Nous
ne parlons plus de nature, mais d'écologie, ou pire,
d'environnement. L'homme, centre du monde. Plus de nature que pour sa protection, et sous-entendre,
peut-être, la nécessité de nous protéger de nous-mêmes, d'abord,
en réalité.
Mais
ce terme de protection introduit l'idée de protecteur, bien gênante.
Protecteur du serf ou de la femme, de l'enfant, si vulnérables.
Sécuritaire et défenseur, plus que fait de respect, en vérité. Respect
non-protecteur en soi d'ailleurs, ne l'étant qu'indirectement, par la force
des choses. Cette déesse de
violence, trop souvent.
Le
respect, faisant passer ce qu'il respecte avant lui-même, femmes
et enfants d'abord. Non
au sens de privilège de pouvoir ou de préservation intéressée
d'un cheptel, mais de respect absolu de la vie, sans pour
autant en faire une sorte de capital placé. Ce que la science
couronnée ne sait pas bien faire, malheureusement.
On
imagine sans beaucoup de mal ce que la « protection de la
nature » finira par provoquer : les pires abus. Au nom
juré du bien de la planète et de son précieux patrimoine, comme le répète
stupidement la propagande médiatique de hauts technologues
embusqués.
Certains
regrettent déjà l'ancienne création, dont on pouvait, au
moins, c'était tellement, remercier Dieu ou celui de
n'importe quelle cosmogonie honnête, dont l'esprit était, sans
aucun doute, beaucoup moins naïf qu'il n'y paraît à la
critique établie.
Ou
plutôt, cette naïveté, fausse ou apparente, comme tout art sacré,
ne recouvrait-elle qu'un mystère somme toute d'une étonnante
transparence. Celui de l'amour de la vie en elle-même, hors
des bons sentiments humanistes de nos scientistes.
Amour
du monde en lui-même, pour lui-même, inconditionnel et immédiat,
dans sa perfection propre. D'une humilité toute naturelle, mais qui
permettait la prétention juste de savoir rester à sa place, comme
miraculeusement. Participant, chacun petite pierre vivante, à
la grandeur de ce monde, mais avec une certitude absolue. Absolument
profane aujourd'hui.
Ce
que nous avons, avec la nature naturelle, quasi
irrémédiablement perdu. A tel point que tout monde, naturel ou
originel, ne fait déjà plus partie que d'une vague mythologie
préhistorique : la vérité n'existe pas, ou plutôt, plus.
Ainsi, inévitablement, avec le temps, la science la plus sincère
devient-elle obscure religion. A l'opposé de tout ce que nous
pouvons croire, sans plus de vérification du cœur, sans
doute le critère ancien le plus exact jamais inventé.
Sous
nos yeux incrédules, l'incroyable devient banale réalité,
routine ennuyeuse, tel ce tas de jouets inutiles d'une enfance déchue
de son esprit. Celle de l'apparente domestication de la Nature,
nouvelle esclave, malade ou réfugiée de guerre, à prendre en
charge et protéger. Notre moderne crédulité
ne s'arrête pas là pour autant : il faut faire la
loi, la défaire et refaire,
cent fois remettre sur le métier d'humain désormais générique, un fanatique impossible.
Post-
ou trans-humains, nous allons infiniment plus loin que n'importe
quelle religion la plus barbare n'aura jamais été depuis le début
du cycle naturel. Le socialisme scientifique a gagné sa guerre
ouverte ou larvée contre la nature, désarmée comme un peuple
premier hospitalier, généreuse comme une mère s'offre au prédateur
pour préserver ses petits.
Ne
reste plus qu'à protéger ce vaincu en esclavage,
sa précieuse force de travail, de production, ses vitales
ressources, son infinie fertilité de déesse-mère soumise à nos si
puritains caprices. Protector,
voilà l'autre nom du Progrès, plus vieux encore
que le monde du pire retour en arrière jamais imaginé par nos prophètes du malheur.
Que pouvait bien signifier cet ancien mot : gratitude,
si proche, dans sa fin, de celui de béatitude ou plénitude ?

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