Pas
plus que le passé on ne dépasse la nature. On ne fait que
l'affiner, la prolonger, plus on l'éradique plus elle repousse
follement. Nous ne sommes pas tant menacé de sa disparition que des
désordres engendrés par nos tentatives de domination et de
soumission.
Il
est aussi vain de croire pouvoir doubler une culture première
que de vouloir la glorifier. Se glorifie t-on soi-même à moins
d'être tyran fou comme Néron ? Dans les deux cas, on trahit et
on salit, comme pour Dieu dans ses institutions, ses
remplacements. Nous ne pouvons vivre déracinés des cultures
premières.
Il
n'y a pas de retour à la nature, il n'y a que des retours à la
vérité. Parce qu'il n'y a que la vérité qui vaille et sauve.
Il n'y a ni temps ni espace dans la nature réelle, mais une vie
unique, éternelle et universelle, partout infiniment démontrée
et indiquée.
Le mal vient de la négation et du reniement. Refus institué
et intériorisé de cette vérité première, dans la guerre
faite aux peuples premiers qui en sont l'incarnation la plus humaine,
dans leur refus de l'humanisme spéculatif, dans tous les sens
du mot spéculation. Leur mise en esclavage – quand elle fut
possible – ne vaut pas acceptation de ce système.
Dans ce sens strict, tout savoir qui ne confirme pas
éthiquement, spirituellement et scientifiquement cette évidence
absolue, n'est qu'illusion criminelle, leurre de l'imposture et de
l'ignorance. Toujours dans ce sens, il n'est pas un seul problème,
petit ou grand, qui ne trouve sa solution dans cette vérité
première. Le reste n'est que guerre à la vie dans son principe au
nom des son idée déformée, dénaturée.
Vérité exprimée absolument par la nature dans ses lois, son
intégrité de vie et de sens, hors de la ridicule exclusivité
humaine et de son pitoyable pouvoir de destruction et de
trahison. D'où son indifférence absolue aux désirs dénaturés de
celle-ci. Désaxement d'un centre vidé de vie, vide dont elle a
horreur.
La haine de soi vient de la haine de la nature, d'une nature que l'on
ne peut heureusement vaincre qu'en lui obéissant : toute
haine vient des maîtres – non spirituels, mais de guerre,
quand ils ont le bonheur de ne pas se confondre – puisque ces
derniers se font esclaves pour dominer.
Principe civilisationnel désaxé par les abus engendrés depuis des
siècles, de dénaturation inflexible, comme pouvoir absolu,
dénoncés par Nietzsche à son meilleur. Le pire est une
certaine religion dont le clergé vénal charge invariablement la
nature des péchés du monde de ses contempteurs.
Ces Diaboliques à qui la responsabilité de destruction
généralisée du monde, passée et à venir, revient directement,
avant même celle de leurs très scientifiques et financiers
imitateurs et héritiers modernes. Ne pas mettre absolument en
cause et question cette double responsabilité dans l'histoire et la
genèse de l'écocide actuel est une complicité active ou
passive de crime contre la vie.
Non la vie rêvée ou sentimentale de passions dénaturées menant
droit à une collaboration de fait avec un système et entreprise
de barbarie humaniste, mais vie de nature pure et simple, telle
qu'elle est, dans ses tendances intérieures à
l'auto-perfectionnement spontané de ses équilibres fondamentaux
contre tout idéalisme nihiliste. Dans son intégrité et sa
dignité sans intégrisme, moralement niées au nom de cette négation
de principe.
Crime contre l'humanité donc, au sens élargi, universel, contre la
Nature en son beau milieu. Son beau milieu : l'humain
fait la nature et la préserve, autant qu'elle le fait. Humains
premiers dans l'âme partagée de celle-ci, vivant au sein
d'une nature protectrice et procuratrice, comme on aime une mère, et
respecte la distance nécessaire. Distance due aussi aux
aînés, « ceux qui marchent devant », comme le disait le
poète oublié Gérard Manset. Les Anciens, les Ancêtres, les Pères,
les Premiers – n'ont jamais été de purs singes mécaniques,
comme le veulent les criminels progressistes dans leur terrorisme
intellectuel béatement subi.
Nous sommes citoyens de la nature – non d'une cité de Dieu
située ailleurs, sans la négation de celle-ci, ou son exclusion
urbaine marchande de canons et de produits de synthèse pour le soin
intéressé des dégénérescences programmées.
On ne se glorifie pas soi-même à moins d'être malade de la maladie
du maître esclavagiste. On se gouverne. La nature propre,
celle du Zen, de Houéi-Neng et de bien d'autres, est une leçon de
choses naturelles, nécessité intérieure purifiée et
purificatrice. La droite dans la courbe, de la courbe.
Sans courbette ni fanatisme circulaire, cellulaire, comme l'eau dans
ses vertus démocratiquement dénivelées. Celle qui est, mais
n'existe pas, dans la nature.
Nature propre, courage d'être soi sans moi. Non principe directeur
stoïcien mal digéré, invoqué comme prétexte ou alibi des misères
du monde.
Un gouvernail, une gouverne. Non un gouvernement seul. Gouvernail
seul, mais qui permet au principe directeur, de Marc-Aurèle
le Maître et d’Épictète l'Esclave, d'avancer selon le vent que
la volonté emprunte plus qu'elle n'utilise, emploie ou
instrumentalise. Ni l'un ni l'autre dualisme guerrier.
Mais un contre-don, un retour nécessaire, une reconnaissance à
la hauteur. Le mât est une autre affaire : la gouverne, le
dirige, et n'est plus seule, mais associée, alliée de liberté et
d'intelligence – donc de nature retrouvée. Économie naturelle,
mais restreinte comme une relativité ouverte sur ses limites mêmes,
filtrantes et vivantes. Le contre-don est le contraire de la
guerre des contraires.
La nature intérieure porte autant que le vent à cette
condition d'équilibre et d'accord, d'harmonie des forces où tout
contraire casse et fausse. L'habileté du pilote est
une flexibilité dans l'inflexibilité dont le zen dit que le
temps le rend inconscient, instinctif, naturel, naturalisé,
indifférent – et non automatisé, mécanisé ou conforme, comme le
croient les fous qui croient nous diriger.
Cette indifférence-là est le sommet apaisé de la sensibilité.
Une vie de navigation ne suffit pas pour l'atteindre, mais quand elle
atteint le pilote, la différence intérieur-extérieur s'efface sans
pour autant gommer les contours ni les profondeurs exprimées à la
surface lisse du sable de l'océan de vie. Au contraire : tout
est lourd de liberté dans l'allègement de chaque effort perdu
répété.
Ni guerre ni irrespect ni irresponsabilité d'une pensée
collectivisé par et pour son absence. La nécessité
naturelle est un bon mélange, un bon alliage, un bon attelage :
tout dépend de la profondeur de l'alliance, du matériel au
spirituel. De l'enracinement dans l'être et du détachement qu'il
provoque.
La liberté y est ainsi dédoublée et non divisée, comme on
divise un illusoire pouvoir. Par une alliance
intérieure-extérieure originale et créative, sinon, où
est-elle ? Permettant de dépasser l'illusion de contradictions
– bien réelle dès qu'on y croit dans l'allusion,
et les limites de séparations de surface nécessaire. Par des
passages plus encore de nature, mais secrets aux
ignorances et négations les mieux établies. Transformant nécessités
négatives en libertés positives.
C'est là toute la leçon d'un l'Orient – hormis les tyrannies
issues du laisser-faire et aller à la nature extérieure seule, sans
principe directeur stoïque fidèle, plus que conforme, au
Zen ; tyrannies communes aux deux pôles – qui ne vit jamais
ni ne pense contre nature, d'où certains schismes, sans doute.
Cependant, cette leçon, mystérieusement passée par et pour
certains peuples dans leur sagesse d'Occident, comme les Celtes et
les Grecs dans leur meilleur ou élite.
Hélas, aussi méthodiquement génocidés, là, qu'ailleurs les
Amérindiens, exterminés dans leur esprit même – qui survit à la
mort reçue – par de prétendues civilisations qui furent que des
superproductions mécaniques de guerre à la vie libre,
ivrognerie codifiée de pouvoirs extérieurs dont la chute de
l'Empire Romain dit assez les dérisoires et criminelles vertus.
Face aux continuateurs de cette guerre, officiels ou enrôlés de
force, actuels, dans les faits et les esprits, équipés de fausse
science et de finance sale, pour un pouvoir technologique terroriste
apocalyptique, apprentis-sorciers d'une puissance débile et barbare,
de corruption et de destruction inégalée, Zen et Stoïcisme sont
assis.
Dans une attitude immuable et presque muette. Face à l'angoisse
schizoïde surarmée, il n'y a que la rigueur de la liberté et la
liberté de la rigueur, intérieures et extérieures, qui
vaillent, au sens le plus courageux de l'ancien mot. Où est la
question ? Le cap est vérité immobile dans la paix du
cœur. Pourquoi la guerre au monde ?
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