FragmentS, un retour à
l'ordre intemporel de l'instant. Sans visée réactionnelle ni
argumentaire. Style, dans sa logique propre, privilégiée au
service d'une vision fugitive du définitif vital dans sa
transcendance spontanée, exprimée sans autre arrière-pensée. Il
s'agit bien de non-pensée et de non-savoir – et même de
non-savoir joyeux, bien au-delà de l'idée nietzschéenne de « gai
savoir » : ici, en terre de Non-Violence, Moyen
de la Vérité, comme disait Gandhi. Chaque fragment, page
arrachée au néant fertile, tourné vers son devenir. Bac à sable arasé sur lequel le calligraphe dessine
le symbole d'une figuration improvisée, l'Être haut, là
guidant la main, -- liberté spirituelle de la main comme fête en
soi -- , "devenant ce qu'il est".
1 – Système et vérité
Les défenseurs attitrés ou élus du système, formalistes de
l'ordre, profitant de sa nécessité éternelle pour, non sans
ignoble cruauté, le doubler et le court-circuiter, avec une totale
toxicité parfois. La plus haute trahison et subversion qui
soit. Les prétendus subversifs qui combattent ceux-là, divers
au sens propre. Autre catégorie instituée de fait (et non
d'office), dont la responsabilité va aussi bien que pour les
premiers, du pire au meilleur. Diversion donc vers le ou les
pouvoirs du même système, réparateurs auto-proclamés de ses
injustices, innovateurs de ses futures déviances, dont la barbarie
le disputera toujours à l'ignominie des premiers : catholiques
et protestants en un sens, pour résumer en deux mots.
Ce système antisocial en soi comme système perpétuel, dégénérescence
sociale s'opposant à toute forme de vie libre et spontanée pour la
contrôler et l'utiliser à ses fins propres,
contre les gens et le peuple – contre le spirituel du peuple –
nous avons oublié la formule « ce que Dieu veut, le peuple le
veut ». Contre nature, contre la vie libre.
On ne peut s'opposer au système social, quelques soient les contrats
philosophiques érigés, on ne peut s'opposer longtemps à l'ordre
naturel et surnaturel du monde et des gens. En ce sens, il ne peut y
avoir d'anti-systèmes subversifs ou irrationnels assimilables à
un nihilisme à combattre par principe moral ou citoyen. Il n'y a que
divers refus plus ou moins formalisés, donc systématiques,
de ce qui est hors vérité, de quelque côté de celle-ci que l'on
se place. Il n'y aurait aucun système sans cette vérité première, qui est qu'elle n'est jamais un système, mais qu'elle le permet positivement dans la mesure de son respect le plus strict.
L'ordre de la vérité n'est cependant ni conservation crispée ni
révolution lâchée, immobilité bloquée sur son mouvement
mécanique ou changement perpétré à perpétuité. Comme l'amour,
il se produit naturellement dans le temps et l'espace de ses formes
sociales éternelles, et il travaille à son alliage entre démocratie
et aristocratie, à une alliance spirituelle vitale qu'aucune tendance
formelle ou nominale n'altère : c'est un ordre solaire
dissolvant sans violence le sublunaire du haut et du bas.
L'un des premiers et derniers problèmes d'un système imposteur quel qu'il soit,
est de se nier lui-même, engendrant un absurde temporel basé
sur le mensonge de la consommation du monde et de soi, en soi et pour soi.
Et aboutissant sur une sorte d'absurde essentiel (contradiction dans les termes) générant
les existentialismes les plus sales.
L'absurde est cette prétention de son système à pouvoir fonctionner à
tous (les autres) niveaux – et, notamment, celui de la
« production » qui lui est liée pieds et poings, comme
dans une sorte d'addiction prétendument « créatrice de
richesse » – comme s'il était référent, un système de
vérité, mais dont on voit bien l'imposture spirituelle
qu'il ne peut qu'incarner avec le temps, comme dans une sorte
d'auto-dévoration permanente, dans l'avidité
mécanique que suppose la sortie du véritable spirituel, et qui
finit par placer "l'humanité" du système sous celui de l'animal, au
niveaux de la dénaturation des besoins et des désirs premiers. Et il s'agit bien de leur dénaturation spirituelle
d'abord, la pire, l'impardonnable.
Le tout de ce système-là, "fonctionnant" avec la nécessité absolue de la
fabrication perpétuelle de nouveaux mensonges (et mots) pour
désigner et renouveler les anciens. Aucun temporel pur ne fabrique de spirituel : on ne ment pas pour être ce qui ne ment pas.
Pour être, il ne faut que du vrai, dans la posture de recherche
permettant l'existence et l'essence non-violente du véridique, au
contraire de la guerre mondiale de tous contre
tous, programmée pour asseoir le faux de force, le mal et l'injuste des
pseudo-religions de l'argent et de la puissance pure.
Et pourtant la vérité la plus simple dit et dira toujours dans le désert des systèmes nihilistes qu'il peut exister un
autre système que celui de ce terrorisme intellectuel multiséculaire. Elle dit surtout que l'alternative ne
peut venir de ce système-là tel qu'il prétend se perpétuer dans
son mensonge psychologique existentiel. Elle dit enfin, mais toujours, qu'il faut
revenir à l'essentiel, qui est d'abord l'in-essentiel d'un
système excluant de fait et par principe requis cet essentiel nié et renié par la
raison « théologique » pratique de l'absurde.
La vérité du système de l'absurde, c'est qu'il est le seul anti-système de vie et de vérité, tant qu'il ne vit et se multiplie que par sa logique exclusive et criminelle, comme moyen de sa propre fin : il est définitivement hors sol, comme toute puissance en soi du moi humain, hors du mystérieux soi du monde lui-même, que révèlent le temps et la mort avec une patience toute maternelle -- contre une illusion de volonté séparée, moderne ou archaïque.
La vérité du système de l'absurde, c'est qu'il est le seul anti-système de vie et de vérité, tant qu'il ne vit et se multiplie que par sa logique exclusive et criminelle, comme moyen de sa propre fin : il est définitivement hors sol, comme toute puissance en soi du moi humain, hors du mystérieux soi du monde lui-même, que révèlent le temps et la mort avec une patience toute maternelle -- contre une illusion de volonté séparée, moderne ou archaïque.
A partir d'une photo de Lucas, 2016.

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