Le transgressif
des anarchistes de droite – ou libéraux-libertaires – est une
notion à la mode de la révolution conservatrice nouvelle,
pour qui la révolution dite sociétale doit
permettre de renouveler et repeindre les vieux dogmes
économistes bourgeois du XIXème, comme leurs prédécesseurs
en révolution de gauche s'en servirent dans les années 60 et
70 pour repeindre ces mêmes matérialismes logés,
convergents et concurrents.
Rien de bien nouveau là-dedans :
nouvelles droites et nouvelles gauches traçant alternativement le
même sillon stérile dans les mêmes sables mouvants de
sécularisation forcée et de déforestation humaine,
dans tous les domaines de la connaissance et du travail.
Ce transgressif jouissif
doit « bousculer, casser les codes », « abattre
totems et tabous », renverser et inverser « les idées
reçues » contre « des archaïsmes rigides », « des rentes de situation », des monopoles (…). Il doit
remettre de l'ordre dans le chaos des « alter-égoïsmes »
systémiques en électro-choquant le capital humain dormant,
inutilisé, paralysé ou gaspillé.
Il n'y a plus d'issue à
la faillite menaçante que par les mots d'ordre d'une nouvelle
culture d'entreprise, dont la
morale sociale-citoyenne de productivité fait consensus autoritaire voilé autour du
« donnant-donnant », du « gagnant-gagnant »,
bref de l'intérêt bien compris
d'un prétendu enrichissement de tous par tous.
Il faut « libérer
les énergies », mobiliser, se rendre mobile
et disponible, mettre le monde en vente libre selon des règles liquides
ou liquidées. Après la
marchandisation forcée, le marchandage, obligatoire, obligé, de tout par tout
le monde.
Déstabilisation et
déracinement généralisés, deux outils et tactiques de subversion progressiste nouvelle
donne, nouvelle vague outre-atlantique. Quand le vin est tiré,
il faut le boire : contre les sagesses continentales,
paysannes, archaïques, statiques et
éternelles, il faut
promouvoir un nomadisme culturel
technologico-pillard et paillard de masse, insaisissable et liquide.
Il faut combattre
de la façon la plus cynique et dissimulée
à la fois, les résidus des
civilisations de l'espace par
celles, partout émergentes des chaînes de production, des "espaces urbains aménagés" de temps modernes
post-humains.
Mais
il faut des siècles pour déraciner du cœur humain une civilisation
digne de ce nom, et encore : les résultats comptables
ne sont pas garantis.
Les crises orchestrées, faisant elles-mêmes
partie du chaos, organisé en vue de la reconstruction d'un « monde
en mutation permanente » – comme on fuit une catastrophe
dans la panique de l'exil et des camps –, à la fois comme causes
et effets; ce désordre productif
n'est qu'une politique coloniale humaine et naturelle de terre
brûlée, épuisée de plus : le désert du sens
se referme sur
l'obscurantisme, positiviste violent et nihiliste, dirigeant.
Ce
qui est garanti, par contre, c'est l'apocalypse molle et liquide du
pseudo-remplacement du monde,
avec ses révolutions permanentes, ses réformes renouvelées jusqu'à
la nausée, ce chantier
permanent qu'il devient viralement, sans plus d'architecte, de maître d’œuvre ni d'artisan; où
les machines dictent la loi passive
du calcul et des simulations; simulacres,
qui peu à peu, remplacent la matière naturelle des formes
supérieures qui
façonnait le vase intérieur de la vie.
Plus
que des mystiques réchauffées, médiatisées d'objets et
de techniques, les commandes
vocales remplaçant la parole,
que des « groupes », abandonnés
comme de vieilles cabanes en
ruine,
cherchent en vain dans
le désert des désespoirs et des épuisements.
Plus que de la
remotivation "sensualiste"
ego-économique de
masse, ce
labo-pavlovisme
bien-pensant et croyant.
Cette
remotivation-là, par le bas, redescend l'humain
sous le singe d'où
elle provient, comme le veau gaullien sous la Sainte Mère-Église. Plus
d'esprit, que de la matière, de la viande
à vivre et discuter, du "bout de gras à tailler" comme on abandonne les chiens des catastrophes,
non pas ceux qui cherchent,
mais ceux, perdus, qui mangent les cadavres, lèchent le sang...
ceux des révolutions économiques.
