vendredi 17 mars 2017

LE MÂT ET LA GOUVERNE, POUR UNE VRAIE NATURE



" La paix est un état sévère, et qui fait aussitôt oublier que la sévérité est nécessaire. (...) Certes, il faut payer l'ordre, et même très cher; nous aussi nous le savons, qui avons fait la guerre. Nous sommes colonisés, si je puis dire, par nous-mêmes et sans douceur ! (...) Il est facile de louer les mœurs sauvages (...) nous devons savoir, et ne jamais oublier, que la simple et aveugle coutume établira partout (...) un régime de crasse, de négligence et de fanatisme (...) "    ALAIN





 







Pas plus que le passé on ne dépasse la nature. On ne fait que l'affiner, la prolonger, plus on l'éradique plus elle repousse follement. Nous ne sommes pas tant menacé de sa disparition que des désordres engendrés par nos tentatives de domination et de soumission.

Il est aussi vain de croire pouvoir doubler une culture première que de vouloir la glorifier. Se glorifie t-on soi-même à moins d'être tyran fou comme Néron ? Dans les deux cas, on trahit et on salit, comme pour Dieu dans ses institutions, ses remplacements. Nous ne pouvons vivre déracinés des cultures premières.

Il n'y a pas de retour à la nature, il n'y a que des retours à la vérité. Parce qu'il n'y a que la vérité qui vaille et sauve. Il n'y a ni temps ni espace dans la nature réelle, mais une vie unique, éternelle et universelle, partout infiniment démontrée et indiquée.

Le mal vient de la négation et du reniement. Refus institué et intériorisé de cette vérité première, dans la guerre faite aux peuples premiers qui en sont l'incarnation la plus humaine, dans leur refus de l'humanisme spéculatif, dans tous les sens du mot spéculation. Leur mise en esclavage – quand elle fut possible – ne vaut pas acceptation de ce système.

Dans ce sens strict, tout savoir qui ne confirme pas éthiquement, spirituellement et scientifiquement cette évidence absolue, n'est qu'illusion criminelle, leurre de l'imposture et de l'ignorance. Toujours dans ce sens, il n'est pas un seul problème, petit ou grand, qui ne trouve sa solution dans cette vérité première. Le reste n'est que guerre à la vie dans son principe au nom des son idée déformée, dénaturée.

Vérité exprimée absolument par la nature dans ses lois, son intégrité de vie et de sens, hors de la ridicule exclusivité humaine et de son pitoyable pouvoir de destruction et de trahison. D'où son indifférence absolue aux désirs dénaturés de celle-ci. Désaxement d'un centre vidé de vie, vide dont elle a horreur.

La haine de soi vient de la haine de la nature, d'une nature que l'on ne peut heureusement vaincre qu'en lui obéissant : toute haine vient des maîtres – non spirituels, mais de guerre, quand ils ont le bonheur de ne pas se confondre – puisque ces derniers se font esclaves pour dominer.

Principe civilisationnel désaxé par les abus engendrés depuis des siècles, de dénaturation inflexible, comme pouvoir absolu, dénoncés par Nietzsche à son meilleur. Le pire est une certaine religion dont le clergé vénal charge invariablement la nature des péchés du monde de ses contempteurs.

Ces Diaboliques à qui la responsabilité de destruction généralisée du monde, passée et à venir, revient directement, avant même celle de leurs très scientifiques et financiers imitateurs et héritiers modernes. Ne pas mettre absolument en cause et question cette double responsabilité dans l'histoire et la genèse de l'écocide actuel est une complicité active ou passive de crime contre la vie.

Non la vie rêvée ou sentimentale de passions dénaturées menant droit à une collaboration de fait avec un système et entreprise de barbarie humaniste, mais vie de nature pure et simple, telle qu'elle est, dans ses tendances intérieures à l'auto-perfectionnement spontané de ses équilibres fondamentaux contre tout idéalisme nihiliste. Dans son intégrité et sa dignité sans intégrisme, moralement niées au nom de cette négation de principe.

Crime contre l'humanité donc, au sens élargi, universel, contre la Nature en son beau milieu. Son beau milieu : l'humain fait la nature et la préserve, autant qu'elle le fait. Humains premiers dans l'âme partagée de celle-ci, vivant au sein d'une nature protectrice et procuratrice, comme on aime une mère, et respecte la distance nécessaire. Distance due aussi aux aînés, « ceux qui marchent devant », comme le disait le poète oublié Gérard Manset. Les Anciens, les Ancêtres, les Pères, les Premiers – n'ont jamais été de purs singes mécaniques, comme le veulent les criminels progressistes dans leur terrorisme intellectuel béatement subi.

Nous sommes citoyens de la nature – non d'une cité de Dieu située ailleurs, sans la négation de celle-ci, ou son exclusion urbaine marchande de canons et de produits de synthèse pour le soin intéressé des dégénérescences programmées.

On ne se glorifie pas soi-même à moins d'être malade de la maladie du maître esclavagiste. On se gouverne. La nature propre, celle du Zen, de Houéi-Neng et de bien d'autres, est une leçon de choses naturelles, nécessité intérieure purifiée et purificatrice. La droite dans la courbe, de la courbe. Sans courbette ni fanatisme circulaire, cellulaire, comme l'eau dans ses vertus démocratiquement dénivelées. Celle qui est, mais n'existe pas, dans la nature.

Nature propre, courage d'être soi sans moi. Non principe directeur stoïcien mal digéré, invoqué comme prétexte ou alibi des misères du monde.

Un gouvernail, une gouverne. Non un gouvernement seul. Gouvernail seul, mais qui permet au principe directeur, de Marc-Aurèle le Maître et d’Épictète l'Esclave, d'avancer selon le vent que la volonté emprunte plus qu'elle n'utilise, emploie ou instrumentalise. Ni l'un ni l'autre dualisme guerrier.

Mais un contre-don, un retour nécessaire, une reconnaissance à la hauteur. Le mât est une autre affaire : la gouverne, le dirige, et n'est plus seule, mais associée, alliée de liberté et d'intelligence – donc de nature retrouvée. Économie naturelle, mais restreinte comme une relativité ouverte sur ses limites mêmes, filtrantes et vivantes. Le contre-don est le contraire de la guerre des contraires.

La nature intérieure porte autant que le vent à cette condition d'équilibre et d'accord, d'harmonie des forces où tout contraire casse et fausse. L'habileté du pilote est une flexibilité dans l'inflexibilité dont le zen dit que le temps le rend inconscient, instinctif, naturel, naturalisé, indifférent – et non automatisé, mécanisé ou conforme, comme le croient les fous qui croient nous diriger.

Cette indifférence-là est le sommet apaisé de la sensibilité. Une vie de navigation ne suffit pas pour l'atteindre, mais quand elle atteint le pilote, la différence intérieur-extérieur s'efface sans pour autant gommer les contours ni les profondeurs exprimées à la surface lisse du sable de l'océan de vie. Au contraire : tout est lourd de liberté dans l'allègement de chaque effort perdu répété.

Ni guerre ni irrespect ni irresponsabilité d'une pensée collectivisé par et pour son absence. La nécessité naturelle est un bon mélange, un bon alliage, un bon attelage : tout dépend de la profondeur de l'alliance, du matériel au spirituel. De l'enracinement dans l'être et du détachement qu'il provoque.

La liberté y est ainsi dédoublée et non divisée, comme on divise un illusoire pouvoir. Par une alliance intérieure-extérieure originale et créative, sinon, où est-elle ? Permettant de dépasser l'illusion de contradictions – bien réelle dès qu'on y croit dans l'allusion, et les limites de séparations de surface nécessaire. Par des passages plus encore de nature, mais secrets aux ignorances et négations les mieux établies. Transformant nécessités négatives en libertés positives.

C'est là toute la leçon d'un l'Orient – hormis les tyrannies issues du laisser-faire et aller à la nature extérieure seule, sans principe directeur stoïque fidèle, plus que conforme, au Zen ; tyrannies communes aux deux pôles – qui ne vit jamais ni ne pense contre nature, d'où certains schismes, sans doute. Cependant, cette leçon, mystérieusement passée par et pour certains peuples dans leur sagesse d'Occident, comme les Celtes et les Grecs dans leur meilleur ou élite.

Hélas, aussi méthodiquement génocidés, là, qu'ailleurs les Amérindiens, exterminés dans leur esprit même – qui survit à la mort reçue – par de prétendues civilisations qui furent que des superproductions mécaniques de guerre à la vie libre, ivrognerie codifiée de pouvoirs extérieurs dont la chute de l'Empire Romain dit assez les dérisoires et criminelles vertus.

Face aux continuateurs de cette guerre, officiels ou enrôlés de force, actuels, dans les faits et les esprits, équipés de fausse science et de finance sale, pour un pouvoir technologique terroriste apocalyptique, apprentis-sorciers d'une puissance débile et barbare, de corruption et de destruction inégalée, Zen et Stoïcisme sont assis.

Dans une attitude immuable et presque muette. Face à l'angoisse schizoïde surarmée, il n'y a que la rigueur de la liberté et la liberté de la rigueur, intérieures et extérieures, qui vaillent, au sens le plus courageux de l'ancien mot. Où est la question ? Le cap est vérité immobile dans la paix du cœur. Pourquoi la guerre au monde ?




dimanche 12 mars 2017

LA VÉRITÉ # 46 PURE RELIGION ET RAISON PURE







" Ce n'est pas un petit travail que d'expliquer la relation entre l'Ourse qui tourne au ciel et l'oiseau qui fait son nid; mais encore faut-il commencer par la remarquer, je dirais même par l'admirer. "  ALAIN





Vérité et raison, trop souvent en guerre pour la bonne raison que la raison nécessaire cherche à remplacer la vérité éternelle. Pourtant la vérité est mère de toute raison : quelle vérité nie quel besoin vrai ? La raison en guerre est la guerre. Guerre de raison, ou plutôt des raisons. Comme la guerre, la raison pure est sans limite : la paix n'est pas sa limite, elle serait plutôt son ennemie, limite ou frein à ses prétendus besoins, ses fantasmes.

La vérité, compatible ni avec la raison pure seule ni avec la guerre seule, ce qui détruit brutalement, mais surtout à petit feu son éternité propre et unie, son universalité. Peut-on dire que la raison pure n'est pas compatible avec la vérité ? Est-il si fatal que la raison pure soit la guerre ? Affirmer que la raison pure serait purement animale semble déraisonnable. Elle ne le devient, peut-être, que dans la mesure où on l'animalise absolument dans ses nécessités immédiates. Comment la raison pure devient déraison ?

Par la séparation logique dissidente qu'on opère entre elle et la vérité qui lui donne son sens ? Trahison séparatiste. La pureté de sa rationalité propre et autonome apparente n'est-elle pourtant jamais, dans sa nécessaire compatibilité avec toute vérité, que dans son accord profond avec celle-ci, jusque dans la plus pure matérialité des faits ou des nécessités ?

Sa déraison vient de la guerre, de la nécessité matérielle de destruction et de déconstruction de celle-ci, qui l'arraisonne en l’amenant à la haute trahison, au syllogisme a posteriori, comme justification de cette « nécessaire » trahison même. Aucune trahison est-elle jamais nécessaire ? L'animal ne trahit-il pas moins que l'humain ? Rien ne trahit rien dans la nature.

Le conflit ne vient sans doute pas tant d'une supposée pureté rationnelle, aussi absurde que la pureté raciale, que d'une dialectique, d'une logique dévoyée, arbitrairement autonomisée autour d'un matérialisme mécaniciste utopique, malade et criminel, manipulée comme un mensonge, à partir du moment où cet outil, ce moyen de la vérité devient fin en soi, collective, psycho-logiquement imposée. Raison n'est pas pouvoir, encore moins devoir.

Une raison violente n'est pas purement rationnelle, mais dévoyée par une matérialité objective dominant son sens commun, sens lié, partagé. En le colonisant, en le privatisant, le particularisant à outrance selon ruse et caprice de n'importe quelle passion dévorante. Avec ses raisonnements addictifs : ceux qui amènent, notamment, au crime et à la barbarie, après l'injustice et l'imposture – contre le consentement du monde.

Rationalité pure d'une raison scientifique moderne inhumaine, absurdité, non-sens, violente contradiction portant au pouvoir le pouvoir absolu de sa matérialité unique – que certains osent nommer pensée. Trahison suprême s'imposant comme un ordre religieux du logique et de sa logique. Fascisme ancestral, religion séculière de la corruption de la régulière, et de l'inversion de cette corruption comme réponse stérilisante automatisée : la vérité comme mal absolu ; par la nécessité absurde d'une même logique de survie d'un pouvoir usurpé, néo-séparateur plutôt que réparateur.

Ce qui sépare ne peut être humain : ce « pouvoir » est soit naturellement divin soit inhumain. Mais le divin n'est pas représentable : il est présent ou pas. Ce qui sépare n'est pas séparable, ce qui sépare est supérieurement unitif ou n'est pas. Le séparatisme est une trahison.

Les sciences cognitives, qui paraît-il, ne font qu'observer, semblent dire que la raison est d'abord et finalement sociale. Que son sens commun théorisé ne serait qu'une sorte de prérogative de défense conceptuelle relativement binaire entre deux groupes. Il semble en effet évident que si l'on déconnecte le sens intellectuel de la nature, de la morale et de la transcendance de la vie en actes, on construit de l'absurdité, de l'arbitraire et du totalitarisme.

Et qu'à posteriori, on les justifie tout en désarmant logiquement toute possibilité plurielle de lumière universelle à travers un rayon particulier « unicisé » puis binarisé, réorienté selon un système optique manipulateur, instrumental. A quand sa négation orthodoxe, pure et simple, a priori ?

Un pouvoir, dans la mesure à démontrer de sa possible justice et justesse, est nécessairement réparateur, et ne peut être ni séparateur ni violent ni purement animal ou mécanique. Il ne peut évidemment qu'être équilibré, limité, provisoire, adapté et ajusté. Les fins s'y confondent perpétuellement avec les moyens dans une sorte d'unité supérieure dynamique qui ne peut donc appartenir à personne ni, comme l'eau, se conserver entre un petit nombre de main, voire d'une seule.

Le pouvoir juste et nécessaire doit être libre et conscient à la fois, là est sa seule nécessité profonde, son ordre naturel immuable. Ce ne peut être une machine, logique ou physique. Il ne peut être que partagé et consenti, non diviseur et non suprême. Relatif, il ne peut échapper à la vrai rationalité du sens commun, de l'accord et du consentement universel naturel précisé, intrinsèque, non objectivé, mais exprimé, imprimé et non supprimé par « un intérêt » particulier généralisé.

La vérité est non-violence, non-collaboration avec l'ennemi. Elle n'est pour autant l'ennemie de personne, mais tous en font leur ennemie, chacun dans sa guerre particulière, son combat pour sa vérité particulière, détournée, dévoyée. Pour autant la raison n'est jamais animale en soi : le fait que sa science la sépare de la conscience n'en fait pas une ennemie de celle-ci. Au contraire : que vaut une science désincarnée ?

La raison pure combat l'animalité d'une conscience solidaire ou instinctive autant que la spiritualité d'une conscience morale. La guerre de la raison folle ou séparée est une négation de ce qui est. Le propre de la vraie raison est d'inclure dans une unité supérieure sans exclure le moindre atome inférieur. Elle n'est que mauvaise passion rationalisée, comme il y une mauvaise foi ou une mauvaise volonté. Sa sagesse n'est jamais que ruse de guerre, sans aucun respect de la vie et de son sens. C'est une pure machine à dominer son sujet. Un cheval de Troie.

La pure raison n'est que l'ordre pur dans le, et du chaos, elle n'est pas de l'ordre de la vie, mais de celui de sa destruction et de son objectivation, de sa réification de rouage systémique. La mécanique de ses nécessité ne découle que de la mécanique de ses viols et prédations, comme la violence engendre la violence dans la roue du karma des lois.

La raison pure est incompatible avec l'équilibre, avec la mesure ou la proportion, avec les forces de la nature, elle n'est qu'un automatisme logique, un système de nécessité paramétré selon la direction arbitraire du vent fabriqué en ligne droite. C'est une utopie exterminatrice.

Elle valide les opportunismes contre toutes les fidélités, et toute les fidélités opportunistes. Puisque dans cette guerre, la vie est devenue un chaos et inversement : la théorie de la raison est une tautologie nominaliste qui permet de taire et faire taire toute parole de vérité et toute vérité de parole. Elle n'est qu'un perroquet inverseur.

La raison pure confisque la parole libre au profit de la parole nécessaire pour en faire une repère absolu dans le relatif : il faut donner le change à la perte de repères. De la vérité, celle de Dieu et celle de la Nature. Elle est environnement pur comme une mégalopole, rassurant et consolant, progressiste et agressif, dominant et pensant, libérant en enfermant, ouvrant en réduisant, offrant en privant, guérissant en tuant, pacifiant par la guerre. Elle ne sera jamais pacifique, abandonnée à la liberté comme à la nécessité. Elle n'est que garde, gardienne, mise en garde et relèvement de garde.

Le relativisme absolu aboutit à l'absolutisme rationnel comme pouvoir théorique, remplaçant l'ancienne autorité théologique et la dogmatique de ses pratiques sadiques de pouvoir. Le changement n'a donc été que de forme et de nom. Dans la pratique, cet absolu rationnel devient un irrationnel totalement relatif : toute relation est faussée à la racine par son doublement hors sol, par sa simulation sociale et sa modélisation économico-étatique.

Les théories infinies sont autant de bio-doublures pour la modélisation intégrale de chaque objet du savoir et du pouvoir remplaçant chaque être matériel ou immatériel. C'est l'ère des post-vérités et des postérités contre toute éternité passée, présente et à venir. Dans son imitation de mémoire même, la vie est stoppée puis réinitialisée dans le simulacre naïf ou idéal de son mouvement subtilement contrôlé par un pensée de synthèse collectiviste.

Nous avons tant besoin, hélas, de ce pouvoir de pouvoir pour y croire encore. La raison n'y est plus que force logique pure et nue, courroie et carburant, gaz brûlé, particule toxique pour la respiration de chaque vérité survivante. L'avenir est aux Zones, préservées ou contaminées, sans espoir de séparation réelle, qui ne nous a jamais appartenu, ici, hélas, ailleurs ou autrement, heureusement. Entre raison et vérité.








jeudi 23 février 2017

PRIÈRE POUR LA MÈRE DES ZAD




" Ainsi le génie de Darwin a vu toutes les choses, et tous les êtres autour de chaque être, non plus étrangères à lui, mais intimes à lui, de façon que la vie et la forme d'un oiseau sont aussi bien dans l'air qu'il divise, et que la brousse chaude est l'élytre de l'insecte, et que les eaux, l'air, les moissons, les fruits, les saisons sont intimement l'homme. "   ALAIN





Haut lieu de résistance depuis quelques années maintenant, enjeu politique aussi, évidemment, pour un certain nombre d'intéressés, combat pour la nature pour un certain nombre d'autres, plus désintéressés, eux. « La mère des Zones à Défendre » est d'abord un patrimoine naturel, un plateau « humide » de plusieurs milliers d'hectares « fonctionnant comme une éponge de 60 mètres de profondeur , absorbant et restituant l'eau de pluie, une tête de bassins versants alimentant 7 cours d'eaux, dont la Vilaine et le canal de Nantes à Brest » explique l'un des deux Naturalistes en lutte d'un des 5 ou 6 groupes constitués  de la ballade, ce dimanche de février.

Cette zone à préserver a déjà séduit beaucoup d'amoureux de la nature, donnant naissance à nombre de collectifs, dont celui des « Naturalistes en lutte ». Deux guides du groupe font un bref inventaire des espèces animales et végétales qui font la richesse préservée de l'endroit, miraculeusement épargné par les remembrements des années 50-70 : sans doute l'un des seuls « aspects positifs » d'un projet vieux de plus d'un demi-siècle. Le promeneur est étonné par le nombre et les qualités énumérées de ces espèces. 

Et par le récit de leur étonnement, quand ces naturalistes lutteurs arrivés sur un terrain en tous points préservé, n'en croyaient pas leurs yeux. Ici et maintenant, comme on dit trop mécaniquement, l'écologie n'est pas un luxe : pour tellement de choses liées, c'est une dernière chance.

Tout le monde sait ce qui se passe officiellement avec la nature : selon les enjeux et ce qu'ils rapportent financièrementle terme « finance » étant devenu scandaleusement synonyme d'économie, alors qu'il ne désigne qu'une poignée d'argent en système clos – on la préserve, cette nature, en la transformant en « environnement » figure de style pseudo-scientifique anthropocentrique, désormais incontournable et obligatoire élément de langage, effaçant le mot et l'idée même de nature des esprits, et de l'ancienne culture celle qu'on fait disparaître chaque jour, purement et simplement, la requalifiant parfois de « rien » ou de blanc sur lequel on écrit l'histoire autistique du progrès.

Entendez : ce qu'il y avait avant qu'on réalise un « projet d'aménagement», un peu comme ces gens qui vous expliquent qu'à la campagne, « il n'y a rien ». Qu'un trou, perdu, ou un désert. Ce qui est seulement vrai, c'est le contraste saisissant avec, par exemple, une banlieue abandonnée à elle-même au milieu de son plus rien de nature. Ce rien produit par le coup de torchon ménager d'une urbanisation moderne, stockant seulement des gens, comme des marchandises, verticalement ou horizontalement, hors nature.

Alors qu'en réalité et en dehors du temps, donc de sa vérité concrète relative, qui n'est ni passé ni futur – mais de la vie – de son sens et de son système naturel, on remplace, sous prétexte de certaines insuffisances, simplement une culture par une autre, ou plutôt par la caricature d'une autre, puisque rien ne semble plus pouvoir vivre vraiment dans le cadre de cet autre monde – non pas comme avant, mais comme toujours. Les sciences de la vie y sont « bidonnées »,  vidées de leur sens, perverties, subverties ou corrompues.

Que la communauté compétente des chercheurs et savants dans ses travaux y est humiliée et baladée autant que n'importe quel citoyen de base, et finalement bafouée dans son autorité naturelle, son idéal humaniste , qui ne peut, en l’occurrence, ici à Notre-Dame-des-landes comme ailleurs, être séparé d'une morale naturelle et sociale

Et quand ces sciences, ou la communauté scientifique qui a encore une conscience morale digne de ce nom, ne sont pas humiliés par les intérêts privés et anonymes dont ils finissent hélas par dépendre pour vivre et travailler, c'est la loi elle-même qui se passe de leur avis, réduit au « consultatif » – comme on consulterait des enfants pour l'humour, avant d'engager une opération coûteuse et complexe

C'est que l'économie n'est pas l'écologie, malgré l'étonnante racine commune des deux mots, tellement ignorée par la finance d'un système spécialisé, exclusivement autocentré, urbain et industriel, que ça finit par faire rire pour s'empêcher de pleurer.

Pourtant, en démocratie, la loi est censée faire quelque chose de bien pour tous, protéger un patrimoine naturel, par exemple, pour une humanité locale particulière ou le monde d'un milieu donné, dans leurs liens universels, dans son intégrité vivante partagée et transmise. 

Mais ici, cette chose admirable, quand elle est vraie, autant que nécessaire quand on l'a perdue, est absente. Ici la loi est contre la loi. Ici la loi est contre toute raison naturelle, toute sensibilité raisonnée. Elle est hors-la-loi, hors  bien commun, vérité commune, ne servant plus que l'intérêt généralisé d'un non-sens, contre le bon et le naturel. Contre le monde entier. Contre science et morale réunis

Et c'est bien ce que chacun, ici, dans ses bottes, planté au milieu de l'herbe, humide malgré l'inquiétant déficit généralisé d'eau au mètre carré, réalise au fur et à mesure des explications, révélations et anecdotes autour du haut-lieu – haut pas seulement par son altitude.

Ici-même, comment croire vraiment qu'on veut recouvrir ces hectares de terre-réserve indienne humide, avec son bocage, ses fermes, ses habitants (...), d'une immense et hypothétique chape de chaux pour des pistes de 2500 et 1600 mètres, avant de bitumer et bétonner le tout partout, sans tenir compte de rien, surtout pas de la vie : flore, faune, eau, humains pour… y poser des avions pollueurs assourdissants avec leurs colis humains en transit international, pour affaires ou un certain tourisme ! 

Pour alibi de cette « démocratie »-là, on a fait victorieusement voter les grands riverains départementaux, ceux qui se battent déjà pour les retombées du « business ». C'est sans doute pour ça qu'ils ont perdu la raison, avec les promoteurs aménageurs, atrocement plus, de toute évidence que ceux qu'on voudrait chasser de chez eux, de leur terre ancestrale et, parfois, culturelle, au sens paysan-naturaliste.

Mais la tradition authentique des natifs d'ici, comme ailleurs ou autrefois – dans la Prairie d'Amérique, n'est pas la raison moderne urbaine, démocratique-commerciale, progressiste, anti-fasciste – « fasciste » désignant en novlang toute résistance au nouveau dogme – libérale-libertaire, celle du « laisser-faire » destructeur productiviste. 

Par delà les tabous idéologiques bilatéraux de cette pensée unique, chacun ici, plus loin que ses différences, le sent et le sait plus ou moins clairement. Et les expressions des regards bigarrés convaincus parlent plus que les discours militants convenus, au contact de la zone-sanctuaire expliquée et approchée, parcourue et touchée du doigt, respectée et reconnue, non dans un esprit mystique révolté ou dévoyé par la violence de sentiments vite incontrôlés, ambigus, trop contrariés ou niés, mais en toute claire raison naturelle pratique et appliquée, discrète, mais combien efficace, pour qui la nature n'est pas un environnement de synthèse anthropocentrée ou anthropomorphe climatisé.

L'intégrisme fanatique et barbare n'est pas toujours du côté que l'on croit, mais comme pour le racisme, il se défend en projetant le mal sur l'autre. Le progressisme urbain en soi finit trop souvent par un rejet absolu et jaloux de la nature, dont les amoureux inconditionnels sont alors perçus comme une sorte de race inférieure à deux visages, le nouveau ou l'ancien.

Sale, arriérée, violente, machiste, immobiliste, esclavagiste, passionnelle, privilégiée, égoïste, passéiste, archaïque, anachronique, ignorante et obscurantiste ; mystique de la terre, fasciste, pétainiste, avec son vieux béret troué et sa baguette rassie ; ou encore, race retournée à l'état sauvage, dégénérée, avec ses hordes hard de jeunes faunes armés, sécessionnistes, séparatistes, terroristes ; ou enfin, communautaires utopistes fleuris, musicaux et mous, camés évadés des villes et de la politique, tentant désespérément de régénérer leurs neurones fondus au soleil d'une campagne désertée, vidée par un exode sanglant tellement ignoré

On peut cependant se demander si l'origine de ces types-caricatures n'est pas plus urbaine qu'il n'y paraît.

Mais rien de tout ceci – au niveau guerres sociales classiques, idéologiques, de territoires ou de survie – n'explique vraiment l'affaire Notre-Dame-des-landes à son origine, plus inconnu, par delà la bataille pour la zone – celle-là, et pas une autre.

Une des questions qui se pose dans cette étrange déraison de l'hypothétique enjeu aérien de la ZAD est : pourquoi ici plutôt qu'ailleurs ? Une chose est certaine : le projet est ancien. Les nazis, pendant l'occupation, avait déjà un projet similaire. Pourquoi ? Seuls les services secrets le savent. Une chose est sûre : seul un projet suffisamment démesuré géo-stratégiquement traverse ainsi les siècles. 

Il manque peut-être à Notre-Dame un collectif d'historiens en appui des autres, pour chercher le fil directeur d'un projet qui, logiquement, ne peut qu'en cacher un autre. Ce qui aurait le mérite d'expliquer le mystère caché de tant d'absurdité apparente, révoltante à plus d'un titre, dans la condamnation historique programmée de ce plateau-réservoir, d'autant plus que les coûts de faisabilité, et même la faisabilité elle-même, ont apparemment été incroyablement sous-estimés, face à un milieu si instable

Un tel défi physique laisse un instant songeur le naturaliste marchant aux côtés des pèlerins du jour mondial de la Mère des ZAD.

Ce projet contre-nature en rappelle un autre, à un autre niveau : celui de la construction de la Tour de Bretagne à Nantes sur une zone de failles. Là non plus, rien ne tenait bien la route. Mais les stratégies de la puissance sont longues, très longues. Elles se moquent – plus encore, peut-être, du temps que de l'espace naturel – partout disparaissant sous les aménagement : l'équivalent d'un département par an en France. Comme on sait, sans réaliser.

Heureusement, là, en partant du lieu historique, une haie d'honneur récente de bâtons sculptés croisés rappelle symboliquement à ceux qui ont la mémoire longue aussi, que la longueur du chemin n'est qu'un des signes de la révolution intérieure à accomplir, par delà le bien et le mal de toute « politique. »  

Du moins, faut-il l'espérer : la violence n'est-elle pas l'arme du pouvoir des faibles d'esprit, la fin mécanique prévisible du libre espoir ? Serait-il déjà devenu inutile et vain de rappeler ce que la non-violence a permis il n'y a pas si longtemps – qui a ébranlé le monde et ses puissances dans leurs si légalistes certitudes et mauvaises habitudes ? 

Il y a aussi des prières de raison à faire, n'en déplaise aux logisticiens institutionnels de la puissance pure et dure. Et l'on sent bien qu'elles sont aussi peut-être un peu, celles de certains Naturalistes en Lutte. En tout cas c'est le sens de la nôtre.





jeudi 16 février 2017

LA VÉRITÉ # 45 LE PHÉNIX À LA FRANGE D'OR



A la Lunaire.






« Vous savez que rien ne peut assurer la vie si le travail que vous faites ne l'assure pas ; vous le sentez devenir entre vos mains tout bourbeux et pesant. Les difficultés nouvelles qui empêchent peu à peu votre travail vous empêchent directement de vivre ; vous sentez venir le moment où il vous faudra abandonner en même temps, à bout de souffle, la charrue et la vie.   JEAN GIONO



***



Strange Days (Jours Étranges)

Strange days have found us,
Les jours étranges nous ont découverts,
Strange days have tracked us down,
Les jours étranges ont retrouvé notre trace,
They're goin' to destroy our casual joys,
Ils vont anéantir nos joies les plus simples,
We shall go on playing or find a new town.
Il nous faudra continuer à jouer ou trouver une nouvelle ville.

Strange eyes fill strange rooms,
Des yeux étranges emplissent d'étranges pièces,
Voices will signal their tired end,
Des voix signaleront leur fin fatiguée,
The hostess is grinning, her guests sleep from sinning,
L'hôtesse sourit, le péché fait dormir ses hôtes,
Hear me talk of sin and you know this is it.
Écoute-moi parler du péché et tu sais que c'est bien ça.

Strange days have found us
Les jours étranges nous ont retrouvés
And through their strange hours we linger
Et au fil de leurs étranges heures nous languissons
Alone, bodies confused, memories misused,
Seuls, corps égarés, souvenirs abusés,
As we run from the day to a strange night of stone.
Comme nous passons du jour à une étrange nuit de pierre.



JIM MORRISON THE DOORS






***




Tant de mondes paisibles et heureux se meurent : lâcheté, fatalisme, toute la veulerie humaine, résistant jusqu'à la dernière seconde, jusqu'à la dernière goutte, avec cet héroïsme silencieux des bêtes, du travail et du courage libres, passion personnelle ou partagée, solitude ou solidarité – fidèles à eux-mêmes, à leur mémoire trahie, vendue et revendue, sacrifiée, salie, humiliée, oubliée – tellement qu'elle en perd tout son sang, sa volonté, sa noblesse ordinaire, droiture héritée.

« Il n'y a plus rien, il n'y avait rien » disent-ils tous à leur façon, tout disparaît lentement de ce qui les faisait vivre, se transmettre comme énergie imprenable – peuples premier à leur façon, que la guerre économique n'avait pas encore brisé « définitivement » : « c'est fini. » « This is the end, my friend, the end. The only end » disait Jim. Si bien illustrée dans le film Apocalypse Now. « Of everything that stand. » Cette fin qui n'a plus rien désormais à voir avec ce qui s'achève pleinement comme dans une mort heureuse.

Débute donc un monde magique de remplacement discret, imposé avec cette violence habituelle enrobant mollement une discrétion quasi-cléricale, le temps d'une erreur de calcul historique de plus, mauvais rêve à vivre éveilléaboutissement clandestin d'un idéal nazi non éradiqué, non épuisé de son non-sens, virus qui aurait muté, mûri et envahi toutes les sphères du monde, de ses cercles vicieux, imposant la vertu du mal comme rationalité suprême d'un système « universel » enfin « efficace. »  

Qui obligera cependant, en bout de course de son désaxement, aux révisions radicales, renversantes comme ces statues brisées des durs réveils, débris entassés comme autant d'évolutions régressives.

Ce définitif, mort horizontale fixant la dynamique d'un système écholalique à la conquête de son propre néant, niée partout à chaque instant, autant par cynisme pour certains – peu nombreux – que par pudeur pour une majorité silencieuse transcendante, intérieurement dévastée par la démoralisation, rampante et sournoise comme un régime fasciste s'insinue à travers les persiennes du mal et des souffrances, « invisibles » partout en embuscade.

Définitif tombant en sanction lente et inexorable, qui ne durera pas – parce que rien ne dure de ce qui prétend remplacer ce qui a assez duré à cause du pur temps de sa durée naturelle, et l'écraser de vitesse massive, avec ses wagons plombés ultra-modernes, ses nuits et ses brouillards de solution finale mise à jour.

Fauchant tant et tant de gens sans défense, réfugiés de la vie, sans recours, sans la pleine conscience même de ce qui arrive, qu'il fait partie de la propagande même et du terrorisme historiques permettant l'illusion d'un instant d'hésitation et de défaite culturelle. On ne défait pas une culture : on l'occulte un moment, un nuage de fumée épaisse masque le soleil, un « roi maudit » cache le soleil.

Ce définitif apparent, argumentaire, écrasant, matériel, psychologique, clinique, objectif est beaucoup trop aveugle pour être vrai. Ce n'est qu'une virgule, point de suspension, défi paradoxal : il ne finit ni ne définit rien, il n'est que destructeur, faucheur, nihiliste, gratuit, aberrant, comme toute dictature. Néant arbitraire et irréel d'une nuit artificielle, climatisée, fantasmée, pitoyable et puérile.

Ce définitif, proclamé par tous les médias et « mandatés », provocation à renaître et revivre, à tout recommencer à zéro, au retour de sève, à toutes les résurgences, les résurrections, les rites et les répétitions. L'histoire n'a pas fini de bégayer ses cycles sans fin, ses mécaniques obsessionnelles, ses rebonds de billes d'acier et de verre, ses conséquences cascadeuses, cadencées et décadentes, et surtout ses jeux d'intimes dominos, anéantissant toute forme essentielle en soi.

Ce définitif-là, virgule tranchante, sanglante, inéluctable chirurgie que le mensonge rend inévitable et qui permettra, l'horreur si patiemment dépassée et ignorée, la plus haute cicatrisation des plaies originelles les plus purulentes, celles de respectabilités établies en système clos de pratiques à contre-respect, contre-nature.

Les champs de morts, forêts rectilignes de croix ou chemins tortueux de pierres blanches, fertilisent les chants futurs des vivants et survivants – partisans de l'esprit et du cœur – futures brumes dans des yeux embués de souvenirs, dans leur tremblement noir, blanc ou sépia, primo-cinématographiques, tant de fois futures revisitées. 

Misères, souffrances et trahisons, terreau sacrificiel, sang et larmes séchés sur lequel repousse la forêt, avec ses singes morts de désespoir du film « Green », rasée comme un crâne de condamné : la tête de chaque humain d'origine, avant la bascule et la lame, restant un instant interminable en l'air comme un drapeau flottant d'émotion, au ralenti, chargé du sens parfait d'une vie offerte à la liberté d'un bonheur interdit, entravé, crucifié, celui d'être et de vivre sans justification supérieure. Jetée au panier par les préposés au chapeau melon, d'avant abolition, comme un simple objet balayé furtivement.

« Le choc en retour » retourne le couteau noirci du mal, comme un gant de fer détrempé dans la plaie interne de chaque abus de pouvoir, folle manivelle, impitoyable écho pour qui la manie si inconsidérément qu'il la prend pour le moulin à prière de sa vertu. La guerre intestine totale est cette réponse du néant à la bergère, pluie toxique surplombant son black-out entendu, assourdissant.

Comment le mal intégral ne favoriserait-il pas finalement, aveuglément, le bien le plus absolu , au bout de tous ses comptes induits dûment réglés ? Au fond de lui, quelqu'un d'encore vivant et vrai peut-il vraiment en douter en toute certitude ? En attendant, pour continuer à vivre debout – soulevé d'indignation, il faut bien mourir, mourir en paix. Dans ce « oui » de la limite qui fait la grandeur secrète, anonyme.

Et pour ceux, hélas, affichés et vautrés que penser fatigue, vivant couchés de peur, « apprendre à mourir » aussi, bien sûr, mais de l'apprentissage du plus sale couperet, cloués au lit martial d'une douleur excrémentielle, secrétant le non-être comme un pus blanchâtre de l'âme, sa fine lame hachant en miettes mille fois recoupées, comme cheveu en quatre, leur misérable avoir à crédit et leur raison systémique d'y croire. Déments du pur objet, comme d'un crime d'État, objectivement instrumentaux et justifiés, sanctifiés.

Cadavres glacés aux manettes, mannequins de haute-couture, officiants et efficients robots de basse-cuisine. Ces si pitoyables cyborgs terminaux de tous les déicides, avec leurs yeux de froide lumière bleue ! Comment, par delà le si triste et tragique cordon sanitaire, en toute humanité perdue retrouvée, ne pas, si dangereusement, les plaindre ? 

Que Dieu les aide, et non les punisse seulement ! L'horreur du mal incarné ne peut être de l'autre monde, qu'ils le sachent. S'ils meurent, c'est bien dans et de celui-ci, celui du « non absolu » acceptable, pensable, nécessaire et vertueux, impérial-régicide, contre-démocrate et contre-nature.

Cet autre monde commence maintenant, comme le Phénix du plus noir nuage, à la frange du solaire. Remember !



***



"Vous avez l'air de penser que la civilisation vous empêche d'éprouver de la pitié pour vous-mêmes et cependant il vous semble que le sentiment que vous éprouvez n'est pas tout à fait celui que la civilisation interdit." 
                                                                                   
                                                                               CARL R. ROGERS








mardi 7 février 2017

POËSIES I VRAIES RIVIÈRES II Ô RAISON








VRAIES RIVIÈRES II



Ô RAISON 


















À la Lunaire


Monde des eaux
ventre ancien
d'où nageurs nus
nous tombâmes
un jour
tes rivières mourantes
sont nos veines
tranchées
d'où giclent
les larmes
de sang
d'une terre
trois fois violée









 « Quand le dernier arbre aura été abattu, quand la dernière rivière aura été empoisonnée, quand le dernier poisson aura été péché, alors on saura que l’argent ne se mange pas »                 
GÉRONIMO













Les Dames du Lac
les entrelacs secrets du vent
murmurent leur plainte

Modigliani effeuille seul
la douceur orpheline &
flottante de l'au-delà des mondes

Premières pluies d'Automne
pleines d'odeurs perdues
dérivant vers la mer

Le Martin-pêcheur
éclair furtif
sur la barque retournée

Sous les risées &
les débris éternels de surface
glisse le sable mouvant du souvenir

Derrière les barbelés
les mustangs du brouillard
broutent l'Ancienne Prairie gelée

Une Mémoire noire enrobe
nos hauts-fonds
endommagés

Sortis trop tôt des cavernes
au devant de ténèbres
sèches & aveugles

Aux tréfonds enflammés du puits
l'inquiétude ne réparera pas
les sources

De longues larmes de lumière
coulent & roulent
sur les galets bleus

Fourrures fumantes sur la berge
disparus le loup blanc
& la loutre moustachue

Perdus au fond des gorges
les mots magiques
roulant leur gaélique