vendredi 26 septembre 2025

R MEMORIAM

 

 AVERTISSEMENT

 

Pour reprendre le dialogue et la transmission, c’est un hommage posthume, à la mémoire de R., si ce mot a un sens pour qui le spirituel n’a ni temps ni lieu, par delà le temps et le lieu de ce que R. nommait le stage terrestre, que nous voyons, nous, comme seule vérité éternelle, sur laquelle se battre et aimer à mort.


Cet hommage, R MEMORIAM, est extrait d’une transmission familiale privée. Nous divergions sans doute, seulement a priori, sur le fait de l’Éternel Retour de la même vie de la vie-même, que sa répétition têtue et torturée jusqu’à la fin des temps viables et dignes, indique, dans son infinie femelle et féminine patience terrestre au service secret de la vie naturelle.


Les choses ici, sont donc un simple fragment de dialogue intergénérationnel de père à fils, dont nous aimons aujourd’hui retrouver et partager l’énergie spirituelle, dégagée par un échange final enfin heureux, après des années de guerre culturelle imposée par le décalage des conditionnements et déterminations, énergie libérée sereine comme le sourire imprenable qu’offre la mort à certains humains paisibles d’origine, auquel toutes et tous, par Dieu, devraient accéder.


Nous aimerions, par delà la satisfaction sexuelle infinie de la mort, avoir ce sourire ouvert de nos yeux dans l’infini, ici, enfin. Avant que le post-humanisme ne souille et déshonore définitivement ce miracle du visage humain intouché.

 

***

 

 

R. : De chasseur-cueilleur, de prédateur donc, l'homme au fil des siècles, avait enfin trouvé la possibilité d'une échappée : la possibilité de se détacher d'une sorte de lourdeur perçue et que semblait être cette attente, et la soumission de son existence à la nature. (…)


Évolué alors, en maître de ses pensées, de ses actions, en leur accordant une puissance accrue, en même temps qu'elles s'étendaient au-delà de ses opportunités immédiates, tout autre – peu à peu, jusque sur l'environnement humain lui-même, à sa porte même, en l'ouvrant. Une maîtrise galopante, qui lui permettra de devenir aussi, plus tard, souverain autour de lui : prince d'un milieu familial, social, national, et bientôt y incluant la nature aussi…


A partir de cette accélération initiale, plus rien ne pourrait alors lui résister à terme. Cet épisode charnière marque le début de longs siècles évolutifs, dans tous ses contenus, et toutes les directions, bons ou mauvais, utiles ou non, traçant une parabole devant atteindre un maximum, pour retomber sans doute ensuite, de façon identique, à la recherche d'un néant.


D. : Il y a un sentiment de pesanteur dans l’humanité humaine, résultant d’un perfectionnisme projeté. Hérité, acquis, culturellement transmis. Provenant d’un effet retour de limites rejetées par ce méliorisme primaire de la peur de manquer.


D’une demande d’augmentation. Plus qu’humanité, attente de Dieu, progrès. Désir de puissance. Ou mille fois mieux, mais impossible, de réparation collatérale.


Besoin insatisfait de comprendre, intimement transmis, façon d’être dès l’enfance. L’enfance de l’humanité. Né du désaccord provoqué par la violence d’une trop forte contrainte, extérieure à la nature profonde.

Trop forte pression sur la nature originelle, la loi de la jungle, répondent les moralistes, opposant nature et culture, source de l’oppression intérieure.


Ou résultat du premier déracinement du monde, perte du sens intérieur ? Extermination d’un clan au profit d’un regroupement parqué. Perte du sens léger de la liberté, non différenciée des éléments, de leur impondérable élan, de leur infini bondissant.


Péché  originel ou crime contre le monde premier, l’humanité, première trahison ? Premier égarement aux semelles plombées. Loin des racines, perte du lien sacré, qui donne des ailes, grâce de vivre et d’aimer le monde comme soi-même.


Finitude, légère, empêchant de se prendre pour Dieux, reliant au cosmos infini. Ou alors, lourde, consciente de l’irréparable séparation, raison même de la mortalité résultante, et son hystérique quête contre originelle, contre spirituelle.


Le progrès, l’évolution, n’étaient que continuation. Toute la continuation, hélas rompue, du grand acquis en devenir, stoppé dans son élan cosmique par le poison fatal d’une seule idée fixe.




2




R : (…) le temps est alors devenu un élément secondaire, dans un espace infini, la partie principale étant cette entrée de "tous dans le Royaume de Dieu".

Peu importe alors le premier ou le dernier : ils seront tous admis, malgré les différences apparentes, ce qui a pu générer cette parole :


"Beaucoup de premiers seront derniers, beaucoup de derniers seront premiers". (Mt 19, 30).



D : Le temps, expression du devenir de ce qui est, dans son déploiement infini, si intimement lié à tout et tous. Chacun dans la forme de son moment d’expression humaine de la vie.

Il y a un Royaume secret et préservé, librement ordonné dans une harmonie élémentaire qui va vers le plus élevé, mais aussi, qui en vient : la vraie vie est un va et vient sans fin, comme le mouvement des vagues ou des nuages.

Dès qu’ils aiment, tous sont de la Grande Alternance unie vers le moyeu du temps.



3




R : Dans l'absolu, seule l'œuvre terminée est capitale, et elle est contemplée.

Et c'est en cela aussi que les éléments organisés, harmonisés, ou transcendants ont cette supériorité, par rapport à la somme des éléments constitutifs, non organisés – les uns et les autres étant rigoureusement égaux, par ailleurs, en nombre – ce qui dévoile cette élévation opérée, cette intervention sacrée.



D : Il y a un relatif absolu, ou chaque chose est d’une perfection à percevoir par la partie même qui lui manque, mais qu’elle complète, et sans laquelle l’inachevé apparaîtrait de l’autre côté du regard qui contemple le sens vibrant de sa vie ; infiniment plus grand qu’une addition de mots, conceptuellement isolés les uns des autres, brisant la divine vitalité d’un monde où les choses n’existent pas même ou encore.


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