lundi 12 janvier 2026

LA VÉRITÉ DE LA VÉRITÉ

 

 

Une vérité vécue sans concession au troupeau de la survie ne peut pas être liée à la sécurité ordinaire. Socrate, Spartacus ou le Christ l’ont montré chez les hommes. Les femmes, innombrables, ordinaires et singulières, qui ont vécu et subi cette fatalité fanatique, elles, n’ont jamais eu droit à la parole et encore moins à la mémoire. Ce qui n’est pas une injustice seulement, mais une indignité anéantissant d’emblée tout espoir de progrès, de confiance élémentaire dans le système ayant engendré la mécanique sociale dont elles ont été les victimes invisibles, muettes, aliénées et surexploitées, sacrifiées comme du bétail d’abattoir social- industriel.

Non seulement une vérité assumée jusqu’au bout implique par principe, hélas, des risques forts, mais encore et aussi, comme conséquence de toute forme de résistance de fait, finalement, par sa différence de fait, dans un système conforme d’arrangement décalé avec la réalité profonde de la vie.

La vie devenant dans un tel système social une chose seulement utile à la perpétuation de sa domination culturelle « tranquille  et heureuse », aussi « légitime », que le pillard repus rotant de satisfaction, assis sur son tas d’or, pissant comme un chien sur celui de ses victimes.

Une vérité authentique ne peut être vécue que dans une insécurité psycho-sociale importante. Que chacun doit impérativement pouvoir ne pas sous-estimer. Cette dure réalité existentielle n’étant, hélas, authentiquement affrontée que sous peine de voir son statut menacé, sa dignité et son psychisme, son mental s’effondrer. Sans recours ni aide ni moyen aucun de faire face à un système basé sur la peur réputationnelle et l’égoïsme sécuritaire de masse, la coercition et le chantage. Chacun doit peser sa capacité réelle à réduire sa vie à l’essentiel de cet existentiel précaire et dangereux, voir lucidement les limites légitimes de son courage.

Le dire est honorer ceux que tout système social imposé écrase depuis la nuit des temps, puisque tous sont tués par la fatalité organisée de cette logique. Le dire et maintenir n’est pas une contestation néo-bourgeoise post 68 qui ne ferait, dans son conformisme « révolutionnaire », que renouveler et rhabiller l’antique oppression qu’elle prétend contester par une belle critique intellectuelle statutairement protégée. Une certaine « révolte artiste » est une imposture offensante pour ceux du bas de l'échelle de Jacob.


Telle est l’emprise sociale primaire au quotidien sur l’expression de la vérité autorisée de ce social institué par tous. Cette emprise explique les différences de vie relationnelle autorisée, les distributions des rôles et des libertés surveillées de chacun. Une vérité est détournée et réorientée par la fonction qu’elle joue socialement. Socrate corrompait la jeunesse en ne tenant pas compte de ce fait structurel, ordonné sans lien avec la vérité d’une personne humaine dans sa liberté de corps et de conscience assumés. Ou estimait que sa philosophie devait ne pas en tenir compte.


La sécurité émotionnelle est une chose impossible dans une société guerrière clanique provisoirement pacifiée et instrumentalise, en rivalité constante et compromis instable, aux factions plus ou moins coalisées selon d’où vient le vent de la puissance et du pouvoir du moment. Cette dynamique prétendument civilisationnelle écrase les personnes les plus sensibles, les plus vulnérables, les plus innocentes et authentiques, et aussi les plus révoltées, souvent les plus ouvertes aux vérités humaines. On ne fait pas « d’hommelette » sans casser des œufs, dit-on cyniquement. Pourcentage de pertes statistiquement « acceptable », comme, par exemple, le taux de suicide féminin, notamment chez les plus jeunes femmes, toujours plus ou moins tenu caché pour les meilleures raisons du meilleur des mondes possible… Autre façon de dire : le moins pire. Mais qui veut le moins pire, prêt à se battre et vivre pour une vérité ?


Seules les victimes officielles défendues par les dominants ont le droit à des vérité séparées, à dire et « défendre » légalement. Soit-disant victimes de ceux qui ne valident pas ce système et s’en prennent à ses maillons les plus faibles, l’attaquant ainsi, apparemment, sur ses points faibles. Alors qu’il s’agit d’un pur et simple refus social d’assistance, impitoyablement imposé de sa part.


Accepter une vérité sans se sentir agressé et insulté est pourtant une forme de sécurité émotionnelle collective et personnelle indispensable et (re)constructrice. Y compris d’abord pour les dominants. Qu’il existe une possibilité de vie sans contrainte de domination devrait limiter leur délire et leur pitoyable raison du plus fort. Pour que les sujets sensibles et chauds ne deviennent pas des interdits broyant la liberté de vivre dans son corps, de penser et de parole. Tyrannisant et psychiatrisant des esprits minorisés et dévalorisés, savamment torturés dès que leur souci profondément rédempteur de vérité et de liberté est méthodiquement barré, cassé et moralement sali.


«La cooptation, de diffusion de ragots et de gestion des réputations » n’ont de rapport ni avec la vérité collective ni avec la personnelle, ni avec l’humanité dans son meilleur. Ce sont des pratiques sociales malsaines et corrompues d’une oppression fascisante molle et rampante, impitoyable au quotidien. Gérant, son bétail d’élevage parqué à résidence, agréé dans l’insécurité psychique et le soupçon le plus sale. De relations sociales dégradées et amputées, rappelant l’occupation nazie, l’Inquisition, l’esclavage antique de la famille romaine ou la sournoise ségrégation américaine post-abolition.


Je ne défendrai jamais une liberté de pensée qui permet l’écrasement d’une pensée libre, quand cette soit-disant liberté serait menacée par mécanismes qu’elle met elle-même en œuvre. Les mécanismes qu’elle met en œuvre invalident définitivement sa vérité, tout simplement.

Je ne dois aucune vérité à celui qui la nie, viole et méprise Je ne lui dois qu’indifférence et distance non-violente. Celui-là ne peut prétendre à aucun droit : une vérité se mérite, ce n’est pas un droit social, fut-il prétendument amoureux ou familial. La vérité, pas plus que l’amour humain, ne peut être judiciarisée, fonctionnarisée, contractualisée.

Une liberté de pensée mettant en œuvre un mécanisme toxique, dans ses effets directs ou indirects, est virtuellement toxique dans son principe. Ne sont défendables qu’un non-système de liberté, qu’une liberté, qu’une pensée libres, personnelle ou collective. Une pensée libre est nécessairement sociale et morale dans ses liens naturels. Sauvage dans sa fidélité profonde. Secrète aux yeux des maîtres, maîtres-penseurs et serviteurs d’un monde établi sur la pure obscénité d'une violence nue et cynique. Cette vérité non établie, mais vécue, ne doit rien à une pseudo-vérité codifiée et embaumée comme un cadavre juridique ou moral, à qui elle n’importe pas, qui ne lui appartient pas de cœur et d’âme. Tout à la leur, seulement et seulement si.


 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire