mardi 9 mai 2017

DIALOGUE AVEC R. # 8 L'ARMÉE DES CLONES









Il y a de toute évidence un niveau primordial de la vie et du monde à préserver pour pouvoir pénétrer avec un respect minimum sa réalité cachée comme un mal inavouable et inacceptable, aussi bien aux yeux de la science que de la religion dans leur domination de la nature et la récupération maléfique ou malfaisante de son sens.

Quelle est cette réalité ? Sinon celle de valeurs, vérités ou faits largement étrangers à, et très sensiblement différents d'une certaine culture prétendument civilisationnelle ou supérieure. Ce sont toutes ces choses qui sont, de toute éternité humaine ou pas, vérités et faits de nature, qui nous échappent, mais surtout nous déterminent, font et fondent inconsciemment, sans que nous ayons ni prise ou compréhension sur elles et par là, considérées comme obscures, passionnelles, maléfiques.

Ceux qui travaillent à faire émerger ces valeurs fondamentales, eux, sont, au même titre que les Anciens Premiers l'étaient à un autre niveau, considérés comme de dangereux farfelus, plus ou moins subversifs en période de guerre totale et éternelle contre ces forces dites du mal. Voire, aujourd'hui assimilés à de potentiels terroristes, par la bêtise armée de corruption au pouvoir gérant « au mieux » la planète.

Pourtant, seule la profonde non-violence libératrice de leur réflexion, à la fois religieuse et scientifique, aide à faire lumière sur le dissimulé depuis toujours par cette pseudo-élite dirigeante, sans qu'elle ait même besoin de comploter : le mensonge ordinaire pratique, plus que le mépris des peuples lui-même, suffisant à tout recouvrir.

La nature profonde, comme une forêt, dans sa densité obscure et impénétrable, est ce qui échappe et menace, donc comme hors sa loi, la cité disciplinaire sociale laborieuse et intellectuelle. Beaucoup de traditions de cette orthodoxie de pensée occidentale ramènent vers l'idée d'une forêt marginale, barbare, où se réfugient exclus de la cité ordonnée, sorcières autrefois, certains malades contagieux, rebelles, druides, résistants de tous temps. Un peu comme en montagne, autre figure d'une nature souveraine, indétrônable, dans sa loi propre, invaincue par l'homme des fourmilières.

Il y a aussi l'océan, avec ses valeurs propres de changement perpétuel équilibré, de liberté et d'aventure, ses îles secrètes insoumises, ses pays de cocagne, loin des contraintes d'une urbanité d'ordonnance théorique, de confinement et de règles collectives inhumaines dans leur clôture-même au libre vivant. L'océan avec ses mythes flibustiers, pirates, que récupèrent et absorbent juteusement des « idéaux » commerciaux manipulateurs, comme celui d'Eldorado.

Nous faisons l'hypothèse, après d'autres, que la nature est mère des religions. Non pas mère matérielle, comme il serait simpliste de le penser, mais mère spirituelle de leurs sentiments et valeurs ou intuitions supérieures. Kropotkine a bien montré comment, dans une sorte de fraternité de vie, la nature animale a quasiment tout appris et montré à l'humaine. Alors pourquoi, à un moment donné, une rupture, puis une guerre, si impitoyable, contre cette nature-mère, se sont-elles déclarées ? Il ne s'est pas agi simplement de couper un cordon ombilical un peu trop court, comme on voudrait le faire croire.

Il est plus qu'évident que les valeurs urbaines de domination n'ont jamais fait le poids face aux insondables forces naturelles. Dominations qui ne furent et ne sont jamais que provisoires, leur maintien ayant toujours été un gouffre économique contre-nature, l'une des origines des pires prédations de « ressources » de celle-ci (bois, animaux, eaux…) et exactions (soudards terrorisant les paysans).

Comment ces dominations prédatrices et exterminatrices auraient-elles pu être fondées – en raison morale – autrement que sur de la défense (mot qui en politique signifie aussi, par euphémisme, guerre) de pseudo-valeurs masquant l'angoisse et la culpabilité naturelle, agressive inconsciente, résultant de destructions faites aussi, finalement, à la nature humaine ?

Nature humaine, qui, comme leur qualité d'humain pour « les sauvages », fut et est aujourd'hui niée par certains docteurs des deux sciences ? Autrement dit : ce monde de domination est bâti sur une illusion de toute-puissance dominante très proche de l'idée de monothéisme, à tel point qu'on se demande parfois laquelle engendre l'autre.

« Tu n'auras qu'un seul Dieu. » Les premiers tyrans ne furent-ils pas d'une cité, comme le père ou la mère indigne tyrannise sa famille, ou une famille en tyrannise une autre ?


Il semble qu'il devint très tôt impossible d'imaginer ou concevoir ce Dieu, chez nous, autrement que comme Le-Maître-Absolu. Il semble qu'il devint très tôt impossible de l'imaginer, ce Dieu, ailleurs et autrement que comme Maître dans sa Cité, des stocks, des cheptels, des armes et des secrets de puissance.

L'ennemi ne devint-il pas, de fait, tout hors les murs, hors leurs limites et loi ?

Une certaine citoyenneté de Dieu donc, fermée sur elle-même – jalouse comme une femme – n'a t-elle pas fini par secréter une rationalisation scientifique de ces limites d'appartenance productives, fabriquant une sorte de « génie religieux » de leur gestion profitable au détriment de tout extériorité aux murs ou extériorité à ce génie consacré ?

Ce qui nous intéresse est l'idée de ce mal extérieur, étranger, insoumis, devenu, au fil du temps historique, ennemi de "la" civilisation, et semblant, à nos yeux, n'être qu'une projection inversée du mal qu'elle impose au monde. Puisqu'il s'agit bien d'imposition mentale et intellectuelle ou sentimentale, un peu comme le bourreau accuse la victime d'être à la source responsable de ce qui lui arrive comme punition immanente dont il est le bras armé.

La destruction du monde était inévitable, étant si mal fait, jugent les fausses élites, qu'il fallait infailliblement le défaire et refaire à son image enclose comme analyse domestique du monde, pleine de ressources fortifiantes et structurantes d'une collectivité para-militaire d'urbanité de conscience religieuse et de pratiques « rapprochées ».

Ce qui nous intéresse particulièrement, c'est ce moment où la spiritualité s'est disjointe de la nature, et pour quelle raison. Quel doute, fabriqué et imposé, provoqua et provoque toujours la disjonction ? Disjonction que les japonais, par exemple, ne comprirent jamais, du fond de leur « christianisation ».

Moment, peut-être aussi, où est né un certain monothéisme, peut-être lui-même lié à une agriculture, administrée parallèlement à une proto-religion de masse, dans ses prototypes urbains « d'élevage » humain.

Sédentarisant, fixant tout, fonctionnarisant tout dans du législatif et du comptable sacralisés, spécialisant l'ensemble des activités naturelles, orientées et encadrées vers une unique production de richesses et ressources vers la puissance pure, dont la gestion engendra, comme en Égypte ancienne, une armée de fonctionnaires de la vie quotidienne, et peut-être plus tard ailleurs, celle de la famille citoyenne laborieuse, parallèle à celle des prêtres pour le spirituel. Chez ceux-là les dieux gestionnaires ne pesaient-ils pas les âmes comme de vulgaires céréales ?

« Le culte des dieux dans les cités grecques, comme le sera la religion romaine, est essentiellement une affaire politique, académique. Le culte des dieux concerne la piété et les vertus des citoyens, et par là, le succès et la conservation de la cité. » (Victor Cousin, Œuvres de Platon)



Il est sans doute aussi lié, ce moment, à un autre, pré-monothéiste (on peut avoir du mal à envisager un passage brutal, sans transition, entre polythéisme et monothéisme). Parallèlement à la guerre, facteur essentiel d'évolution du système – hélas – il y a aussi la chasse, sorte de moment originaire, intermédiaire et pré-martial, dont la guerre éternelle s'inspire d'ailleurs toujours, le dénaturant totalement, via l'industriel de masse moderne : 1914 comme abattoir rationalisé, chasse au gibier humain à la Grosse Bertha, avions de chasse, chasseurs alpins... La chasse à l'homme comme sport de combat, l'homme réduit à l'état de gibier, parqué, puis exterminé méthodiquement.

Dans ce moment particulier, où la meute des chasseurs remplaça les trappeurs solitaires, il a pu y avoir basculement progressif entre l'ancien respect du à une nature-mère ou à un règne nourricier, comme le font les Premiers, et une exploitation mécanique, systématique, comme dans une battue, des ressources où le rapport mécanisé à la vie prélevée ou supprimée se transforme « révolutionnairement » en automatisme de production-destruction médiatisé par une machine-organisation objective et objectivante, et donc déconnectante, opérant une disjonction de plus en plus profonde avec la réalité vraie et transcendante de la nature-mère.

Nous voyons là, après d'autres, la seconde cause de la rupture humain-nature, après celle du doute jeté sur les valeurs. Sans préjuger lequel précède et engendre l'autre dans un monde dont la confusion est l'arme suprême de la grande séparation. Si je sépare arbitrairement, je confonds sens, ordre, vérités, libertés dans l'unité du tout – que je nie, renie et dénie infiniment.

La guerre de religion, autre discipline maudite, mais fondatrice, occidentale, largement partagée avec un certain Moyen-Orient monothéiste de même famille spirituelle, développa à travers ses croisades de masse un mouvement « spirituel » systématique de destruction de la nature des instincts en vue de son asservissement « spirituel » total : la figure de l'hérétique étant d'abord celle d'un ennemi allié en Diable aux Forces du Mal, celles censées habiter tout corps naturel, libre et spontané, physique ou social.

La nature insoumise devint pure et simple incarnation du mal. La figure de cet infidèle étant celle de l'Autre, dans sa pure différence subjective, personnalisée, normalisée. La nature, dans sa puissance immoralement généreuse et partageuse, sa « luxuriante » diversité, son autonomie quasi-absolue – son irréductible distance – et ses mystères sacrés n'est-elle pas le symbole même de toute hérésie ? N'est-elle pas, depuis toujours, défi absolu pour les deux sciences du sacré et du profane ? Le paysan-même, cet enraciné profond et têtu, devint l'ennemi et la honte, la culpabilité : paganus, le païen.

Le monothéisme, non pas tant cette exclusivité urbaine, finalement, close sur elle-même, mille fois dénoncée en vain, qu'un tout inclusif de force et d'autorité militaire, dont l'ampleur d'unité établie demeure insaisissable à l'humanité naturelle ordinaire. Exclusivité inclusive trop bien totalitaire en ce sens que tout s'y réduit, que rien ne lui échappe. 

Le mystère de la nature s'y dissout dans le labyrinthe intellectuel d'un divin inaccessible, construit comme une muraille de Chine dogmatique que seul, apparemment, un Christ parvint à percer et fissurer un peu, un court moment humain historique si éphémère, avant que les portes de la Cité Divine ne se referment violemment sur une « liberté spirituelle » nouvelle, industriellement dupliquée par une théologie autorisée sur l'empire, le protégeant prétendument contre cette nature extérieure par définition hostile et cruelle, ou au contraire, dans le cas de celle du Christ, simpliste, irréaliste, scandaleusement non-violente - quand on pense à la guerre.

Transformant tout abri ou vecteur légitime du christianisme primitif en forteresse barbelée imprenable, monolithique, écrasante, orchestrée comme une légion romaine robotisée, à l'image de la spectaculaire machinerie du Colisée.

Avec ses soldats, ses fonctionnaires et ses gladiateurs de Dieu, paradoxalement sacrifiés aux Fauves de Nature. L’orthodoxie spirituelle comme un pal ou une crucifixion intérieure, en attendant le grand-oeuvre de l'Inquisition, ses dépeçages et écorchements sacrés, séparant bon grain conformé de la diabolique ivraie de nature.

La totalisation théologique de force de certains monothéismes autoritaires est, comme tout pouvoir, nécessaire en elle-même. Tautologie secrète, implicite, intrinsèque, participant plus d'une certaine superstition d'immanence imposée à rebours, derrière le masque d'incarnation institué, que d'une unité d'harmonie positive, révélée dans un partage qui devrait pourtant révéler, aussi, la profonde démocratie divine de la nature comme création face aux forces illimitées, à affronter sans violence.

Totalité verrouillée pour « les siècles des siècles » par de subtiles dialectiques doctorantes somnifères aux ordres, ordonnées. Alors que les saints ordinaires, simples ouvriers esclaves du bien théorique, s'épuisent à assurer l'impossible intendance d'un sens plombé, doublé et dénaturé, détourné de Dieu, devenu quasi-suicidaire : voyez le modèle christique exemplaire évoqué plus haut.

C'est que rien du quotidien du troupeau ne doit échapper, plus peut-être encore chez les révolutionnaires de la réforme scientifique que chez les mystiques, plus primaires ; ne doit échapper à cet englobant systématique, pas même les pires des maux, qu'ils activent, par là extraordinairement, en leurs croisades les plus démentiellement rationnelles.

Ce tout, inamovible et non-immobilisable par sa masse-même, est un cadre d'airain, d'abord pharaonique, s'il n'était romain rectifié en fait catholique de cruauté au nom du bien et de la douceur du Christ : le sacrifice archaïque est ici éternel-nécessaire, bien pire que chez les « sauvages ». Éternellement, universellement perpétué et répété, comme une seconde nature, d'emprunt et de cérémonie noire, derrière la blanche colombe affichée.

On peut même se demander, à ce moment de la réflexion, si le bon côté du monothéisme ne viendrait pas, finalement du bon côté des forces polythéistes qu'il a su se soumettre, dans une intelligence partagée de ce qui le dépasse, sans doute en grande partie semée par le Christ de héritage culturel. Sa douceur et tolérance sont une pure hérésie. Double hérésie, puisqu'elle se réclame directement du Père.

N'a t-il pas, finalement, combattu les docteurs du système d'abord ? Pour les plus pauvres et humiliés, au cœur du Temple ? Il est en tout cas à noter que nombre de polythéismes acceptent la validité multiforme du message du Christ, et que même, peut-être, il les protège comme aucun du programme d'anéantissement.

Le polythéisme, évidemment, en soi, n'a pas plus de vertu que le monothéisme en lui-même, s'il n'est qu'un relativisme au service du mal, dans une banalisation et un laisser-faire couverts par un culte fabriqué dans le sens du vent mauvais de de la puissances nue et froide. Mais il a la vertu des Premiers : celles des limites dans le mal, données par les limites de son pouvoir, positif ou négatif.

Le territoire n'est pas l'empire, il reste proche de la nature, des limites et de l'expression diversifiée de leurs essences données, pour ne pas dire ordonnées.

Le polythéisme divise naturellement les pouvoirs, comme celui des sexes, mais au naturel, comme dans une démocratie « éprouvée », si on veut le voir dans le sens d'une unité diversifiée retrouvée plus que dans celui d'une division irréconciliable de celle-ci, fabriquée par de l'humain résiduel désaxé cherchant à justifier une décadence suicidaire, mécanisée par la fatalité d'enchaînements matériels dévoyants, autant de rouages tournant fous au milieu du champ de bataille.

Il suppose peut-être aussi une certaine égalité intelligente, faite d'équivalence plus que de nivellement, interdisant tout pouvoir d'ingérence mutuel potentiel. De plus, par sa nature même, il nécessite un minimum d'accord, d'entente et d'équilibre entre les puissances qu'il symbolise : une guerre civile ou de civilisation entre celles-ci n'est pas plus plausible ni réaliste que la supposée lutte pour la survie dominant toute nature ou d'une nature dominante réputée impitoyable.

Les rapports polythéistes semblent plus de friction superficielles de voisinage, un peu rugueuses, que de guerre ouverte et déclarée, comme dans certaines mythologies un peu trop élaborées pour être vraies. Il est rare qu'un règne animal en supprime un autre de par sa seule expansion d'existence totalisante, sauf pour l'humain fanatisé par sa propre image caricaturée.

Peut-être le polythéisme est-il comme un populisme négatif quand il joue sur un trop-plein de misère écrasante, retournant ses vertus contre lui-même dans un cadre faussé et renversé par un monothéisme d'oppression, retourné en mal dans son besoin vital d'expression et de libération, un peu comme Hitler voyait la "liberté" du 3ème Saint Empire Germanique Noir.

Il en est assurément de même pour le monothéisme de système quand il invoque la menace potentielle de sa négation théorique par l'existence même, sacrilège, de ce qui diffère absolument de lui et fabrique une indifférence criminelle, criminogène homologuée et cataloguée comme les anciens grimoires sur le Diable.

Dans les deux cas, les imaginations seules sont malades, non les saines vérités  qui fondent les bonnes intelligences réciproques, qui semblent plus fonctionner comme une respiration culturelle de l'évolution humaine autant que de nature, qui la nourrit en et à son sein.



On peut s'autoriser à penser que le monothéisme a créé la science moderne, comme toutes les autres "valeurs", du reste – même l'athéisme ou le matérialisme, par exemple. Le dualisme, qui nous vient de loin, du Moyen-Orient sans doute, semble bien être, oui, l'une des pierres angulaires d'une morale guerrière ou exterminatrice, comme source des rapports de barbarie les plus violents dictés entre ces deux pôles, unique et divers, empirique et universel.

Il semble évident qu'à un moment, l'impérialisme culturel monothéiste établi ait construit « le bien » comme une sorte d'armée de principes sur-entraînée par des théologiens choisis, placés sous contrainte d'un résultat proclamé à l'avance comme victoire totale et exterminatrice de l'un sur l'Autre. Cet « Autre », peuple premier ou nature première, considéré comme responsable – comme limite naturelle à abattre – de tout échec de domination pure, ou comme obstacle premier à son établissement définitif comme Cité réelle-spirituelle de Dieu. Comme une faille dans la muraille, fissurant l'esprit fanatique unique.

L'histoire de séparations est celle des trahisons éternelles dans le combat pour le pouvoir – d'abord culturel – permettant de vouer un culte au moi de sa propre puissance humaine restreinte-totalitaire et de bétonner psychologiquement ainsi l'illusion pseudo-créatrice d'un empire temporaire. Après le Moi, le Déluge.

Ainsi, le Diable, le diabolo, le diviseur apparaît-il comme la faille impossible et impensable dans le système : comment le mal est-il-Dieu-pensable ?

La vraie question étant pourtant de savoir si la religion est aussi une morale, et si cette religion dite révélée, dans le cas du monothéisme, est le produit d'une technique de construction politico-philosophique masquée, ou l'expression de forces naturelles universelles dans leur formes morale, rituelles ou extatiques, et philosophiques dérivées.

L'Autre, comme cette faille impossible, comme l'inévitable faillite à venir, reculée aux éternités d'un système qui ne fait que s'éterniser, usant et abusant, comme tout pouvoir, de tout bois.

A cette dernière question, les Peuples Premiers ont répondu, depuis le début de leur culture éternelle, le plus simplement du monde, et sont, pour cela, accusés de simplisme primaire et obscur, contre-productif, rétrograde et subversif. Comme un danger : pour que la guerre continue, il ne doit pas y avoir de réponse : le doute permet tout, la certitude limite le pouvoir de ce tout, autant que, dans un autre sens, elle l'ouvre.

Mais, surtout, le Premier valide en quelque sorte, de façon non-interventionniste et raisonnée, au fond, la réalité de la coexistence de forces extérieures à l'humain, « naturelles », surpuissantes, face auxquelles ils s'incline, dans un sens, mais sans pour autant avoir la prétention pathologique de le penser ou de le réformer, ou même de l'acheter, à bon compte et bénéfice indu, par des pratiques spéculatives de dévotion particulière, extrémistes ou démesurées, déraisonnables, irréalistes, utopiques ou fantasmatiques, machiavéliques.

Avec ce paradoxe, pourtant incroyable, qui fait que les pratiques primaires et archaïques paraissent trop passionnelles et physiques. Transe incontrôlable, transports déraisonnables aux yeux des civilisés de système à pensée religieuse rationnelle unique. A tel point que les Premiers apparaissent d'abord aux yeux occidentaux comme des animaux sous-humains, puis comme des créatures diaboliques, à séparer du reste évolué de l'humanité et convertir de force par le fer ou le feu, sous haut risque de contagion instinctuelle et de dérèglement mécanique des âmes « bonnes » d'un système monothéiste conquérant. Matériel humain à araser et utiliser comme on rase et débite la forêt primaire.

Au bout du bout de cette déforestation, de ce déracinement de l'Humain Premier, n'en n'est-on pas arrivé à scier la branche sur laquelle nous étions assis ? Ne connaissant plus qu'un humain industriel, aux défenses et à l'intelligence naturelles anéanties face à un moi aliéné et un monde « environnant » dénaturé, dans univers à la K. Dick, où le simulacre règne et extermine l'originel et l'original comme une sorte d'ennemi de classe systémique ? L'armée des Mécas, si on inverse un peu la vision du film « E.I ».

Où est la barbarie aujourd'hui, comme hier ? N'a t-elle pas toujours commencé dans la façon, justifiée par Dieu ou la Science (on en connaît des nazies, plus triomphantes que jamais), dont on traite nature et animaux ? Façon que les barbares Amérindiens ne comprirent jamais et tenaient tout logiquement, mais expérimentalement, pour cause d'un suicide civilisationnel planétaire programmé ?

Quelle est cette façon d'être, devrions-nous répéter après eux, pour essayer de répondre à leur avertissements précis, assurés avec un minimum de vérité et de conscience universelle première ?

Mais nous ne le ferons pas avant d'avoir sombré plus bas encore : que tout aille plus mal encore, si c'est possible. Nous ne sommes pas allés assez loin pour voir et admettre que « tout est bien dans le meilleur des mondes », que toute critique constructive n'est qu'une répréhensible tentative de démoralisation de l'Armée des Clones et doit être sévèrement « découragée », pour employer une formule paramilitaire bien lissée.

Pourquoi certaines civilisations sont-elles devenues mortelles, alors que d'autres demeurent immortelles ? On ne construit pas une culture sur la guerre, le pillage ou la copie. Ni sur la lâcheté ni sur la violence.

On ne construit pas une civilisation contre-nature, contre une autre, comme un monothéisme armé. Parce qu'une civilisation vraie, fut-elle des plus primaires ou sommaires, apporte des réponses vraies à la vraie condition humaine, en haut comme en bas, dans toutes ses dimensions polythéistes, en accord avec celles du vivant visible et invisible. Elle n'est donc exemplaire que dans la mesure exaltante où elle tire l'humanité vers le haut à partir du bas sans les séparer, en les unifiant un seul mouvement dans toutes les directions vers le passage de lumière d'une autre vie : la mort comme fin en soi est un épouvantail clérical pourri pour esclaves et tyrans abêtis.

Qu'est-ce que le doute destructeur vis à vis des lois naturelles, sinon celui du mensonge et de la corruption, emmurés dans leur décadence et perversion. Dans l'offensive absurde et cruelle, larvée et molle, sournoise, d'une obsessionnelle et victimaire offense "défensive" à la vie et ses valeurs, face à une loi naturelle limitant et relativisant leur si pitoyable et éphémère exception agonisante ? Le fait de ceux, légion aujourd'hui, que Frédéric, dans son meilleur, nommaient des contempteurs de la vie.

Que vaut ce crachat scientifique de masse ? Où est sa prétendue puissance ? On ne rentre ni dans la vie ni dans la mort en les méprisant, là est, peut-être, la première leçon des Premiers. Mais nous ne l'entendrons pas : nous avons toujours préféré celle du mal, celle qui fait si mal de "faire" le bien, qu'il faudra donc épuiser scientifiquement. Les nazis, nos « frères spirituels » de sang ont initié le mouvement final de la solution.









lundi 24 avril 2017

DIALOGUE AVEC R. # 7 UN BEAU JOUR





"Malheureusement, mon âge ne me permettait plus de modifier profondément des dizaines d'années de façonnage." Atlas le Père

"  L'imagination produit sans cesse des signes capricieux, comme sont ces folles liaisons d'une chose à une autre très différente, ou bien ces assonances, et ces rythmes aussi, qui sont d'abord comme des jeux de tambours. (…)
Et l'inspiration n'est jamais qu'une confiance héroïque en la nature animale, comme si les mille bruits du monde et cette pluie du monde sur le corps ne faisaient qu'un avec la partie la plus raisonnable. D'où vient que la raison prend corps, et au rebours, que ce monde prend droit et beauté. "   Alain



***




« C'est un beau jour pour mourir » disaient certains guerriers Indiens Peau-Rouge avant une certaine bataille, peut-être celle de Little Big Horn. La mémoire indienne se perd, mais son esprit subsiste pour l'éternité du camp de concentration. Le combat trempe et détrempe, le reste n'est qu'eau tiède pour civilisé douteux.

Parlant de la mort, passage aussi sacré que celui du sexe ou de la naissance, par delà la nostalgie d'une vie vécue avec les bonheurs et les malheurs d'une trajectoire globalement de plus en plus tragique et absurde ; par delà les rituels migratoires du peuple des oiseaux, à l'aventure si peu compréhensible aux yeux pourrissants des parqués civilisationnels ; par delà ces rituels sacrés, effectivement, non sans parallèle secret avec les trajectoires désaxées de nos modernes existences ; par delà les transhumances universelles futures de notre esprit personnel vers le Grand Esprit Indien ; par delà tout ceci, il y a une façon de rendre hommage aux animaux, au végétal et au minéral, frères de vie et de sens, qui rehausse l'âme, la libérant de toute nostalgie mal placée, de toute illusion de mort spirituelle, avec ses effrayantes angoisses de solitude et séparation.

Pour lui, la Cigogne en est le signe. Chacun a ses signes familiers secrets que la raison instrumentale ignore.

La mort, plus encore que la vie est voyage : suffisamment de traditions de bon sens l'indiquent – y compris au cœur obscur, mais battant, de leurs expériences les plus limites. L'appréhension avant le grand départ est humaine, et même féminine, au sens de déchirure vitale ou don de soi, jusqu'au fond du corps. La mort est parthénogenèse sacrée, celle de la mère mourante dans l'accouchement, avant que renaisse l'esprit naturel de son âme immortelle survivante, de nouveau offerte à la Vie.

Le monde animal et cosmogonique précolombien en Amérique, mais aussi ailleurs, dans bien d'autres steppes végétales ou minérales, voire marines, sait combien la mort est sacrée en elle-même, au seuil de lumière du tunnel blanc, chacun un jour le vit, enfant sortant de la Matrice sans voir ni savoir pourtant, mais avançant déjà, animal humain tombé ici-bas.

Des limites ferment certaines frontières de forces et d'esprit, par delà l'abandon de la chrysalide devenue inutile obstacle. La mue accouchante nous rejette et pousse hors des jupes de la vie, dont les limites éternelles finiraient par étrangler toute liberté spirituelle à la façon du cordon ombilical non coupé, lové autour du cou nouveau né dans le sommeil de sa vie terrestre, qui l'étrangle.

Le soleil levant dissout les monstres de la nuit des spectres d'Occident.
Une Mer du Nord trop froide et agitée, leur fait, un jour, incertain comme ses brumes ou les cornes préhistoriques d'un inconscient malade, perdre le sens de toute mesure, pour le noyer sans pitié dans un abîme tragique de conquêtes vides. Faisant oublier, dans les brouillards mystiques d'un mal trop barbare en ses ressacs de haine et d'instincts mal avinés – célébrant la joie malsaine d'un insondable crime « sacré » collectif, franchi « bestialement » autour des feux maudits de l'abandon et de la colère aveugle. Le mal fait, en ses flammes glacées, oublier la douce lumière d'Afrique dont l'humain un jour naquit, peut-être, plus que singe.

Oiseaux de paradis, pacifiques gorilles là-haut, rythmes cardiaques, légers et vifs comme un tsunami de gazelles et éléphants. Depuis trop longtemps le Nord massacre le Sud et l'Ouest l'Est. Le mal est au fond de cœurs ravagés par des houles de folie barbare sans plus de repères spirituels.

Nous aurons affaire bientôt à ces limites sacrées franchies, foulées aux pieds, souillées et sauvagement effacées, dans un choc du retour qui paralysera les puissances spectrales de poussière mortifère. Gitans et Indiens d'Amérique l'ont dit et prédit clairement. Reste à mettre nos esprits malades en règle et en position, si nous ne voulons pas être définitivement anéantis dans notre mémoire vive.

Il est temps de retourner aux Prairies des Ancêtres et du Grand Esprit, d'abandonner une bonne fois nos oripeaux puants de sous-chrétiens des caves, labyrinthes et autres catacombes, pour sortir au grand jour, à la claire lumière du jour, pour mourir en Christ solaire libéré au milieu de l'Arche et de la Voûte des forêts d'Amazonie ou des déserts de Gobi, pour y construire une cathédrale de paix universelle, sans Kant ni Hegel.

Il est temps de réveiller, dans la mort-même, comme dans un grand jour pour mourir, l'esprit amérindien d'un Christ Chaman revenu, nous libérant enfin, après des millénaires de cachot mental et spirituel, de la faux étroite de paysans asservis de misères contre une culture-mère violée, souillée de mille manières abjectes, dont la catholique n'est pas la moindre entre autres abominations.

Sortir de Rome, égout à ciel ouvert, cloaque et pénitencier mental d'Occident, impitoyable lupanar de puissance et de cruauté en ses théâtres d'ombre, de sang et de crachats, avec sa religion néronienne assise sur un pauvre Christ crucifié, jouissant d'une déchéance se répandant comme une peste fasciste toujours nouvelle sur une Europe celtique asservie, exsangue et obscurcie, mûre pour la servitude technologique de pointe de l'épée.

Nulle faux macabre ne fauchera plus nos éclatantes têtes  : nous entrerons debout dans la mort, lavés des immondices existentiels de l'esclavage mental et sentimental, non pour rejoindre les paradis artificiels d'enfants-soldats sacrifiés sur l'autel maudit, mais la beauté immense et majestueuse, infinie, de la Prairie Première, américaine ou mongole, libérés des miasmes emmurés de la négation du mal blanc de nature par l'usurpation noire d'un pouvoir détourné, récupéré et retourné. Une sorcellerie maudite, maquillée de mauvaise science, manipule et dégénère la vraie vie au nom du bien et de la morale dite civilisée, contre toute santé et liberté dans leur immortelle spiritualité animale.

C'est un beau jour pour mourir d'être immortel. L'oiseau est signe de Dieu, non mauvais présage romain d'une gauche sinistrée. Heureux celui qui lui parle en ami, non en oiseleur mielleux, cachant la glu. Il n'y a pas de cage pour l'Oiseau Totem, il y a un mât qui monte au ciel d'une terre sacrée, voilée de tendresse et de tristesse. Le drakkar vide, avec le corps d'un Christ qui brûle, va droit au soleil levant, sur le Gange ou une mer nordique, sans témoin, hors la rive qui pleure en silence, guidé par des eaux-mères cicatrisantes et électrisantes, libérant leurs ondulations porteuses autour d'un l'axe magnétique alternatif.

Seules ces eaux façonnent, le reste n'est que rêve stagnant, au mieux, cauchemar mouvant, au pire. Elles portent la trajectoire, comme descente finale à la mer rimbaldienne. Le reste n'est que superstition d'une science trois fois maudite, mille fois criminelle. La mort nous lave, plus vraie que la propagande des post-humanismes passés ou à venir. Nous, esprits libres de France en ses campagnes éternelles abandonnées par les princes maudits d'une modernité occupante. Aux pillards et aux soudards.

Voir comme meurt l'animal sauvage, serein et solitaire, la surhumaine simplicité avec laquelle il endort sa douleur et sa vie qui s'éteint. Silence et paix. Prétendre à un héroïsme plus vrai est le premier crime contre-nature des religions de la puissance et du mal. Pourquoi l'accepter ? la mort permet tout, sans rien autoriser. Ce tout enfin retrouvé. « La vie est double, la mort est simple » dit une sagesse cachée. Voir la paix de cette mort, divine hauteur, son secret de nature, si démocrate fin, généreuse, retour enfantin à la mère, sans raison ni plus de pouvoir terrestre inutile et pesant.

Alain est matérialiste. les Premiers, eux, avaient une inspiration animale, spiritualité animiste ou chamanique. La nôtre, fidèle à la nature et aux traditions qui la prolongent sans la trahir, non comme le font ces sciences dites naturelles modernes ou certains barbares de la loi de la jungle, est taoïste, ou mieux, taoïste chrétienne, celtique chrétienne. Le corps y prend raison, la beauté se fait monde, renversant l'optique de l’œil nu aveuglé du philosophe athée ou théiste des salons, des ors, des bistrots ou des sacristies.

Un beau jour, solaire, où même l'ombre est chaude, vivante et nécessaire, en toute spiritualité, loin des frimas insomniaques d'un certain esprit universel fasciné, loin du sommeil profond des logiques liées des formules gravées au fer rouge. Pour mourir.

La faillite programmée des religion modernes d'Occident n'hypothèque ni n'anéantit nullement la validité des spiritualité animalières des religions premières dans leur pure magie blanche – dont nul n'ose plus aujourd'hui parler sans trembler de crainte, valeur violentée et torturée entre marteau théologique romain inactuel, mais invétéré, et enclume scientiste positiviste révolutionnaire actuelle, mais débile.

On ne peut mourir idiot, la pire des morts. Nous savons depuis le début humain que nulle intelligence renaissante ou durable ne vient seule de l'humain, ce que notre science moderne, exclusivement politique et économique, impose d'ignorer mécaniquement avec la dernière cruauté. Les oiseaux aussi se cachent : le jeu des forces n'est rien sans celui de cache-cache de la Mère.






jeudi 20 avril 2017

LA VÉRITÉ # 49 OUROBOUROS






 " Mais l'action est saine et raisonnable toujours; c'est la pensée qui a besoin de règles; c'est la pensée qui a besoin d'objets (...) Vous trouverez ici le point malade de toute nos pensées. C'est toujours une faute de vouloir prouver l'existence par raisonnement, au lieu d'aller voir et toucher la chose existante. "                                                                                                                          Alain






Nous ne voulons pas vraiment respecter ces règles, pourtant nécessaires au sens de la raison, bien que nous prétendions croire en elles, parce que nous ne les faisons pas : seule la vérité fait les règles. Pas les règles, en soi, faisant la vérité. Non. La vérité de leur vérité. Que valent donc des règles sans vérité ? Demandez aux nazis.

Sans vérité, que certains nomment vertu ou mesure, ou nécessité, valeur (…) notre rapport aux règles ne serait qu'une sorte de religiosité méthodique organisationnelle, celle d'un ordre formel ou pur, logique, conventionnel, arbitraire, comme un monde entier, finalement privé de sens, comme chez certains communistes aussi.

Cet ordre-là n'est-il pas la formule maudite d'une sorte d'anarchie négative, favorisant le pire arbitraire ? L'arbitraire du fonctionnel ? Permettant au doute méthodique de tout contester et de ne s'accorder avec rien ? Le très scientifique chemin du plus grand chaos ? Pourvu que les machines soient libres de cracher leur production satisfaisante et au-delà, s'il existe !

Qui ne construit pas une vérité prétendue « constatée » ? La vérité fait les règles, mais nous avons construit une science pour lui faire concurrence, machine à calculer totale, factotum avec ses lois manipulables, et ses vérités dévorantes, trop relatives, faites plus de doute que de confiance.

Mais au moins, tout est-il permis ! Nous avons abandonné le sens de la nature, considéré comme trop contraignant ou dégradant. Mais nous avons construit des lois arbitraires mille fois plus contraignantes, totalement destructrices de la vérité de ce qui est. Sales, abjectes, ignobles, inhumaines.

Nous avons sacralisé la machine folle, plus encore que la molle des beats, idole avec ses lois propres, étrangère à toute raison naturelle vivante, dans sa pure autonomie mécanique, ses exigences systématiques ruineuses, ou même son simple et désastreux entretien. Il faut tout lui sacrifier, comme aux antiques dieux noirs, ces baudelairiens avant la lettre, mais finalement plus civilisés que notre système d'objets déracinés à la Dali.

Nous avons déraciné les lois du monde, alors qu'en aucun cas elle ne peuvent être détachées de Dieu ou du Principe supérieur qui les crée. S'il y a une machine belle et vraie, c'est celle du monde, vu par des yeux extérieurs, dont l'objet du regard mécanise, comme la caméra, la vérité profonde coulant à sa surface, dans une vérité trop pure, trop solaire. Nous sommes devenus extérieurs, étrangers, ennemis.

Dieu auquel nous ne voulons plus croire un seul instant d’hypothèse ou d'évidence, au sens de réalité intrinsèque du monde autant que principe supérieur, parce qu'il n'est pas esclave à notre service exclusif, comme cette science sans lui, prouvant qu'il n'est ni ne peut être instrumentalisé dans et par une preuve comme objet pensable reproductible, etc...

Nous nous faisons dieux nous-mêmes, très logiquement, sans même le vouloir : notre nature humaine a horreur du vide, à tel point que, sans Dieu, elle n'aspire qu'à se nier pour définitivement nier le vide de Dieu comme perte essentielle à oublier et taire. Omerta du savoir.

Nous n'attendons plus de messie qu'humain ou post-humain, contre Dieu et la Nature, contre nous-mêmes et nos libertés premières, devenues invivables et incroyables. Nous n'avons jamais aimé les règles que nous ne nous sommes pas données nous-mêmes. Ceux qui respectent celles que nous ne nous donnons pas sont, à nos yeux aveuglés et apeurés, fascistes ou primitifs devenus inadmissibles, primates primaires, brutes obscurantistes et criminelles, dangereuses. Archaïques tyrans, oppresseurs de notre volonté d'esclavage profonde, présentée comme liberté, ou plutôt sécurité sociale.

Nous avons tellement peur de perdre ce qui ne se retient pas. C'est la règle du maître humain, rien qu'humain, et de sa loi, rien que sa loi, fabriquant Dieu à son image, celle de L'État industriel moderne pur et dur. Celui qui fait les règles du nihilisme humaniste progressiste, transgressif comme révolution la plus barbare et violente, la plus lâche. L'universalisme démesuré de cette règle retourne à la violence la plus nue, dans son absence de règle d'humanité élémentaire et mesurée partagée. Où est le progrès ?

Le serpent humaniste se mord la queue dans une auto-dévoration endogame : comment pourrait-il être plus la mesure du monde que la religion la plus archaïque ? La règle ne peut en aucun cas être l'absence pure et simple de règle, donc venir de l'extérieur ou de l'intérieur seulement ? 

Accord et équilibre ne peuvent provenir d'un autisme monogame, monothéiste, monomaniaque et unidimensionnel, vautré sur le plateau, doré ou nivelé, d'une balance truquée ou faussée entre les mains sales d'un fou prophétique. Fanatique ou pragmatique, programmatique... qu'importe le côté qui penche ?




jeudi 13 avril 2017

LA VÉRITÉ # 48 PROTECTOR










Nous ne parlons plus de nature, mais d'écologie, ou pire, d'environnement. L'homme, centre du monde. Plus de nature que pour sa protection, et sous-entendre, peut-être, la nécessité de nous protéger de nous-mêmes, d'abord, en réalité.

Mais ce terme de protection introduit l'idée de protecteur, bien gênante. Protecteur du serf ou de la femme, de l'enfant, si vulnérables. Sécuritaire et défenseur, plus que fait de respect, en vérité. Respect non-protecteur en soi d'ailleurs, ne l'étant qu'indirectement, par la force des choses. Cette déesse de violence, trop souvent.

Le respect, faisant passer ce qu'il respecte avant lui-même, femmes et enfants d'abord. Non au sens de privilège de pouvoir ou de préservation intéressée d'un cheptel, mais de respect absolu de la vie, sans pour autant en faire une sorte de capital placé. Ce que la science couronnée ne sait pas bien faire, malheureusement.

On imagine sans beaucoup de mal ce que la « protection de la nature » finira par provoquer : les pires abus. Au nom juré du bien de la planète et de son précieux patrimoine, comme le répète stupidement la propagande médiatique de hauts technologues embusqués.

Certains regrettent déjà l'ancienne création, dont on pouvait, au moins, c'était tellement, remercier Dieu ou celui de n'importe quelle cosmogonie honnête, dont l'esprit était, sans aucun doute, beaucoup moins naïf qu'il n'y paraît à la critique établie.

Ou plutôt, cette naïveté, fausse ou apparente, comme tout art sacré, ne recouvrait-elle qu'un mystère somme toute d'une étonnante transparence. Celui de l'amour de la vie en elle-même, hors des bons sentiments humanistes de nos scientistes.

Amour du monde en lui-même, pour lui-même, inconditionnel et immédiat, dans sa perfection propre. D'une humilité toute naturelle, mais qui permettait la prétention juste de savoir rester à sa place, comme miraculeusement. Participant, chacun petite pierre vivante, à la grandeur de ce monde, mais avec une certitude absolue. Absolument profane aujourd'hui.

Ce que nous avons, avec la nature naturelle, quasi irrémédiablement perdu. A tel point que tout monde, naturel ou originel, ne fait déjà plus partie que d'une vague mythologie préhistorique : la vérité n'existe pas, ou plutôt, plus. Ainsi, inévitablement, avec le temps, la science la plus sincère devient-elle obscure religion. A l'opposé de tout ce que nous pouvons croire, sans plus de vérification du cœur, sans doute le critère ancien le plus exact jamais inventé.

Sous nos yeux incrédules, l'incroyable devient banale réalité, routine ennuyeuse, tel ce tas de jouets inutiles d'une enfance déchue de son esprit. Celle de l'apparente domestication de la Nature, nouvelle esclave, malade ou réfugiée de guerre, à prendre en charge et protéger. Notre moderne crédulité ne s'arrête pas là pour autant : il faut faire la loi, la défaire et refaire, cent fois remettre sur le métier d'humain désormais générique, un fanatique impossible.

Post- ou trans-humains, nous allons infiniment plus loin que n'importe quelle religion la plus barbare n'aura jamais été depuis le début du cycle naturel. Le socialisme scientifique a gagné sa guerre ouverte ou larvée contre la nature, désarmée comme un peuple premier hospitalier, généreuse comme une mère s'offre au prédateur pour préserver ses petits.

Ne reste plus qu'à protéger ce vaincu en esclavage, sa précieuse force de travail, de production, ses vitales ressources, son infinie fertilité de déesse-mère soumise à nos si puritains caprices. Protector, voilà l'autre nom du Progrès, plus vieux encore que le monde du pire retour en arrière jamais imaginé par nos prophètes du malheur.

Que pouvait bien signifier cet ancien mot : gratitude, si proche, dans sa fin, de celui de béatitude ou plénitude ?







mardi 21 mars 2017

LA VÉRITÉ # 47 LA NOUVELLE MORALE






Il ne faut pas de transparence dans la vie, ou le moins possible.
Cachez cette vérité que je ne saurais voir. Il y a tant de gens, et en particulier les hommes d'affaires, et demain, femmes d'affaires, qui se trouvent obligés d’œuvrer, pour faire de l'argent, à la limite de légalité, qu'on ne peut décemment leur demander, à défaut d'avoir une conscience morale, des comptes sur chacune de leur activités présentes, passées ou à venir, si utiles à la prospérité générale du genre et du parc humain.

Ce serait un complot contre l'économie de marché. Le monde si beau, nouveau et fleurissant des marchés s'en trouverait immédiatement ruiné, ainsi que les magnifiques bureaucraties d’État qui le soutiennent et s'en nourrissent, en plus des impôts et taxes, ces parallèles, humanistes, légaux, aux rackets, sur lesquels ceux-ci ne manquent jamais de jouer à fond. La hausse prohibitionniste du prix du tabac n'ouvre t-elle pas de belles futures contrebandes ? La liste serait longue.

Non la vérité n'est pas bonne à dire, surtout la morale, qui n'a rien à voir avec la légale. Tout doit être technique et légal, techniquement légal, strictement. La loi modernisée fixe les règles formelles de fonctionnement du jeu économique. L'économie souterraine prospère à l'ombre et à l'abri de ces règles. Simplement, elle joue de l'autre côté de la barrière, spéculant sur ce qu'on tirer de profit du mal d'une loi volontairement haïssable et absurde, qui n'est plus que signe mystérieux du pouvoir. Mais lequel ? Les deux, mon capitaine.

Volontairement haïssable ? Il faut qu'elle soit contre, contraire, rarement pour, comme remarquait Kerouac. Contraire à la liberté humaine, et plus exactement à certains de ses besoins fondamentaux qu'elle prétend réguler, alors qu'elle fabrique un marché, autant que la dérégulation qui la suivra, inévitablement. Une loi aimée n'est plus une loi, s'il n'y a plus de contrainte, donc d'impartialité ou d'inhumanité douce, de sacrifice sécuritaire, ni donc de profit prédictible. la morale établie est un marché captif.

L'avantage de l'impartialité, c'est qu'elle ouvre à toutes les combines pour la contourner et l'utiliser, pousse au génie, au progrès, surtout aux marges, pas seulement aux limites du légal. Elle fabrique ce dont elle se nourrit comme objet à frapper et dérober, ouvrant et suscitant tout un monde inédit, parallèle souterrain qui sera finalement intégré dans le produit intérieur brut. Moralité et rentabilité indirecte assurés. Contre la libre nécessité accordée et consentie comme base de liberté démocratique.

D'où cette exigence récurrente d'opacité dans la vie privée, signe extérieur de liberté des marchés de l'ombre contre la vraie liberté, qui sont aussi, souvent, marchés de dupes, censés ne pas exister, et que d'ailleurs personne ne connaît ou reconnaît, officiellement ou pas. Sainte opacité pas forcément que contre l’État contrôleur, régulateur (...), mais bien plus, peut-être, pour la conservation de certains monopoles occultes, qui eux, effectivement défient vraiment l’État sur certains marchés dits « sociaux », à partir d'un État fourvoyé, dévoyé ou soudoyé.

Le magnifique, dans ce monde moderne étatisé et marchandisé, est que tout est calculé, surtout l'incalculable. Par déduction ou induction, un peu comme on repère certains astres invisibles par la même méthode, trés scientifique. Par les lois subtiles ou occultes de causes et d'effets appliquées au système d'argent survivaliste. Cette si belle machine, matrice au goutte-à-goutte raffiné. Examinons le génie de conception d'un élevage industriel, quel qu'il soit : que religion il y faut !

La cartographie des masses astrales, des amas et conglomérats, est stratégique : elle détermine les futures colonisations de l'espace humain dans son infinité intérieure, psychologique et spirituelle. Contre les cultures premières, les besoins niés, détruits en gros et trompés en détail. Recréés synthétiquement pour le compte-goutte de satisfactions pavloviennes, leurrés par du frelaté hors de prix, valorisé à partir d'arômes et de simulacres calibrés.

Un modèle est social-maternaliste, surnaturel-communiste, en quelque sorte : leurrant d'abord l'enfant, le petit, puis l'homme, l'humain, la logique, la raison. La belle école aux bons sentiments que voila. La vie rêvée (…) et respectable. Suivra la « socialisation », comme si l'humain n'était pas d'abord pure socialité, bonne ou mauvaise, là n'est pas la question. L'apprentissage des règles de vie remplacera la vie des règles, leur humanité première, centrale, essentielle, spirituelle et affective, règle d'or des sagesses. Règles du jeu d'une nouvelle morale, celle de l'ombre et de la loi, celle de la puissance. Double vie. Double jeu.

Alors que cette humanité première était plus que sociale, et non moins.
Là est le nœud du problème, cœur du mal, ce calcul millimétré prétendant rectifier et édifier le standard. Paradoxalement, calcul absurde et criminel, comme tout pouvoir le devient, dès qu'il sort de la nécessité humaine pour intégrer la contrainte intégrée d'une nécessité abusée au nom de sa prétendue prolongation universelle pratique. Comme s'il existait un universel de l'opacité, de la doublure et du remplacement, celui de la raison pure – comme on lave l'argent sale – contre la vérité nue, abandonnée...