" Mais l'action est saine et raisonnable toujours; c'est la pensée qui a besoin de règles; c'est la pensée qui a besoin d'objets (...) Vous trouverez ici le point malade de toute nos pensées. C'est toujours une faute de vouloir prouver l'existence par raisonnement, au lieu d'aller voir et toucher la chose existante. " Alain
Nous
ne voulons pas vraiment respecter ces règles, pourtant nécessaires
au sens de la raison, bien que nous prétendions croire en
elles, parce que nous ne les faisons pas : seule la
vérité fait les règles. Pas les règles, en soi, faisant la
vérité. Non. La vérité de leur vérité. Que valent donc des
règles sans vérité ? Demandez aux nazis.
Sans
vérité, que certains nomment vertu ou mesure, ou nécessité,
valeur (…) notre rapport aux règles ne serait qu'une sorte de
religiosité méthodique organisationnelle, celle d'un ordre
formel ou pur, logique, conventionnel, arbitraire, comme un monde
entier, finalement privé de sens, comme chez certains communistes aussi.
Cet
ordre-là n'est-il pas la formule maudite d'une sorte d'anarchie
négative, favorisant le pire arbitraire ? L'arbitraire du
fonctionnel ? Permettant au doute méthodique de tout contester
et de ne s'accorder avec rien ? Le très scientifique chemin du
plus grand chaos ? Pourvu que les machines soient libres de
cracher leur production satisfaisante et au-delà, s'il existe !
Qui
ne construit pas une vérité prétendue « constatée » ?
La vérité fait les règles, mais nous avons construit une science
pour lui faire concurrence, machine à calculer totale,
factotum avec ses lois manipulables, et ses vérités dévorantes,
trop relatives, faites plus de doute que de confiance.
Mais
au moins, tout est-il permis ! Nous avons abandonné le sens de
la nature, considéré comme trop contraignant ou dégradant. Mais
nous avons construit des lois arbitraires mille fois plus
contraignantes, totalement destructrices de la vérité de ce qui
est. Sales, abjectes, ignobles, inhumaines.
Nous
avons sacralisé la machine folle, plus encore que la molle des beats, idole avec ses lois propres,
étrangère à toute raison naturelle vivante,
dans sa pure autonomie mécanique, ses exigences
systématiques ruineuses, ou
même son simple et
désastreux entretien. Il
faut
tout lui sacrifier,
comme aux antiques dieux noirs,
ces baudelairiens avant la lettre, mais finalement
plus civilisés que notre système d'objets déracinés à
la Dali.
Nous
avons déraciné les lois du monde, alors qu'en aucun cas elle ne
peuvent être détachées de Dieu ou du Principe supérieur qui les
crée. S'il y a une machine
belle et vraie, c'est celle du monde, vu par des yeux
extérieurs, dont l'objet du
regard mécanise,
comme la
caméra, la vérité profonde coulant à sa surface, dans une vérité
trop pure, trop solaire. Nous sommes devenus extérieurs, étrangers,
ennemis.
Dieu
auquel nous ne voulons plus croire un seul instant d’hypothèse ou
d'évidence, au sens de réalité intrinsèque du monde autant
que principe supérieur, parce
qu'il n'est pas esclave
à notre service exclusif,
comme cette science
sans lui, prouvant
qu'il n'est ni ne peut être instrumentalisé
dans et par une preuve comme
objet pensable reproductible, etc...
Nous
nous faisons
dieux nous-mêmes, très
logiquement, sans même le
vouloir : notre nature humaine a horreur du vide, à tel point
que, sans Dieu, elle n'aspire qu'à se nier pour définitivement
nier le vide de
Dieu comme perte essentielle à
oublier et taire. Omerta du savoir.
Nous
n'attendons plus
de messie qu'humain ou post-humain, contre Dieu et la Nature, contre nous-mêmes et
nos libertés premières, devenues
invivables et incroyables.
Nous n'avons jamais aimé les
règles que nous ne nous sommes pas données nous-mêmes. Ceux
qui respectent celles que nous ne nous donnons pas sont, à nos yeux
aveuglés et apeurés,
fascistes ou primitifs devenus
inadmissibles, primates
primaires, brutes
obscurantistes et criminelles, dangereuses. Archaïques
tyrans, oppresseurs de notre volonté d'esclavage profonde, présentée
comme liberté, ou plutôt
sécurité sociale.
Nous
avons tellement peur de perdre ce qui ne se retient pas. C'est
la règle du maître humain, rien qu'humain, et de sa loi, rien que
sa loi, fabriquant
Dieu à son image, celle de L'État industriel
moderne pur et dur. Celui qui fait les
règles du nihilisme humaniste progressiste, transgressif
comme révolution la plus barbare
et violente, la
plus lâche. L'universalisme
démesuré de cette règle retourne à la violence la plus nue, dans
son absence de règle d'humanité élémentaire et mesurée
partagée. Où est le progrès ?
Le
serpent humaniste se mord la queue dans une auto-dévoration
endogame : comment pourrait-il être plus la mesure du monde que
la religion la plus archaïque ? La règle ne peut en
aucun cas être l'absence
pure et simple de règle, donc venir de l'extérieur ou de
l'intérieur seulement ?
Accord et équilibre ne peuvent provenir d'un autisme monogame, monothéiste, monomaniaque et unidimensionnel, vautré sur le plateau, doré ou nivelé, d'une balance truquée ou faussée entre les mains sales d'un fou prophétique. Fanatique ou pragmatique, programmatique... qu'importe le côté qui penche ?
Accord et équilibre ne peuvent provenir d'un autisme monogame, monothéiste, monomaniaque et unidimensionnel, vautré sur le plateau, doré ou nivelé, d'une balance truquée ou faussée entre les mains sales d'un fou prophétique. Fanatique ou pragmatique, programmatique... qu'importe le côté qui penche ?

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