On dit la concurrence
saine face à l'esclavage monopolistique. Mais c'est la peste et le
choléra. L'évidente vérité est que la concurrence de tous contre
tous ne fait pas baisser que les prix, elle fait tout baisser,
jusqu'aux pantalons. Le niveau intellectuel, en développant l'esprit
de jalousie ; le niveau moral, comme à la guerre ; et
même le commerce honnête, ou ce qu'il en reste, quand les Grosses
Bertha font la loi. La concurrence, dans une économie mondialisée,
n'est que la continuation de la guerre mondiale par d'autres moyens,
sans doute pires, au final, et ce n'est pas peu dire, quand on y
pense. Mais c'est sans doute ce que veut dire la guerre
commerciale, par delà les mots, puisqu'elle en est aussi le
nerf naïvement reconnu par l'imbécile économique.
C'est aussi la
perversion molle d'une dictature communiste commerciale
où les multinationales reçoivent leurs ordres d'un Bureau
Exécutif Mondial du Marché, bien loin de Moscou et de son
sentimentalisme orthodoxe slave. La concurrence rend fou
furieux ceux qu'elle fascine. La propagande sale que véhicule
ce mot n'est pas acceptable pour un esprit libre ou dans une
culture de décence commune digne de ce nom, il sent la
porcherie. Voilà la vérité toute nue dans un monde où plus
personne n'ose parler, franc, franchement, français. Quand on pense
que les puritains du profit osent prétendre que les français
ne se lavent pas..., pensant sans doute que l'argent n'a pas d'odeur.
Mieux vaudrait pourtant être une bête sauvage qu'un agent
civilisé de la concurrence.
Sauvage, c'est à dire
dérégulée, sans foi ni loi ni lieu, la concurrence permet
sournoisement au commerce et à ses cafés de s'affranchir de
toute règle, de corrompre les jeunes esprits comme les plus
expérimentés. Le temps est bien fini où elle présentait
des alibis de loyauté, comme
un leurre, comme un permis de tuer. Comme l'efficacité
technique, ce qu'elle est d'ailleurs aussi dans un sens, la
concurrence est sa propre fin,
et tous les moyens sont bons, dans le possible de ses
développements illimités. Comme au poker menteur, tous les
coups sont permis. La table de jeu est le marché, la nouvelle idole,
– le marché – cet euphémisme, trempé et frappé au bon
gros bons sens des affaires et du maquignonnage humain, pour dire
l'Argent. L'argent, comme dans un mauvais western où tout le monde
finit par tuer tout le monde, et d'abord père et mère, pour une
poignée de dollars numérotés. Là aussi, plus
qu'ailleurs et que jamais, le Diable en rit encore.
Nul n'est
interchangeable. Le bonheur
des uns ne fait pas le malheur des autres, sauf dans un monde de
concurrence. Ce serait même le contraire,
dans un monde libre, qu'interdit la loi du marché. Ce qui ne veut pas
dire que pour être heureux il ne faille pas vivre avec pudeur.

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