" ... cette étrange distinction entre l'âme et le corps, le sacré et le profane." Martin Luther King
L'origine
du mal est économique quand les moyens ou les fins de cette
économie reposent sur la violence ; que cette violence engendre,
comme toute violence, négation, manque de respect, cruautés et
désespoirs, haine et crime, qui engendrent... le pire du pire,
dans un système anarchique et destructeur, ne vivant plus que de destruction consommatoire – « créatrice »,
disent les menteurs de la finance, calculant si le mal peut
rapporter plus que le bien.
Le
mariage économie-violence est la pire union, couple infernal,
calqué sur le prétendu modèle de "la lutte pour la vie" de la
nature, avec la haute trahison morale et
intellectuelle de faire disparaître toute solidarité infra ou
inter-espèces. Pure dénaturation, dégénérescence
absolue, impardonnable, crime contre l'intelligence, plus
criminel que le crime organisé, puisque, celui-ci, ne prétend
nullement se poser en modèle de société, mais de contre-société.
Puisqu'il
ne prétend pas au bien ou au mieux, mais à une guerre "légitime"
et asociale de banditisme, religion occulte des
temps modernes, fabrique discrète des nouveaux modèles. Le
malheur est l'adoption toute aussi discrète, de ses méthodes,
souvent issues de la guerre. Aussi est-il devenu, ce banditisme, le
modèle absolu, aussi bien de la révolte que de l'affairisme.
Ce
cœur sale de la modernité, notre manque tragique de
bonne foi et de bonne volonté l'ont adopté, approuvé,
accepté, sacralisé et établi. Il est né de la progressive
disparition du bien, elle-même issue du rêve maudit de
main-mise confortable et efficace, d'usurpation
légitime et d'imposture vraisemblable, présentés comme une
vie meilleure, comme bonheur matériel en soi, comme la fin de
l'insécurité spirituelle liée à la recherche de la vérité
et de la justice – comme une nouvelle économie, libérée des
tourments et incertitudes de la morale et de la pensée, de la
sagesse et de justice.
Ce
crime organisé, comme certaines guerres, ces « écoles du
crime », sacralisation folle de la violence absurde, gratuite, barbare, est
la réponse sociale spontanée d'une nature humaine
désorientée et désaxée, sorte de révolte ouverte et aveugle
contre ce principe du tout est permis, poussé à ses extrêmes
pour le dépasser, l'expulser, l'exorciser à partir du mal,
dans une sorte d'héroïsme désespéré, dans l'horreur et la cruauté
d'une guerre sociale totale, armée, comme conséquence
directe d'une fausse liberté issue d'une tolérance générale du
mal à partir de l'idéologie économie-violence, c'est
à dire du mal moderne, du mal accepté après 1914.
C'est que la tolérance marche dans les deux sens : pour
le bien comme pour le mal. Comment comprendre jamais la prétention
humaine de corriger la nature – elle-même chemin vers
Dieu, et inversement. Il n'y
pas
de mal dans la nature, le mal est social, -- social
négatif – qui détruit la nature, comme il s'oppose à Dieu.
La nature, seule source de liberté – dont la finalité est
évidemment Dieu, qui lui donne son sens : la science elle-même
doit puiser le sens de sa recherche à partir de ce sens complet
et parfait -- comme un cerisier en fleur.
Ainsi, nous ne devrions pas tolérer ce
qui existe, et surtout pas la nature ! A t-on à tolérer sa
mère ? Ce serait plutôt à ce qui existe de tolérer notre trahison permanente. Mais avons -nous encore les moyens de le
comprendre, si nous ne nous donnons que ceux du mal tolérable ou
relatif et généralisé, comme une sorte de cancer moral acceptable ?
Dieu n'est pas une leçon de tolérance : il est ce qui
est – d'où plutôt le respect absolu nécessaire vis à
vis de ses expressions significatives et révélatrices, notre devoir de compréhension et de lecture du
mal comme conséquence première et dernière du refus
révolté de ce qui est.
Le mal n'est pas autonome, séparé, c'est une conséquence, réponse « positive » du négatif, à ce qu'il
ne faut pas faire, provoqué par une fausse liberté, qui
elle, autonomisée, devient mal supérieur, absolu, vraiment
séparé et irréparable, violence nue. En ce sens, le mal est l'expérience scientifique de ce qu'il ne faut pas faire, de ce qui
ne peut être, du néant alternatif, cette alternative du néant, fascinant comme un grand brasier magique, surpuissant face à notre intolérable impuissance d'être et d'éternité.
Quelle liberté valider sans le respect absolu qu'elle
implique ? Cet absolu respect est aussi, évidemment, humilité absolue, d'où la place de Dieu
et non du moi, du social ou de l'histoire. En ce sens, une certaine
science moderne porte un très lourde responsabilité, dont elle ne
peut se débarrasser par la simple invocation de principes qui ne lui
sont liés qu'en particulier, et ne sont que pur nihilisme, pur banditisme.
Il y a deux pôles, la Nature et Dieu : le problème
de l'Occident est de les avoir créés et séparés. Ils n'existent nulle part
ailleurs, et ils ont engendré, depuis Rome, une nouvelle sorte de bien et de mal, toute les dichotomies, les dualismes qui détruisent aussi
bien l'idéal que la morale intrinsèques au monde. La morale
éternelle, dont la voix s'exprime tantôt par la parole de Dieu,
tantôt par celle de la Nature – reprise par une science
authentique, morale et idéale, qui ne peut, pas plus que le
religieux authentique, être un pouvoir, c'est à dire une liberté
négative.
Nous n'aimons plus le monde, nous ne savons plus que nous adorer
nous-mêmes comme des déséquilibrés mentaux pavloviens, comme des
rats de laboratoire.
Il est hors de question, sous prétexte
qu'il s'agirait d'un cancer généralisé, comme guerre, haine ou
égoïsme, d'accepter passivement cette réalité uniquement
psychologique, idéologique et fantasmatique. Dieu et la Nature sont
les seules vérités réelles possibles et leur harmonie est
la seule paix possible en soi et hors de soi, avant et après la
mort, la souffrance et le sacrifice. Et ceci, quoi qu'on en dise, est
définitivement acquis, à partir de leur probante absence ou disparition -- très précisément.
Pour ne pas détruire cette harmonie, il fallait commencer par ne pas
la salir, sous le prétexte fallacieux de faire mieux, comme la violence ne sait
que le faire au nom de l'immoralisme débusqué par Krishnamurti dans
son dévoilement d'une volonté imposée ou subie de
respectabilité qui n'est autre exclusivement, que celle de
puissance et d'un pouvoir séparé de tout – hors-sol, contrairement à
toute loi de nature, à toute sagesse, divine ou pas.
Le mieux est le pire ennemi du bien : il suppose que celui-ci
n'est pas suffisant ! Quelle est donc cette suffisance proclamant
l'insuffisance du monde ? Cette façon de voir n'est plus
supportable, elle doit être abandonnée d'urgence, sans attendre que
la vie elle-même nous abandonne.
Des gens qui veulent toujours mieux ou plutôt toujours plus, malades qui ne croient en rien, complices d'un système
qui a détruit et Dieu et la Nature, et qui, par leur masse
critique, sont directement responsables des libertés
négatives qui nous détruisent en retour, sous l'insidieuse anesthésie d'un principe de plaisir vicieux, devenu le centre mou de notre
système social et intellectuel.
Il n'y a pas trop de liberté, il y a la vraie et la fausse, celle de
la violence, celle qui ne connaît ni ne reconnaît rien. La
preuve en est que cette liberté-là n'est libre de rien : elle
est inévitable comme catastrophe logique, prévisible.
Hors la
loi de la vérité, il n'y a plus de loi, il n'y a que de
petits rois de la force nue contre l'intelligence du monde, contre sa
paix et sa beauté. Nous aurions dû retenir cette leçon de la
guerre, que ceux qui l'ont connue avait apprise le cœur
saignant et comme purifié par le feu du mal. Le mal profond est
culturel, il n'est pas naturel.

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