La
culture du mensonge, c'est quand « les gens mentent
tellement ! »
Celle
de la mauvaise foi comme argument philosophique, politique et
surtout de vente. Les anciens appréciaient : « il y a
trop de liberté ». Confondant prendre des libertés et liberté
au sens pleinement noble du terme, qui ne peut se définir
sans principe moral.
Mensonge,
surtout quand les mêmes personnes complètent : « Je ne
crois pas que quelqu'un ne puisse pas ne pas mentir
(y compris donc moi-même qui parle ou toi à qui on parle ou qui nous
parle). Exit donc toute possibilité de vérité ! Le vrai
serait illusion et de dictature morales, piège pire que celui
du faux, du vrai faux, du faux vrai établis ou subis !
Confusion généralisée permet tout, et le contraire de tout :
« Tout est permis » dans le Meilleur des Mondes
possible, enfin advenu.
Le
mot mensonge dérive ici, et le mot est plutôt faible :
le terme exact serait plutôt corruption morale,
à commencer par celle de la
jeunesse, art libéral,
professionnel, s'il
en est. Au
sens de ruse des sentiments,
dissimulation délictueuse, confusion des valeurs, escroquerie
intellectuelle, tromperie aggravée en
argument de vente nécessaire,
de survie économique ou « laborieuse » de l'humanité
(…)
Pratique
doucement frauduleuse,
euphémisée, implicite,
imperceptible à l’œil nu.
Immoralité
douce, assumée
sereinement, innocemment,
dans l'intérêt le plus
particulier du
général. Puisque
l'irresponsabilité est partagée
au sens de généralisée, collectivisée, étatisée :
les mots ont tous les sens,
tordus qu'ils sont dans celui
du vent, de panique molle ou de conformisme dur. Quelle
importance ? Ce ne sont que des mots, qui ne durent que
l'instant où on les prononce, sans
engagement aucun, prostitués, abandonnés,
gratuits, aléatoires, vidés de sens. Coquilles, formules, des
éléments, codes, automatismes, signes systémiques, purs objets.
Il faut bien mentir un peu pour gagner beaucoup, se compromettre un
peu pour passer les compromis vitaux de vie politico-commerciale. Où
est le mal ? Le relativisme n'est-il pas raisonnablement le seul
universel rassurant et raisonnable,
assurant la paix des ménages, et surtout la richesse des nations ?
Comment diriger ceux d'en bas, nos bas instincts, sans mentir un peu
ou beaucoup, avec amour et raison pure ? Dans les compromis de
bon aloi ? Toute vérité n'est-elle pas haïssable,
invivable ? Inadmissible ? Ennemi subversif,
terrorisme intellectuel ?
Sur
le sens des mots, leur odeur et
ce qu'on leur fait, Camus a
eu quelques formules définitives, à
ne pas oublier. « Oui,
j'ai une patrie : la langue française. »
Il est évident de voir, sans même avoir lu 1984 d'Orwell,
que la première corruption est celle des mots et de la
culture : l'industrie culturelle implique le dévoiement vénal
du sens des mots, leur soumission au statut d'argument binaire
de combat commercial, rabaissé au rang d'objet
contrôlé , approuvé par l'économico-financier, ce que le
structuralisme, dans son délire systémique n'a ni vu ni
prévu, à moins d'avoir été tout simplement basse valeur
révolutionnaire pré-vendue. De Saussure précurseur
néo-libéral de la langue du IVème Empire (si on lui intègre
le communisme idiot post- nazi) ?
Ainsi, est-il non moins évident que la corruption culturelle s'est
servi de la « contre-culture » des seventies, notamment,
et de la promotion politique d'hérésies de générations
abusées et dévoyées, trop longtemps étouffées dans leurs
religion naturelle ou leur altérité spirituelle –
parfaitement corrélées en général – pour saper un ancien
système romain dont l'ambition économique demeurait limitée
par un dogme trop rigide pour le financier qui la sous-tend, et qui
exigeait, pour arriver à ses fins totales, un nouveau
syncrétisme entre « matérialisme social » traditionnel
et « spiritualité matérielle » moderne. « Jamais
assez », devise de Bête Immonde dans ses alliages
criminels-progressistes.
Dans ce sens toute culture authentique, ancienne ou nouvelle a été
radicalement dénaturée et dévoyée en quelques décennies
d'aboutissement au financier global par ce cheval de Troie
idéologique-mystique, dont l'étendue et les moyens (on ne peut pas
parler de fin au-delà de lui) demeurent opaques, obscurs et
imperméables pour des décennies, au minimum et dans le meilleur
des cas – plus qu'improbable.
Quand le mensonge institué est à la fois carburant et
moyen, l'espace et le temps sont pris en otage dans une illusion
indéfinie qui les domine pour le temps long nécessaire à
leur complète régénérescence naturelle interne et spontanée,
mythologique et logique, après destruction provisoire. Son
institutionnalisation provisoire, maintenue par ruse et force, comme
pour chaque empire avant décadence, est le cœur atomique
de tout système de domination et d'esclavage. Celui que
le Christ défia avec succès, ou Gandhi, par un combat résolu pour
la vérité pure et désarmée, mais maintenue jusqu'au bout
du moi humain, momentanément et tragiquement désincarné ou
réincarné, peu importe les mots à ce niveau de combat spirituel.
Mais on peut aussi parler, et même tout autant, des Amérindiens
insoumis et révoltés, qui entrèrent si paisiblement et fièrement
dans le génocide, le combat sans issue, et l'extermination lente et
abjecte des « réserves », au nom de leurs valeurs
supérieures foulées aux pieds : ni la contre-nature ni
l'esclavage n'allant, non plus, à ces peuples premiers. Ils
dénoncèrent avec une vigueur peut-être inégalée, infiniment
fraîche la « langue fourchue » des promoteurs
d'un système qui n'eut rétrospectivement rien à envier au nazi,
plus tard, qui s'en inspira aussi un minimum, comme tant d'autres :
les voies du mal sont infiniment inter-pénétrables et
connectées.
La communication et ses techniques, inventées par ces nazi
après Rome et ses pouvoirs « éternels », n'est jamais
« meilleure » que quand elle ment et se ment au nom du
bien et de Dieu. « Les bons – furent toujours le commencement
de la fin – (…) Chez qui y a-t-il les plus grands dangers pour
l'avenir des hommes ? N'est-ce pas chez les bons et les
justes ? » , affirmait Nietzsche.
Gandhi, lui, combattit autrement le mal, n'hésitant pas à
dire la vérité sur sa propre personne dans ce qui n'était ni bon
ni juste. Les Confessions kérouaquiennes à la Dostoïevski ont joué
le même rôle devant Dieu.
Le sourire commercial obligatoire comme un rictus réchauffé, la
jupe courte strictement taillée, le rouge-à-lèvre tumescent
réglementaire, la cravate à fantaisie standard sertie de
l'inflexibilité rapace du bleu sombre de la nuit urbaine, tous ces
codes tapinant les principes dits-naturels de socialités fixées
avec des boulons d'acier trempé chromé, assortis de l'insistant
chantage des sadiques de la suggestion sans preuve ni forme
identifiable au commun d'une masse dite laborieuse, troupeau
décervelé de production fanatique, tout ceci, bien au-delà de
1984 : les Romains avaient déjà tout réglé, prévu et
codifié, dans le public et le privé, puis les théologiens d'au Nom
de la Rose. Les nazi le portèrent à sa perfection mondialisée,
toujours inégalée, référence secrète, ou pas. « Pourquoi
faire la gueule quand on vous assassine ? Souriez dans les
petits supplices ! »
Les Chinois, raffinés anciens de la cruauté, en leurs supplices
« des cents morceaux », avaient au moins l'humanité
de droguer les condamnés. Mais Sade , ce négateur ? Son
sourire pourri n'est que calcul malade, la noblesse d'un mal qui
s'assume y est absolument absente : son satanique
« républicanisme » du romantique bien public par
le mal n'a rien de romantique, effectivement. Il n'y a, dans son
ignominie littéraire si prisée des Bastilles
intellectuelles, qu'un positivisme spéculatif de basse cuisine,
privatisation d'état du mal absolu au nom d'une raison
pathologique-pavlovienne de le faire impunément en bande organisée
moralement au dessus des lois. Automatisme psychique pur,
dialectique. Pas d'état d'âme, comme on dit si bien. Juste
l'administration des choses, entendez humains compris. A-t-on jamais
vu pire fanatisme noir depuis Rome ou certains fascisants
grecs antiques ?
Un bordel romain de haut-bas niveau, débordant à ciel ouvert, à
son pire, avait, sans doute, étonnement moins de cruauté
psychologique incarnée : la dégénérescence barbare
avait-elle besoin de mensonge pour commettre sans frein ses ravages
de bêtes dénaturées ? La folie n'était pas encore bannie par
la raison perverse. Elle n'était que tragique, dans son
pire, même si elle jetait déjà les bases du grotesque à venir des
empires suivants : le mensonge officiel, partout répandu,
"peste émotionnelle", disait Whilelm de "Écoute, petit homme", comme une épidémie, infiniment pire que la folie franche. Monde
post-nazi où le monde ment et se ment, concours permanent de
mesquinerie et masques naturalisés.
Raffinement romain, léger et cruel comme la lame la plus aiguisée des
Saint-Barthélémy, la plus empoisonnée, celle de la langue dans le fourreau doré de son omerta molle. Hitler a gagné
beaucoup de temps, tout au bout du compte en Suisse.
Répit inutile, dérisoire, temporel, millimétré, parfait. La
souffrance et la patience éternelles du monde à venir vaporiseront
jusqu'au fantôme calciné de sa nuit et de ses longs couteaux, par leur
sérénité de mort naturelle et première. Le mensonge même est
leur arme inversée et renversante au sens strict : aucun
bas, ici, ne tient bien longtemps en haut.

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