mardi 18 octobre 2016

LES FRANKENSTEIN






« Quand j'entends parler de culture, je sors mon revolver. »

                                        Goebbels





Une équipe radiophonique d'une station culturelle nationale, à propos de la définition de la culture, se moquait, à la façon sarcastique, méprisante et ouverte d'un humour complice censé être supérieur, des relations que la chose culturelle avait pu entretenir avec l'agriculture, et la paysannerie ancienne. Il faut répondre un mot à ces apprentis-sorciers de la parole mécanique, non pour se soulager, le trou d'aisance est là, mais pour l'honneur des morts.

Désormais, la culture est une industrie de masse dont le poids pèse autant dans la balance de la brutalité du revenu national que le secteur de l'industrie automobile. Merveilleuse exception culturelle aux œufs d'or, gérée par une politique d'investissements ciblés, permettant, au travers ses diverses stratégies commerciales et de soutiens, les juteux profits, notamment, d'un cinéma moderne et d'un théâtre idéologique idem, dont les chefs d'orchestres sont une intelligentsia nouvelle partout au pouvoir, avec ses réseaux personnels homologués de professionnels de « la communication » et de l'inter-monde d'une société de spectacle et de l'audio-visuel.

On comprends les légitimes ricanements des fonctionnaires de cette culture d'avant-garde industrielle face aux ruines et débris pendants de ce qui pouvait lui rester de lié à la Nature, et même de relié, pour utiliser un vieux mot religieux interdit en modernité correcte. Comme on sait ou ignore, depuis Vichy, est fasciste toute célébration non normalisée d'icelle et de la Terre, sauf par exemple, en Terre Indienne, très loin d'ici, bien entendu. Tartuffe plus que Socrate, est immortel.

Giono, Comme Camus, « sorti » du Parti Communiste, mais sans doute pour des raisons différentes, en sut quelque chose dans sa chair et son âme (Camus d'ailleurs aussi, à un autre niveau de risque) : l'infamie de collaborationnisme est toujours en vigueur, apparemment, pour certains staliniens du spirituel, faisant parfois remarquer avec une sorte  d'horreur qui étrangle qu'Hitler était profondément « écologiste », même si Céline, lui, avait pourtant horreur de la nature ou de « la campagne ». Les mensonges se rejoignent aux extrêmes.

La nature rend fou et criminel : les trépidations symphoniques des machines sont le chemin pavé du confort libertaire et littéraire nouveau de la sagesse prospère des nations avancées et décomposées.

Les « machines désirantes », arbres de la forêt de l'hédonisme industriel abritant les huttes virtuelles du « happy few » connecté au pouvoir intellectuel global, le peuple suivant le mouvement comme la queue la tête, fermant la marche du progrès, et « la fermant » tout court, bec cloué par la « pub » omniprésente et les arguments pratiques dont sont désormais faites nos vies. Demain les robots, comme dans Star War. Après-demain, les bio-machines…

On voit bien clairement quelles conséquences une certaine culture matérielle peut avoir dans notre relation délétère et génocidaire à tout ce qui touche à la "nature" d'un monde satellisée – « l'environnement » en novlang.

Pour ce qui est de nos fonctionnaires radiophoniques, sorte d'arrière petits- fils à l'envers d'un Goebbels au niveau propagande supérieure et ordinaire, il reste très ironique que, comme un certains nombre d'autres agents, ils ne fassent que saper subversivement l'inversion opérée par les fascismes, anciens et nouveaux, des valeurs d'un instrument collectif annexé, dont la vertu première était toute entière contenue dans sa capacité régulatrice et équilibrante « d'équité », à défaut de croire encore à la justice pure et simple, non celle de la jungle des raisons, mais celle de l'âme de toute culture première.

Cette espèce très particulière de taupe marxienne, libéralisée plus que libérée, dans un sens apparemment très utiles finalement, à l'effondrement prévisible d'une insupportable imposture centrale, aux commandes de nos esprits détournés des vraies valeurs. Cependant l'esprit s'attriste et se révolte à l'idée que la machine rationnelle dévoyée, en s'écroulant, emportera des principes vrais sur lesquels les faux étaient fixés, vissés et boulonnés comme des membres artificiels, à commencer par le cerveau. La raison raisonnable avait des raisons que la rationnelle ignore : nulle part elle n'avait encore engendré de monstres en série imitée aussi illimitée .

Les paysans de pays et de paysage comme Rimbaud ou le dernier Mohican de la nature, étrangers de l'intérieur, non seulement les étrangler économiquement ne suffit pas : il faut les achever d'une balle au cerveau resté libre, non centralisé, non urbanisé, non industrialisé, non rationalisé par Descartes, Kant ou le Marché. Non lobotomisé. Rome n'aura apporté que misère et haine au monde d'avant, la loi de la force physique et intellectuelle, la loi des machines à penser de demain, la loi des Frankenstein, drapeau noir en boutonnière classieuse, brassard sombre au bras démesuré, délicatement runé des deux reflets cruels, des deux filets tranchants, comme dans 1984 ou le film « The Wall ».


" Les Mystères, religion de toute l'Antiquité pré-romaine, étaient entièrement fondés sur des expressions symboliques du salut de l'âme tirées de l'agriculture."  Simone Weil










vendredi 14 octobre 2016

DIALOGUE AVEC R. # 3 FLEUR DE SANG







(…) ne pouvant pas concevoir autrement cet antagonisme qui ronge les hommes depuis des siècles.

D'accord sur l'observation du phénomène, trop humain, au plus près des choses et des gens.

(…) les peuples, agrégés par ces caractères transmis (comme on trouve des caractères physiques propres aux régions, pays, souvent ancestraux et récurrents), possèdent à la fois des tournures de pensées identiques, des méthodes d'analyse, créant sans doute aussi une répugnance allant jusqu'à la haine envers d'autres peuples n'ayant pas les mêmes, ce qui pourrait envenimer les rapports.

D'accord oui, mais c'est la finalité des originalités natives et culturelles qui est oblitérée par la justesse limitée du champ de l'observation : l'universel, donc, la destination de tout cela est « au-delà du bien et du mal » locaux, régionaux, nationaux ou continentaux. Cette finalité, elle, ne peut être scientifique, objet d'étude ou d'analyse, de recherche ou de résultat recherché, sauf à aboutir à un relativisme culturel qui ne peut que nier la vérité des mondes humains au nom d'une grille rationnelle de pseudo-valeur et de leur inévitable hiérarchie.

Nous ne sommes pas dans de la valeur, les cultures sont des valeurs vécues, expérimentées, transcendées nécessairement supérieures pour ceux qu'elles orientent et nourrissent. Ce qui manque n'est pas un critère d'évaluation, mais un parachèvement supérieur permettant de reconstituer le puzzle de l'unité d'ensemble, dans laquelle une seule pièce – comme dans le monde animal, une seule espèce si on veut – manquante provoque un trou qui est déjà le commencement de la fin de l'intégrité humaine en soi, et par voie de conséquence, de son histoire matérielle ou scientifique. Ou plutôt, un peu comme un chaînon manquant au niveau de l'évolution spirituelle humaine.

Les limites matérielles intellectuelles du champ d'investigation ou d'intégration, ce sont elles qui provoquent conflit et haine : comme s'il n'y avait pas de place pour tout le monde. Pourquoi ? A cause de principes d'intégration universelle truquée d'un côté, volontairement ou pas, mais en tout cas défaillants et inadaptés, côté occidental (pour schématiser), puisqu'ils sont progressistes-historiques, et de principes éternels (niés et reniés par l'occident progressiste), conservés et strictement défendus de l'autre côté (Orient traditionnel), autre côté confondant dans la pratique principe et application dans un absolu dont la violence et la barbarie apparente ou réelle, selon le degré de bassesse et d'ignorance instituées (et donc de perte des valeurs liées au principe supérieur d'une culture). Des deux côté les pratiques sont erronées et pervertissent l'esprit supérieur qui devrait les guider.

Il n'y a pas que l'Occident qui perde ou ait perdu ses valeurs : l'Orient lui-même (d'autant plus sous l'influence confusionniste subversive de celui-ci rongeant bassement celui-là) est aussi en recherche d'équilibre spirituel, avec ses pouvoirs et abus, histoires et décadences parallèles, en un sens, à ceux de l'occident, dans le décalage historique inefficace en ce sens qu'il ne peut rien expliquer en dehors du plan technique qui leur demeure étranger.

Nul au monde, et encore moins nulle culture, n'est à l'abri du mal et du malheur. Puisque chaque culture est d'abord combat contre des forces de pesanteur liées aux limites de leur condition de d'existence même. Forces aveuglantes et aveugles, que la raison sociale ou économique ne suffisent pas à rééquilibrer : aucune technique n'est à la hauteur du niveau supérieur nécessaire de champ, ce niveau fut-il celui du cœur d'un peuple, et du plus simple de ce peuple, fut-il matériellement inculte au niveau d'une culture matérielle identifiable rationnellement, le spirituel ne s'y confond pas plus qu'en Orient fourvoyé au même niveau trop humain, trop fragile.

Le niveau supérieur est non seulement transcendant partagé et fédérateur créateur à l'intérieur d'une culture donnée – fut-elle primitive ou première – mais encore à « l'extérieur » – ce qui la fonde extraordinairement, autant que l'intérieur : christianisme, judaïsme et islam, par exemple, sont une seule culture de départ. Puisque cet extérieur est l'intérieur d'une unité supérieure. Ce qui pose problème est la concurrence pour la puissance, si on considère que la volonté de puissance fait la concurrence et la guerre qui lui répondent.

Personne ne songe à considérer qu'il y a différence, essentielle, de nature, pas d'origine ni de destination de ces sous-cultures, parce que cette nature n'est tout simplement pas reconnue ou vécue : elle n'est que prétendument identifiée par les catégories intellectuelles inadaptées de la raison matérielle locale, inaptes à saisir la grâce de révélation et d'élévation de certaines vérités au-delà de la vie matérielle, avancée ou pas. Qu'importe l'avance technologique ici ? L'esprit n'est pas démesuré comme nos raisons pratiques, mais sans mesure comme la raison réelle du monde réel, plein, complet, incommensurable.

Les relations inter-culturelles sont rendues, pour l'instant, impossibles et incompatibles par les conditions qui président à leur exercice limité supposé : elles ne peuvent être, être fertiles et fertilisées que par une remise en question réciproque, pointée déjà par Gandhi, par exemple : « supposons que nous nous trompions tous. » Ces relations supposent un élargissement tel du champ de chaque culture, qu'il ne peut qu'exploser ou plutôt faire place à d'autres frontières extérieures.

Cette intégration viendra, mais il faut le temps, du temps à la conscience morale ou supérieure. Il faut surtout que les obstacles à son éclosion pacifique soient levés ou disparaissent avec le système qui les soutient comme une forteresse culturelle dans sa lutte contre d'autres forteresses. Cette levée ne peut correspondre qu'à un point de départ passant par la connaissance approfondie de la culture de l'autre ou de l'autre culture – ce à quoi la mondialisation, qui faillira dans son objectif d'anéantissement et d'arasement productif des traditions culturelles, finalement aboutira inévitablement.

De plus, la référence ici au Mahatma suppose d'abord de considérer sa méthode : la non-violence et la direction nécessaire de la vérité sur toute autre considération. Ainsi peut-on affirmer sans arrogance mal placée, que tant qu'une convergence méthodique dans ce sens précis ne sera pas rendue nécessaire, aucun rehaussement d'élargissement ne sera évidemment possible. Peut-être ne pouvons-nous pas agir plus loin pour l'instant que de préparer les conditions de rencontres et de convergences, et peut-être, pour éviter les pièges de l'impérialisme pratique, est-ce aussi bien ainsi.

Et peut-on encore enchaîner : ce rehaussement est évidemment interdit par tous les intérêts hérités ou innovants qui résistent à cette convergence. Il l'est, depuis le début, par des intérêts qui refusent et ignorent, au sens le plus cruel et violent, toute forme véritable de spiritualité, en promouvant la pensée unique d'une existence d'animalité inférieure, tenue en laisse et en troupeau, pour le marché « aux bestiaux » d'une mondialisation locale de la traite humaine habillée à la mode des meilleurs principes de nos meilleures spiritualités, cultures et technologies (principe de naïveté, si on veut).

Et ceci, toute guerre est commerciale, durera tant que sera niée dans la pratique toute forme culturelle au nom de valeurs soit-disant supérieures recouvrant cette bassesse spirituelle de nier une culture ou une forme humaine de vie. L'habillage est formel, la cruauté absolue, dictée par une philosophie de la puissance pure et dure, à l'ancienne, basée sur une nature de force pure transformée dans et par la pratique.

Quand aux peuples et gens, dans ce cirque romain "éternisé", ils ne sont qu'orphelins de gladiateurs qui s'entre-déchirent : ils n'incarnent plus que la destruction du lien supérieur, répétée à l'infini, comme premier viol. Tant que cette philosophie dominera, le combat ne sera fait que de massacres et sacrifices, sachant, comme le pressentait Rimbaud, que le combat spirituel est aussi violent que le physique. Violent, dès que la méthode véritable est rejetée, bloquée ou simplement niée en soi, par principe. Il n'y a pas de gradation dans l'absolu : on y fait des sauts dans l'inconnu, qui n'ont de logique que le courage qu'ils demandent, à partir du moment où ils ne sont ni renoncement ni lâcheté.

Ne pas parler avec ses ennemis est un crime, non contre eux ou ce qu'on nomme avec des pincettes "diplomatie", c'en est un contre la parole au dessus du combat comme future paix de rattrapage. Toute paix a son enfance spontanée en un sens, dans les limites restreintes de sa naissance à la fois irrationnelle et raisonnée. Or un vrai combattant de la vérité ne peut avoir qu'une parole, ce qui ré-ouvre l'ancienne méthode de chevalerie – non dans le passé, le futur ou la théorie, mais dans l'instant du combat même à l'intérieur de soi.

La parole au dessus du combat est aussi et d'abord préservation du plus précieux et du meilleur – racine cachée du combat – même du plus absurde au plan matériel nu, mais comme toute fleur de sang humain, évidemment irréductible à une logique théorique ou pratique.

Elle seule transcende la réalité sans la nier, à la condition immémoriale du respect vécu, éprouvé quand le mot parle intérieurement hors de nous comme un sang coulant dans nos veines et hors de nos veines, de notre aliénante histoire collective, à l'instant décisif et final, celui, japonais, du champ de fleurs de cerisier tombant comme une pluie de roses rouges devant les yeux désillés de l'arrêt sur image.








 

DIALOGUE AVEC R. # 2 PAISIBLE






Ce métissage n'est pas apprécié : on est bien d'accord, le métissage n'a jamais été et ne le sera jamais sauf – pour un futur post-humain – de races reconstruites et mixées selon les normes du système à venir, hérédité ou héritage spirituel, soigneusement effacé pour du standard garanti. Bien loin du Christ, comme à la fin du film « Mission », comme dans tout retour au réel.

Certains des colons, en Amérique, avaient interdiction formelle, extrêmement stricte, au départ, de se mélanger avec les autochtones, parce que les métropoles ou la mère-église craignaient plus que tout que des « enfants » déserteurs embrassent une culture (coutumes et mode de vie) annulant le vieux conditionnement national et soldent leur dette morale – garantie d'une rentabilité évidente et de sa reproductibilité, mais aussi, certainement, une sorte de révolte plus profonde, sonnant le réveil d'une naturalité humaine originelle quasi éteinte par ce conditionnement, et surtout une contagion incontrôlée de cette sortie du cadre, non prévisible dans ses effets secondaires et collatéraux, sorte de choc en retour impossible à évaluer au niveau de la culture (occidentale) dominante. Question très bien illustrée dans le film Les révoltés de la Bounty. Puisque cette culture est aussi, malheureusement, trop souvent rien devenu d'autre qu'une prison spirituelle – contre ses principes positifs.

L'aventure-évasion, parfois familiale, comme les Pieds-Noirs l'ont certainement vécue dans leur chair, au sens propre, peut, justement, provoquer des croisements, et pas seulement de gènes imprévus et indésirables en haut lieu, même si l'on ne peut pas, comme tu le dis, exclure une génétique spirituelle naturelle. Haut lieu répliquant d'avance par un contre-feu de critique méprisante et hautaine, supérieure au sens négatif, du « mythe » bon sauvage, pour insister plutôt sur celui, plus conforme, d'un Eldorado provisoirement ouvert aux sans foi ni loi. Point de salut hors de la culture-mère chez nous, sauf à embrasser la foi financière qui fait les miracles d'Occident.

Aucune illusion à se faire sur l'hygiènisme intellectuel et spirituel du système, bien qu'il soit extrêmement dissimulé : l'amélioration de la race dans le sens pratique est évidemment le principe unique d'un but stratégique bien dissimulé, même et surtout si ce principe est hautement nié et masqué par des déclarations universelles d'égalité humaniste, de droits...

La clef du pouvoir est culturelle quand la culture est réduite au dressage normatif des esprits, même et surtout les plus simples, dont la masse sera la plus lourde pièce de pression impitoyable une fois positionnée. Il y a là un crime autant contre l'humanité que contre-nature, qu'il ne semble pas humain de pardonner, pour tout dire : c'est un double crime en conscience contre la vie, perpétré sous son signe.

Pour le Maroc. Tu résumes bien par là à la fois l'atteinte à un esprit propre, selon ta bonne formule, universellement tourné vers le bien, et le sabotage opéré sur l'œuvre attendue et espérée d'une humanité libérée d'intérêts particuliers bassement animaliers, la maintenant dans l'esclavage d'un système dont l'impitoyable est tout à fait de facture romaine antique dans son pire.

Là est le crime extérieur, en miroir de l'intérieur : ni en France ni au Maroc finalement, ces hommes là ne purent rien ni se réaliser ; réaliser l'humanité supérieure promise dans les principes universels inculqués dès la petite enfance, affichés comme leurre intérieur et extérieur de l'Empire, dont on les avait nourri et par lesquels, élevés. Humanité à laquelle ils croyaient, de tout leur cœur – sans aucun doute – comme Charles de Foucauld.

Sainteté de certains, manipulée forcément, et, au final trahie de la plus basse façon – puisqu'aujourd'hui, leur héroïsme n'est plus qu'objet repoussant de moquerie, quand ce n'est pas de haine convenue et obligatoire. Une culture corrompue est aussi et d'abord une guerre intestine, et d'abord une sorte de renvoi gastrique malodorant. La terre promise est un appétit qui appelle l'indigestion et l'orgie, la violence et le crime s'il n'est pas dirigé vers le bien. On connaît l'histoire universelle des colonisations. Camus haïssait les « tubes digestifs », honnêtes et citoyens en batterie d'élevage industriel. L'homme ni aucune forme de vie ne sont convertibles en produit de sainte consommation.

En ce sens précis, il faudra le répéter autant qu'il faudra, nous avons très mal à ces ancêtres trahis, comme à tous ceux de tous les temps. L'honneur n'a jamais été le monopole d'une aristocratie seule qui n'est rien sans le peuple qui la nourrit comme une nourrice invisible. A ce niveau, ceux de 14 sont un très bon repère : peut-être, par la force des choses, et sans le faire pour la gloire, ont-ils été la meilleure humanité qu'on puisse donner… dans les conditions du mal qui lui fut fait, en deça et au-delà de la veille aristocratie sacrifiée.

Une très vieille histoire, mais dont les conséquences restent à tirer : il faut revoir fondamentalement les principe de notre morale et les asseoir sur une spiritualité virtuellement non corruptible, ce qui n'est possible qu'hors du matérialisme de l'économie de marché et financière d'un côté et de tout pouvoir totalitaire étatique ou religieux de l'autre. Le bien est libre et vrai, sinon il n'est rien ou moins que rien : un leurre pour enfants de cœur attardés dont le cœur conforme n'a plus rien d'aventurier dans la fidélité de l'âme, de la pâte à fascisme bien propre dehors, sale, dedans.

Ces fermettes (…) complètement ruinées : comme ces villes-fantômes américaines, construites et abandonnées au fil de l'exploitation anarchique des ressources et selon les vents de la folie humaine, spéculative et guerrière. Mais des gens ont donné leur vie, leur labeur et plus encore, leur espoir pour elles, et d'autres, en face, leur terre natale, si maltraitée, finalement, perdant tout au change.

« Cimetières sous la lune », ces tombes d'habitation, autant de signes du massacre et d'un génocide très particulier, mais bien réel. Lieux de mémoire non homologués, comme tant de traces humaines inutiles partout dans un monde dévasté, ni plus ni moins. Il faudra bien, un jour ou l'autre, rendre des comptes : ceux qui les tiennent et détiennent devront s'expliquer. Dans la nature humaine, rien ne se perd et tout se paie, les créances sont fatalement tortueuses, mais, finalement, très scientifiques.

L'honneur du déraciné méprisé, sali, se tourne en haine sans espoir de reconnaissance et réparation, sans soutien pour se relever et se laver, comme ces parents d'enfants massacrés, crucifiés et humiliés, aveuglés par le seul désir de vengeance qui les tiennent encore debout. Sans parler de la haine de soi, enracinant les violences les plus inhumaines dans ses branches les plus maudites et pratiques et ordinaires.

Aujourd'hui, contre les simagrées étendues à l'infini de la plaine médiatique des anges exterminateurs, le déraciné est ici, de sa culture et de son pays, à l'intérieur, de l'intérieur, et tout est pareil : tout est à perdre, sans l'honneur retrouvé de dire non, debout, sans violence, dans cette tranquille détermination qui permet au moins de défendre en silence l'irremplaçable respect de soi-même et de ceux qui ont permis de nous élever au dessus d'une vie sale, d'argent sale et de son inodore et meurtrière morale pratique de gaz de ville.

On pense que tout est homogène et admissible. Ce qui doit être combattu, c'est ce qu'il y a autour du noyau dévoyé de vérité cristallisant ce qui est, qui l'étouffe et vit de sa palpitation oppressée, idéologiquement et moralement comprimée. Il faut de défaire, défaire, trancher le fil blanc : il y a encore et toujours, depuis 1871 disent certains, un problème avec les élites, comme sous Vichy. Des élites salies, répugnantes parfois.

Les meilleurs, s'ils sont supérieurs, ne sont les supérieurs de personne sans accord consenti et convaincu. On n'impose ni l'amour ni la confiance qui font la démocratie. C'est de cette supériorité rendue théorique, usurpée, qu'est tissé le mensonge parasitant nos vérités. Chacun a sa place, qui au niveau humain, est également supérieure, si elle est bien tenue : c'est la vieille fable des organes révoltés du corps humain, en quête de pouvoir solitaire. Nous étions un peuple créé, forgé dans et sur la souffrance. La souffrance morale et spirituelle qui nous est aujourd'hui infligée, nous le restituera supérieurement, comme la dernière fois qu'il fallut se lever, dans une résistance d'affirmation suprême face au rien de la brutalité des temps qui courent.

La propagande est liée au pouvoir et au pouvoir seulement, qui, en soi, n'a aucune vérité, contrairement à une certaine autorité naturelle, comme fin en soi. Si sa vérité factice lui est retirée, son pouvoir de propagande du mal, corrompant formellement et pratiquement la vérité, l'est du même coup.
 
Le mensonge est une image et le monde n'a pas besoin d'image, sa nature suffit. Il faut refuser l'identité des images et leur imaginaire fabriqué à partir de la pathologie des misères, retrouver la réalité naturelle et saine, bondissante et joyeuse jusque dans la mort, d'abord spirituelle : pas de nature sans mythe ni rite ni mérite. Là dessus, Mounier a montré que le Nietzsche du Zarathoustra a mille fois raison contre les ennuques moralins qui tripatouillent l'esprit d'enfance bernanosien.

Il faut d'abord tenir en respect les techniques de mécanisation des images et de ce qui leur est lié de force ou inconsciemment, avec leurs clichés par delà le temps et la mort. Le cinéma est une spiritualité moderne dégradée, qui n'a pas encore de sens positif, d'application vraie, elle est déracinée, soigneusement écartée et contrôlée par la bien-pensance des deux côtés du manche. Il faut la re-transplanter en terre désintoxiquée ou naturelle, s'il en reste. La désintoxication nécessite du temps naturel réparateur après rupture radicale non violente.

Il faut convertir le cinéma en industrie de paix, dans toute sa symbolique, et seule la poésie peut l'y aider, au départ. Poésie sans laquelle il n'y a pas de propagande. Puisque le poésie ne peut être suprême de par la possibilité de son dévoiement même. Une poésie liée au spirituel, comme tout art vital, y compris celui de la guerre, sans violence, de défense de l'inviolable. Il faut que l'image ramène à la réalité, vers le symbole réel, analogique et non logique.

Que la réalité (re)devienne image suprême dans son apparence liée, dans tous ses détails et dimensions : la transparence seule tue l'amalgame, la structure de la vérité doit être lisible, visible, évidente, révélée, parlante, parlée ou muette, mais exprimée à partir du noyau, dans son intégrité extérieure exprimée. Il faut que la réalité dépasse la représentation dans l'élan de sa force. Une vraie science libre et responsable serait capable de la traduire et colorier, de la matérialiser et symboliser, en accord avec une poésie libre du spirituel, dans une unité nouvelle et retrouvée, du peuple aux meilleurs de celui-ci. Puisqu'il ne faut jamais trahir, comme l'a souligné Camus.

Le mensonge n'est possible que parce qu'il n'y a pas assez de vérité, il faut donc la dé-relativiser, la ré-enrichir, la renchérir, la réévaluer, la réorienter, la ressourcer, la purifier, la récréer : l'extraire des tonnes de minerais brut ou souillé, avec de nouvelles techniques, à partir de l'ancienne science, de l'ancien art, de gestes-pensées retrouvés, du geste éternel, puisque tout est recommencement, paradoxe autour du noyau-moyeu.

Il faut retourner à la maison et retrouver la famille, reconstruire quand d'autres, incroyants, répètent en moutons incrédules et craintifs, des prières dont ils ont oublié le sens, sans penser. La lucidité ordinaire inspirée suffit dans le combat : elle seule perce le mur d'images de synthèse et les écrans fléchés infantilisants. La vérité n'est pas une rareté de marché. Elle est action unique et universelle ou elle n'est pas. L'outil même de nos vies, entre nos mains. Nul ne peut le lâcher gratuitement – ne serait-ce qu'un instant d'illusion, l'emprunter ou le prêter : son intention ne se prête pas, elle se vit et s'incarne. Forge, trempe et tranche les liens du mensonge qui lie et relie en mal au mal.

Tout ce qui est homogène n'est pas nécessairement admissible : il faut tailler dans la jungle primordiale épuisante pour suivre son chemin, comme personne, comme peuple, comme humain. Le mal est dans la nature, mais rien n'oblige à son esclavage : on peut marcher sur deux pattes, sortir de la caverne et regarder le ciel qui éclaire la terre la plus noire, qui est aussi la plus fertile, non la plus promise, mais la plus prometteuse dans le travail.

Il faut la vertu féminine du guerrier de la paix verte pour avancer sans massacrer, même dans le désert, même dans l'illusion du néant, même et surtout dans le désespoir. La propagande, comme la trahison, est un appel à la vérité, vue sous un certain angle de lucidité. Provocation salutaire et vitale, devoir de réponse à la hauteur en attente, en souffrance. De dépassement aussi. Tout ce qui est admissible est homogène en haut et par le haut seulement, le reste est illusion : nous n'avons pas, comme humains, la capacité d'homogénéiser, d'unifier : tout empire est vain, dangereux, désastreux, sinon le Christ se serait fait sacrer empereur, et même Roi des Empereurs d'Occident, comme un vulgaire et innocent pape terrestre.

Mais son royaume d'origine n'était lié ni à sa destination ni à son destin. Il n'y aura jamais de sainteté autre que pratique, pour ne pas dire pragmatique ou pragmaticienne dans l'histoire humaine d'Occident. Or qu'est-ce qu'une sainteté pratique sinon une réponse pratique ridiculement relative, enchaînée à une nécessité vitale issue d'un désordre spirituel contre-nature, comme toute gestion humaine. Pas de quoi être fier ou heureux : le but de la vie est infiniment plus élevé et indépendant, ordonné et naturel, paisible et énergique, stimulant et désintéressé. Paisible.











samedi 8 octobre 2016

LA VÉRITÉ # 36 DEMAIN LES CHIENS







Le système officiel établi des gens et de leur « famille » est quelque chose de construit sur une sexualité conflictuelle de sexes opposés comme la nuit et le jour. Une sexualité guerrière d'amour, de haine et de jalousie. En ce sens, la volonté de puissance et de jouissance, partagée pour le pire, mécaniciste, fanatique et malade, collective, doit disparaître et retourner à son néant d'ingénierie humaniste.

La division des sexes n'a rien à voir avec une société sexuée ni avec la famille naturelle ou civilisée (de haute nature et haute civilisation) : le sexe ne divise pas, il unit et réunit, comme tout ce qui construit la vie et la partage, le reste est une propagande inhumaine, contre nature et un crime contre l'humanité de l'humanité, quels que soient les motifs invoqués, surtout ceux qui font passer le collectif avant le personnel, qui ne valent pas mieux que l'individualisme le plus cruel. Le Christ n'a pas parlé de cette division, il n'a parlé que de jet de pierre.

Ce qui doit disparaître est cette sexualité de guerre et de domination, qui doit retourner à la caverne de barbarie et de horde dégénérée dont elle n'aurait jamais dû sortir : la pseudo-lumière prométhéenne et pyromaniaque n'a fait que raffiner la cruauté et l'absurdité pure d'un désir de puissance désaxé par l'horreur d'un monde crucifié non par l'animalité, mais par la bêtise manipulée.

Qu'évacuer le spirituel dans l'illusion de décupler le plaisir sadique de puissance réaliste de répétition pavlovienne et de reproduction désespérée. Que robotiser les sexualités dans leur psyché sociale assistée : la pornographie elle-même n'étant, hélas, qu'une sorte de moindre mal, plus animalisé que méchant. Le pire est ailleurs et à venir, plus malin, plus rationnel, au cœur de l'enfance, sacrifiée et psychologiquement dévoyée. 

Il faut à la fois renverser la table de la tradition qui provoque ces contradictions mortelles des sexes, mais économiquement productrices et conservatrices, et celle d'une révolution qui ne fait qu'inverser et adapter leur productivisme pratique social à un monde prétendument nouveau.

Tables dites de la loi qui ne sont que des étals habillés du temple, éternellement à renverser là où ils n'ont rien à faire, dans une humanité, avec ou sans famille, qui n'aspire qu'à une liberté créatrice supérieure en accord avec les lois du monde donné et incarné jusqu'à l'extrémité même d'une évolution largement suffisante, entre graine et fruit, sans qu'on y rajoute quelque pseudo-perfectionnement humain que ce soit. 

Là est le seul mal, la seule offense, le seul crime, le seul sacrilège depuis le début, face à ce qui vient, de plus en plus cyniquement, puisque toute augmentation vendue d'humanité ne signera qu'une irrémédiable diminution biologique et spirituelle. Il faut sortir des haras ou mourir.






 

samedi 1 octobre 2016

LA VÉRITÉ # 35 BLAKE, KAFKA, DICK AND CO











William Blake prétendait, à tort, que, pour que la vérité existe, il faut commencer par y croire. Fausse vérité résumant bien la tragédie sanglante du scandale d'une erreur tellement élémentaire qu'il faut absolument cesser d'y croire bêtement, en toute logique. Logique et intelligence n'ayant jamais été synonymes, entretenant à peu près le même rapport raté que la mécanique et le cœur.

Le cœur a sa mécanique que la logique ignore, superbement grippée dès qu'il s'agit de retenir le sablier de la vie, que la religion réduit en poussière objective, quand elle croit moudre un grain fertilisé au milieu d'un désert hors sol. Misérable désert, trop humain, sans la spiritualité qui meut la physique des corps, célestes ou pas. Désert de la croyance, et parfois de la foi, infinité d'âmes conformes, broyées au moulin à prière, dont nous avons fini par faire de sa farine un pain quotidien un peu trop industriel avancé. Il faut cesser d'être complices de sectes spécialisées dans le roulage de la vérité dans le goudron bestial du Diable et les plumes synthétiques des Anges.

Nous n'avons pas besoin de croire ce ou ceux que nous aimons. Comme si l'amour ne suffisait pas, et ne servait à rien – puisqu'il est censé servir aussi, non au sens chevaleresque de la science ancienne, mais à celui de l'utilitariste moderne. Un vrai chrétien D'Évangile n'a pas besoin de croire en Christ, ni la volonté naturelle de le faire : il le suit sans l'imiter. L'imitation du Christ est le plus vil plagiat de tous les temps occidentaux confondus : l'amour chrétien n'est ni industrie ni commerce ni spectacle, ceux qui prétendent le fabriquer ou l'échanger sont ses persécuteurs et exterminateurs. Sa prostitution est le premier mal. Non pour des raisons morales théoriques, formelles, logiques ou idéologiques.

La croyance en Christ est comme une négation cachée de son amour, puisqu'elle s'oppose au doute supposé être possible et obligatoire en celui qui croit ou hors de lui. Alors que dans l'amour, il n'y de place ni pour le doute ni pour le temps ni pour l'espace ni pour rien qui lui soit étranger, comme le douteux en soi. Le doute appartient à l'histoire, pas à l'éternité. Celui qui aime voit et comprend, ou non. Sinon, il ne doute de rien : il n'y a rien – pas même l'ombre d'un doute entre ce qui est et n'est pas, entre son absence pleine et le vide d'une présence sournoise. Ce qui est pas n'a pas d'ombre : l'ombre ne souligne que ce qui existe, œil fardé du désir psychologique dardant sa proie obsessionnelle sans la voir.

La vérité est que nous n'avons pu croire sans détruire ce que nous savions avec certitude, non existentielle, mais vitale. L'image détruit l'être, qui est toutes les images. On ne peut nous faire croire que nous croyons, surtout quand on y parvient quand même, on ne peut que nous faire douter en croyant, par la contrainte à ou de croire, de faire ou se faire un devoir de ce qui est, au titre de ce qui n'est pas, habillé d'une besogneuse lumière : la joie n'est pas un résultat escompté, un retour sur investissement garanti, c'est un orgasme juvénile jamais spirituellement clos dans le temps. Un doute, surtout qui s'impose, n'aime ni ne comprend ni ne voit plus quoi que ce soit.

On nous fait croire que nous croyons, quand on ne fait que nous faire douter. Remplacer, par un doute, contrôlé comme un risque garanti, une vérité d'évidence incontrôlable, puis croire que nous ne croyons pas, ou pas assez, ou mal, et finalement douter de ce que nous croyions bien croire, ce qui revient à détruire toute forme de vérité ou de réalité avérée, par phases dialectiques successives, superposées à nos sentiments et sensations primaires et secondaires, comme par des sortes de couches de peinture expressives, descriptives ou symboliques, soigneusement appliquées sur notre intelligence immédiate. Finalement, tout est remplacé par l'officialité d'un mensonge dont la vérité est prouvée par la seule et unique, comme la pensée, levée contrôlée de doutes inventés de toute pièce ad hoc. Ce doute méthodique, qui nous est devenu, et que nous payons, si cher. K. Dick avait, un peu comme Kafka sur un autre registre, quoi que le rejoignant au fantastique, les meilleures raisons du monde d'y perdre tout son latin d'Église.