Affichage des articles dont le libellé est déracinement. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est déracinement. Afficher tous les articles

vendredi 4 décembre 2015

BINGO CRÉPUSCULE # 2 LA MARQUE DE 14 : LA VIE SANS LA VIE





« (…) les tranchées de première ligne appelées Bingo Crépuscule (...) » Wikipedia

Rappel 

(…) Cette série de méditations métaphysiques sur la Grande Guerre, crime de masse majeur contre l'humanité, considéré par le système culturel nouveau comme l'accouchement fertile d'une modernité triomphante catapultant nos sociétés occidentales sur les sommets dits inédits d'une civilisation vendue comme « avancée ». Elle observe le subtil et l'impondérable humains de ce prétendu progrès dans l'esprit et le cœur de nos peuples à partir de racines, à la fois survivantes à l'holocauste pré-nazi de 18 millions de morts, et, surtout, implantées au forceps au cœur perdu du mal mondialisé dont la France fut l'un des théâtres, parmi d'autres, de la cruauté la plus temporellement abyssale (...)

***



« L' homme s'est effondré en tas, retenu au poteau par ses poings liés. Le mouchoir en bandeau lui fait comme une couronne (…) Il a fallu défiler devant son cadavre, après. La musique s'est mise à jouer Mourir pour la patrie. » R. Dorgelès, Les Croix de bois.






LA VIE SANS LA VIE

 


  1. Aucune théorie posthume ne recollera les morceaux de l'éclatement de souffrance que provoqua 14. Pour approcher, il ne suffit pas de remonter aux vestiges historiques de réalités ré-écrites, il faut aller aux éternelles.
    Leur faire exprimer une ou deux vérités profondes – y gisant pour toujours – de notre civilisation d'Europe.
  2. Partir de l'arrachement, du déracinement des peuples à leur vraie vie, à leurs valeurs les plus précieuses. Quelque chose a été, en ce qui les concerne, brisé et nié, au psychique comme au spirituel. A été profané, – rendu profane –, comme si souffrance et mort pouvaient l'être gratuitement, sans conséquence, aussi bien pour le bourreau que pour la victime.
    Une innocence « anthropologique », pour parler euphémisé laïque, est morte, là et ici même, en 14. Cette mort est une marque maudite, indélébile, ancrée dans le subconscient populaire comme l'inverse exact de Dieu en quelque sorte, dans un sens très précis, logé par delà toute croyance déterminée. À partir de là, nous sommes devenus ce bétail pré-nazi.
  3. Tout ce qui n'est pas lucidement dérivé de cette mort, devenue symbolique, est diversion sous les recouvrements. Évidemment, les morts ont toujours tort, mais seule compte, à ce niveau, l'approche de l'aura terrible du mystère humain dé-fondateur, déshumanisant, dans la remontée à la mutation anthropologique imposée par « la force des choses ».
    Le sens de ce mystère est une « incompréhension », toujours subconsciemment, trop profonde pour le simple inconscient, latente et active, qui refuse cette folie normalisée que fut 14, légitimée aujourd'hui comme matrice de la modernité actuelle, même si l'on a toutes les raisons instituées de croire dans sa réalité effective apparente et toujours cachée : nulle barbarie ne pouvant encore envisager « l'humain » en face. Mais pour combien de temps ? En attendant l'incompréhensible, dans ses conséquences les plus élémentaires, ne cessera plus de nous interroger en vain si nous effaçons cette mémoire interdite, au figuré et au propre.
  4. Aucune lucidité ne peut exclure le respect traditionnel sauf à tomber dans un cynisme criminel, hélas si banalement moderne. C'est bien lui qui déclencha le jeu de massacre de 14 et déclenche encore et toujours ceux d'aujourd'hui. Une sorte de cynisme objectif, réaliste, dont les chiens eux-mêmes seraient bien incapables, de par leur fidélité légendaire : il y faut une chiennerie enragée, pas moins. Une peste aurait dit Camus, un nihilisme de dégénérés, Nietzsche. cette frénésie sado-sataniste a envahi le monde depuis 14 et engendré un Absurde Métaphysique que pointa si bien, mais atrocement seul, l'auteur de l'Étranger.
    Le trauma provoqué par cette frénésie sacrificielle sélective, nul, comme pour les atteintes au climat planétaire, ne pourra en mesurer ni l'ampleur ni les conséquences inouïes, non encore toute abouties, puisque tout, malgré tout, se transmet à l'infini. Tant que cette ampleur de l'onde de choc n'aura pas été, au moins, psychiquement reconstituée, nous en serons réduits à ne questionner qu'un monde muet d'ignorance, parfaitement absurde. Pris que nous sommes encore dans l'invisible chaîne de ses causes et effets, propagations multiformes, intérieures et extérieures, de la déflagration tans-générationnelle produite.
  5. Parmi les facettes de cette réalité sur-réellee – la naissance du surréalisme lui étant concomitante, avec les fameuses lettres de Jacques Vaché à Breton, la mutation familiale et féminine est sans doute la plus secrète et profonde à approcher, par delà les grilles modernes de catégories d'analyse orthodoxe. Mutation que l'on ne peut que ressentir à l'intérieur de nos vécus hérités.
    Dans le témoignage unique de plus ou moins proches, ici et là, dans une mémoire essentiellement parallèle, nous continuons à l'incarner jour après jour, dans l'instabilité centrale de nos vies mêmes, que le système recale toujours provisoirement, en essayant cyniquement d'en faire une dynamique recyclée, moderne et libérée, piégeant une génération après l'autre à ses illusions de progrès bâti sur du crime habillé. Tellement, qu'à la fin, tout ça fait symboliquement penser à un Hiroshima ontologique et moral. « Je suis un mutant » disait Ferré.
  6. On a dit que 14 a été l'occasion ou l'opportunité du mouvement féministe de libération des femmes d'hommes qui, quand ils revinrent – et Dieu sait combien et dans quel état –, « n'avaient objectivement plus leur place », la vie ayant continué sans eux. On aussi penser le contraire : qu'elle n'a pas pu continuer normalement sans eux, et qu'elle s'est déviée, désaxée vers des valeurs de remplacement prêtes à « l'emploi ». Dans la famille, les relations, les rapports, les statuts, les rôles, les « fonctions » des pathologistes, et plus largement dans une société semi-dévitalisée, corrompue comme les cadavres qu'elle produisit industriellement.
    Ce qui regarde les sentiments d'abords, les instincts, les logiques affectives, les reports, les re-motivations, les compensations, le formatage, la construction des ego et l'horizon de leurs ambitions vitales. Et aussi les culpabilités cachées, instrumentalisées, déchargées, débarassées, défaussées.
  7. Incontournable, comme la « catastrophe », avec son inévitable nouvelle donne, la moralement obligatoire bonne nouvelle amalgamée à l'amputation, le changement produit produisit sa propre dynamique de vases communiquants : le monde pouvait continuer à tourner sans hommes masculins. La preuve sanglante était scientifiquement établie. Le pouvoir allait changer de main, se moderniser, avec toutes les illusions qui traditionnellement vont avec lui.
    Une humanité meilleure avait prétendument émergé de l'horrible purge, moins primaire, moins terre à terre, moins originelle, plus évoluée – ah ! L'évolution, ce diplôme temporel phylogénétique – avec de nouvelles promesses alternatives systémiques, conservatrices et révolutionnaires objectives. Une humanité nettoyée du passé, une humanité de table rase, après la terre brûlée. Une sorte de macabre mise à zéro des compteurs sur le marché « ouvert » d'une intériorité entièrement moderne, à reconstruire sur les bases « transcendantales » de la science économique. Quelle exaltant idéal ! Société des Nations ! Propaganda !
  8. « On » savait désormais – et notamment la propagande commerciale – qu'une moitié du monde pouvait fonctionner sans l'autre – comme demain nous saurons, hélas, qu'il pourra fonctionner sans femme ni homme, avec un genre bien neutre. Le sexe n'a rien à y voir : la guerre, sous toutes ses formes (militaire, civile, religieuse, économique, sexuelle, raciale, psychologique, culturelle (...) n'a jamais été qu'une technique de continuation pour les uns, d'extermination contre les autres.
    La preuve sanglante en avait irrémédiablement été faite et il faut mesurer les implications de ce constat « objectif », un peu comme celles qui suivirent Hiroshima et la fission de l'atome. Objectivité dont la logique de l'absurde confine à l'irrationnel le plus strict comme conséquence ultime de toute logique du système qui l'engendre à court, moyen et long terme. Il faut souligner toute l'implication pratique d'inhumanité immédiate de la chose, « réalisée » à partir du civil, quelques années plus tard, par le socialisme racial du nazisme ou matérialiste-internationaliste opposé, tous deux activés par la même tendance secrète de fond.
    Celle des machines pour exploiter ou pour se libérer, ce qui dans le contexte économique, revient exactement au même au niveau de la fin et des moyens. 14 a mis les machines au pouvoir sur les corps martyrisés, mais surtout dans les têtes, où elles ont pu avantageusement remplacer Dieu lui-même, en quelque sorte ridiculisé par une sorte de puissance infernale de feu et de production, elle-même légitimée par l'addiction sur-nihiliste guerrière.
  9. La France de 14 était rurale. Giono dit quelque part que les femmes paysannes, en 39, en voulaient beaucoup, sans oser le dire, à leurs maris sur le départ. Ce qui, concernant 14, ne peut être qu'une certitude humaine immédiate quasi absolue. Mais la question n'est pas tant de s'interroger sur le courage ou la lâcheté des hommes ou des femmes : on sait comment un refus d'obéissance était payé. On peut tuer ou faire tuer n'importe qui avec l'amour de l'autre. C'est un ressort traditionnel infâme de la mécanique socio-familiale.
  10. Ce qui compte et comptera toujours plus que le reste, c'est ce que la chose, ce que « la force des choses » brise, l'endroit précis où le coup est porté pour écarter l'obstacle économique d'une humanité exemplaire et libre. Ce qui compte c'est donc ce qui a été tué, anéanti par ce que l'on nomme improprement « les forces de l'Histoire », comme si personne ne la fabriquait cette histoire-là, quasi-transcendantale.
    14 fut essentiellement une guerre faite par des paysans contre la paysannerie, au sens de civilisation, parallèlement à celle faite par une certaine aristocratie restante contre une certaine aristocratie d'esprit. C'est à dire les valeurs essentielles d'Europe continentale, non pas tant d'ailleurs transcendantes en elles-mêmes que dans leurs liens naturels spirituels hérités de siècles de patience, de foi et de philosophie naturelle, d'intelligence. 14 acheva le travail que la violence totalitaire de l'évangélisation romaine n'avait pu mener à terme.
    Dans ces valeurs naturelles, patriarcales équilibrées, (on pense à la place de la femme et du respect profond qui lui est montré dans la société celtique, société sans histoire, éliminée par cette même Rome), les relations familiales et entre les sexes étaient naturellement centrales, sans que la famille servit d'objet instrumental de structuration idéologico-étatique asservi à l'industriel et sa société de consommation, vendus comme progressistes et libertaires.
  11. Un pays, mais aussi une civilisation populaire incluant les parties en guerre, du jour au lendemain brade ses valeurs pour celles du marché, de l'industrie et de la technique purs : petit commerce, paysannerie, artisanat et culture populaire et de l'élite appartiennent désormais à un monde disparu ou en voie de disparition, un monde archaïque, arbitraire, irrationnel, sale, étriqué, pauvre, sous-développé.
    Ceux qui hésitent ou attendent de voir sont des attardés en retard, et ceux qui résistent, bientôt – après 39, des traditionalistes plus ou moins suspects de fascisme. Qui désormais, voudrait revenir en arrière et perdre tous les pseudo-avantages d'une modernité triomphante, sinon des traîtres au Progrès ou pire : des ennemis de ce nouveau dieu ? Un siècle après, cette idéo-logique fonctionne toujours à plein régime : ce qu'il faut détruire est tellement énorme qu'il y faudra 4 ou cinq générations après 14. Le retard devenu une honte nationale.
  12. Cette société meilleure des lendemains qui chantent sur le sacrifice de l'humain est un rêve américain, avec ses sensations et plaisirs toujours renouvelés, des contraintes toujours plus allégées au psychologique et un travail dur, mais efficace, abstrait, payant, égoïste, procurateur, supérieur, source de pouvoir matériel et de reconnaissance sociale, de réussite, de profit et de puissance ; aristocratie morale privée sous un label démocratique conforme aux normes juridiques humanistes internationales.
    Comme on dit aujourd'hui des guerres actuelles, les plus réalistes pensant déjà et d'abord à l'après comme à un objectif premier implicite : reconstruction et remplacement. Quand De Gaulle prit Paris, les amis américains avaient déjà un plan pour la France.
    Après le militaire, la restructuration administrative et civile, morale et culturelle. Autrement permutation et transmutation des esprits. Comment peut-on douter un seul instant que 14 ne libéra l'énergie nécessaire, par delà le nihilisme transitoire nécessaire des massacres, à de nouvelles guerres pacifiques, de temps maudits dits de paix, culturelles et civiles ? Celles des âges, des sexes, des races, des classes, de religions, des nations, des économies et des techniques ? Dieu que la concurrence est belle !
    La guerre n'est-elle pas d'abord séparation, dans tous les sens du terme ? La sécession de ce qui est lié et relié, dé-construction au propre et au symbolique ? Plus loin encore, il est évident que la fission existentielle et essentielle provoquée par elle en répercuta encore, petit à petit, en accord avec une industrie devenue folle, une autre, plus radicale et définitive : celle d'avec la Nature, ce axe de l'ancien monde, abattu comme une statue du mal, après Dieu – non celui des cléricatures assises, obscènes, mais des premiers hommes.








jeudi 5 novembre 2015

LA VÉRITÉ # 24 SUR LE SABLE DE LA SÉCULARISATION









Le transgressif des anarchistes de droite – ou libéraux-libertaires – est une notion à la mode de la révolution conservatrice nouvelle, pour qui la révolution dite sociétale doit permettre de renouveler et repeindre les vieux dogmes économistes bourgeois du XIXème, comme leurs prédécesseurs en révolution de gauche s'en servirent dans les années 60 et 70 pour repeindre ces mêmes matérialismes logés, convergents et concurrents. 

Rien de bien nouveau là-dedans : nouvelles droites et nouvelles gauches traçant alternativement le même sillon stérile dans les mêmes sables mouvants de sécularisation forcée et de déforestation humaine, dans tous les domaines de la connaissance et du travail.



Ce transgressif jouissif doit « bousculer, casser les codes », « abattre totems et tabous », renverser et inverser « les idées reçues » contre « des archaïsmes rigides », « des rentes de situation », des monopoles (…). Il doit remettre de l'ordre dans le chaos des « alter-égoïsmes » systémiques en électro-choquant le capital humain dormant, inutilisé, paralysé ou gaspillé.



Il n'y a plus d'issue à la faillite menaçante que par les mots d'ordre d'une nouvelle culture d'entreprise, dont la morale sociale-citoyenne de productivité fait consensus autoritaire voilé autour du « donnant-donnant », du « gagnant-gagnant », bref de l'intérêt bien compris d'un prétendu enrichissement de tous par tous. 

Il faut « libérer les énergies », mobiliser, se rendre mobile et disponible, mettre le monde en vente libre selon des règles liquides ou liquidées. Après la marchandisation forcée, le marchandage, obligatoire, obligé, de tout par tout le monde.



Déstabilisation et déracinement généralisés, deux outils et tactiques de subversion progressiste nouvelle donne, nouvelle vague outre-atlantique. Quand le vin est tiré, il faut le boire : contre les sagesses continentales, paysannes, archaïques, statiques et éternelles, il faut promouvoir un nomadisme culturel technologico-pillard et paillard de masse, insaisissable et liquide

Il faut combattre de la façon la plus cynique et dissimulée à la fois, les résidus des civilisations de l'espace par celles, partout émergentes des chaînes de production, des "espaces urbains aménagés" de temps modernes post-humains.



Mais il faut des siècles pour déraciner du cœur humain une civilisation digne de ce nom, et encore : les résultats comptables ne sont pas garantis. 

Les crises orchestrées, faisant elles-mêmes partie du chaos, organisé en vue de la reconstruction d'un « monde en mutation permanente » – comme on fuit une catastrophe dans la panique de l'exil et des camps –, à la fois comme causes et effets; ce désordre productif n'est qu'une politique coloniale humaine et naturelle de terre brûlée, épuisée de plus : le désert du sens se referme sur l'obscurantisme, positiviste violent et nihiliste, dirigeant.



Ce qui est garanti, par contre, c'est l'apocalypse molle et liquide du pseudo-remplacement du monde, avec ses révolutions permanentes, ses réformes renouvelées jusqu'à la nausée, ce chantier permanent qu'il devient viralement, sans plus d'architecte, de maître d’œuvre ni d'artisan; où les machines dictent la loi passive du calcul et des simulations; simulacres, qui peu à peu, remplacent la matière naturelle des formes supérieures qui façonnait le vase intérieur de la vie.



Plus que des mystiques réchauffées, médiatisées d'objets et de techniques, les commandes vocales remplaçant la parole, que des « groupes », abandonnés comme de vieilles cabanes en ruine, cherchent en vain dans le désert des désespoirs et des épuisements. 

Plus que de la remotivation "sensualiste" ego-économique de masse, ce labo-pavlovisme bien-pensant et croyant. 

Cette remotivation-là, par le bas, redescend l'humain sous le singe d'où elle provient, comme le veau gaullien sous la Sainte Mère-Église. Plus d'esprit, que de la matière, de la viande à vivre et discuter, du "bout de gras à tailler" comme on abandonne les chiens des catastrophes, non pas ceux qui cherchent, mais ceux, perdus, qui mangent les cadavres, lèchent le sang... ceux des révolutions économiques.




dimanche 26 avril 2015

L'ORIGINEL ET L'ORIGINAL


Texte initialement publié comme commentaire du post :
Identité(s) nationale(s)




Qu'on ne puisse rien effacer de son histoire, en tant que peuple, voilà bien une vérité qui mérite d'être soulignée pour ceux qui oublient que l'histoire, comme la Création ou le Monde, dont elle est autant une expression particulière que celle d'hommes et de femmes d'un pays nationalisé précis, ne s'arrête jamais : elle est un univers en expansion depuis le début d'un cycle comprenant aussi les autres, donc depuis l'éternité.

Maintenant, définir « les identités nationales » est chose bien difficile, même si en périodes de crises il y a des nécessités dialectiques, en quelque sorte. Dialectiques parce qu'il semble bien qu'elles soient culturelles d'abord, et que la guerre culturelle devienne, malheureusement, le fait essentiel d'une modernité cherchant à redistribuer mondialement les cartes, en vertu de seuls intérêts dits « supérieurs », connus de tous, autorisant, depuis le début, tellement de barbaries au nom de sa civilisation industrielle.

Il est évident qu'une évolution qui ne tient pas compte de ce qui évolue ne ressemble pas à grand -chose. Le noyau primordial, au sens d'originel et d'essentiel à la fois. Nul peuple qui se respecte encore ne peut, sans doute, accepter la réécriture de son histoire, première négation culturelle, déracinement inacceptable en soi au niveau le plus élémentaire de la personne humaine. 

C'est pourquoi une certaine mondialisation culturelle cherche autant à éliminer les peuples que les personnes d'origine : les native en Amérique en furent un bel exemple, natifs d'origine et de culture d'un pays. Les indigènes, les autochtones, les aborigènes, les paysans européens (...) bref les fruits naturels humains d'un pays, au sens du mot « paysan », qui fonctionne aussi en sens inverse : celui qui modèle par son travail, sa culture, sa présence, le paysage.

Dans un monde qui soit disant « bouge », les lignes de colonisation nouvelles n'ont jamais cessé de fluctuer, c'est vrai, au gré des influences et des violences, et sans doute, il faut bien que tout respire d'un certain mouvement, que les échanges et flux vitaux se fassent, mais de là à re-brasser sans cesse la et les cartes « démographiques », selon un jeu d'échec lié aux cours et aux coup de la bourse, par exemple, organiser des famines, des guerres, des révolutions, des "redistributions" politico-commerciales (…) il y a toute une belle différence, évidemment. 

Brouiller, battre et rebattre enfin sans cesse toute ces cartes, c'est la cerise sanglante sur le gâteau d'une information corrompue, d'une « culture » de gangsters.

C'est pourquoi seuls les principes comptent, au sens non-comptable : ils sont les liens directs concrets à nos origines, et c'est bien pourquoi tout est fait pour dynamiter toute tradition, rétrograde en soi. Ici, certains peuples qui n'ont pas beaucoup d'histoire, mais de puissance matérielle, sont évidemment en position de force dans ce jeu de massacre pour l'hégémonie. Là, d'autres, « ascétiquement » enracinés dans la leur, participent pourtant au massacre : ce n'est pas leur culture qui est menacée, au contraire, la civilisation maritime est adaptée au pillage des continentales.

On peut discuter de l'identification de l'identité aux origines : les origines elles, ne sont pas statiques, elles sont cycliques : elles apparaissent et évoluent en conservant des éléments immuables dans leur devenir même, qui s'avère, s'il est authentique, développement nécessaire et naturel.

Par contre, les origines sont cohérentes, aussi têtues que l'histoire, ce qui est bien normal, sinon il y aurait quelque incompréhensible hasard dans leurs sources, et il n'y a bien que le mondes des affaires qui semble croire, quand la chose prétend s'imposer, à une sorte de hasard d'interchangeabilité dans ses stratégies de communautarisation commerciale de démocratie du même nom.

La raison comme le cœur ne peuvent évidemment pas s'accommoder de ce genre de superstition rationnelle affairiste, quand celle-ci prétend pouvoir toucher au cœur de peuples-familles : leur culture, la culture qui les a humainement constitués dans leurs qualités profondes. 

La question, posée depuis longtemps, et qui revient en force au fur et à mesure de l'anarchie destructrice consommatoire qui nous envahit, est bien celle des limites de la manipulation des cultures et, dans ce sens, celle de la disparition de leurs espèces menacées. C'est pourquoi celui qui ne prétend défendre que son identité propre peut devenir son involontaire destructeur futur, s'il ne défend pas, en même temps, toute destruction correspondante chez l'autre, le différent chez lui, dans le même mouvement finalement impersonnel et inactuel. Chaque spécificité rejoignant le même courant essentiel, évidemment.

Enfin, et pour rassurer les tenants des guerres culturelles offensives ou défensives (l'une dissimulant de préférence « ostentatoire », l'autre), il faut leur dire bien en face qu'une culture qui ne se définit que par rapport à une autre est une imposture

 Le relativisme culturel n'a rien à voir avec le relativisme, il n'a pas ici, d'horizontalité du relationnel, même et surtout dans un monde décloisonné, dénaturé, chaotique, dérégulé, désaxé. Son autonomie n'a rien à voir avec l'hégémonie, en positif ou en négatif. Une vraie culture est une technique géniale propre de l'être d'un peuple ou d'une personne.

A côté de l'originel il y a l'original. De cette double qualité de source, coule une sorte de logique organique qui a plus à voir avec une coexistance pacifique, une coopération naturelle qu'avec la concurrence de la prétendue loi de la jungle, même en incluant une sorte d'espace vital qui pourrait hypothétiquement être celui du marché : les animaux de cette jungle, dans la vraie nature, ne s'entre-dévorent nullement : ils cohabitent dans des limites claires, même dans la contestation, plus ou moins persistante, comme dans une sorte de dynamisme interdisant le sommeil de l'acquis pour toujours, chez ces « innéistes » personnifiés. « Éveil » si on veut, pas si darwinien que ça, finalement...

L'original est un créateur lié à la création, travailleur, révolutionnaire conservateur, comme chez Orwell. Le pillage culturel est sans doute l'une des sources des maux les plus « incompréhensibles » de nos civilisations avancées dans le nihilisme industriel et commercial. Pour celui-ci, une culture authentique, c'est l'Eldorado : pur rêve de pillage et de profit, aussi bien au niveau du producteur que du consommateur, matière première d'un côté, produit de l'autre, identité au milieu, en otage. Faites vos jeux ! Choisis ton camp, camarade Coluche !

Parfois, quand on réfléchit hors de clous de la pensée unique et de sa police, on en vient à se dire, avec un certain dégoût irrépressible pour les belles âmes qui prétendent diriger le monde, que les « traditionnels » pillages de villages, ces horreurs existentielles vieilles et sales comme l'humanité, seraient peut-être, finalement, moins déracinant et destructeurs que les pillages intérieurs, métaphysiques : ils engendraient, dans leur atroce barbarie primaire peut-être moins d'enfants soldats d'un esprit privé de lui-même dans son essentiel, son être, sa vérité, sa nature... 

Certains animaux préfèrent la mort à la captivité culturelle. Nous ne croyons nullement que ce soit pour eux-même, mais par une sorte d'instinct responsable de descendance directe et de transmission, si on peut formuler ainsi la haute et naturelle conscience de soi qui, visiblement, les « animent ».