mardi 6 septembre 2016

ACTION




Et lorsque nous apprenons à mieux nous réjouir, c'est alors que nous désapprenons de faire du mal aux autres et d'inventer des douleurs.

 

                                                              Nietzsche






Il ne faut ferrailler ni avec les maître du fer ou de l'or, ni avec les traîtres. Ne pas se perdre dans des polémiques intellectuellement truquées. Remember K. Dick à propos du futur – point barre. Rester fidèle à quelques vérités de base, comme le paysan s'accroche à sa terre, comme une bête, et préfère y mourir, seul dans son coin, mais debout. Résister c'est être ce que l'on est sans concession ni violence d'aucune sorte. Comme l'arbre qui persiste et signe autant par les bouquets de ses poussées supérieures que par l'enracinement le plus absolu et profond.

Cette poignée de vérités vitales éternelles qui seront toujours le patrimoine inaliénable d'une humanité accomplie et augmentée sans l'aide d'aucune illusion post-humaniste, qui en aucune circonstance ne peut être remise en question : l'humanité est une réponse, pas son absence, présence en acte et en être. Cet être-là n'a pas besoin de théorie des ensembles, c'est une qualité, pas un objet. Qualité définitive de l'être, partagée avec tout le vivant, à n'importe quel niveau donné, pas construit, sans nulle hiérarchie extérieure plaquée par l'esprit de système.

Que l'esprit de cette qualité universelle concrète, matérielle, incarnée, exprimée soit méthodiquement partout remis en question par une bande organisée au niveau mondial de criminels intellectuels est un fait sans importance véritable, au fond : les nazis n'ont pas gagné la guerre commencée en 14 : pour ceux qui continuent à les combattre, l'important n'est pas de la gagner, mais de ne pas la perdre, de ne pas se perdre, de ne pas tout perdre. Perdre la vie est un moindre mal : il n'y a pas de vie sans être, il n'y a que le vide du mal, bien en dessous de la vie animale, qu'il ne sait que salir.

Ce qu'il faut dire à ceux qui ont peur, c'est qu'il n'y a rien à vivre dans l'esclavage, sinon le mal, la maladie et le malheur de n'être plus qu'un avoir en banque. La vie n'est pas jouissance, c'est une réjouissance qui se transmet librement. Et à ceux qui n'ont pas peur : on ne se bat pas pour avoir raison, mais par obligation pure, sans contrainte. Donner n'est pas une contrainte, c'est un honneur, un bonheur, une liberté suprêmes : il faut plaindre ceux qui en sont privés par un système purement marchand. Ne pas pouvoir donner, c'est ne rien avoir, ni en soi ni hors de soi.

Cet état d'esprit – et non cet esprit étatique – dont les meilleurs d'entre nous (...) ont toujours montré qu'il n'était fait que d'obligations, de respects et de combatsrespect fondamental vital qui définira toujours l'honneur ordinaire ou extraordinaire, comme l'ont vu les meilleurs d'entre nous (...), qui le coiffe infiniment en chacun. Ne rien lâcher, ni sur sa vérité, ni sur celle de l'autre en les rendant une, les tenir ensemble, augmentées en valeur humaine ajoutée, travail et combat tout à fait suffisants pour faire face à toute « circonstance », de la vie à la mort. Le reste est mensonge officiel ou non-officiel, et lâcheté collatérale.













dimanche 4 septembre 2016

LA VÉRITÉ # 34 LE PAPILLON DE CHOUANG-TSEU OU LA VÉRITÉ DE LA VÉRITÉ








L'inévitable autorité nécessite, au départ, absolument, une vraie légitimité, qui, comme dans tout couple temporel désuni, deviendra, par effet de système, le mensonge fondateur permettant n'importe quelle dictature de bon sens, admirablement sertie dans la plus belle pensée unique du monde. Puisque aucune vérité, et encore moins la vérité qui l'orienterait naturellement, ne peut naître, se développer ou survivre dans un système qui la déterminerait contre sa nature, dans sa négation.

Il faut violer en douceur, au départ donc, une vérité donnée, instrumentalisant dans le marbre sa crédibilité, sa richesse naturelles, ses charmes et sa vertu par une identification plus ou moins grossière, selon les moyens disponibles du pouvoir de coercition lié au crédit restant : d'où l'impérieuse nécessité de cette violence passionnelle de contagion positive, vidant la substance de sa proie pour maintenir l'ombre d'un arbitraire de domination purement profitable et rationnel.

C'est le sens de la propagande. Une vérité sans autorité légitime reconnue par un système imposé à sa pure et simple existence totalisée, son sens premier, méthodiquement éradiqué, progressivement rendu illégal et même inconcevable : la police de la pensée associant nécessairement, au sens mathématique, un sens normalisé à une forme d'autorité constituée en fonction de la vérité officielle que devient toute vérité piégée, finalement pourvue d'un brevet d'exploitation légale par l'admirable vertu d'une pure logique de contrôle, sorte de contrat social de vérité. Merci, Rousseau.

Imposture, injustice, approximation, meilleur des systèmes possibles (...) qu'importe les mots ?

Imposture, privée d'autorité naturelle, puisque ou bien elle la mérite, du côté de celui qui la privatise impunément à l'ombre d'un superstitieux Esprit des Lois, ou bien non : une autorité fausse tente de se faire passer pour une scandaleuse situation privée de sa légitime "force", comme contre un établissement de commerce tout à fait honnête. La première force de la dictature étant d'être en règle avec la société qu'elle écrase, à partir de l'inversion du rapport naturel de confiance qui, hélas, la permet et l'autorise, comme l'ancien Dieu permettait naturellement, tout. Avant même que tout soit officiellement permis.

Une autorité qui aurait perdu sa vérité ne peut se concevoir ni voir encore crédible que dans la mesure où elle chercherait réellement cette vérité dont elle ne se prétendrait plus détentrice, mais hélas, elle ne le peut sans se nier comme négation, aurait observé un hégélien d'antan, ce qui serait pourtant infiniment positif pour tout le monde. Mais non : la peur domine le maître plus que l'esclave, le cercle n'est pas vicieux pour rien, et la « vertu » ne peut plus, même homéopathiquement, pénétrer l'étanchéité des conditions de travail dans leur horreur. Pas de clef au mystère clair-obscur de l'hyper-verrouillage, seule la pathologie libère et délivre du mal

D'où « l'évidence absurde », pour reprendre la formule de Daumal, qu'une autorité prétendant détenir à elle seule une seule vérité est inévitablement en perte de contrôle et de repère, bien plus que de la simple et précieuse vérité première qui la fonde.

Abyssale évidence donc qu'aucune violence ne masque longtemps ses de perpétuelles et "légitimes" propagandes. On ne farde pas un cancer en phase terminale. S'attaquer à la vérité, ou même à une seule, c'est entreprendre de détruire instantanément, jusque dans la progressivité relative même de sa destruction, toute forme d'autorité liée. En ce sens précis, tout principe d'autonomie est contraire à la véritable autorité, tantôt un peu trop dite inévitable, réaliste, pragmatique, « proximiste » (…), tantôt trop dite, au contraire, intouchable, impensable, inimaginable.

D'où le fait que, dans un système seulement défini comme propagande, l'officialité et l'office ne s’appuient plus que sur du mensonge pur – autonomisé – progressivement totalisant, annulant au final, tout "travail" préalable, cyniquement productif, de liens vendus comme sains, issus, par la contagion positive relevée plus haut, du processus de décadence commerciale qui fonde ce système en raison investie. Le commerce des hommes, disaient les Anciens… déjà, du temps théoriquement aboli, d'un esclavage périmé.

Confondaient-ils, déjà aussi, ces sages égarés de la raison commerciale suffisante, décadence et abolition formelle pure et dure, celle qui ressemble au rêve de l'esclave endormi pataugeant, se vautrant entre les fumées et les brumes des consolations et compensations de l'abstraction pure ? 

Tout est illusion, suggérait Chouang-Tseu, depuis le début, de cette chose que Rimbaud aurait voulu « vraie vie », mais dont le rêve se termine en slogan commercial soixante-huitard, « ici et maintenant ». Seule la corruption est assurée comme radicalité de la réalité. La vérité, elle, "est ailleurs", partout exclue comme fiction, par principe universel légalement appliqué. Merci, Kant et consorts.

Mais secrètement pure, jeune fille qu'on respecte encore un temps de cheptel, par intérêt reproductif, hélas, en attendant le pire, toujours à (re)venir, du plus sale fantasme : le pur "principe de réalité" révisée, cette chose ignoble purifiée symboliquement par les dualismes les plus délirants de la volonté de puissance établie et assise, pour mille ans encore, dans le sang et la boue. Secrètement pure dans son infinie tristesse. L'irrémédiable n'a jamais rien eu de romantique, le tragique du romantisme n'est jeu de l'esprit que pour les maîtres du jeu.















mardi 30 août 2016

LE MIRACLE DES LOUPS





"Seul l'être humain a une destinée éternelle. Elle répond à la destinée éternelle de l'être humain. Les collectivités humaines n'en ont pas. Aussi n'y a t-il pas à leur égard d'obligations directes qui soient éternelles. Seul est éternel le devoir envers l'être humain comme tel. Cette obligation est inconditionnée. Si elle est fondée sur quelque chose, ce quelque chose n'appartient pas à notre monde. Dans notre monde, elle n'est fondée sur rien. C'est l'unique obligation relative aux choses humaines qui ne soit soumise à aucune condition."   Simone Weil, L'Enracinement, Prélude à une déclaration des devoirs envers l'être humain, 1943.







Regard de cette femme. Scrutateur profond sans jugement, impérieux, mais généreux, emprunt d'une mystérieuse et lointaine mélancolie tempérée par une sorte de sérénité dans la certitude, de douceur affirmative active, touchant au partage du plus spontanément humain.

Cette voix, avec son indéfinissable intériorité sonore, sa sororité intérieure, cet accent d'enfance et ce souffle de feu, d'une unicité à la fois fugitive et universelle, cette mystérieuse fugacité musicale. Reconnaissable entre toutes, mémorielle.Deux en une, (re)transmise.

Fugue lumineuse de mots, chantant comme l'eau vive d'un Bach, exprimant tout ce qui peut l'être des couleurs de la vie, avec cette sorte de justesse raffinée, mais libre, qui fait aimer la langue d'un amour naturellement élevé, sans l'exclusive ni le pouvoir qui tord, à la fin ou avant la fin, le visage ravagé des anges déchus, poussés dans le vide du mal par la cruauté d'un système ignoble.

On ne trahit pas un tel visage, on ne fait pas taire pas une telle voix sans se trahir soi-même. Rome n'est rien.










jeudi 18 août 2016

LA VÉRITÉ # 33 LE CERCLE SANS FIN








Entendu à la radio. Le pire pour un philosophe lucide, mais inquiet d'aujourd'hui – puisque la philosophie est devenue temporelle contre la perennis – étant de voir et dire que le principe même d'humanité n'a, de toute évidence, pas été démontré par l'histoire contemporaine : les progressismes n'ayant pas même réussi à ça !

Mais, dans l'après 1918, après tout, le ver était déjà au cœur du fruit défendu des non-évidences vicieuses du doute, du soupçon et de l'incrédulité, et, remontant notre histoire, nul ne sait comprendre depuis quand, au juste. La honte bue se cache au fond d'estomacs malades, mais fiers, guerriers même.

L'homme « de la rue », le massifié normalisé ne croit plus à ce « mensonge », qui, à rebours, comme le lui enseignent sournoisement les transgressismes libéraux, l'empêche toujours de vivre un vie libérée des dogmes, dans laquelle enfin, « tout serait permis » à l'intérieur du Système Relatif du Compte en Banque.

Ainsi, une voie s'est ré-ouverte : le pire étant aussi certain qu'à venir, l'humanité morale et intellectuelle, au mieux, sabotée et sabordée dans les faits, au pire, invalidée et infirmée dans l’œuf, les fascismes, renaissants de leurs cendres recueillies et entretenues religieusement, n'ont plus qu'à la nier jusqu'au bout, ouvertement, à travers le système de remplacement post-humain dans les tuyaux. Quand une pièce est usée...

Heureusement, pour l'humanité – au sens humain non-conceptuel – elle ne fut jamais comprise ni vécue dans aucun « humanisme » officiel, ce qui lui ré-ouvre, comme jamais, – ce « jamais » d'instant « t » toujours parfaitement superposable à toute petite éternité vitale, – le chemin d'une rédemption de combat et de conscience, d'âme et de cœur – rédemption collatérale, que cet humanisme-là s'évertue à fermer depuis le début de sa dictature renaissante, contre une certaine chevalerie spirituelle, elle-même, ni démontrée ni confirmée... puisque la vérité ne se vérifie pas.







mercredi 17 août 2016

POUR SALUER SIMONE





« Lentement, dans la souffrance, j'ai reconquis, à travers l'esclavage le sentiment de ma dignité d'être humain, un sentiment qui ne s'appuyait sur rien d'extérieur cette fois, et toujours accompagné de la conscience que je n'avais aucun droit à rien, que chaque instant libre de souffrance et d'humiliation devait être reçu comme une grâce, comme le simple effet de hasards favorables. (…)
Cette situation fait que la pensée se recroqueville, se rétracte, comme la chair se rétracte devant un bistouri. On ne peut pas être « conscient ».

Simone Weil, Trois lettres à Albertine Thévenon




***



Première et dernière liberté : ne pas avoir peur. Vérité : je suis donc je pense. Mais surtout : ne pas penser parce qu'on a peur. Pas avoir peur d'être. Certains, si majoritaires, si écrasants, si dominants, si certains – justement !


Ne voulant ni savoir ni voir que la liberté, réelle ou vraie, pas l'illusoire, ne peut être qu'une sorte de relèvement de l'esclavage universel, fut-il cousu de droits tout aussi (dits-) « universels ». Dignité et vérité, choses plus ou moins interchangeables, – que le relèvement collatéral d'un certain désespoir premier, constitutif lié, comme l'esclave, pieds et poings dans la tête et dans le sang.

Désespoir dont la forme existentielle essentielle est la dépendance instituée. Vécu indescriptible au sens propre ou inconscient, latent, refoulé, rentré comme une honte de déchéance collective – comme les dettes : collectivisée !

Toute cette soumission aveugle ou aveuglée, aveuglante, écœurante et toxique, érigée en condition universelle, – soleil souterrain du Grand Jour autant que du tout petit et minable, partout imposée dans une magie noire, diffuse comme le voile discret d'un tâche indélébile, inscrite, gravée, gavée et naturalisée en pensée unique, niant l'intégrité de l'être personnel et non-personnel, humain et non-humain.

Là est, a été et sera le premier crime, le premier des crimes, succédant au, et précédant le couteau et le boucher et le croc (pour faire court, parlant, en ces temps expéditifs dans leur retour de malédiction sur investissement aveugle, sourd et muet comme le spéculateur civilisé, avisé, initié).

Camus, dans son « étranger », sa sanglante ironie, par delà guerres, colonies, classes et communautés : soleil aveugle armé par la main invisible du maître-marché-chanteur, le chien qu'on y bat, des deux côtés du manche du fouet enchanté : l'argent, plus sale que le dernier des salauds.

Question du où et comment s'instituent ces dépendances-là, sado-masos, en forme de liens naturels, enchaînant plus sûrement que « l'ombilic des limbes » du Momo, cruellement, corps et âmes, au bal célinien des pendus. Cette république- de droit divin, un pitoyable marquis du crime, en pays catholique de France, la rêva, « royalement » fantasmée en chaleur révolutionnaire. L'Être Suprême, nirvanesque, carnavalesque, grotesque, obscène.

S'il n'y a que des guerres dites de religion, c'est que la religion des guerres explique, calcule et valide tout au nom de la raison instrumentale transcendantale des « affaires ». C'est tout ! Depuis le premier crime, le premier viol, le premier égorgement, le premier massacre, la première négation, bien avant les fours – si vite oubliés chez les cousins des brumes du nord !

Ici, pays de France où les ennemis de religion, il y a si peu, se mangeaient mutuellement vivants ! Où les soldats du dieu républicain, jusque là-haut, en haut-lieu, à Paris, se faisaient et faisaient faire des culottes en peau humaine ! Où le phosphore napoléonien dévorait méthodiquement les corps enchaînés, tout au fond des cales négrières d'outre-mer !

Aucun temps ne change jamais, aucun homme de cette espèce- ne change jamais : tout se transmet, se transmute, se transpose, se transforme, se trans porte, seulement. Rien jamais ne change : tout bégaie, s'agite dans le bocal célinien, maquillé, truqué comme un monde d'automates infernaux, infirmes.

Dictature d'un certain « vivre-ensemble » (traduction indisponible, introuvable, ou non autorisée) dans ses abjectes gauloiseries apprenties-nationales-socialistes.  

Seule, mère de l'aînée de la plus dévoyée, Rome, dans ses empereurs les plus dégénérés, osa préparer la question, offrant la bénédiction aux fratricides, aux parricides Procuration de son infinie bonté, jusqu'au tréfonds du mal; d'une « grâce », d'une extase, d'une absolution officielles octroyée sur le Trou à Merde, à Larmes, à Sueur, à Feu et à Sang et à sperme

Surplombant de sa blancheur de mort le Système d'argent. Corruption généralisée, obligatoire comme la mécanique d'un sexe désaxé : celle d'un enfant-roi sans âge ni sagesse.

Il n'y a d'espoir de relèvement pour aucun abus de pouvoir, il n'y a que la violence blessante et meurtrière, instituée de sa légitimité autorisée, plantée dans le dos de qui résiste à, ou ignore encore l'horrible nudité de la douleur infligée, impardonnable. Le pardon, pas plus que l'humain, fait pour le mal. Nous savons si peu, mais avec certitude.

Il suit le crime, mais ne le précède jamais. Comme l'amour, il ne se décrète pas, il se mérite d'un mérite qui ne se gagne pas, mais vient comme une force à qui va la chercher où elle gît, trahie, piétinée, salie, humiliée. A ceux qui décrètent ne répond que le silence de la dissociation consciente, animale, instinctive, volontaire, farouche, blessée, irréversible.

Le pardon n'est ni principe ni parole d’Évangile – même laïc, ni tourment perfectionniste, mono-maniaque, ni souci d'insomniaque, désirant, calculateur : c'est une grâce impondérable, sacrée, que ne peut contenir – même les yeux bandés d'une parodie de justice, aucun texte ni aucun mot, aucun sentiment – même de pitié, aucune pensée – fut-elle unique, « d'amour » ou « de vérité », « d'ordre » ou de « raison » (...) : il vient de la liberté, de la vérité et de la dignité libérés de la peur et de la pensée de la peur.  

Il vient tout seul ou pas, à son moment, ni avant ni après. Il y a des lois qui n'ont rien à voir avec les lois, que la raison ignore, volontairement et involontairement.

Ce pardon, au-delà du mal, infiniment plus grand : c'est le bien, l'impossible bien, dont le centre est partout et la circonférence nulle part. C'est une flèche, une pure flèche que rien ne tend, suppose, déclenche ou arrête. Il est comme le Tao : quand il parle, quand il pense, il ment, en esclave. Quand il est, c'est en chemin, en acte, en vérité interdite, en résistance, non au mal, mais à ce qui le protège et génère.

Il est donc inutile et manipulateur d'en parler à sa place. Ici toute anticipation-même n'est qu'imposture, celle du mensonge couvrant la fascination du crime. Il suit le crime, mais pas tous. Il suit ceux qu'on peut suivre, sinon il n'y a plus de crime, il n'y a que de la peur autorisée de la loi.

Loi dévoyée, utile dans son inutilité autorisée, rétribuée, achetée, vendue. Marché de la terreur, dupes manipulées manipulantes au bal masqué des « services », spéciaux, culinaires, sexuels, mystiques et financiers. Mystique financière.

A sa rumeur, montante comme le « collecteur central » bernanosien, une seule réponse : une sérénité absolue, détachée, absente, désertante sans tentation, démobilisée. Stoïcisme de la plus haute indifférence. "La plus haute tour."

Années 20 (?), Mexique. Regard nonchalant de cet homme jeune encore, photographié par Cartier-Bresson peut-être, tirant sur sa cigarette devant le peloton qui le met en joue. Meursaut positif, renversé par l'absurde du système, renversant et renvoyant l'image, tranquillement, aussi tranquille que son exécuteur

"Les jeux sont faits sur la terre" disait un poète breton, barde disparu des seventies, sur un ton puissant, soulagé, délesté en quelque sorte de la pesanteur d'une guerre systémique maquillé en cosmologie moderne.

Vive la paix spirituelle de ce défi ! Vive la grâce !






mardi 2 août 2016

FORGET ME NOT # 1 REMEMBER ! MERCY !








Aux victimes, de toutes religions, y compris l'étatique, du terrorisme, dit islamique.



« Forget me not,
c'est comme ça qu'on appelle
le myosotis en anglais :
rappelle toi-de moi. »


***

« Je n'aime pas le mot tolérance, mais je n'en trouve pas de meilleur. La tolérance peut impliquer la supposition que la foi d'un autre est inférieure à la nôtre. (…) Si nous étions parvenus à la pleine vision de la Vérité, nous ne serions plus des chercheurs, nous serions devenus un avec Dieu (…) car la Vérité est Dieu.

(…) Or si nous sommes nous-mêmes imparfaits, la religion telle que nous la concevons doit être imparfaite aussi. (…) Le respect que nous éprouvons pour les autres fois ne doit pas nous empêcher d'en voir les défauts. Nous devons être intensément conscients des défauts de notre propre foi, et pourtant ne pas l'abandonner pour cette raison (…) Si nous considérions sans partialité toutes les religions, non seulement nous n'hésiterions pas à mêler à la nôtre tous les caractères désirables des autres, mais nous estimerions que c'est pour nous un devoir (…)

Chacun a raison de son propre point de vue, mais il n'est pas impossible que tout le monde ait tort. »

GANDHI, LETTRES À L'ÂSHRAM


***






Je me rappelle de toi, l'Indienne Hindou-Bouddhiste, les larmes me coulent des yeux, parce que ton romantisme était une religion éternelle, non platonicienne, du bien, du beau et du juste, venue d'Orient extrême par l'Anglais, mariée à l'Occitan Cathare, au Juif Errant de Sagesse, à l'Arabe Solaire, à un Christ Musulman, au Slave Orthodoxe. And so on.

Tu m'as donné un morceau ton romantisme christique universel en héritage, mon enfance y a versé un Chamanisme spontané, Païen Gréco-Celtique sauvage, libre, mystérieux, intrépide et nietzschéen pour le régénérer au milieu du mal, lui donner la force féminine suprême de se battre au spirituel avec l'intuition fulgurante d'un guerrier de chevalerie d'une Mancha Hispanique en bandoulière.

Souvenir éternel de toi. Dans ce tombeau triste et mélancolique de poésie Anglaise. Mercy de tes visites dans mon cœur émietté et mon âme en peine de ces temps maudits de modernité fascinée, malade de barbarie infantile et sénile. Mercy de ta force imprenable et du panache de feu de ton Absolue Pitié , de ta souffrance infinie, mais pudique, de ton sacrifice. Mercy de ta noblesse obligeante, hugolienne.

Mercy pour les âmes-sœurs que tu envoies à la mienne du haut de ta haute solitude. Jamais nous n'oublierons vos cris dans les noirs  bûchers des vanités. Jamais je n'oublierai les tiens, muets, en forme de sentences ou de paraboles descendues en rappel de l'échelle de Jacob. Ni ton ouverture absolue au monde relatif.

Honneur à ta vision interdite, honneur à tes sentiments crucifiés par la bêtise cruelle d'un monde en ruine. Mercy pour le bébé maintenu à bras tendus hors du bain, dans la fraternité la plus tendre et sévère.
Mercy pour tes larmes. Mercy pour tes colères. Nous ne savions pas que la vérité éternelle, comme la mémoire, est mortelle.

Je me souviens ! 
Donc je suis ! 
Remember ! 
Mercy !









dimanche 31 juillet 2016

LA BÊTE DU GÉVAUDAN









« Pensez ! » Nietzsche


***


Qu'est-ce que l'animal, sinon un vivant symbole de la nature ?

Nature fermée, consciemment, au sens de volonté originelle, dans son orientation intrinsèque fermée à la lumière de la violence destructrice d'une raison humaine d'arasion attilesque, malade de contrôle et de maîtrise. L'humanité se vante et hausse supérieurement en imposant la dictature d'une certaine conscience humaine, sociale, morale (…) comme celle, supérieure, d'une sorte de surmoi totalitaire érigé en « lumière » interne et externe de toute technique et de toute culture.

De ce surmoi (auto-)destructeur, Krishnamurti a dit assez ce qu'on pouvait penser et espérer. Les comptes sont apurés. Reste les responsabilités têtues d'un désespoir méthodiquement injecté. Les Mengele pragmatiques autant que les idéologues officiels de la propagande, sans lesquels il n'y a pas de « science » appliquée.

De ce surmoi, nous avons vu ce que les nazis ont fait, ces empereurs du monde moderne.

Et pas seulement eux, chez nous : le Vel d'hiv est bien cette tâche de sang indélébile souillant à jamais l'histoire du pays de France, comme l'a si bien déclaré un certain Jacques Chirac. Tâche mémorielle de martyrisation ignoble d'un peuple, aussi négativement essentielle pour le français que celle de la Saint Barthélémy (au hasard historique de son épopée) –  peuple de France qui, dans son excellence vraie et indéracinable, comme l'a largement montré Hugo, est, avec d'autres, sacré, intouchabletâche, blessure, cicatrice parmi tant d'autres, comme chez tant d'autres peuples martyrisés aussi, marquant, définitivement secrète, la fissure et la fin d'une collaboration, entre culture et peuple, avec les maîtres du mal. Symbole : Javert, monstre kafkaïen. Traçant toutes les perspectives… encore à venir.

Pour les maîtres noirs, du-monde ou à-penser, le peuple a toujours été la bête, sauvage ou immonde.

Bête à saigner ou à abattre, cochon ou dragon, à soumettre aux pires abus et humiliations, aux traitements les plus inhumains appropriés. C'est que l'humain humaniste, platonicien, cartésien, pseudo-chrétien ou pseudo-athée (…), s'est toujours défini contre l'animal, s'est construit à contre- animalité, sur sa négation pure et simple, avec une raison exterminatrice calculatrice et instrumentale conquérante, géométrico-philosophique grecque, technicienne-industrielle. Le mal, l'ennemi c'est l'animal en soi avec ses « fausses » valeurs, source de diabolicité.

En ce sens « l'animalisation de l'esprit » est sans doute l'une des terreurs essentielles de l'Occident.

Terreur millénaire de soubassements psychiques humains « manufacturés », primaires et secondaires, racine occulte du terrorisme intellectuel le plus profond, le plus naturalisé. D'où certainement aussi, sous un certain féminisme d'imposture contemporain, loin de toute vérité sociale ou simplement humaine, toujours dans ces soubassements croupissants d'une âme humaine murée et encagée dans une urbanisation spirituelle d'élevage plutôt que d'élévation, cette sorte de d'efféminisation subtile et sournoise d'un rationalisme déjà si angélique-purificateur. Très adapté à la raison fonctionnaire-(post-)industrielle de la nouvelle donne de la condition humaine.

Divine, impériale hauteur de cette (dé)raison-là, basée sur un abaissement inversement proportionnel de la raison animale première. Celle du bon sens et de l'instinct positif sensible, sensitif.

Démesure, cette divinisation de son empire économico-culturel n'est que la construction intellectuelle magistrale-négationniste, nihiliste, – avec sa doucereuse-perfide, ludique-libertaire, infantile-maternaliste imposition psycho-sociale – , de l'humiliation même de la condition et de l'esprit animal et de la nature en général. Renversement absolu, exact de l'ancienne culture universelle venue de l'animal, comme l'ont montré partiellement Darwin et Kropotine à sa suite, qui avait permis à l'humanité de s'élever à un équilibre supérieur de paix et de coopération avec les forces naturelles de la vie, sans en exclure aucune, ni favoriser quelque mal sorti de son trou à rat réservé, au nom du bien, collectivisé ou pas.
Qui joue avec le balancier ?

Ces forces, maîtrisées sans dictature ni laxisme, d'harmonisation et de respect, séculairement cultivées en Europe et ailleurs, sont en voie d'achèvement de destruction, sous couvert de modernisation des esprits.

Leur esprit de joyeuse et tragique liberté, d'amélioration des besoins et de leur satisfaction primaire et supérieure, n'étaient pas compatibles avec le niveau inférieur d'une certain catégorie d'esprits malades ou limités, engendrés par les progrès rationnels envahissants de l'empire d'une culture d'entreprise de démolition du monde : il faut « déconstruire » pour dominer le monde, comme on domine l'animal sauvage ou domestique, avant de pouvoir le ravaler rationnellement au rang d'objet ou d'instrument d'un désir aveuglé, archaïque perverti, corrompu, empire délirant normalisé, déguisé en force officielle d'excellence et de de beauté, de justice et de vérité.

Ces forces et formes de pensée unique monomaniaque sont à la racine active tumorale de la pathologie élitiste et de masse du fascisme en général.

Quelle que soit la forme de son imposture : religieuse ou économique, technicienne ou citoyenne, capitaliste ou socialiste, démocratique ou républicaine. Elles devront donc inévitablement rendre des comptes de leurs calculs, de leur pratique, de la violence de leur mensonge, humiliations faites à l'intelligence et au cœur humain, perpétrées dans la plus haute trahison ordinaire ou historique, discrète ou ouverte.

C'est devant l'histoire vivante de cette trahison qu'elles devront le faire, la vie se chargera de les juger, pas les procureurs, encore moins les anti-procureurs alternatifs du système : il n'y a pas d'alternative à un système ne laissant pas d'alternative à la vie.
Comme l'a dit Gandhi, il y a un lien indestructible intrinsèque entre vérité et non-violence. L'oubli de ce lien est un ticket direct pour la déchéance, graduelle ou brutale. Sa négation signe l'acte d'une irréversibilité générationnelle vitale-historique de cette déchéance.

Mieux vaut lire ou relire La Chute de Camus, avant de sauter dans le bonheur du vide ambiant. De choisir La Peste au Choléra. Merci pour nous. Ce Nous, dont il parlait si bien, mais si seul qu'il n'en pouvait déjà plus exister et survivre que dans un être toujours et encore suspect, pour ne pas dire maudit .
Est maudit qui maudit.

Camus l'Étranger, mais attention ! aussi bien à l'endroit qu'à l'envers. Lui, le presqu'Arabe, le pas assez proprement révolutionnaire aux pieds sales, traître aux frères ennemis, impulsif, instinctif, poète sensuel et tendre, solaire lucide, mais sentimental en creux, romantique presque. Attention à l'ironique caricature d'un étranger à l'humanité en forme de pied-de-nez à l'existentialisme établi. Ce même existentialisme politique, récupérateur, malgré tout, d'un Meursault victimisé ou jugé une seconde fois. Accusateur d'un Camus blanchi, moqueur du nobélisé naïf, collabo, franc-tireur narcissique, crypto-chrétien ou néo-nietzschéen, mais à abattre. Absolument rien n'a changé.

Camus ou Gandhi, citoyens d'une vérité contre un État de choses sans fraternité, de violence pure, déraisonnable, dont l'humanisme industriel est une insulte froide et javertienne à notre humanité hugolienne, fût-elle un moment de temps historique inacceptable, déchue, dépassée, obsolète.

Humanité ordinaire que le politique ignore impunément du haut de sa vertu policière offensée, celle que lui donne non la loi, mais une logique formelle drapée, ceinturée, coiffée, ornée, décorée comme un pitoyable personnage de comédie italienne, entre larmes et rires. Le spectacle continue !