jeudi 7 août 2025

COMME CHEZ PASCAL

 

 

 

Comme chez Pascal il y a dans nos vies des paris et des paradoxes qui nous dépassent infiniment, surtout du côté non-obscur de la force.

Il y a des situations où le péché est nécessaire ou inévitable, sans pouvoir être validé pour autant, pour éviter un certain crime et une certaine trahison contre la vie, défendre l’honneur d’une vérité qui dépasse celui de l’établie. Ce qui fait nos humaines limites à l’intérieur de l’humaine condition… « Qui veut faire l’ange », disait-il…


Sans doute bien expérimenté, puisque le début de sa vie ne fut probablement pas aussi puritaine qu’on peut le laisser croire. Il fut, selon T.S Eliot, à cette période, « un homme mondain parmi les ascètes et comme un ascète parmi les hommes du monde». Un homme humain qui décrira plus tard le mariage comme « la plus basse des conditions de la vie permises à un chrétien ». (Discours sur les passions de l’amour, texte controversé quant à sa paternité, naturellement, qui intéressera les chercheurs du domaine...)


Qui d’intelligent ignore encore qu’une certaine purification, par un sexe sain, du cerveau malade est nécessaire, fut-il illégal ou illégitime ou hors-la-loi, mais non criminel ? Ce n’est pas le dicton populaire bien connu qui contredit cette évidence élémentaire au coeur de la « Cité de Dieu » technologiquement réalisée, mais seule une mystique intégriste de la pureté introuvable, si dangereuse dans son fantasme moral exterminateur. La peur y tue à chaque instant. Le Christ n’aurait certainement pas aimé cette inquisition criminelle.


Hyper-affectivité d’un côté, péché de l’autre sont sans aucun doute les deux mamelles auxquelles nourrir un peu d’intelligence saine et lucide. Une hyper-affectivité sensuelle et un péché conscient laissent l’équilibre corps-âme se préserver un minimum dans le chaos émotionnel-spirituel auquel nous avons abouti, comme dans une gare terminale désertée par les dieux de la vie.

Il faut sortir des rails sans détruire le monde humain, sexué et non sexué, non opposables comme le pouce et l’index, que ces rails ont miraculeusement épargné pour une infime minorité d’occidentaux, « révolutionnaires » inclus.


À quoi sert donc de savoir qu’on commet un péché sinon à limiter ses élans ou pulsions, et éviter qu’elles aillent vers un irréparable ou un autre, en entraînant fatalement un autre, au moins au plan caractériel qu’analysa si bien W. Reich parlant du fascisme nazi ?


Et aussi à savoir qu’on n’est pas juste, qu’on lèse quelqu’un ou quelque chose sans raison acceptable. À une prise de conscience qui ne peut que faire son chemin vers un mieux possible et souhaitable.


Ici, en Europe, le fanatisme révolutionnaire nous a trop fait oublier ce principe incontournable d’origine religieuse, le péché, renié en bloc pour cela, sans voir sa justesse de sagesse, quelque soit le nom qu’on lui donne.

Dans un certain sens commun, on commet consciemment ce péché quand on est dépassé et ne voit pas comment l’éviter. Les protestants, malgré leurs irréparables puritanismes l’ont bien compris.


Après tout, on n’a jamais évité les guerre non plus… ni aucun des maux reconnus et avérés que la morale ordinaire et le sens commun combattent disent combattre. Le Christ lui-même en a rajouté une couche : « Ne jettes pas la pierre... »


Il y a des péchés qu’on peut commettre sans en être fier ni heureux pour ne pas devenir fou, parfois, ou en commettre finalement de plus grands contre la vie. Nul n’est parfait et la perfection consiste d’abord à re-connaître ses limites. À leur donner un raisonnable droit de cité en nous-mêmes, au lieu de les traiter comme une peste effrayante responsable de tous les maux, qui nous coupe en deux jusqu’à la folie. La superstition n’aide pas à combattre le mal, elle l’aggrave. Un beau péché bien net, sans le glorifier, vaut mieux qu’un sale, bien maquillé… en vertu.


Mieux vaut observer les causes réelles des péchés réels, les erreurs précises, parfois involontaires et collectives qui les provoquent. La manière dont on refuse de les voir, pensant qu’elles n’ont qu’une importance relative puisque rien n’est parfait… Alors que tout peut être sinon perfectible, du moins soulagé.

N’est-ce pas plutôt qu’on accorde à nos responsabilités des imperfections qu’on refuse à celles des autres, de l’autre, surtout au féminin, surtout quand il est près de nous. il peut si injustement payer le prix fort, soit-disant par amour ou par affection, dévouement ou sacrifice « bien ordonnés moralement »... Un peu comme à la guerre la piétaille prend tout sur elle, quand les commandements moraux hors-sol de la « patrie » jouent aux petits soldats avec ses « enfants » sur des plans puérils et cruels, barbares et profiteurs.


Le péché de révolte et d’insoumission devient alors pour cette piétaille, une vertu élevée, un mouvement d’honneur au service de tous. En la fusillant mécaniquement, sadiquement, on tue deux fois tous les morts pour rien et crache officiellement sur leur dignité perdue.

N’est-ce pas là le plus grand péché réel au monde  dans cet enfer pavé de bonnes intentions qu’est devenu notre bonne conscience et ses bons sentiments domestiques ou citoyens ?


Les mauvais sentiments de bien des mauvais garçons peuvent dire que jouir franchement et sans honte d’un péché peut supporter une morale très haute et l’assumer jusqu’au bout, en « hommes d’honneur », hors la loi morale certes, mais dont l’honneur vaut bien celui de beaucoup d’autres… et ne leur fait que très peu de mal finalement.

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