Il
ne faut pas de transparence dans la vie, ou le moins possible.
Cachez
cette vérité que je ne saurais voir. Il y a tant de gens, et en
particulier les hommes d'affaires, et demain, femmes
d'affaires, qui se
trouvent obligés d’œuvrer, pour faire de l'argent, à
la limite de légalité, qu'on
ne peut décemment leur demander, à défaut d'avoir une
conscience morale, des comptes
sur chacune de leur activités présentes, passées ou à venir, si
utiles à la prospérité générale du genre et
du parc humain.
Ce
serait un complot contre l'économie de marché. Le
monde si beau, nouveau et fleurissant des marchés s'en trouverait
immédiatement ruiné, ainsi que les magnifiques
bureaucraties d’État qui
le soutiennent et s'en nourrissent, en plus des impôts et taxes, ces
parallèles, humanistes, légaux, aux rackets,
sur lesquels ceux-ci ne
manquent jamais de jouer à
fond. La hausse
prohibitionniste du prix du tabac n'ouvre t-elle pas
de belles futures contrebandes ? La
liste serait longue.
Non
la vérité n'est pas bonne à dire, surtout la morale, qui n'a rien
à voir avec la légale. Tout doit être technique
et légal, techniquement légal,
strictement.
La loi modernisée
fixe les règles formelles de
fonctionnement du jeu
économique. L'économie souterraine prospère
à l'ombre et à l'abri de ces règles. Simplement,
elle joue de l'autre côté de la barrière, spéculant sur ce qu'on
tirer de profit
du
mal d'une loi volontairement haïssable et absurde, qui n'est
plus que signe mystérieux du pouvoir.
Mais lequel ? Les deux,
mon capitaine.
Volontairement
haïssable ? Il faut
qu'elle soit contre, contraire,
rarement pour, comme remarquait Kerouac. Contraire à la liberté
humaine, et plus exactement à certains de ses besoins fondamentaux
qu'elle prétend réguler, alors qu'elle fabrique un marché, autant
que la dérégulation qui la suivra, inévitablement. Une
loi aimée n'est plus une loi, s'il n'y a plus de contrainte, donc
d'impartialité ou d'inhumanité douce, de sacrifice
sécuritaire, ni
donc de profit prédictible. la morale établie est un marché captif.
L'avantage
de l'impartialité, c'est qu'elle ouvre à toutes les combines pour
la contourner et l'utiliser, pousse au génie, au progrès, surtout aux marges,
pas seulement aux limites du légal. Elle fabrique ce dont elle se
nourrit comme objet à frapper et
dérober, ouvrant et
suscitant
tout un monde inédit,
parallèle souterrain
qui sera finalement intégré dans le produit intérieur brut.
Moralité et rentabilité indirecte assurés. Contre
la libre nécessité accordée et consentie
comme base de liberté démocratique.
D'où
cette exigence récurrente d'opacité dans la vie privée,
signe extérieur de liberté des marchés de
l'ombre contre la vraie liberté,
qui sont aussi, souvent, marchés de dupes, censés ne pas exister,
et que d'ailleurs personne ne connaît ou
reconnaît, officiellement ou
pas. Sainte opacité
pas
forcément que contre l’État contrôleur, régulateur
(...), mais bien plus,
peut-être, pour la conservation de certains monopoles
occultes, qui eux,
effectivement défient vraiment l’État sur certains marchés dits
« sociaux », à
partir d'un État fourvoyé,
dévoyé ou soudoyé.
Le magnifique, dans ce monde moderne étatisé et marchandisé, est
que tout est calculé, surtout l'incalculable. Par déduction
ou induction, un peu comme on repère certains astres invisibles par
la même méthode, trés scientifique. Par les lois subtiles ou
occultes de causes et d'effets appliquées au système d'argent
survivaliste. Cette si belle machine, matrice au
goutte-à-goutte raffiné. Examinons le génie de conception d'un
élevage industriel, quel qu'il soit : que religion il
y faut !
La cartographie des masses astrales, des amas et conglomérats, est
stratégique : elle détermine les futures colonisations de
l'espace humain dans son infinité intérieure, psychologique
et spirituelle. Contre les cultures premières, les besoins niés, détruits en gros et trompés en détail. Recréés
synthétiquement pour le compte-goutte de satisfactions
pavloviennes, leurrés par du frelaté hors de prix, valorisé à
partir d'arômes et de simulacres calibrés.
Un modèle est social-maternaliste, surnaturel-communiste,
en quelque sorte : leurrant d'abord l'enfant, le petit,
puis l'homme, l'humain, la logique, la raison. La belle
école aux bons sentiments que voila. La vie rêvée (…)
et respectable. Suivra la « socialisation », comme si
l'humain n'était pas d'abord pure socialité, bonne ou
mauvaise, là n'est pas la question. L'apprentissage des règles
de vie remplacera la vie des règles, leur humanité première,
centrale, essentielle, spirituelle et affective, règle d'or
des sagesses. Règles du jeu d'une nouvelle morale, celle de l'ombre
et de la loi, celle de la puissance. Double vie. Double jeu.
Alors que cette humanité première était plus que sociale, et
non moins.
Là est le nœud du problème, cœur du mal, ce calcul
millimétré prétendant rectifier et édifier le standard.
Paradoxalement, calcul absurde et criminel, comme tout
pouvoir le devient, dès qu'il sort de la nécessité humaine pour
intégrer la contrainte intégrée d'une
nécessité abusée au nom de sa prétendue prolongation
universelle pratique. Comme s'il existait un universel de
l'opacité, de la doublure et du remplacement, celui de la raison
pure – comme on lave l'argent sale – contre la vérité
nue, abandonnée...

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