"Malheureusement, mon âge ne me permettait plus de modifier profondément des dizaines d'années de façonnage." Atlas le Père
" L'imagination produit sans cesse des signes capricieux, comme sont ces folles liaisons d'une chose à une autre très différente, ou bien ces assonances, et ces rythmes aussi, qui sont d'abord comme des jeux de tambours. (…)Et l'inspiration n'est jamais qu'une confiance héroïque en la nature animale, comme si les mille bruits du monde et cette pluie du monde sur le corps ne faisaient qu'un avec la partie la plus raisonnable. D'où vient que la raison prend corps, et au rebours, que ce monde prend droit et beauté. " Alain
***
« C'est
un beau jour pour mourir » disaient certains guerriers
Indiens Peau-Rouge avant une certaine bataille, peut-être celle de
Little Big Horn. La mémoire indienne se perd, mais son esprit
subsiste pour l'éternité du camp de concentration. Le combat
trempe et détrempe, le reste n'est qu'eau tiède pour civilisé
douteux.
Parlant
de la mort, passage aussi sacré que celui du sexe ou de la
naissance, par delà la nostalgie d'une vie vécue avec les bonheurs
et les malheurs d'une trajectoire globalement de plus en plus
tragique et absurde ; par delà les rituels migratoires du
peuple des oiseaux, à l'aventure si peu compréhensible aux yeux
pourrissants des parqués civilisationnels ; par delà ces
rituels sacrés, effectivement, non sans parallèle secret avec
les trajectoires désaxées de nos modernes existences ; par
delà les transhumances universelles futures de notre esprit
personnel vers le Grand Esprit Indien ; par delà tout ceci, il
y a une façon de rendre hommage aux animaux, au végétal et
au minéral, frères de vie et de sens, qui rehausse l'âme,
la libérant de toute nostalgie mal placée, de toute illusion de
mort spirituelle, avec ses effrayantes angoisses de solitude et
séparation.
Pour
lui, la Cigogne en est le signe. Chacun a ses signes familiers
secrets que la raison instrumentale ignore.
La
mort, plus encore que la vie est voyage : suffisamment
de traditions de bon sens l'indiquent
– y compris au cœur obscur, mais battant, de leurs expériences
les plus limites. L'appréhension avant le grand départ est
humaine, et même féminine, au sens de déchirure vitale ou
don de soi, jusqu'au fond du corps. La mort est parthénogenèse
sacrée, celle de la mère mourante dans l'accouchement, avant
que renaisse l'esprit naturel de son âme immortelle survivante, de
nouveau offerte à la Vie.
Le
monde animal et cosmogonique précolombien en Amérique, mais aussi
ailleurs, dans bien d'autres steppes végétales ou minérales,
voire marines, sait combien la
mort est sacrée en
elle-même, au seuil de lumière du tunnel blanc,
chacun un jour le vit, enfant sortant
de la Matrice sans voir ni savoir pourtant, mais
avançant déjà, animal humain tombé
ici-bas.
Des limites ferment certaines frontières de forces et d'esprit, par
delà l'abandon de la chrysalide devenue inutile obstacle. La mue accouchante
nous rejette et pousse hors des jupes de la vie, dont les limites
éternelles finiraient par étrangler toute liberté spirituelle à
la façon du cordon ombilical non coupé, lové autour du cou nouveau
né dans le sommeil de sa vie terrestre, qui l'étrangle.
Le
soleil levant
dissout les monstres de la nuit des spectres d'Occident.
Une
Mer du Nord trop froide et agitée, leur fait,
un jour, incertain comme ses
brumes ou
les
cornes préhistoriques d'un
inconscient malade, perdre le
sens de toute mesure, pour le
noyer sans pitié dans
un abîme tragique de
conquêtes vides.
Faisant
oublier, dans les brouillards
mystiques d'un mal
trop barbare en
ses ressacs de haine et d'instincts mal avinés – célébrant la
joie malsaine d'un insondable
crime « sacré »
collectif,
franchi « bestialement »
autour des
feux maudits de l'abandon et
de la colère aveugle. Le
mal fait,
en ses flammes glacées,
oublier la douce lumière
d'Afrique dont l'humain
un jour naquit,
peut-être, plus que singe.
Oiseaux
de paradis, pacifiques
gorilles là-haut, rythmes
cardiaques, légers et vifs
comme un
tsunami
de gazelles et éléphants.
Depuis trop longtemps le Nord massacre le Sud et l'Ouest l'Est. Le
mal est au fond de cœurs ravagés par des
houles de folie barbare sans
plus de repères spirituels.
Nous
aurons affaire
bientôt
à ces limites sacrées
franchies, foulées aux pieds, souillées
et sauvagement
effacées,
dans un choc du
retour qui paralysera les
puissances spectrales
de poussière mortifère. Gitans et Indiens d'Amérique l'ont dit
et prédit clairement. Reste
à mettre nos esprits malades
en règle et en position, si nous ne voulons pas être définitivement
anéantis dans notre mémoire vive.
Il
est temps de retourner aux Prairies des Ancêtres et du Grand Esprit,
d'abandonner une bonne fois
nos oripeaux puants de sous-chrétiens
des caves, labyrinthes et autres catacombes, pour sortir au grand
jour, à la claire lumière du jour, pour
mourir en
Christ solaire libéré au milieu de l'Arche et de la Voûte des
forêts d'Amazonie ou des
déserts de Gobi, pour y
construire une cathédrale de paix universelle, sans Kant ni
Hegel.
Il
est temps de réveiller, dans la mort-même, comme dans un
grand jour pour mourir, l'esprit
amérindien d'un Christ Chaman revenu,
nous libérant
enfin, après des
millénaires de cachot mental et spirituel, de
la faux étroite de
paysans asservis de misères
contre une
culture-mère violée, souillée de mille manières abjectes, dont la
catholique n'est pas la moindre entre autres abominations.
Sortir
de Rome, égout à ciel ouvert, cloaque et pénitencier mental
d'Occident, impitoyable
lupanar de puissance et
de cruauté en ses théâtres d'ombre, de sang et
de crachats, avec
sa religion néronienne
assise sur un
pauvre Christ crucifié,
jouissant d'une déchéance se répandant comme une peste fasciste
toujours nouvelle
sur une
Europe celtique
asservie, exsangue
et obscurcie, mûre pour la
servitude technologique de pointe de l'épée.
Nulle faux macabre ne fauchera plus
nos éclatantes têtes :
nous entrerons debout dans la mort,
lavés des immondices existentiels de
l'esclavage mental et
sentimental, non pour rejoindre les paradis artificiels
d'enfants-soldats sacrifiés sur l'autel maudit, mais la beauté
immense et majestueuse,
infinie, de la Prairie Première,
américaine ou mongole, libérés des miasmes emmurés
de la négation du mal blanc de nature
par
l'usurpation noire d'un
pouvoir détourné, récupéré et retourné.
Une sorcellerie maudite, maquillée de
mauvaise science, manipule et dégénère
la vraie vie au nom du bien et
de la morale dite civilisée, contre toute santé et liberté dans
leur
immortelle spiritualité animale.
C'est
un beau jour pour mourir d'être immortel.
L'oiseau est signe de Dieu, non mauvais présage romain d'une
gauche sinistrée.
Heureux celui qui lui parle en ami, non en oiseleur mielleux, cachant la glu. Il n'y
a pas de cage pour l'Oiseau Totem, il y a un mât qui monte au ciel
d'une terre
sacrée, voilée de tendresse
et de tristesse.
Le drakkar vide, avec le
corps d'un
Christ qui brûle, va droit
au soleil levant, sur
le Gange ou une mer nordique, sans
témoin, hors la rive qui pleure en silence, guidé par des
eaux-mères cicatrisantes et
électrisantes, libérant
leurs ondulations porteuses
autour d'un l'axe magnétique alternatif.
Seules
ces eaux façonnent,
le reste n'est que rêve
stagnant,
au mieux, cauchemar mouvant,
au pire. Elles portent la trajectoire, comme descente finale à la
mer rimbaldienne.
Le reste n'est que superstition d'une science trois
fois maudite, mille fois
criminelle. La mort nous lave, plus vraie que la propagande des
post-humanismes passés ou à
venir. Nous, esprits libres
de France en ses campagnes éternelles
abandonnées par les princes
maudits d'une modernité occupante. Aux
pillards et aux soudards.
Voir
comme meurt l'animal sauvage, serein et solitaire, la surhumaine
simplicité avec laquelle il endort sa douleur et sa vie qui s'éteint. Silence et paix.
Prétendre à un héroïsme plus vrai est le premier crime
contre-nature des religions de
la puissance et du mal. Pourquoi l'accepter ? la mort permet
tout, sans rien autoriser. Ce
tout enfin retrouvé.
« La vie est double, la
mort est simple » dit une sagesse cachée. Voir
la paix de cette mort, divine hauteur, son secret de nature, si
démocrate fin, généreuse, retour enfantin
à la mère, sans raison ni plus de pouvoir terrestre inutile et pesant.
Alain
est matérialiste. les
Premiers, eux,
avaient une
inspiration animale,
spiritualité animiste
ou chamanique. La nôtre,
fidèle à la nature et aux traditions qui la prolongent sans
la trahir, non comme le font ces
sciences dites naturelles modernes ou certains barbares de la loi de
la jungle, est taoïste, ou
mieux, taoïste chrétienne, celtique chrétienne. Le corps
y prend raison, la beauté se fait monde, renversant
l'optique de
l’œil nu aveuglé
du philosophe athée ou
théiste des salons, des ors, des bistrots ou des sacristies.
Un
beau jour, solaire, où même
l'ombre est chaude, vivante et nécessaire, en toute spiritualité,
loin des frimas
insomniaques d'un certain
esprit universel fasciné,
loin du sommeil profond des logiques liées des formules gravées au
fer rouge. Pour
mourir.
La
faillite programmée des religion modernes d'Occident
n'hypothèque ni n'anéantit nullement la validité des spiritualité
animalières des religions premières dans leur pure magie
blanche – dont nul n'ose plus aujourd'hui parler sans trembler
de crainte, valeur violentée et torturée entre marteau théologique romain
inactuel, mais invétéré, et enclume scientiste positiviste révolutionnaire actuelle, mais débile.
On
ne peut mourir idiot, la pire des morts. Nous savons depuis le début
humain que nulle intelligence renaissante ou durable
ne vient seule de l'humain, ce que notre science moderne,
exclusivement politique et économique, impose d'ignorer
mécaniquement avec la dernière cruauté. Les oiseaux aussi
se cachent : le jeu des forces n'est rien sans celui de
cache-cache de la Mère.

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