Si l’amour est un devoir, il doit commencer par s’appliquer à lui-même. Ne pas (se) trahir lui-même en ne remplissant pas son contrat, quand il est devenu contractuel.
C’est à dire ne respectant pas la morale intrinsèque qui le fonde absolument et lui donne sa relativité d’application pratique. Sa souplesse et flexibilité vitale de fonctionnement de rouage humain, hélas, puisque sa mécanique est conçue ainsi pour l’éternité de notre décadence.
L’amour tel qu’il est devenu en Occident à la période moderne est un contrat sentimental naturel consenti à un moment heureux, qu’il prétend prolonger « heureusement » par la vertu de la théorie économique qui le fonde socialement. Il suppose essentiellement dans son aspect contractuel, une réciprocité sentimentale, affective et amoureuse et de respect réelle et satisfaisante qu’il n’atteint quasiment jamais.
Une fidélité réelle non pas tant au plan sexuel comme il est fait tellement d’importance qu’au plan affectif et spirituel, qui sont autrement plus essentiels dans notre civilisation millénaire en voie d’effondrement irréversible.
Le problème des contrats et de leurs cadres d’engagement, c’est que le juridique vient s’interposer au coeur du contrat sentimental naturel pour soit-disant le réguler et médiatiser.
Ce qui suppose que son équilibre n’est pas acquis dans le monde des sentiments naturels qu’il prétend fixer.
Dans un cadre rigidifié au nom de la préservation de certains excès passionnels dont les conséquences sont dans notre système social la plupart du temps économiques et patrimoniales.
Dans ce système institutionnel infiniment complexe, à cause des implications croisées de l’économie d’interdépendance des personnes qui lui sont soumises, cette économie fait la loi sur des sentiments qui ne peuvent aller contre les intérêts stratégiques ou les fruits légitimes du travail et des efforts parfois d’une grande partie d’une vie.
Notre système économique est loin d’être une machine de justice au sens non-juridique du terme, au sens humain. Il est basé sur le jeu de l’argent des gagnants, à qui tout est permis, et des perdants, à qui rien n’est jamais acquis, et qui ne garantit pas les acquis des gagnants au-delà de certaines conditions strictes de conservation soumise aux lois du marché au coeur de ce système.
Comme on sait, l’amour ni rien n’échappe à ces lois. Il peut être à vendre, légalement ou illégalement (au sens d’illégitime, puisque la prostitution est toujours plus ou moins tolérée comme soupape de sécurité face besoin fondamental non satisfait de ceux privés d’amour élémentaire par le marché légal institué).
Les mariages d’intérêts, sous leurs formes infinies, ont toujours été majoritaires au centre d’une théorie sentimentale romantique affichée en vitrine.
Ce qui signifie que non seulement ces intérêts doivent être réciproquement satisfaits en s’appuyant sur une satisfaction théorique des sentiments qui prétendent les légitimer et fonder, mais encore que ces sentiments soient la base inébranlable de cette affaire de couple et famille. Soit.
Mais alors, cela veut dire aussi que les sentiments sont soumis strictement aux intérêts de la petite entreprise du couple familial dans le cadre général du contrat de propriété mutuelle exclusive de chacun par rapport à l’autre.
Le malheur est qu’on ne fixe pas plus un sentiment que l’eau qui coule sans aller au croupissement des sentiments les plus vifs, si on ne commence pas par respecter leur nature et leur mode de vie, leur dignité et leur fonction naturelle dans la façon d’être et les relations vitales de chacun.
Donc, logiquement, le contrat basé sur ces sentiments doit commencer par respecter scrupuleusement les conditions des sentiments qu’il prétend garantir. L’engagement qu’il demande exige lui-même de s’engager vis-à-vis de ces sentiments dans leur réciprocité effective même. C’est cet engagement-là qui prime sur l’économique qui prétend primer.
Un engagement qui n’y parvient pas est une cause réelle de rupture réelle, effective et non pas juridique ou morale, de ce contrat. Ce qui fait qu’il va se trouver contraint de courir après la réalité mouvante des sentiments de l’autre pour les contrôler et recadrer théoriquement à chaque panne et échec dans son fonctionnement. Paradoxale absurdité.
Comme on ne change pas de sentiments comme de chemise, mais que quand ils ont changé on ne peut revenir en arrière, cette démarche est impossible si un sentiment est cassé ou épuisé. Essayez, vous verrez vite…
D’où l’usage autrefois et aujourd’hui encore légal de la violence, d’abord mentale et psychologique, puis économique et physique dans le couple et aussi la famille autour de cet éternel problème « sociétal ».
Ce qu’on nomme aujourd’hui « féminicide » parle à chacun sans que personne ne voie, pour la cause évoquée plus haut, comment sortir de cette horreur civilisationnelle. On parle beaucoup moins du suicide, qui dans beaucoup de cas revient aux mêmes causes globales intrinsèques.
Qui a connu le suicide d’un très proche ne peut pas considérer la chose comme un accident de parcours familial qui n’arrive qu’aux autres et en particulier à d’autres qui n’auraient pas eu de chance. Paradoxale cette vérité qui fait mal et tue, dans un système économique où tout est calculé et prévu au centime près de la vie et de la survie de chacun sur tous les plans, et donc, d’abord, le sentimental essentiel.
Un contrat engage, un suicide dégage. En réalité, un suicide engage encore plus ceux qui refusent de l’accepter pour des raisons internes de non risque zéro malheureux, mais hélas soit-disant normal dans le vécu de nos valeurs imposées pour le prétendu bonheur de chacun.
Refuser le suicide implique autant de devoirs qu’un contrat de mariage, sauf que ces devoirs sont des devoirs de coeur et de liberté au lieu d’être juridiques de soumission à une fidélité consentie devant un maire ou un prêtre et les familles témoins responsables et garantes.
Ces devoirs moraux sont de bannir toute forme d’intransigeance, de cruauté et de fanatisme passionnels. Même si le temps est loin où le pater familias romain avait droit de vie et de mort sur sa femme et ses enfants, et donc de les battre à mort aussi, les féminicides et suicides dont il est question ici sont là pour rappeler chacun à l’ordre de ses devoirs humains fondamentaux et d’abord de sa dignité personnelle propre.
La position qui consiste à dire qu’on doit respecter absolument les sentiments réels de chacun en tant que tels, bons ou mauvais, puisqu’ils ont des causes réelles, n'est pas fondée sur une volonté de subversion de mœurs prétendument saines et propres ou rationnellement non négociables pour le bon ordre amoureux et conjugal-familial de notre prétendue société.
Cette position exige que le contrat de départ soit rempli et que quand il ne l’est pas, celui qui ne se sent plus capable, pour cette raison précise ou pas, consciente ou pas, de continuer dans les conditions qu’il impose malgré tout, envers et contre tout, ne soit pas victime des violences dont nous avons détaillé les formes éternelles plus haut et que chacun peut avoir le malheur de constater un peu partout autour de lui, hélas, à un moment ou un autre.
La position de refus absolu du fanatisme « fidélitaire » absolu comme condition même de la plupart des violence conjugales, et notamment les plus masquées, n’est pas une position facile et immorale.
La fidélité non plus : comme celle qu’on doit aux morts victimes du fascisme domestique larvé de ce fanatisme, sournois et hypocrite autant que cynique et familialement irresponsable quant aux enfants qu’il impacte irrémédiablement.
Pour ceux qui combattent cette violence toujours un peu instituée, c’est un viol mental et sentimental inacceptable « entre époux ». Si on accepte le fait qu’une épouse ne peut être une esclave sexuelle, comment se fait-il qu’on ne refuse pas qu’elle le soit au plan sentimental, psychologique et économique ? Il y a là un mystère qui n’a rien de mystérieux, hélas.
Un engagement à la servitude n’est pas un engagement consenti, c’est un contrat truqué dont les clauses sont si invisibles qu’on ne peut que remettre en question l’idée même de sa légitimité morale et humaine, si la dignité d’une personne a encore du sens pour qui réfléchit un peu, et pour soi-même d’abord.
Un système où les règles ne comportent aucune exception de bon fonctionnement réel et équilibré à tous les niveaux de la personne, de son corps, de sa conscience, de ses sentiments et de ses émotions, est un ordre amoureux de type fasciste larvé.
Où le mépris pratiqué et imposé de soi, quand ce n’est pas la haine, règne en maître dans un domaine où il devrait être théoriquement banni par tous nos bons principes réunis.
Certains, à tort ou à raison, ne peuvent en être directement ou indirectement complices, actifs ou passif, à commencer par ceux qui le subissent, ou alors, ils devraient, pour leur équilibre mental de survie, décider de se passer de conscience et d' intelligence.
Quand ils en ont beaucoup, le choix ne devrait jamais intervenir qui les contraint à tirer un trait sur ces deux essentiels de la seule et vraie vie.
Le choix de la dignité pour tous et toutes, devrait primer sur toute autre considération et mériter tous les sacrifices du monde. Oui, parfaitement et absolument. Plutôt que ceux, ignobles et dégradants, d'une servitude volontaire par besoin illusoirement rationnel de sécurité.
Il ne sort rien de bon pour personne de la servitude volontaire, ni bonheur ni satisfaction ni morale ni estime de soi ni amour de synthèse et compromis honteux possible ou vivable physiquement et psychiquement, ni vraie famille. Elle ne perpétue que le mal-être.
Avant de parler contrats et engagements, on devrait commencer par réfléchir au respect, à la vérité et à l’amour, Agapè ou sexuel, comme fondamentaux incontournables, que certains excluent de fait, hélas, pour des raisons pratiques ou théoriques.
Laisser parler un type de contrat qui ne les comprend et protège pas, c’est se taire devant l’indignité qu’il demande sans le dire, pour ne suivre douloureusement que des intérêts avilissants. Se taire ou subir en se taisant, c’est les maintenir au pouvoir domestique violent, dominateur et humiliant, persécutant ceux qui ne font pas son choix volontaire de leur plein gré, conscient et consentant.
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