« Avant tout pourquoi l'homme ment-il ? Pourquoi vole t-il ?Parce qu'il a un cerveau pensant. Tous les animaux qui ont un tel cerveau mentent. Il introduit l'intelligence. Ceux qui n'en ont pas ne volent pas. (…)Si [les animaux] ne prennent pas la nourriture de l'homme, ce n'est jamais à cause d'un jugement moral qui leur défend les mauvaises conduites.Par conséquent, si vous ne mentez pas ou ne volez pas par crainte de la loi (…) alors vous êtes un animal inférieur au chien ou à un chat, car vous, vous avez un cerveau conscient. (…)Pourquoi donc l'homme a-t-il un cerveau ?– C'est l'homme lui-même qui l'a créé. C'est vous qui l'avez fait et personne d'autre !(...)– Pourquoi en a t-on besoin ?– Pour mentir.(…)– Parce que la vie n'est pas amusante s'il n'y a pas de mensonge.(…) s'il n'y avait plus de mensonges, ne disparaîtraient-t-elles pas toutes ces histoires, les contes, les romans d'aventure, l'amour, les romans policiers (…), Lincoln, Franklin, Bouddha, Nichiren, (…) Tous les livres deviendraient du genre étique de l'algèbre, de la géométrie, du droit ou du dictionnaire. (…) S'il n'y avait pas de rêve merveilleux dans notre vie, nous perdrions la joie de vivre. (…) ce mensonge appelé rêve (…).– Rien n'est amusant comme le mensonge et le vol (…)– Quelle est la différence entre recevoir et voler ? (…) Dès qu'il n'y a pas d'interdiction de prendre les choses, vous les prenez. (…)Puisque le monde sans mensonge est comme un désert insupportablement médiocre et triste ou comme le visage du professeur de morale, vous, homme, avez créé le mensonge. En inventant un engin nommé le « cerveau pensant »… Or les mensonges ne sont pas amusants non plus. Ainsi l'homme s'est décidé à découvrir cette fois-ci ce qui n'est pas le mensonge, la Vérité. (…)(…) Newton a été considéré comme le roi de la physique. Pourtant il a dit « Je suis comme un petit enfant qui se contente de trouver un ou deux coquillages sans valeur. Bien que je me sois rendu sur la plage qui borde l'Océan de Vérité, je n'ai pas mis un pied dans cet océan. Je n'ai découvert que de jolis coquillages et de jolis cailloux sur la plage. » (…) Quoique la loi de la gravitation soit un tout petit mensonge, ce coquillage est vrai. Ce coquillage est aussi médiocre que ceux que vous avez achetés à la mer lorsque vous étiez à l'école primaire. Ces coquillages sont aussi, à vrai dire, volés. (…) volés à la mer. (…)Newton (…) n'est-il pas devenu un grand homme, n'a t-il pas été respecté longtemps, (…) n'oserez-vous pas sauter dans cette mer nommée Vérité ?(…) Les élites du monde d'aujourd'hui ne font que chercher ces coquillages sur la plage : tous ces professeurs et ces étudiants des Universités et des Instituts !Ils n'en découvrent que deux ou trois dans toute leur vie. Heureusement la voie à suivre n'est ni très difficile ni très épineuse contrairement à ce qu'on pense. (…)– Celui qui découvre dans ce monde du mensonge et du rêve une réelle vérité qui ne disparaît jamais, (…) celui qui découvre le grandiose océan sans fin de la Vérité qui donne naissance aux millions de coquillages vivants, beaux et mystérieux de toutes variétés, qui ne sont pas les coquillages morts de Newton, lui seul peut acquérir et vivre le Bonheur Éternel (…).Si tous les phénomènes de ce monde étaient des ondes électriques, vous seriez vous-mêmes une forme et une ombre qui les dessine. »GEORGES OSHAWA, 1953.
Pour asseoir des lois
négatives virtuelles, le système occidental s'est fabriqué,
depuis ses antiques origines prétendues ou auto-réclamées, mais
surtout depuis ses révolutions fondatrices, quelques ennemis
naturels bien identifiés, dont la nécessaire disparition
a fini par être
amalgamée, consciemment ou
pas, avec
conditions mêmes du « progrès et de la civilisation »,
vertus comme universellement
s'imposant « d'elles-mêmes ».
Ces
lois criminelles
contre nature et humanité, dans leur haine ordinaire,
nient d'abord exactement toutes
lois positives,
fabriquant
des révoltés ou des malades
aussi inhumains que l'esprit
de ces prétendues lois : du plus doux et pacifique, du plus
respectueux et sensé, elle
font, finalement, au mieux, un subversif
de la vérité à
abattre, comme Socrate, et
au pire, un fasciste du
nouvel ordre mondial.
Dieu
sait combien un esprit inhumain, dans sa vertu
machiavélique, peut
être infiniment pire que la
mécanique la plus bestiale,
la plus vile ou
la plus cruelle.
C'est pourquoi l'intelligence
humaine est si souvent déchue de
ses grotesques prétentions à quelque grâce
non esthétique que ce soit, et qu'il n'y a guère
que la
plus vulgaire pompe officielle pour croire
une seconde pouvoir hisser
cette prétendue
intelligence, par le treuil
ridicule et poussif
d'un
mérite scolaire ou
académique, au niveau d'une
humanité normée au confit
pragmatique d'une
vertu exemplaire obèse, à nœud papillon immaculé étranglant
sa graisse morale pour
la galerie des horreurs ricanantes
de nos vendus comme
semblables ou même frères !
Portraits
grimaçants dont seuls un Balzac ou un Céline surent peindre avec
avec une justesse généreuse
les illustres gueules cassées,
tragiques figures de cirque romain ravagées par le mal endémique
et ses mensonges.
Les
ennemis « naturels » du
genre humain des
lois négatives ? La
nature sauvage d'abord, forestière
avec
ses
paysanneries dites
archaïques haïes
autant que redoutées, païens
de barbarie originelle
dont nous préservent comme
d'une peste noire les
murs de la ville ; la non-violence du Christ, à
l'inverse, dont nous garde
absolument une
religion d'usurpation ;
la noblesse virile, dont nous protège catégoriquement
république bourgeoise et
démocratie commerciale ;
le peuple d'une démocratie
réelle,
dont nous sauve
résolument la
représentative
politique sous toutes ses
formes. La
spiritualité enfin, dont nous tiennent à distance infranchissable
religion et science
modernes.
Cinq
préservatifs civilisationnels se
rejoignant
dans un point commun ou plutôt le
lieu utopique de leur
puissance : « l'urbs »,
et son urbanité
sociologique,
dont les normes violemment
universalisées par une économie-monde non démocratique enserrent
nature et humanité dans leur
nœud coulant,
la « cité », scientifique
et la financière,
place forte avec
sa
civilité politico-citoyenne ;
la « polis » et sa philosophie économique,
anti-socratique autant
qu'antéchristique, avec sa
police de la pensée –
depuis le début des temps
psychologiques.
En ce sens précis, ce lieu
imaginaire, ce point aveugle
aveugle, centre d'un
monde d'urbanisation et
d'industrialisation totales,
est la matrice
nouvelle des alter-égoïsmes, de pures idéologies
technico-économistes,
de pures technologies
culturelles
et de
leur merveilleux ersatz et simulacres.
Cercle de mort disait
Jim Morrison
Cette
matrice, apparente et
matérielle, d'abord
carrefour et dépôt central
de stockage culturel.
Les résidus, les survivances
d'énergies culturelles
s'y (re)trouvent
identitairement traitées dans un processus de
mécanisation moderne,
– instant plus ou moins douloureux ou heureux, selon les fidélités,
stratégies ou tragédies
d'adaptation, d'un « rempotage » standard avant
redistribution et implantation
commerciale, après déracinement scientifiquement
élaboré de tout et chacun.
Précieux
creuset de
maquignons spéciaux comme les camps,
où coule et s'écoule la
matière humaine sous
perfusion, en transformation,
portée à température
voulue avant
la fusion
permettant
une subtile et mystique
transmutation des valeurs provoquant,
dans la confusion
des valeurs, la
repolarisation productive
de gens civilisés dans
une égalité
de
moule dont la forme principale et principielle est l'éducation
standard au progrès et à la guerre.
Éducation qui ne doit jamais
être mutuelle, mais
sérielle, normalisée,
industrielle, technicienne,
spécialisée, destructrice.
Pourquoi
« matrice apparente » ? Parce qu'il s'agit d'une
machine au sens de machinerie et même de machination, au plus secret
– non pas tant « complotiste », comme
interdirait de le dire, et encore mieux de l'imaginer un grossier
terrorisme intellectuel réchauffé,
que de deus ex machina, ou
du
cheval de Troie techno-mythologique
d'une nouvelle pseudo-religion post-métaphysique.
Non pas tant machination au sens strict,
extérieure, qu'intérieure : conditionnement
automatisé de petits
« nés en captivité ». Bétail
capté entre les mailles des segmentations et des
filières.
L'apparence
ici visée, publique-publicitaire,
vendue dans son excellence éthique garantie
civilisationnelle, « pratique » et universelle, comme
du Kant : le
genre d'offre humaine supérieure
« qu'on ne peut pas refuser », comme suggéré
dans les bons polars, surtout par tout émigrant déraciné
de l'être.
Ville-mère,
bonne fille,
bonne ville,
sexy, matricielle,
chaude, libertaire,
procuratrice, pourvoyeuse, protectrice, maternante,
égalitaire et opulente,
offerte aux plus fous, aux
plus forts et plus malins,
accrochée au sein
généreux de la troupe
des
cavernes socialistes néo-platoniciennes
de premiers âges scientifiquement supposés non
poétiques, marxistes ou pas –
ce sein coulé dans la marbrure
de sa loi biologique intellectuelle
– toutes les tendresses
d'un
fascisme public supérieur, romain,
pour l'enfant apatride
intérieur, effacé par les
promesses de natalités
rémunérées
ou de soins de santé
garantis.
Ville
lumière encyclopédiste,
ultra moderne
pouponnière d'un Ordre Noir,
pépinière d'étincelants
robots. Cul de sac de l'humain et de la liberté. L'être,
au fond du puits, écran noir
au bord duquel un collectif narcissique
se penche cruellement.
Derrière
le bruit et la fureur mécanique, la cité du sommeil,
du « grand sommeil », celui de la petite mort
sous la grande affiche métallique glacée,
verre et aluminium, avec
ses héros heureux de
consommer
un bonheur qui vous défie et défait
par la marque d'une
humanité ordinaire infiniment supérieure aux traits grimaçants
d'un Big Brother du moyen âge
idéologique : tout est
dans la souplesse, la tendresse infantilisante qui
emprisonne mollement, le
confort maternant l'angoisse.
Flexibilité,
malléabilité
de l'enfermement libéral,
sans barreaux ni limites, subtil, intelligent, mobile dans son
immobilisation même de judo
mental : toutes issues
soigneusement bouclées,
conditionnées, au droit
de passage payant, donc libre dans le principe faussé,
mais normalisé du système.
Une race de seigneurs pour
1000 ans.
Parc
humain en batterie post-animale, post-moderne, post-humaine
automatisée, puces et circuits dickiens
intégrées, garde à vous !
« Révolution
permanente » du bonheur obligatoire, école émancipatrice
de soi, de
toute conscience, du soi
réac, fasciste, mystique, unifié, confusionnel,
primaire, barbare, physique
et métaphysique en un mot. Pas
de malheur particulier à cela : tout est le plus inodore et
indolore possible, un immense bonheur intégré, naturalisé,
assimilé, aimé, en un mot :
juste un simulacre psychologiquement satisfaisant :
là n'est-t-il pas l'essentiel au niveau existentiel estimé,
spéculé, investi et retourné sur – ? La
satisfaction, la satiété ? Le rôt psychologique ?
Depuis
Freud et quelques autres géniaux
normalisateurs de la
« psyché » humaine en souffrance, en mal du
pays intérieur, tout va pour le
mieux quant
au sens de la réalité de
ce monde falsifié fiscalisé
dont eut sans doute l'apocalyptique
vision
avant la lettre moderne et absurde,
un Rimbaud pré-aventurier hautement suicidaire quand à
l'existentiel restant
de sa courte course à l'abîme salvateur
permettant de sortir du cercle maudit par
un haut inversement
proportionnel spirituellement à la bassesse consentie et acceptée
de sa destination
obligée en
forme de péché non
originel, mais de destination humaniste jouée
d'avance. Péché,
cela va sans dire, au sens de crime le plus inacceptable pour un soi
un tant soit peu transcendant de
vie, et non de culpabilité d'héritiers humainement dégradés.
Les
esprit chagrins de la norme en vigueur
et de l'optimisme de façade ravalée trouvent
cette réalité – décrite si
souvent pour ne pas être entendue
par tant d'esprits lucides et clairvoyants depuis des dizaines de
décennies – quelque peu excessive et maladive dans son expression
éternelle et
voudraient bien la guérir de sa profonde mélancolie liée
et déliée. Non par
philanthropie affichée parfois avec
un mobile caché de nettoyeurs nazis :
ces généreux pathologistes
savent trop bien que
cette mélancolie dont Baudelaire fit – mais
en vain : le couteau, même littéraire, s'il
fait jouir à vide,
n'endort pas la plaie !
– une mode et une attitude indéracinables de confort
psycho-social désormais vautré au cœur du mal de chaque siècle
progressiste, est
la racine des révoltes les plus aveugles et destructrices.
Les
« basculements » devenus imprévisibles, les conséquences
catastrophiques « passées
à l'acte » au niveau
de tous les intérêts dits
supérieurs d'un peuple perdu dans l'épaisseur
du doute le plus scientifique
sur les « vraies valeurs ». Et bientôt prêt à tout
essayer pour voir un peu –
comme le chercheur examine méthodiquement
le cobaye massacré – et pour le retour de cruauté
nécessaire pour accepter l'impossibilité purement théorique de
tout retour en arrière :
le champ de bataille n'est pas fait pour pactiser avec l'ennemi,
fut-il de l'intérieur,
comme on dit dans les milieux autorisés
concernant
les deux théâtres d'opération.
Petite piqûre de
rappel :
« C'est là la destruction à laquelle je ne peux survivre. C'est là le germe que je ne peux escamoter ni esquiver. (…) Ce sentiment éhonté de ma propre personne, cette peur angoissée dans mon âme et dans mon corps, ceci me donnerait une telle sensation d'amertume et de haine à l'intérieur de mon propre corps que je haïrais et craindrais chaque autre corps humain sur la face de cette Terre. (…)Oh, vous pouvez me lancer vos grains de poussière et je n'en aurai trop cure, me balancer vos boules atomiques et je ne tremblerai pas trop dur (…) Faites-moi éclater, si vous voulez, si vous devez vous en trouver mieux, faites-moi sauter à la figure un de vos gaz à ampoules, ou une de vos maladies en bouteille, un ou deux tubes de vos pestes et de vos bombes suffocantes, et peut-être que je pourrais trouver un moyen de m'enfuir quelque part et de dérober la plupart de mon corps aux chocs et aux secousses de vos bombardements. Mais je vous en prie, je vous en prie, ne me tapez pas dessus avec cette croyance et cette religion de l'hypnotisme et de la peur de soi, cette religion qui me prêche la haine et la peur, la tristesse et la honte de cette chair et de ce corps humains et nus qui sont miens. (…)Je ne veux plus qu'on asperge ni qu'on vaporise avec des soupirs résignés de cet acide mental sur les cellules de nos cerveaux, moi et mes enfants. Mais peut-être que vous vous plaisez à laisser ces gens autour de cette table à censure faire votre choix et vos options, et votre vie, votre travail, votre amour, vos allées et venues, votre manger et votre boire, votre lecture et votre réflexion à votre place. Mais vous pourrez m'enterrer sous le saule le jour où j'aurais laissé une telle assemblée de juges essayer de me faire un univers plein de pensées et de rêves et de projets et de travail à ma place. »
WOODIE GUTRIE, 1947.
Alors, il faut
retourner à la vérité à partir du mensonge pour boucler la
boucle, faire la démarche positive, véridique et unitive contre la
négation de ce qui est et contre la négation de la vie par
la vie dans son devenir devenu fou de désespoir de ce qui n'est
pas et ne sera jamais. Hitler a-t-il été ou n'a-t-il fait que
ne pas être ? Idem pour le système né de lui et de quelques
autres, plus anonymes, mais infiniment plus criminels que cet enfant
de cœur de l'Histoire Moderne. La réponse n'est pas dans les mains
des responsables de cette situation, ni dans celle des collaborateurs
conscients. Mais y a-t-il
collaboration consciente ou perte de conscience programmée dans
la main de celui qui tient l'encensoir ?
A chacun de jouer du zen du
balai.

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