La science moderne, la
science technicienne est née de la scission philosophique du
sujet et de l'objet : après la mort de Dieu et
l'élimination de toute transcendance, tout est devenu objet, tout
lui a été assujetti. L'objet assujetti à l'objet et le sujet
assujetti à la méthode objective. Derrière la mort de Dieu,
d'un dieu absurde parce que corrompu, imposteur parce que
matérialiste, c'est en fait toute la Création qui fut condamnée.
C'est à dire, à travers sa version religieuse, toute la nature et
ses apparentes lois. Nietzsche parle très bien de ces
apparences, de leur jeu mystérieux et ambigu constant.
L'objectivation de
l'être n'était rien de plus que son assujettissement à la
méthode objective quantifiant celui-ci en réserve
illimitée de causes et d'effets, en réseau de relations
infinies, puisque quantitativement, aucune qualité convergente,
ordonnée comme unité de vie, n'était plus calculable. Les limites
du calcul ont fini par remplacer l'infini unitaire donné de
l'univers, transformé en potentiel illimité de développement du
calcul de sa mesure progressive, du « progrès »
par définition indéfini, de sa mesure, lié à l'impuissance de
sa propre relativité humaine, établie comme nouvelle norme du
monde. La religion du progrès tenait son dogme : partir de
rien, du rien et du chaos de son affirmation première permet tout...
Mais l'objectivation de
l'être n'est pas seulement celle du vivant anthropologique, elle est
aussi l'absurdité d'une mesure de l'univers selon des normes
anthropologiques dont on vit vite le cul du sac. C'est pourquoi la
méthode de l'objet permet de générer quantitativement l'objet à
l'infini dans sa mesure et sa démesure, par une dialectique
d'agglomérat cumulatif systémique et d'intégrer ce système
objet dans une mécanique universelle parallèle à la vie
naturelle, dont le pouvoir est une image illimitée, un
peu comme l'invention de la perspective appliquée puérilement en
astronomie sans tenir compte de la physique, ou l'homme à l'image de
Dieu sans tenir compte de celui-ci.
Nous avons oublié que
l'harmonie des mondes n'est pas un rêve romantique, méprisé plus
que méprisable, mais une réalité de fait écrasante et
destructrice, proprement annihilante dès qu'on prétend la
nier. Nous avons oublié que l'humain libre, comme toute forme
libre et naturelle dans son infinie diversité, n'est pas le
fruit du hasard issu des conséquences de la révolte de la science
objective contre un prétendu monde subjectif, mais l'expression plus
que nécessaire, puisque donnée et constituante, de
l'univers. Et, nous avons oublié, derrière la froideur
d'âme des calculs astronomiques, nécessaires pour nous, eux,
que les raisons de cet
univers sont chaudes, passionnelles et proprement fabuleuses,
poétiques, vivantes : elles sont celles d'un donné
en devenir que ce devenir
stabilise dans son
être-même. Ce que le spirituel appelle à juste titre l'éternité.
Tout
ce que la théorie intellectuelle dominante du sujet-objet des
siècles passés a séparé, contrarié et opposé pour le pire, sur
un mode analytique objectif, sera dans le futur, réuni pour le
meilleur sur un mode universel vrai dans un retour inévitable de
manivelle : la nature est patiente et ses ressources,
contrairement à celles de l'homme, ne sont pas limitées, mais
sont seulement ordonnées
selon des vecteurs qui nous dépassent.
Les
cycles destruction-créations ont des mystères qui relèvent des
grands mythes, aujourd'hui méprisés, comme ceux du retour aux
origines ou de l'éternel retour, liés aux forces cosmiques qui nous
constituent depuis toujours. Les unités matérielles de vie n'ont
été étudiées que dans leur forme objective la plus primaire, où
la nature ne révèle pas directement ses énergies spirituelles
secrètes.
La
démesure technicienne n'est qu'un immobilisme activiste provisoire
masquant l'impuissance des impasses, elle n'est que l'expression la
plus dérisoire et désespérée d'une rage perverse de domination
gratuite, retournée
non plus contre Dieu mais contre l'Univers entier.
Elle signe l'échec d'une science sans conscience, sans passion ni
âme, sans instinct ni sentiment, sans poésie ni imagination, sans
partage ni respect, sans amour ni communion, sans lien ni racine,
sans transcendance ni sens, sans unité ni dépassement de
soi, sans humanité ni monde,
sans rien ni personne.
La
technique n'est pas le cadre de l'humain, l'humain est le
cadre inconscient de la
technique, toute science véritable le sait d'instinct en
conscience. S'il y a encore un
avenir humain viable, il passe autant
par l'unification harmonieuse de la technique et de l'humain que par
un monde qui les définisse encore une fois,
autrement et identiquement tout à la fois, dans une même unité
d'énergie, de beauté et d'intelligence créatrices, aussi
fusionnellement confondues que lors de la naissance de l'esprit de la
chevalerie, révolution culturelle, encore
active, la plus puissante
jamais réalisée en Europe. Celle,
seule, qui résolut provisoirement et surtout relativement
l'éternel problème du maître et de l'esclave par un syncrétisme
toujours inédit : la démocratie pure, seule, n'étant qu'une forme
dégradée de la noblesse spirituelle.
*** Pour aller plus loin : Darkhaiker Pearltree, LES GERMES DU FUTUR par Clausd : LA TECHNIQUE ET L'HUMAIN
*** Pour aller plus loin : Darkhaiker Pearltree, LES GERMES DU FUTUR par Clausd : LA TECHNIQUE ET L'HUMAIN

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire