Ce
métissage n'est pas apprécié :
on est bien d'accord, le
métissage
n'a jamais été et ne le sera jamais sauf – pour un futur
post-humain – de
races reconstruites et
mixées
selon les normes du système à venir, hérédité ou héritage
spirituel, soigneusement effacé pour du standard
garanti. Bien
loin du Christ, comme à
la fin
du
film « Mission »,
comme
dans tout retour
au réel.
Certains
des colons, en Amérique, avaient interdiction formelle, extrêmement
stricte, au départ, de se
mélanger
avec les autochtones,
parce que les métropoles ou
la mère-église
craignaient plus que tout que des « enfants »
déserteurs
embrassent une culture (coutumes et mode de vie) annulant le
vieux
conditionnement national et
soldent leur dette
morale – garantie
d'une rentabilité évidente et de sa reproductibilité, mais aussi,
certainement, une sorte de révolte plus
profonde,
sonnant le réveil d'une naturalité
humaine originelle
quasi éteinte
par ce conditionnement, et surtout une contagion
incontrôlée
de
cette sortie
du cadre,
non prévisible dans ses effets secondaires et collatéraux, sorte de
choc en retour
impossible à évaluer au niveau de la culture (occidentale)
dominante. Question très bien illustrée dans le film Les
révoltés de la Bounty.
Puisque
cette culture est aussi, malheureusement, trop souvent rien devenu
d'autre qu'une prison spirituelle – contre
ses principes positifs.
L'aventure-évasion,
parfois familiale, comme les Pieds-Noirs l'ont certainement vécue
dans leur chair, au sens propre, peut, justement, provoquer des
croisements, et
pas seulement de
gènes imprévus
et indésirables
en haut lieu, même
si l'on ne peut pas, comme tu le dis, exclure une génétique
spirituelle
naturelle.
Haut lieu répliquant d'avance par un
contre-feu de critique méprisante
et hautaine, supérieure au
sens négatif,
du « mythe » bon sauvage, pour insister plutôt sur
celui, plus conforme, d'un
Eldorado provisoirement
ouvert
aux sans foi ni loi. Point
de salut hors de la culture-mère chez nous, sauf à embrasser la foi
financière qui fait les miracles d'Occident.
Aucune
illusion à se faire sur l'hygiènisme intellectuel et spirituel du
système, bien qu'il soit extrêmement dissimulé :
l'amélioration de
la race dans le sens
pratique
est évidemment le
principe unique d'un
but stratégique bien dissimulé,
même et surtout si ce principe est hautement nié et masqué par des
déclarations universelles d'égalité humaniste, de
droits...
La
clef
du pouvoir est culturelle quand la culture est réduite au
dressage normatif des esprits, même et surtout les plus simples,
dont la masse
sera la plus lourde pièce de pression
impitoyable une
fois positionnée.
Il y a là un crime autant contre l'humanité que contre-nature,
qu'il ne semble pas humain
de pardonner, pour
tout dire : c'est un double
crime
en conscience contre la vie, perpétré
sous son signe.
Pour
le Maroc. Tu
résumes bien par là à la fois l'atteinte à un esprit
propre, selon
ta bonne formule, universellement
tourné vers le bien, et le sabotage
opéré
sur
l'œuvre attendue
et espérée
d'une humanité libérée d'intérêts
particuliers bassement
animaliers,
la maintenant
dans l'esclavage d'un système dont l'impitoyable
est tout à fait de facture romaine
antique dans son pire.
Là
est le crime extérieur, en miroir
de
l'intérieur : ni en France ni au Maroc finalement, ces hommes
là ne purent rien
ni se
réaliser ; réaliser l'humanité supérieure promise
dans les principes universels inculqués
dès la petite enfance, affichés
comme leurre
intérieur et extérieur
de l'Empire, dont
on les avait nourri et
par lesquels, élevés.
Humanité à laquelle ils croyaient, de tout leur cœur – sans
aucun doute – comme Charles de Foucauld.
Sainteté
de certains, manipulée forcément,
et, au final trahie de la plus basse façon – puisqu'aujourd'hui,
leur
héroïsme n'est plus qu'objet repoussant de moquerie, quand
ce n'est pas de haine
convenue et obligatoire. Une
culture corrompue est aussi et d'abord une guerre intestine, et
d'abord une sorte de renvoi gastrique malodorant.
La
terre promise est un appétit qui appelle l'indigestion et l'orgie,
la violence et le crime s'il n'est pas dirigé vers le bien. On
connaît l'histoire universelle des colonisations. Camus haïssait
les « tubes digestifs », honnêtes
et citoyens en batterie d'élevage industriel. L'homme ni aucune
forme de vie ne sont convertibles en produit de
sainte consommation.
En
ce sens précis, il
faudra le répéter autant qu'il faudra, nous
avons très mal
à ces
ancêtres trahis,
comme à tous ceux de tous les temps.
L'honneur
n'a jamais été le monopole d'une aristocratie seule
qui
n'est rien sans le peuple qui la nourrit comme une nourrice
invisible.
A
ce niveau, ceux de 14 sont un très bon repère : peut-être,
par la force des choses, et sans le faire pour la gloire, ont-ils été
la
meilleure humanité
qu'on puisse donner… dans les conditions du mal qui lui
fut fait, en
deça et au-delà de la veille aristocratie sacrifiée.
Une
très vieille histoire, mais dont les conséquences restent à
tirer : il faut revoir fondamentalement
les principe de notre morale et les asseoir sur une
spiritualité virtuellement non
corruptible,
ce qui n'est possible qu'hors du matérialisme de l'économie de
marché et financière d'un côté et de tout pouvoir totalitaire
étatique ou religieux de l'autre. Le bien est libre et vrai, sinon
il n'est rien ou moins
que rien : un leurre pour
enfants de cœur attardés dont le cœur conforme n'a plus rien
d'aventurier dans
la fidélité
de l'âme, de la pâte à fascisme bien
propre
dehors,
sale, dedans.
Ces
fermettes (…) complètement ruinées : comme
ces villes-fantômes américaines, construites et abandonnées au fil
de l'exploitation anarchique des ressources et selon les vents de la
folie humaine, spéculative et guerrière. Mais des gens ont donné
leur vie, leur
labeur
et plus encore, leur
espoir
pour elles, et
d'autres, en face,
leur
terre natale, si maltraitée, finalement, perdant
tout au change.
« Cimetières
sous la lune »,
ces
tombes
d'habitation,
autant de signes du massacre et d'un génocide très particulier,
mais bien réel. Lieux
de mémoire non
homologués,
comme
tant de traces humaines inutiles partout dans un monde dévasté,
ni plus ni moins. Il faudra bien, un jour ou l'autre, rendre des
comptes : ceux
qui les tiennent et détiennent devront s'expliquer. Dans
la nature humaine, rien ne se perd et tout se paie, les créances
sont fatalement tortueuses, mais, finalement, très
scientifiques.
L'honneur
du déraciné
méprisé, sali,
se tourne en haine sans espoir
de reconnaissance
et réparation, sans soutien pour se relever et se laver, comme ces
parents d'enfants massacrés, crucifiés et humiliés, aveuglés par
le seul
désir
de
vengeance qui
les tiennent encore debout.
Sans parler de la haine de soi, enracinant les violences les plus
inhumaines dans
ses branches les plus maudites et pratiques
et ordinaires.
Aujourd'hui,
contre
les simagrées
étendues à l'infini de la plaine médiatique
des anges exterminateurs, le
déraciné est ici, de sa culture et de son pays, à
l'intérieur,
de l'intérieur,
et
tout est pareil : tout
est à perdre,
sans l'honneur retrouvé
de dire non, debout, sans violence, dans
cette
tranquille
détermination qui permet au moins de défendre
en silence
l'irremplaçable
respect
de soi-même et de ceux qui ont permis de nous élever au dessus
d'une vie sale, d'argent
sale et de
son inodore et
meurtrière morale
pratique de
gaz de ville.
On
pense que tout est homogène et admissible. Ce
qui doit être combattu, c'est ce qu'il y a autour du noyau dévoyé
de vérité cristallisant ce qui est, qui l'étouffe et vit de sa
palpitation oppressée,
idéologiquement et
moralement comprimée.
Il faut de
défaire,
défaire, trancher le
fil blanc :
il y a encore
et toujours, depuis 1871 disent certains, un
problème avec les élites, comme sous Vichy. Des
élites salies, répugnantes parfois.
Les
meilleurs, s'ils sont supérieurs, ne
sont
les supérieurs de personne
sans
accord consenti et convaincu.
On
n'impose ni l'amour ni la confiance qui font la démocratie. C'est
de cette supériorité rendue
théorique,
usurpée,
qu'est tissé le mensonge parasitant
nos vérités. Chacun a sa place, qui au niveau humain, est également
supérieure, si elle est bien tenue : c'est la vieille
fable
des organes révoltés
du
corps humain, en quête de pouvoir solitaire.
Nous
étions un peuple créé, forgé dans et sur la souffrance. La
souffrance morale et spirituelle qui nous est aujourd'hui infligée,
nous le restituera supérieurement, comme la dernière fois qu'il
fallut se lever,
dans une résistance d'affirmation suprême face au rien
de
la brutalité des temps qui courent.
La
propagande est liée
au pouvoir et au pouvoir seulement, qui, en soi, n'a aucune
vérité,
contrairement à une certaine autorité naturelle, comme
fin en soi.
Si sa vérité factice
lui est retirée, son pouvoir de propagande du
mal,
corrompant formellement
et pratiquement
la vérité, l'est du même coup.
Le
mensonge est une image
et le monde n'a pas
besoin d'image, sa
nature suffit.
Il
faut refuser l'identité des images et
leur imaginaire fabriqué à
partir de la pathologie des
misères,
retrouver
la réalité naturelle et
saine,
bondissante
et joyeuse jusque dans la mort, d'abord
spirituelle : pas de nature sans mythe ni rite ni mérite. Là
dessus, Mounier a montré que le Nietzsche du Zarathoustra a mille
fois raison contre les ennuques moralins qui tripatouillent l'esprit
d'enfance bernanosien.
Il
faut d'abord
tenir en respect les techniques
de mécanisation des images et
de ce qui leur est
lié
de force ou inconsciemment, avec
leurs clichés par delà le temps et la mort.
Le cinéma est une
spiritualité moderne dégradée,
qui
n'a pas encore de sens positif, d'application vraie, elle est
déracinée, soigneusement
écartée et contrôlée par la bien-pensance
des deux côtés du manche. Il
faut la re-transplanter en
terre désintoxiquée ou
naturelle, s'il en reste.
La désintoxication nécessite du temps
naturel réparateur
après rupture
radicale non violente.
Il
faut convertir le cinéma en industrie de paix, dans toute sa
symbolique, et seule la poésie peut l'y aider, au
départ.
Poésie sans laquelle il n'y a pas de propagande. Puisque
le poésie ne peut être suprême de par la
possibilité
de son dévoiement même. Une
poésie liée au spirituel, comme tout art vital, y compris celui de
la guerre, sans violence, de défense de l'inviolable.
Il faut que l'image ramène à la réalité, vers le
symbole réel, analogique et
non logique.
Que
la réalité (re)devienne image suprême dans
son apparence
liée,
dans tous ses détails et dimensions : la
transparence
seule tue l'amalgame, la
structure
de la vérité doit être lisible, visible, évidente, révélée,
parlante, parlée ou muette, mais exprimée
à partir du noyau, dans son intégrité extérieure exprimée.
Il
faut que la réalité dépasse la représentation dans l'élan de sa
force. Une
vraie science libre
et responsable
serait capable de la
traduire
et colorier, de la matérialiser et symboliser, en accord avec une
poésie libre
du
spirituel, dans une unité nouvelle et
retrouvée,
du
peuple aux meilleurs de celui-ci. Puisqu'il
ne faut jamais
trahir, comme l'a souligné Camus.
Le
mensonge n'est possible que parce qu'il n'y a pas
assez
de vérité, il faut donc la dé-relativiser, la ré-enrichir, la
renchérir, la réévaluer, la réorienter, la ressourcer, la
purifier, la
récréer :
l'extraire des
tonnes
de minerais brut
ou souillé,
avec de nouvelles techniques, à partir de l'ancienne science, de
l'ancien art, de gestes-pensées
retrouvés,
du geste éternel,
puisque tout est recommencement, paradoxe
autour du noyau-moyeu.
Il
faut retourner à la maison et retrouver la famille, reconstruire
quand
d'autres, incroyants,
répètent en
moutons incrédules et craintifs, des
prières dont ils ont oublié le sens, sans
penser.
La lucidité ordinaire inspirée
suffit dans le combat : elle seule perce le mur d'images
de
synthèse et
les écrans fléchés infantilisants.
La vérité n'est
pas
une rareté de marché. Elle
est action unique
et universelle ou elle n'est pas.
L'outil
même de nos vies, entre
nos mains.
Nul ne peut le lâcher gratuitement
– ne serait-ce qu'un instant d'illusion, l'emprunter ou
le prêter : son
intention
ne se prête pas, elle se vit et s'incarne.
Forge,
trempe et tranche les liens du mensonge qui lie et relie en
mal
au mal.
Tout
ce qui est homogène
n'est pas nécessairement
admissible :
il faut tailler dans la jungle primordiale épuisante
pour suivre son chemin, comme personne, comme peuple, comme humain.
Le mal est dans la nature, mais
rien n'oblige
à son esclavage : on peut marcher sur deux pattes, sortir de la
caverne et regarder le ciel qui éclaire la terre la plus noire, qui
est aussi la plus fertile, non
la plus promise, mais la plus prometteuse dans
le travail.
Il
faut la vertu féminine
du guerrier de la paix verte pour avancer sans massacrer, même dans
le désert, même dans l'illusion du néant, même
et surtout dans le désespoir.
La propagande, comme la trahison, est un
appel
à la vérité, vue
sous
un certain angle
de
lucidité.
Provocation
salutaire et vitale, devoir
de réponse à la hauteur en
attente, en souffrance.
De dépassement aussi.
Tout
ce qui est admissible est homogène en
haut et par le haut
seulement, le reste est illusion : nous n'avons pas, comme
humains, la
capacité
d'homogénéiser, d'unifier :
tout empire est vain, dangereux, désastreux, sinon le Christ se
serait fait sacrer empereur, et même Roi des Empereurs d'Occident,
comme un vulgaire et innocent pape terrestre.
Mais
son royaume d'origine n'était lié ni à sa destination ni à son
destin. Il n'y aura jamais de sainteté autre que pratique,
pour ne pas dire pragmatique
ou pragmaticienne
dans l'histoire humaine d'Occident. Or qu'est-ce qu'une sainteté
pratique sinon une réponse pratique ridiculement relative,
enchaînée à une nécessité vitale issue d'un
désordre spirituel contre-nature, comme toute gestion humaine. Pas
de quoi être fier ou heureux : le but de la vie est infiniment
plus élevé et indépendant, ordonné et naturel, paisible et
énergique, stimulant et désintéressé. Paisible.