compatible ni avec la raison pure seule ni avec la guerre
seule, ce qui détruit brutalement, mais surtout à petit feu son
éternité propre et unie, son universalité. Peut-on dire que la
raison pure n'est pas compatible avec la vérité ? Est-il si
fatal que la raison pure soit la guerre ? Affirmer que la
raison pure serait purement animale semble déraisonnable.
Elle ne le devient, peut-être, que dans la mesure où on l'animalise
absolument dans ses nécessités immédiates. Comment la raison
pure devient déraison ?
Par
la séparation logique dissidente qu'on opère entre
elle et la vérité qui lui donne son sens ? Trahison
séparatiste. La pureté de sa rationalité propre et autonome
apparente n'est-elle pourtant jamais, dans sa nécessaire
compatibilité avec toute vérité, que dans son accord
profond avec celle-ci, jusque dans la plus pure matérialité des
faits ou des nécessités ?
Sa
déraison vient de la guerre, de la nécessité matérielle de
destruction et de déconstruction de celle-ci, qui l'arraisonne
en l’amenant à la haute trahison, au syllogisme a posteriori,
comme justification de cette « nécessaire » trahison
même. Aucune trahison est-elle jamais nécessaire ? L'animal ne
trahit-il pas moins que l'humain ? Rien ne trahit rien dans la
nature.
Le
conflit ne vient sans doute pas tant d'une supposée pureté
rationnelle, aussi absurde que la pureté raciale, que d'une
dialectique, d'une logique dévoyée,
arbitrairement autonomisée autour d'un matérialisme
mécaniciste utopique, malade et criminel,
manipulée comme un mensonge, à partir du moment où
cet outil, ce moyen de la
vérité devient
fin en soi, collective, psycho-logiquement imposée. Raison
n'est pas pouvoir, encore moins devoir.
Une
raison violente n'est pas purement
rationnelle, mais
dévoyée par une matérialité
objective dominant son
sens commun, sens lié, partagé.
En
le colonisant, en le privatisant, le
particularisant à outrance
selon ruse et caprice de n'importe quelle passion dévorante. Avec
ses raisonnements addictifs : ceux
qui amènent, notamment, au crime et à la barbarie, après
l'injustice et l'imposture – contre le consentement du
monde.
Rationalité
pure d'une raison scientifique moderne inhumaine, absurdité,
non-sens, violente contradiction portant au pouvoir le pouvoir
absolu de sa matérialité unique – que certains osent nommer
pensée. Trahison suprême s'imposant comme un ordre religieux du
logique et de sa logique. Fascisme ancestral, religion
séculière de la corruption de la régulière, et de l'inversion
de cette corruption comme réponse stérilisante automatisée :
la vérité comme mal absolu ; par la nécessité
absurde d'une même logique de survie d'un pouvoir usurpé,
néo-séparateur plutôt que réparateur.
Ce
qui sépare ne peut être humain : ce « pouvoir »
est soit naturellement divin soit inhumain. Mais
le divin n'est pas représentable : il est présent ou
pas. Ce qui sépare n'est pas séparable, ce qui sépare est
supérieurement unitif ou n'est pas. Le séparatisme est une
trahison.
Les
sciences cognitives, qui paraît-il, ne font qu'observer, semblent
dire que la raison est d'abord et finalement sociale. Que son
sens commun théorisé ne serait qu'une sorte de prérogative de
défense conceptuelle relativement binaire entre deux groupes. Il
semble en effet évident que si l'on déconnecte le sens intellectuel
de la nature, de la morale et de la transcendance de la vie en actes,
on construit de l'absurdité, de l'arbitraire et du totalitarisme.
Et
qu'à posteriori, on les justifie tout en désarmant logiquement
toute possibilité plurielle de lumière universelle à
travers un rayon particulier « unicisé » puis binarisé,
réorienté selon un système optique manipulateur, instrumental. A
quand sa négation orthodoxe, pure et simple, a priori ?
Un
pouvoir, dans la mesure à démontrer de sa possible justice et
justesse, est nécessairement réparateur, et
ne peut être ni séparateur ni violent ni purement animal ou
mécanique. Il ne peut évidemment qu'être équilibré, limité,
provisoire, adapté et ajusté. Les fins s'y confondent
perpétuellement avec les moyens dans une sorte d'unité supérieure
dynamique qui ne peut donc appartenir à personne ni,
comme l'eau, se conserver entre un petit nombre de main, voire d'une
seule.
Le
pouvoir juste et nécessaire doit être libre et conscient à la
fois, là est sa seule nécessité profonde, son ordre naturel
immuable. Ce ne peut être une machine, logique ou physique. Il ne
peut être que partagé et consenti, non diviseur et non suprême.
Relatif, il ne peut échapper à la vrai rationalité du sens
commun, de l'accord et du consentement universel naturel
précisé, intrinsèque,
non objectivé,
mais exprimé, imprimé et
non supprimé par « un intérêt » particulier
généralisé.
La
vérité est non-violence, non-collaboration avec l'ennemi. Elle
n'est pour autant l'ennemie de personne, mais tous en font leur
ennemie, chacun dans sa guerre particulière, son combat pour sa
vérité particulière, détournée, dévoyée. Pour autant la raison
n'est jamais animale en soi : le fait que sa science la sépare
de la conscience n'en fait pas une ennemie de celle-ci. Au
contraire : que vaut une science désincarnée ?
La
raison pure combat l'animalité d'une conscience solidaire ou
instinctive autant que la
spiritualité d'une conscience morale. La guerre de la raison folle
ou séparée est une négation
de ce qui est. Le propre de
la vraie raison est d'inclure dans une unité supérieure
sans exclure le moindre atome inférieur.
Elle n'est que mauvaise
passion rationalisée,
comme il y une mauvaise foi ou une mauvaise volonté. Sa sagesse
n'est jamais que ruse de guerre, sans aucun respect de la vie et de
son sens. C'est une pure machine à dominer son
sujet. Un cheval de Troie.
La
pure raison n'est que l'ordre pur
dans le,
et du
chaos, elle n'est pas de l'ordre de la vie,
mais de celui de sa destruction et de son objectivation, de sa
réification de rouage
systémique. La
mécanique de ses nécessité ne
découle que de la mécanique de ses viols et prédations, comme la
violence engendre la violence dans
la roue du karma des lois.
La
raison pure est incompatible
avec l'équilibre, avec la mesure ou la proportion, avec
les forces de la nature, elle n'est qu'un automatisme
logique, un système de nécessité paramétré
selon la direction arbitraire
du vent fabriqué
en ligne droite. C'est une
utopie exterminatrice.
Elle
valide les opportunismes contre toutes les fidélités, et
toute les fidélités
opportunistes. Puisque dans
cette guerre, la vie est devenue un chaos et inversement :
la théorie de la raison est une tautologie nominaliste qui permet de
taire et faire taire toute parole de vérité et toute vérité de
parole. Elle n'est qu'un
perroquet inverseur.
La
raison pure confisque la parole libre au profit de la
parole nécessaire pour en faire
une repère absolu dans le relatif :
il faut donner le change à la perte de
repères. De
la vérité, celle de Dieu et celle de la Nature.
Elle est environnement pur comme une mégalopole,
rassurant et consolant, progressiste
et agressif, dominant et pensant,
libérant en enfermant,
ouvrant en réduisant, offrant en privant, guérissant en tuant,
pacifiant par la guerre. Elle ne sera jamais pacifique, abandonnée
à la liberté comme à la nécessité. Elle n'est que garde,
gardienne, mise en garde et relèvement de garde.
Le
relativisme absolu aboutit à l'absolutisme rationnel comme
pouvoir théorique, remplaçant
l'ancienne autorité théologique et la dogmatique de ses pratiques
sadiques
de pouvoir.
Le changement n'a donc été que de forme et de nom. Dans la
pratique, cet absolu rationnel devient un irrationnel
totalement relatif :
toute relation est faussée à la racine par son doublement
hors sol, par sa simulation sociale et sa modélisation
économico-étatique.
Les
théories infinies sont autant de bio-doublures
pour la modélisation intégrale de chaque objet du savoir et du
pouvoir remplaçant chaque
être matériel ou immatériel.
C'est l'ère des post-vérités
et des postérités contre toute éternité passée,
présente et à venir. Dans son
imitation de mémoire
même, la vie est
stoppée puis réinitialisée dans le simulacre
naïf ou idéal de son
mouvement subtilement
contrôlé par
un pensée de synthèse collectiviste.
Nous
avons tant besoin, hélas, de ce pouvoir de pouvoir pour y
croire encore. La
raison n'y est plus que force logique
pure et nue, courroie et carburant, gaz
brûlé, particule toxique pour
la respiration de chaque vérité survivante.
L'avenir est aux Zones,
préservées ou contaminées, sans espoir de séparation réelle, qui
ne nous a jamais appartenu, ici, hélas, ailleurs ou
autrement, heureusement.
Entre raison et vérité.

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